Accueil > Chroniques > Nanars épiques > Aventures > Mission Suicide : Strike Commando 2

Mission Suicide : Strike Commando 2

  • Titre original : Trappola diabolica
  • Titres alternatifs : Strike Commando 2
  • Réalisateur : Bruno Mattei
  • Année : 1989
  • Pays : Italie
  • Genre : Rambo à la poursuite des aventuriers de l’arme fatale (Catégorie : Aventures)
  • Durée :
  • Acteurs principaux : Jim Gaines, Brent Huff, Mary Stavin, Richard Harris, Mel Davidson
Note :
2
Nikita
Nikita

Chronique

Bruno Mattei est un homme qui ne fait jamais les choses à moitié. Après avoir révolutionné le film de guerre ramboïde avec le premier « Strike Commando », où Reb Brown nous offrait une prestation nanardesque d’anthologie, le maître de Cinecittà ne pouvait rester longtemps sans tourner de nouvelles aventures musclées aux Philippines. Suivant la logique du « ça a marché une fois, ça marchera 50 fois », l’ami Bruno s’était dépêché d’usiner dans l’archipel un « Double Target » avec Miles O’Keeffe en Chuck Norris du pauvre, puis ce « Mission Suicide », suite du mirifique « Strike Commando ».



Autant dire tout de suite, pour calmer les ardeurs des fans du premier, que « Mission suicide : Strike commando 2 » n’atteint pas l’intensité de son prédécesseur. La faute en incombe en partie à l’absence de Reb Brown, remplacé ici par le monolithique Brent Huff, naguère jeune premier de films érotiques (« Gwendoline ») et de ninjateries diverses (il était apparu dans le « American Ninja » avec Shô Kosugi). Mais surtout, « Mission Suicide » n’a pour ainsi dire rien à voir avec « Strike Commando », si l’on excepte le fait que le héros s’appelle Michael Ransom et que la guerre du Vietnam est évoquée le temps de quelques scènes. « Mission Suicide » aurait pu porter le sous-titre de « Portés Disparus 4 » sans que ça change grand-chose, mais Mattei a dû se dire que tant qu’à avoir un début de franchise, il valait mieux l’exploiter comme on pouvait. Le film n’est cependant pas dénué d’intérêt, bien qu’il ne s’agisse pas là d’un Bruno Mattei de première cuvée.







Malgré ce que le titre français et les illustrations promotionnelles voudraient nous faire croire, « Mission Suicide » n’est pas un film de guerre, en dépit du nombre assez impressionnant de cartouches gaspillées à l’écran. L’œuvre se veut au contraire un film d’aventures exotique dans la plus pure tradition indianajonesque. Oui, enfin, ils aimeraient bien… Le problème n’est pas tant ici de déterminer à quel genre appartient ce film, mais lequel il copie le plus. Mais nous allons y revenir…





Brent Huff nous fait une démonstration de son fabuleux jeu d'expression.




Michael Ransom, héros du premier « Strike Commando », est contacté par les services secrets pour retrouver Vic Jenkins, son ancien supérieur au Vietnam, qui a mystérieusement disparu. Ransom se met en chasse aux Philippines pour retrouver son ami, qui lui avait naguère sauvé la vie. Il va en chemin se colleter avec des méchants divers, rencontrer une belle blonde qui va partager son aventure, et affronter diverses chausse-trapes et trahisons, avant de faire place nette à grands coups de bazooka.





Brent et ses chouettes copains tentent de nous faire croire qu'on va voir un film de guerre.




L’histoire est des plus banales, mais c’est son traitement qui va faire la différence. Tout d’abord, une curiosité attire l’œil du spectateur dès le générique : la présence, dans le rôle de Vic Jenkins, de… Richard Harris ! J’ai mal lu, se dit-on, ça doit être Richard Harrison… Hé non, c’est bien Richard Harris, celui de « Un Homme nommé cheval », « Les Oies sauvages », « Gladiator » et « Harry Potter », venu se compromettre dans un film de Mattei. Richard Harris a pourtant prétendu qu’il était à la retraite durant les années 80… Le film a-t-il été tourné par un sosie, Mattei l’a-t-il filmé à son insu ? Non, non, pas d'erreur c’est bien lui et nul autre, toujours très classe, mais l’air aussi peu concerné par ce qu’on lui fait jouer que s’il tournait une publicité pour un whisky japonais. Il a sans doute été embauché parce que Mike Monty n’était pas disponible…





"Je suis Richard Harris, et je suis actuellement retenu en otage aux Philippines par un certain Bruno Mattei, qui me force à tourner des nanars. En échange de ma libération, il réclame une édition director's cut en DVD de "Virus Cannibale". Je vous en supplie, faites ce qu'il dit !"




Passé cette surprise, le film démarre assez doucement. Mike Ransom entame aux Philippines une enquête assez pépère et peu chargée, durant le premier quart d’heure, en scènes véritablement nanardes. A part l’apparition de Jim Gaines, le Noir de service de la série Z philippine (il joue un sbire rapidement estourbi), pas grand-chose pour stimuler le nanardeur endurci dans ce qui semble être une série B un peu molle.



Puis notre héros rencontre dans une taverne malfamée celle qui va être sa compagne d’aventures. Mary Stavin, ancienne miss Suède, joue (effroyablement mal) une patronne de bistrot qui passe son temps à faire des concours de beuveries avec ses clients les plus soûlards. Attendez, mais… cette scène où la nana se mesure à un ivrogne obèse pour savoir qui boira le plus de verres… c’est tout droit sorti des « Aventuriers de l’arche perdue » !









Le cinéphile a à peine le temps de se remettre du choc que surgit dans la taverne un méchant sadique à lunettes, coiffé d’un grand chapeau et entouré de sbires. Le plagiat du premier Indiana Jones continue sans aucune vergogne ! A ceci près que les hommes de main du méchant sont… des ninjas !













Après la destruction de la taverne, Ransom se retrouve à devoir traîner après lui la nana, comme dans « Les Aventuriers… ». La demoiselle étant assez empotée (tiens on avait cru comprendre que c’était une baroudeuse dure à cuire habituée des Philippines ?), ils ne vont pas arrêter de se chamailler, comme dans « A la poursuite du diamant vert ». Cependant, les méchants leur tendent un traquenard, et Ransom se retrouve torturé comme dans « L’Arme fatale »…



Arrêtons là, car vous avez dû comprendre la logique. Bruno Mattei est en effet un malin qui, à défaut d’avoir du talent, sait parfaitement maîtriser les technologies de pointe, et notamment un outil très performant : la photocopieuse ! Après l’avoir fait marcher à toute berzingue sur une copie de « Rambo 2 » pour produire le premier « Strike Commando », l’ami Bruno s’est dit qu’il serait plus avantageux de la mettre en action non pas sur un seul film, mais sur une bonne dizaine ! Ainsi, « Mission suicide : Strike commando 2 » s’apparente à un véritable jeu de piste pour cinéphile, où le but serait de deviner sur quel film a été copiée quelle scène. La quasi-totalité des morceaux de bravoure du grand Œuvre de Mattei sont en effet littéralement décalqués sur des blockbusters américains facilement identifiables. Que ce soit dans l’action, les personnages, les situations, la musique etc., on reconnaît pêle-mêle des influences de (accrochez-vous) : « Full Metal Jacket », « Apocalypse Now », « Les Aventuriers de l’arche perdue », « A la poursuite du diamant vert », « Rambo 2 », « L’Arme fatale », et j’en oublie sans doute ! Mattei aurait dû travailler dans la contrefaçon, il a manifestement un don pour ça !







Mais le film, à part cela, est-il drôle ? Passée une première demi-heure un peu faible, « Mission Suicide » verse heureusement dans le kitsch le plus complet et, s’il ne stupéfie pas par sa bêtise brute comme « Strike Commando », nous sert suffisamment de moments crétins et de dialogues débiles (« Voici mon fidèle bras droit, le Capitaine Streszinsky du KGB. Je l’appelle crevette, c’est plus simple ») pour passer un agréable moment. Les acteurs y sont pour beaucoup. Brent Huff, s’il n’atteint pas le ridicule de Reb Brown, a le bon goût de se montrer l’un des héros les moins charismatiques de toute l’histoire de la série B. Le visage mobile comme une planche, motivé comme un veilleur de nuit payé en tickets-restau, Brent Huff parvient à se montrer moins expressif que les bouts de cigare qu’il mâchouille régulièrement. Il se retrouve de surcroît affublé dans la VF de la même voix de baroudeur que Reb Brown dans le premier « Strike Commando », ce qui suffit à mettre de bonne humeur.





Brent Huff s'entraînant à battre Mark Gregory sur son terrain.





Brent Huff se disant que le cigare, ça a bien réussi à Clint Eastwood : pourquoi pas à lui ?




Le quotient nanar est cependant largement assuré par l’héroïne, Mary Stavin, une blonde délavée particulièrement grimacière qui, imitant à la fois Karen Allen dans « Les Aventuriers de l’arche perdue » et Kathleen Turner dans « A la poursuite du diamant vert », passe son temps à hurler des insanités durant tout le film !















Festival Mary Stavin.





Même la bouche fermée, elle joue mal !




Enfin, dans le rôle du méchant en chapeau, le méconnu Mel Davidson (un acteur présent dans de nombreux Z tournés aux Philippines, comme « Robowar » du même Mattei), semble sorti d'une parodie comme « Le Magnifique » avec Belmondo.













The Mel Davidson show.




Mélangeant action pure et dure, morceaux de bravoure décalqués au plan près des films de Spielberg, humour pesant, combats de ninja, mitraillages ramboesques, le tout assaisonné d’une ignoble musique au synthétiseur imitant (très mal) le style de John Williams, « Mission Suicide » nous offre quelques petits moments de gourmandise nanarde. On citera un magnifique combat final filmé en accéléré, ce qui donne l’impression que Benny Hill tourne un remake de « L’Arme fatale ». La baston est d'autant plus ridicule qu'il s'est agi de plagier presque intégralement la scène du film de Richard Donner. Mais on utilise comme adversaire du héros un méchant qui n'avait jusqu'ici pas montré d'aptitude athlétique particulière, et se mue soudain en super-combattant pour les besoins du final !







Sans être un must absolu (pour certains films, il est inutile de fouiller tous les soldeurs de sa région ou de se ruiner en achetant sur ebay des VHS à 150 € !), « Mission Suicide » est un petit nanar sympathique qui nous prouve une fois de plus que si l’on ne réussit pas toujours des chef-d’œuvres en copiant sur ses voisins, on peut au moins amuser les cinéphiles pervers ! Par ailleurs, on ne nous explique pas vraiment ce qu'est la mission suicide promise par le titre français. C'est peut-être celle du malheureux qui s'attendrait à voir un bon film ??





Mécontent de son expérience avec Mattei, Richard Harris se défoule sur Brent Huff...




En bonus, quelques répliques :



L’héroïne (Mary Stavin), capturée par le méchant : « Je n’ai que mon corps à vous offrir ! »

Le méchant : « Je déteste les femmes ! »

« Ho, je vois, vous êtes de l’autre bord ? »

« Je déteste les homosexuels ! »



L’héroïne encore, s’adressant à Brent Huff : « Je savais que tu ne m’attirerais que des emmerdes ! TOUT CA EST RIDICULE ! »



Ce sera notre mot de conclusion, merci Mary Stavin !





Nikita
Nikita

Mission Suicide : Strike Commando 2
PUB

Les notes des membres

Moyenne : 2.5
avatar de Kobal Kobal : 3
avatar de MrKlaus MrKlaus : 2.5
avatar de Nikita Nikita : 2
avatar de Rico Rico : 2.5

Cote de rareté

Malgré sa prestigieuse signature, le film n'a pas connu les honneurs d'une large diffusion vidéo (et encore moins DVD). Seules les éditions "Delta Vidéo" ont, à notre connaissance, sorti ce film. Peu d'exemplaires circulent, donc si vous le voyez traîner au hasard d'une trocante, n'hésitez pas...







Dernièrement on l'a vu ressortir sur le catalogue de DVD-R des américains de "Digital Conquest" qui avaient déjà sorti de l'oubli le premier volet. Bon par contre c'est uniquement en anglais avec sous-titres japonais.

Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus


Une affiche égyptienne.
Une affiche égyptienne.