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Land of Death

  • Titre original : Nella terra dei cannibali
  • Titres alternatifs : Land of cannibals, Horror Cannibal 1
  • Réalisateur : Bruno Mattei, (sous le pseudo de Martin Miller)
  • Année : 2003
  • Pays : Italie / Philippines
  • Genre : Dawn of the Vincent (Catégorie : Cannibales)
  • Durée : 1h33
  • Acteurs principaux : Claudio Morales, Cindy Matic, Lou Randall, Ydalia Suarez, Silvio Jimenez, Santi Larrauri, Alex Vitale
Note :
3
Kobal
Kobal

Chronique





Triste hasard, Kobal a finalisé cette chronique dix jours seulement avant l'annonce de la mort de Bruno Mattei, le 21 mai 2007. Son cri d'amour final à la gloire du plus roublard des bisseux italiens prend dès lors l'apparence d'un hommage à un homme attachant que Nanarland et tous les amateurs de cinéma d'exploitation décomplexé regretteront...







« Land of Death » est la seconde partie du double-programme "70 years old Mattei in the Jungle of the Philippines", concept merveilleusement remis au goût du jour par notre ami Italien dès 2003, bien avant ces vils plagieurs de Tarantino et Rodriguez. En fait, il faut bien avouer qu'en fin costkiller adepte du rendement optimal, Bruno maîtrisait déjà depuis de nombreuses années la technique du « deux films pour le prix d'un », comprendre par là que si vous, vous paierez bien deux fois pour voir les films, Mattei, lui, n'a mis la main à la poche qu'une seule fois. Bref, voici un réalisateur qui doit sûrement se lever tôt.





Mais pourquoi continuer à prendre des pseudos ? Pour la légende ?




Un point de scénario (si tant est que ce mot ait un sens dans ce genre de production) : la fille d'un quelconque gouverneur américain a disparu dans la jungle philippine. Une équipe de commandos est logiquement envoyée à sa recherche, menée par un guide rompu à tous les pièges locaux.



Mais de sauvages cannibales rôdent...



Si vous avez vu et aimé « Cannibal World », pas de surprise, vous marcherez en terrain connu avec ce « Land of Death » : mêmes lieux, mêmes acteurs, même qualité DV porno, même bidoche rougeaude, etc., et bien entendu, les mêmes tics de réalisation qui ont rendu l'ami transalpin si connu de part le monde du bis déjanté. Première évidence qui fait plaisir : tous le acteurs sans exception sont délicieusement nuls. C'est tout de même sidérant de voir avec quel talent Bruno continue d'avoir le feeling parfait pour nous sortir de nulle part des ringards pareils, pas foutus de donner un semblant de crédibilité à leur rôle. Malin comme un singe, il a bien sûr récupéré direct from « Cannibal World » quelques têtes éprouvées, probablement endettées jusqu'au cou pour avoir accepté de renouveler leur contrat (la traite des clodos de Manille existerait-elle toujours ?).





On prend les mêmes et on recommence.




J'avoue avoir un gros faible pour la trogne de Claudio Morales, inoubliable Bob Manson, qui a eu cette fois la chic idée de sommairement fusionner deux personnages importants de « Cannibal Holocaust », en leur volant respectivement un détail évocateur, à savoir la pipe en bruyère du Professeur Monroe et le chapeau de routard de son guide. Le résultat est évidemment bien loin du modèle original et ressemble plus à un certain marin accroc aux épinard en vacances, image en totale adéquation donc avec la présente thématique du Commando VS Cannibales. Malheureusement, comme de nombreuses étoiles filantes de l'acting nanar, Claudio n'a pour le moment que 2 films à son actif, et c'est avec impatience que je surveille sa fiche imdb.







Mais qu'on ne s'inquiète pas pour les p'tits nouveaux qui, niveau nanar, assurent comme des bêtes. Admirez messieurs dames, un sosie de Jakoda qui partage avec lui un même cerveau, une tarlouze décomplexée qui réclame des parkas assorties à la couleur de ses yeux, une Latinos qui connaît les 5 mots espagnols internationaux (amigo, muchacho and co), un taré qui redéfinit une nouvelle fois le terme "cabot" et, pour finir, les vraies stars du film, à savoir plein de sauvages beuglant à qui mieux mieux. Enfin, "plein", c'est grâce au culot de Bruno qui annonce "une centaine de cannibales" quand on en voit maximum 20 à l'écran (remember "il y a des millions de rats derrière cette porte !" dans « Les Rats de Manhattan »).





La fine équipe quasiment au complet.





Le Lt. Wilson se croit dans « Strike commando 3 ».




Ces derniers attirent d'ailleurs l'attention du nanardeur, tant leur traitement est d'une crétinerie confondante. En 2003, Mattei continue à nous servir du sauvage natif à la sauce colonialiste amateur de frissons exotiques qui n'aurait pas dépareillée il y a un siècle. Le Mondo n'est pas mort, Mattei est son messie. Ces peuples sont ainsi entièrement constitués de décérébrés hurlant en permanence, sans même de langage véritable, et qui, s'ils connaissent au moins le feu, ne peuvent se retenir de manger les viscères crus en se les arrachant mutuellement de la bouche et en s'en foutant partout. Même quand ils mangent des couilles de singe faisandées (un plat typique, je n'en doute pas), ils se barbouillent la gueule avec en rigolant comme de gros niais.









Miri-Shoran, déesse mystique de l'amour et de la sensualité, danse comme une patate.




Pourquoi sont-ils cannibales, on ne le saura jamais vraiment, et on sent bien qu'on s'en fout. Il est évident que le sujet du film n'est pas une étude anthropologique, mais un semblant de cohérence ne ferait toutefois pas de mal pour rendre un peu crédible ce qui se résume ici à une bande de débiles peinturlurés en rose qui ne branlent rien de leur journée à part mastiquer une cervelle à l'occasion. Surtout quand on veut faire de ses héros de fins connaisseurs en culture indigène. Bref, vous l'aurez compris, depuis « Virus Cannibale » et ses Papous nécrophages aux abois, rien de bien nouveau sous le soleil italien.









Une séquence d'explications toute en subtils hurlements.




La psychologie des personnages est quant à elle toujours aussi vaseuse, évoluant du tout à son contraire en 5 minutes, ce qui permet au scénario de sombrer tranquillement, et ce malgré sa grande simplicité (je rappelle qu'il se résume à une équipe de gars qui marchent dans la jungle pendant 90 minutes, et dont la dernière demi-heure est une chasse à l'homme avec les mêmes bonshommes qui surgissent de fourrés ou de mares d'eau, et meurent indéfiniment). A la décharge de Bruno, faut reconnaître qu'il n'est pas évident de rendre cohérent un tel amas de repompes sauvages de films de genre. Bah oui, pourquoi se faire chier à produire des idées neuves alors que d'autres en ont déjà eues auparavant ? Surtout que comme ça, on peut se permettre de n'utiliser que les idées qui ont fait leurs preuves. Je vous le dis, moi, le seul vrai cannibale ici, c'est le réalisateur.



L'amateur prendra ainsi grand plaisir à relever les emprunts plus ou moins énormes, éparpillés tout au long du métrage. Si « Aliens », « La Montagne du Dieu Cannibale », « La Secte des Cannibales » (un autre beau nanar du genre), « Double Target » (vive l'auto-référence) et « Cannibal World » (ou l'inverse, on s'y perd) ne font que le teinter par de fugitifs relents, que dire de « Predator » et de « Cannibal Holocaust » (encore lui !) dont ce ne sont plus seulement les idées, mais carrément des scènes entières qui sont plagiées à l'angle de vue près, mélangées n'importe comment et exposées sans aucun scrupule à l'écran. Certains passages enchaînent les scènes de repompe à un tel rythme que les tentatives pour les resituer dans leurs métrages d’origine donnent le vertige. C'est la 4ème dimension par moments ! La preuve en image : la plupart des vidéos de cette chronique sont des plagiats, musiques inclues, de scènes de « Cannibal Holocaust ». Mattéi a juste retiré le talent de Deodatto pour n'ajouter à la place que bouffonnerie caricaturale à fort coefficient de nanardisation. Ca, c'est de la vraie valeur ajoutée.





J'ai comme une impression de déjà-vu...





Une double impression de déjà-vu, mais pas exactement la même.




Et quand Bruno est trop fatigué pour tourner lui-même une scène qu'il a volé, pas de souci, il reste toujours les traditionnels stock-shots : personne ne s'étonnera donc d'apercevoir un léopard flou en contre-champ (dont je préfère vous laisser deviner le métrage d'origine) ou bien des scènes d'hélicoptères montées en dépit du bon sens (on peut voir les hélicos se déplacer alors que des personnages sont en train d'en descendre tranquillement avec des filins).





I never edited footage de gueule in my movies.




Adepte du mauvais goût jusqu'à sa mort, le père Mattei continue par ailleurs d'en foutre plein la gueule aux animaux dans son film. Les fans auront remarquer que la cause animale est une cible de choix dans de nombreuses de ses oeuvres : les rats sont cramés vivants dans « Les Rats de Manhattan », un serpent est shooté sans sommation dans « Strike Commando », un requin est explosé dans « Double Target », un caïman est égorgé dans « Cannibal World », etc. Ici, c'est la fête au snuff, et c'est un marcassin, un serpent et une araignée qui trinquent. Alors que la tortue de « Cannibal Holocaust » continue de faire parler d'elle plus de 20 ans après, Mattei, lui, s'en branle royalement et doit être un des derniers à incorporer du snuff animalier dans ses films. C'est à se demander comment il peut les vendre à l'exportation après...





Amis de la poésie, au revoir.





Ne jamais se trouver en face d'un cannibale qui éternue.




Du mauvais goût, il y en a aussi dans les effets spéciaux goreux car s'ils ne sont pas forcément trop moches, leur utilisation nawak leur donne un côté grandguignolesque tout a fait nanar. Quant au doublage et aux dialogues, sans être transcendants, ils assurent tout de même le minimum de ringardise. Enfin, le tout est enrobé d'une musique militaire digne de la guerre de Sécession, ridicule et déplacée.





De la représentation phallique dans les sociétés natives.




En tout cas, c'est pas tout que de piller des idées, faut aussi du pognon. Et Bruno semble en avoir manqué pour finir son oeuvre tant la fin est expédiée vite fait mal fait. Si certains peuvent ne pas apprécier, perso, j'adore ce coup de massue final qui en dit bien long sur le talent de son auteur.





Cameron vient de se faire blesser au sac à dos.




Mieux vaut toutefois préciser qu'au nanaromètre, « Land of Death » reste en-deça de « Cannibal World ». La faute à un rythme moins soutenu, avec une insistance un poil trop longue sur nos amis cannibales qui ripaillent grassement pendant que les pélos des commandos marchent sans fin dans la forêt. Il manque aussi tout le croustillant nanar de la pseudo-réflexion Cannibal Holocaust-like anti-télocho-capitalisto-mais qui sont les vrais sauvages ? Mais ce ne sont pas ces quelques menus défauts qui doivent vous empêcher de savourer ce sympathique nanar qui réserve de nombreuses scènes de franche rigolade.





J'hésite à classer celle-là comme repompe de l'arroseur arrosé.




En conclusion, je ne peux m'empêcher de lancer ce cri d'amour à Mattei : je ne t'oublierai jamais, mon bonhomme ! Tu as réussi à survivre à la chute du cinoche italien avec en plus la grâce de poursuivre dans ce domaine auquel tu as tout donné, le nanar bisseux. Indécrottable camé de la pelloche, tu as été capable de t'adapter aux conditions de tournage moderne sans pour autant perdre ton identité. En véritable génie, tu as réussi l'exploit de conserver tout ce qui faisait ton charme, à savoir le pire du cinéma des 80's, tout en y intégrant le pire du cinéma actuel. Ma loyauté t'est acquise pour toujours, et jamais tu ne quitteras la chaude place qui t'est réservée dans mon coeur.



Vidéos Bonus :

Une amputation nanarde comme il faut, suivie d'une déclaration qui vient du coeur

La psychologie native selon Romero

La coke, produit indispensable à tout guide touristique





Kobal
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Land of Death

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Les notes des membres

Moyenne : 2.88
avatar de Kobal Kobal : 3
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avatar de Nikita Nikita : 2.5
avatar de Rico Rico : 3

Cote de rareté

Le titre européen surfe allègrement sur un certain film de zombies signé Romero (par ailleurs, nom de Claudio Morales dans ce nanar ; soit Mattei cite ses sources, soit en vrai potache il se fout de la gueule du monde). Un des titres alternatifs est carrément « Cannibal Ferox 3 » ! Quant aux Japonais, on fait encore moins dans la finesse avec le titre « Cannibal Holocaust : Cannibal vs Commando ».



Il est trouvable en DVD Z2, soit en édition simple avec un habillage 3-D chicos, soit en coffret double DVD avec son frangin Cannibal World, soit en coffret 5 DVD à ne pas manquer chez "Fravidis" (contenant en prime Virus Cannibale, Zombi 3 et « The Black Cat »).





Le coffret 5 DVD.





DVD russe (Zemlia cannibalov).





Le DVD double face, en duo avec « Cannibal World ».
Cote de rareté : 2/Trouvable Consulter le barème de notation

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