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The Mighty Gorga

  • Titre original : The Mighty Gorga
  • Réalisateur : David L. Hewitt
  • Année : 1969
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Pas King, mais bien Kong (Catégorie : Monstres géants)
  • Durée : 1h24
  • Acteurs principaux : Anthony Eisley, Megan Timothy, Kent Taylor, Scott Brady
Note :
3,5
Nikita
Nikita

Chronique





Ceux qui ont vu le premier « King Kong » savent probablement que ses effets spéciaux ont pris un coup de vieux : cela ne l’empêche pas, cependant, de garder tout son charme, en vertu d’un élément mystérieux et fluctuant que l’on appelle la qualité. Car réussir un film de monstre, ça ne demande pas que de la technologie de pointe, mais – et les contempteurs du cinéma de genre l’oublient trop souvent – une dose certaine de talent.



Nous en voudrons pour preuve le visionnage de « The Mighty Gorga », classique du film de drive-in qui, pour avoir été tourné 36 ans après « King Kong », n’en est pas moins des années-lumières à la traîne du grand-père de tous les films de gorille géant. C’est bien simple, cette oeuvre de David L. Hewitt est sans doute ce que l’on a pu faire de plus aberrant dans ce créneau relativement étroit : combinant film de monstre grotesque et film de jungle lamentable, « The Mighty Gorga » rassemble toutes les tares imaginables pour constituer un nanar de compétition.







La victime, vraisemblablement terrifiée par le strabisme du singe.




Il convient de signaler que le récit démarre plus que mollement : après une séquence pré-générique alléchante qui nous permet de découvrir le gorille dans toute sa splendeur, sur le point d’honorer un sacrifice humain, nous allons subir une bonne demi-heure de parlottes mollassonnes. Un aventurier, propriétaire d’un cirque, décide de trouver un animal fantastique pour sauver son entreprise de la faillite. En vue d’accomplir cette étrange mission – essayer de renouveler leurs numéros serait peut-être moins coûteux et moins hasardeux -, notre héros part avec flegme pour l’Afrique, où il rencontre une jeune anglaise à la recherche de son père disparu.







Si, si, c’est l’Afrique, la preuve, il y a des Noirs ! (Profitez-en, on n’en reverra quasiment plus)







Malgré les longueurs initiales du récit, des fissures apparaissent déjà, qui feront bientôt s’écrouler toute prétention à la crédibilité qu’aurait pu avoir le film. Si l’on omet le fait que la jungle impénétrable africaine ressemble étrangement à un parc naturel californien, il s’agit en outre de la contrée la plus étrange qui soit : les porteurs des héros sont bel et bien des Noirs, ce qui paraît normal, mais les indigènes ressemblent étonnamment à des blancs passés au cirage, ce qui leur donne un vague air d’Indiens d’Amazonie. A croire que l’on s’est trompé de continent !











A noter également la méthode d’exploration originale de nos héros, qui laissent leurs porteurs en plan et partent à l’aventure sans vivres et quasiment sans équipement. C’est à ça qu’on reconnaît les vrais aventuriers.





Le père de l’héroïne est joué par Kent Taylor, un sous-Errol Flynn tombé sur le tard dans le Z alimentaire, et dont l’un des titres de gloire est d’avoir inspiré, avec Clark Gable, le nom de Clark Kent, alias Superman !





Lui, c’est le méchant. Notez le trésor en verroterie authentique.




Mais la vraie attraction du film va bientôt revenir montrer le bout de son nez : le village vénère en effet, tel un Dieu en costume de carnaval, le gorille géant Gorga, auquel de jeunes filles sont régulièrement sacrifiées. Le principal interlocuteur de Gorga au sein de la tribu est le sorcier, sur lequel vous me permettrez de m’arrêter un instant : non content de ressembler vaguement à Benny Hill et d’être joué par l’un des plus mauvais acteurs du monde (Bruce Kimball : un nom à retenir !), l’homme-médecine contribue de façon vertigineuse à amplifier le ridicule de chaque scène où il apparaît. Ses scènes semblent en effet avoir été rajoutées après coup, ou en fin de tournage, attendu qu’il n’apparaît accompagné à l’image qu’à une seule reprise : toutes ses autres apparitions consistent en monologues dans le vide, où le comédien est censé s’adresser au gorille géant, et parle donc face caméra en repoussant très loin les limites du surjeu.









Pour grotesque qu’il soit, le sorcier se fait néanmoins voler la vedette par son « partenaire » : Gorga lui-même. Les mots échouent à restituer l’émotion qui nous saisit à chaque apparition de ce gorille géant. C’est bien simple, King Kong est un vrai minable à côté de lui. Rarement aura-t-on vu masque si expressif, créature si convaincante, effets spéciaux si réussis !







L’indigène est terreur et effroi.







Non, je déconne. Dans la famille des grands singes, Gorga est le cousin mongoloïde, un King deux fois plus Kong qui dépasse toutes les limites du ridicule en laissant littéralement pantois à chacune de ses apparitions. Constitué d’un masque, d’une paire de gants et d’une vague peluche recouvrant un malheureux comédien sous-payé (le costume n’était paraît-il pas tout à fait fini, et se limitait à un masque et des gants de singe, ce qui explique que la bête apparaisse très peu en plan large), Gorga se distingue également par une remarquable absence d’expressivité : rarement un masque en caoutchouc aura paru aussi rigide ! Au moins les concepteurs du costume ont-ils réussi à lui donner des yeux un petit peu vivants, à force d’être perpétuellement écarquillés. Gorga est le seul gorille qui ne cille jamais, et en plus il louche un peu. Ajoutons à cela une bouche perpétuellement ouverte, au point qu’elle finit par rappeler vaguement un vagin : si l’on y ajoute des dents protubérantes, on pourra en conclure que la bête, non contente d’être moche, d’avoir l’air complètement stupide, a également l’air d’avoir une foufoune dentée à la place de la bouche. C’est particulièrement malsain.







Mais rien ne nous a cependant préparés au clou du clou du clou du film, à savoir le combat de Gorga contre….







Le tyrannosaure !








Je ne veux même pas le décrire, vous n’avez qu’à admirer les photos. Il faut parfois se taire et laisser parler les images.











Bricolé en dépit du bon sens, bâclé au-delà de toute expression, « The Mighty Gorga » rattrape largement dans sa seconde partie la mollesse de son introduction : le ridicule ne cesse pour ainsi dire jamais, à force de maquillages ineptes, d’action incohérente et d’effets spéciaux cochonnés par une bande de stagiaires à moitié fous à qui le soleil avait dû trop taper sur la tête.







Allant de scènes grotesques en péripéties poussives sans jamais s’arrêter sur les chemins sinueux de l’absurdité la plus totale, « The Mighty Gorga » s’achève en outre par une conclusion si précipitée qu’elle semble suggérer une suite qui, fort malheureusement, resta à l’état de projet dans le cerveau malade des auteurs.







Malgré des longueurs typiques de la série Z crasseuse, on ne saurait trop vous conseiller de vous jeter sur ce chef-d’œuvre du cinéma débile, ni fait ni à faire, mais profondément exaltant par son crétinisme même. N’hésitez pas à zapper les parties ennuyeuses, et ne vous privez pas de ce petit classique !





Nikita
Nikita

The Mighty Gorga
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Les notes des membres

Moyenne : 3.5
avatar de MrKlaus MrKlaus : 3.5
avatar de Nikita Nikita : 3,5

Cote de rareté

Jamais sorti en France, le film a été récupéré par les éditeurs américains de « Something Weird Video », qui le proposent en double DVD avec la parodie érotico-préhistorique « One million AC/DC », assez irregardable mais dont les auteurs ont réutilisé… le même costume de dinosaure !



Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation