Accueil > Chroniques > Nanars monstrueux > Animalier > Infested

Infested

  • Titre original : Infested
  • Titres alternatifs : L'invasion des insectes tueurs, Eaten alive
  • Réalisateur : Josh Olsen
  • Année : 2002
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Avec le taon, va, tout s'en va... (Catégorie : Animalier)
  • Durée : 1h24
  • Acteurs principaux : Amy Jo Johnston, Zach Galligan, Lisa Ann Hadley, Daniel Jenkins, Robert Duncan Mc Neil, Mark Margolis
Note :
3.5
Rico
Rico

Chronique



Moi, vous me connaissez ? Je n'ai jamais eu peur de rien ! J'ai entendu siffler pas mal de dialogues débiles à mes oreilles... Il m'est même arrivé de ne pas les entendre passer pour la bonne raison que des effets spéciaux foireux m'avaient intercepté au vol... Je me suis bagarré avec des nanars plus colosses que celui de l'île de Rhodes, j'ai pris des gnons visuels... sans jamais connaître le sentiment de la peur.

On m'a fait le coup du ninja, celui du requin atomique à 2 têtes, les faux "Rambo" philippins, les "Mad Max" de cours de récré, et toujours sans m'arracher un cri ni un mot.

C'est à peine si je perdais le sourire.

Et pourtant... aujourd'hui, J'AI PEUR DES MOUCHES...

(Librement adapté de Frédéric Dard)



On s'était dit rendez-vous dans dix ans.

Une poignée de personnages tous plus stéréotypés les uns que les autres se retrouvent pour les obsèques d'un des leurs. Ils se sont quittés après leurs folles années de lycée et que sont leurs beaux rêves devenus. Startupper, journaliste de presse people, conspirationniste benêt (on est en 2002), yuppie revendeur d'ectasy, comédien de soap opera... un triste ramassis d'anciens ados attardés échappé d'un "Friends" de seconde zone qui auraient troqués leur idéaux de gloire et d'absolu pour une réussite matérielle minable et frelatée. Pas un seul ne surnage vraiment dans cette galerie qui suinte le pathétique. Témoin le fait qu'à peine leur ami encore chaud porté en terre, les mecs digressent déjà sur les gonzesses du groupe qu'ils auraient aimé sauter...





Une scène surréaliste d'enterrement où le prêtre incarné par Mark Margolis part dans des tirades du style « Vous venez au monde un jour, respirant la vie, et le jour suivant vous n'êtes plus rien ! Pouf ! »




On devrait commencer à se méfier quand le prêtre termine son homélie en disant : « Qu'on puisse se rappeler de vous, la belle affaire, vous êtes mort et enterré... c'est déprimant ! »


On passe donc les 25 premières minutes du film à suivre cette escouade de têtes à claques ressassant leurs espoirs déçus aux obsèques de leur ancien ami. Un genre d'étude de caractère où personne n'est vraiment à sauver. Quand soudain se produit le dérapage qui va faire tout basculer. Le petit groupe de bras cassés réunis dans la maison au bord de la mer de l'un d'entre eux est attaqué par des mouches.





Et pas n’importe quelles mouches ! Des hordes d’insectes génétiquement modifiés qui pénètrent dans le corps de leurs victimes par tous les orifices pour les contrôler tels des zombies et les transformer en psychopathes homicides à la résistance surhumaine. Quelques plans en vision subjective nous montrent même un diptère énervé pénétrer dans la bouche d’un personnage pour mieux prendre contrôle de son système nerveux, mais aussi pondre des œufs dans sa victime et propager l’infestation.











Beware la mouche !


Dégueu ! En fait non, pas tant que ça parce qu’en fait les effets spéciaux ne suivent vraiment pas : les mouches en images de synthèse approximatives jaillissant en trombe de leurs victimes se retrouvent rapidement n’être qu’une bouillie de points noirs mal incrustés sur des acteurs gigotants, décrédibilisant immédiatement tout effet horrifique. D'autant que, sensibles à la lumière vive, elles peuvent exploser en une jolie gerbe de flammes du plus bel effet... Enfin quand ça arrange le scénariste, parce que la scène précédant cette révélation, on vient de voir les mouches tranquillement virevolter en plein jour comme si de rien n'était...









La mouche qui pète... à photosensibilité variable.


N'empêche que rapidement tout se complique ! Si les premières contaminations se la jouent à la sournoise, du style viens faire bécot que je te refile quelques moucherons, rapidement les infectés se mettent à attaquer en groupe leurs anciens camarades, façon psychopathes inarretables qui veulent absolument contaminer leurs vieux poteaux. Forcément les survivants se barricadent dans la baraque... Le siège peut commencer.

Oscillant entre le film d’infection et le siège de zombies à la "Nuit des Morts Vivants", le film aligne ses scènes chocs avec une belle confiance dans son cahier des charges de film d'horreur très balisé. Qui est contaminé, qui ne l'est pas ? Qui va survivre, qui va trahir quand tout le monde ne s'y attend pas (à part le spectateur bien sûr) ?





Le tout magnifié par des dialogues somptueusement crétins qui n'auraient pas déparé dans une parodie des Nuls.

« - Ecoute, Carl et Mindy n'ont plus rien d'humains, ils ont été remplacés par je ne sais quoi qui les a dévorés et qui n'a pas besoin de tête pour fonctionner !

- Seigneur ! Mais ça fout les jetons !

- Eliott, ce que tu vois dehors ça existe, il faut faire face à la réalité ! »




En plus la version française en rajoute une couche :

« - Y a plus de tonalité, sales bêtes elles ont coupé le téléphone !

- Elles sont fines mouches ! »


La patine du temps est aussi l'élément qui permet d’apprécier davantage la nanaritude du film, plus encore aujourd’hui qu’à son époque. Chaque décennie cinématographique gagne 15 à 20 ans plus tard un style immédiatement reconnaissable qui fait qu’on se met à la considérer d’un œil nouveau et attendri, teinté d’une nostalgie pour une jeunesse aux allures de paradis perdu. C’est un phénomène qui commence à être particulièrement bien connu des amateurs de mauvais films sympathiques. Lorsque le site a été créé au début des années 2000 nous nous extasions avec tendresse sur les années 80, et puis au fur et à mesure du temps nous avons redécouvert les années 90, et maintenant c'est le début des années 2000.

Soyons clairs : 2002 c'était il y a 15 ans et les maniérismes de la période tant visuels que scénaristiques commencent à devenir évidents : son pseudo cynisme post-moderne sur des personnages presque conscients d'être des stéréotypes, son absence de la moindre ambition cinématographique au profit d'une image vidéo télévisuelle affreusement lisse sous un éclairage sans nuance style AB production, son admiration sans faille du potentiel scénaristique des errements du réseau de la téléphonie mobile, son emploi sans recul d'effets spéciaux numériques absolument pas finalisés sensés nous en mettre plein la vue.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que quand on regarde les critiques sur Internet, le film se fit froidement descendre à sa sortie avant de commencer à gagner une décennie plus tard une reconnaissance beaucoup plus amusée, notamment aux Etats-Unis où certains ont même commencé à en parler comme d'un proto Birdemic.





Oui parce que les effets spéciaux, va falloir en parler à un moment ou un autre.


Cependant il faut aussi relativiser la crétinerie des péripéties : sans être une franche parodie, car il se vend d’abord et avant tout comme un film d’épouvante, le film possède tout de même un second degré certain. "Scream" est passé par là, on ne peut plus au troisième millénaire réutiliser des personnages de films d’horreur sans avoir conscience de leurs caractères profondément idiots. Et le réalisateur enfonce le clou en les rendant le plus antipathiques et superficiels possible. Mais ce qui passe assez bien avec des teenagers par définition un peu concons et irresponsables, devient franchement surréaliste quand il s’agit de trentenaires installés, qui pensent d’abord avec leur braguette plutôt qu’avec leur tête et qui foncent tête baissée dans les situations les plus idiotes. Comme réussir à se cacher sous un carton d'emballage pour tenter d'échapper aux mouches, ou grimper sur le toit de la maison et jouer à l’équilibriste au-dessus des possédés pour essayer de chopper une barre de plus sur son 2G.







Une méthode de camouflage "Solid Snake approved".






Non mais là je te jure, je vais finir par capter quelque chose.



La facture de téléphone en fin de mois (allégorie).


Le réalisateur et scénariste Josh Olsen, qui a essentiellement œuvré jusqu’alors dans la comédie, n’est pas totalement dupe de la débilité profonde ce qu’il est en train de tourner, et grossit le trait pour arriver à un résultat qui devient parfois décalé à force d’être improbable. En fait on sent que le film a souffert de tout un tas d'errements au long de sa conception et semble notamment avoir pris l’eau financièrement au fur et à mesure du tournage. Pourtant à la base on sent qu'on n’évolue pas dans la série Z fauchée mais plutôt une série B confortable. Il y a des acteurs souvent issus de séries télé à succès qui pourraient être bankables, Zach Galligan le héros de "Gremlins", Amy Jo Johnston, qui fut la "Power Rangers" rose, Robert Duncan McNeill de "Star Trek Voyager", cette trogne inimitable de Mark Margolis ("Delta Force 2", "Oz", "Breaking Bad"), une chanson un peu connue comme gimmick musical, la volonté de miser sur des effets numériques encore onéreux en ce début des années 2000.



Et puis si la Lune était si près de la Terre, les mouches mutantes ne seraient pas ma principale inquiétude !


On a parfois l’impression que le film a été conçu sérieusement au départ - la plupart des acteurs, plutôt bons par ailleurs, faisant leur taf comme ils peuvent avec le matos qu'on leur donne - puis que, soudain conscient de la vacuité de ce qu’il est en train de tourner, le réalisateur Josh Olsen lâche progressivement la bride et se met consciemment à faire de plus en plus n’importe quoi. Ce qui pourrait expliquer pourquoi, s'il y a une certaine ambition au départ et la volonté de créer une atmosphère, on sent dans sa deuxième partie que le film n’en a plus rien à faire de ce qu’il raconte et qu'il enchaîne les péripéties invraisemblables de façon de plus en plus j’m’en-foutiste. D'ailleurs c'est bien simple, un rapide regard à la jaquette montre qu’on n’était même pas sûr de ce que devait être l'insecte tueur, comme si le matériel publicitaire avait été conçu à part sur la base d’un vague synopsis. C'est une mouche ça ? Une guêpe, une abeille, un hybride génétiquement modifié ?

Rapidement plus rien n’a d’importance. Que les mouches jaillissent sans explication d'une bouteille de shampoing alors que l'héroïne prend sa douche. Que celle-ci prenne des poses badass avec deux bombes d’insecticides à la place des flingues. Que les insectes et leurs porteurs se retrouvent désorientés et explosent dans tous les sens quand on balance de la musique pop sur la chaîne hifi...



Et ce n’est pas un final absurde et sorti de nulle part en guise d'explication qui va sauver l’ensemble, avec un grand méchant derrière tout ça qui jaillit soudain pour venir débiter des explications misanthropes débiles (les humains sont trop nuls, ils ne méritent pas de vivre, c'est pour cela que j'ai créé ma propre race de mouches en laboratoire pour me venger du monde !) en prenant des airs sardoniques.





Je suis le méchant !!!


"Infested" est un OVNI qui, avec le temps, ne cesse de se bonifier nanaristiquement parlant. Passée la première demi-heure qui essaye de se la jouer comédie de mœurs un peu décalée, le film, dès qu'il amorce son virage vers l'horreur, se prend le mur avec un enthousiasme qui force le respect. Surjeu généralisé, péripéties invraisemblables, effets spéciaux absolument à la ramasse, on aurait tort de bouder son plaisir devant un résultat aussi hilarant.



Un dernier bisou ?


Josh Olsen t’es qu’un gros nul et tu feras jamais rien de bien dans ta vie... Ah ah c'est quoi ta filmo que je continue à me payer ta fiole ? Ah ? Deux ans plus tard tu écrivais le scénario d'"History of Violence" de Cronenberg... Ok je vais me pendre.



Rico
Rico

Infested
PUB

Cote de rareté

Le DVD français "Universal/Tristar" se trouve sans aucun problème à prix modique sur le net (il existe bien un Blu-Ray américain mais il est dur à trouver et n'est qu'en anglais !). Bon ça reste quand même du basique, en dehors d'un large choix de langues, de sous-titres et quelques bande-annonces, mais il n'y a cependant pas de quoi ne pas prendre la mouche...

Cote de rareté : 2/Trouvable Consulter le barème de notation