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Independence Day

  • Titre original : Independence Day
  • Titres alternatifs : ID4, Independence Day : le jour de la riposte
  • Réalisateur : Roland Emmerich
  • Année : 1995
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Invasion nanarde (Catégorie : Rencontres du troisième type)
  • Durée : 2h20
  • Acteurs principaux : Jeff Goldblum, Will Smith, Bill Pullman, Mary Mac Donnell
Note :
3.5
Lavieille
Lavieille

Chronique

Independance Day est à mon humble avis, au même titre que les ringardises science-fictionnelles des 50's, un bon gros nanar.



Certains s'insurgeront peut-être, arguant du fait que même si le scénario est des plus mauvais, la réalisation est correcte et les effets spéciaux plutôt réussis. Cette superproduction serait ainsi, au mieux un "simple mauvais film", au pire un navet.

Certes on ne retrouve pas le côté "cheap" et honteusement mal réalisé, mal joué et mal monté du nanar au sens strict du terme. Non, Indépendance Day est un nanar au sens large : j'ai beaucoup ri en regardant ce film alors que les éléments qui en étaient la cause n'étaient pas destinés à cela.



Non seulement les dialogues sont d'une bêtise effarante, mais l'insistance avec laquelle s'étale une "certaine" idéologie nombriliste et néo-fascisante est tout bonnement stupéfiante. Le canevas de l'intrigue n'est pas tissé de fine dentelle, mais forme un vilain nœud en corde d'amarrage tout ce qu'il y de plus simplet !



Trois points pour préciser ce que j'appelle "l'idéologie fascisante hollywoodienne" :

1) "Nous sommes le centre du monde"

En effet tout le film se déroule aux États-Unis (à part une ou deux scènes pour montrer que l'envahisseur s'attaque à toute la planète et écrase très facilement tous les non-Américains), le premier vaisseau-mère qui arrive se poste au-dessus du QG de la Terre : la Maison Blanche... et c'est de ce "QG" que viendra le salut de l'humanité (avec comme point de départ de la résistance humaine la date du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine).

2) "Nous somme les meilleurs..."

Si vous ne l'avez pas vu : à votre avis qui sauve le monde de cette race venue d'ailleurs, supérieure aux hommes (mais inférieure aux Amerloques) ?

Corollaire : seules l'idéologie politique et morale, la manière de vivre et la culture américaine sont viables.

3) "...surtout les WASP"

Puisque les Américains sont le monde, chacun doit pouvoir s'identifier à l'un des personnages principaux. Le réalisateur montre ainsi l'esprit de tolérance américaine. La preuve : parmi les héros il y a des Blancs, des Noirs, des Chrétiens, des Juifs, des hommes, des femmes, des enfants, des alcooliques et même un chien ! Mais ce n'est pas moins que le Président des États-Unis lui-même qui sauve le monde aux commandes de son avion de chasse ... Et ce dernier est une sorte de caricature de Golden Boy, la trentaine passée, blond aux yeux bleus, la coupe au carré, les dents blanches et étincelantes. L'archétype du WASP quoi ! Je pourrais continuer l'énumération à l'envie mais je pense avoir été suffisamment méchant comme ça.



David Levinson (Jeff Goldblum), le Président Thomas J. Whitmore (Bill Pullman) et le Capitaine Steven Hillis (Will Smith), sauveurs de l'humanité et du multiculturalisme politiquement correct. Euh... merci les gars.


Il est légitime de se dire à la lecture de ce qui précède qu'Indépendance Day est un film nauséeux. Certes, mais on peut le voir de la même façon que Tim Burton porte un regard humoristique sur la SF des années 50. Ainsi I.D. est tellement lourdingue que si dans le futur un réalisateur voulait parodier la SF ou l'esprit hollywoodien des années 90 il n'aurait qu'à ressortir I.D. tel quel.

Tout y est : manichéisme primaire, apologie du libéralisme pompier, paternalisme américain, personnages stéréotypés, centralisme culturel, idiotie et illogisme total de tout ce qui se passe dans le film, etc. En fait la seule différence avec Mars Attacks (sorti à la même époque) c'est qu'on ne rit pas avec le film, mais on rit de lui. Quand on le regarde avec un peu de recul, I.D. devient une sorte de grosse parodie de lui-même, notre rire y est plus sarcastique et forcement moins attendri que celui de Tim Burton parodiant la SF des 50's, mais il n'en n'est pas moins présent.



Le Dr Brackish Okun (Brent Spiner), beau spécimen de scientifique foldingue (qui a dit "stéréotype" ?)


Allez, juste un exemple de scène nanar pour illustrer mon propos :

Lorsque les extra-terrestres passent à l'attaque et détruisent tout sur leur passage, la caméra suit plusieurs personnages principaux par scénettes de 30 secondes environ (un peu comme les vieux films catastrophes délicieusement kitschs d'antan). On suit notamment la femme d'un des héros, qui fuit au volant de sa voiture. Brusquement c'est le chaos : la terre tremble, tout s'écroule, explose et part à vau-l’eau. Au milieu des cris, des flammes et des corps qui tombent, la femme parvient à trouver refuge dans une anfractuosité improbablement sûre au milieu du malstrom d'explosions. Soudain c'est l'angoisse : où est passé le chien qui était avec elle dans la voiture ? Après un suspense insoutenable et une acrobatie de dernière minute qui permet au toutou d'échapper in extremis à la mort (comme tout bon héros hollywoodien qui se respecte), une musique triomphante accompagne les retrouvailles du chien-chien à sa mémère. Ouf ! Des millions d'êtres humains sont morts mais aucun animal n'a été blessé au cours de la scène et ça fera bien plaisir à la ligue protectrice des animaux ! Tant que les héros (donc le spectateur) sont saufs... Quelle belle leçon d'altruisme !



Tournez-vous vers l'objectif, c'est pour la postérité. Un petit pas dans l'histoire du cinéma, un grand dans celle du nanar boursouflé de prétention.


Bon c'est vrai je n'ai pas choisi la scène la plus invraisemblable du film, mais pour ne pas gâcher le plaisir je préfère vous laisser découvrir les meilleures. Par exemple comment un des héros comprend que les messages cryptés que s'envoient les ET ne sont rien d'autre qu'un compte à rebours pour la destruction finale (d'ailleurs avez-vous remarqué à quel point les auteurs de superproduction américaines sont friands des comptes à rebours, le pompon revenant à Mission Impossible 2 qui n'en comporte pas moins de 7 !.



Ed Wood en rêvait...


D'autres scènes grandioses en vrac : voir comment Will Smith parvient à anéantir avec sa charrue de jet un vaisseau infiniment plus sophistiqué (et surtout d'assister à son petit monologue avec le cadavre de l'ET qu'il vient de descendre).

Voir aussi la scène du vétéran du Viet-Nam alcoolique, qui parvient à la rédemption par un acte d'héroïsme pur...

Et surtout la scène qui reste certainement la meilleure, celle du Président des États-Unis qui parvient à sauver le monde : stupéfiant de bêtise et d'incohérence !

En un mot rarement un film aussi idiot a été fait aussi sérieusement et avec autant de moyens !

Addendum


Cette chronique plutôt succincte compte parmi les tous premiers textes parus sur Nanarland, en 2001, à l'époque où le contenu de votre site sûrement préféré se résumait à... pas grand chose. Un film du calibre d'ID4 mériterait sans doute une critique un peu plus substantielle. Pour l'heure, on ajoutera ces propos du réalisateur Roland Emmerich, parus dans Les Années Laser N° 106, et qui apportent rétrospectivement un éclairage nouveau sur le film :?"Permettez-moi de vous révéler ce que personne au monde n'a perçu : Independance Day était un film 100% ironique. Les Américains l'ont pris au premier degré, et ils l'ont trouvé formidable ; les Français l'ont pris au premier degré, et ils l'ont trouvé grotesque... Mais aucun spectateur ni journaliste ne l'a abordé au second degré et n'a par conséquent senti que je me moquais ouvertement de l'Amérique." Difficile de juger aujourd'hui si les intentions du réalisateur étaient effectivement de traiter son sujet d'invasion extraterrestre avec ironie et distance, ou s'il s'agit simplement d'une pirouette pour faire bonne figure. Peut-être un peu des deux...



Lavieille
Lavieille

Independence Day
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Les notes des membres

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avatar de Lavieille Lavieille : 3.5
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Cote de rareté

En bon gros blockbuster overfriqué, le film a eu le droit à une pelletée de sorties DVD dont une édition double disque collector ruisselant de featurettes de promo et de "making of" complaisants sans intérêt. De toute façon, il repassera sur TF1 d'ici six mois alors...
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VHS néerlandaise.
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