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Ninja Connection

  • Titre original : Ninja in the Killing Fields
  • Réalisateur : York Lam (pseudo d'un yes-man de Filmark)
  • Année : 1987
  • Pays : Hong Kong & Thaïlande
  • Genre : Deux pour le prix d'un (Catégorie : Ninjas)
  • Durée : 1h24
  • Acteurs principaux : Stuart Smith, Louis Roth, Patricia Greenford
  • Producteur : Tomas Tang
Note :
4
Barracuda
Barracuda

Chronique





Cela faisait quelques temps que nous n'avions pas eu un bon nanar ninja "2 en 1" à nous mettre sous la dent et avouons-le, ça nous manquait à tous. Ce "Ninja Connection" est justement un très bon cru et une illustration parfaite de la méthode chère à Godfrey Ho et à ses émules, puisque le collage approximatif de scènes tirées de plusieurs films différents (2 ou 3 en l'occurence, je n'en suis pas sûr) n'a jamais été aussi apparent qu'ici, où les ficelles sont tellement grosses qu'à ce niveau on parlera plutôt des chaînes d'ancre d'un porte-avion. Le film porte la patte de Tomas Tang, patron de l'impensable société de production Filmark, qui réussissait à faire encore pire qu'IFD, ce que nul n'aurait cru possible. Quant au réalisateur, "York Lam", difficile de dire si ce vil pseudonyme cache Godfrey Ho ou l'un de ses serviles imitateurs.



Ce film est aussi l'occasion de découvrir tout le talent de Stuart Smith (alias Stuart Steen), un acteur dont à mon avis nous entendrons beaucoup reparler dans l'avenir, tant sa capacité à générer de la nanardise est grande.



Tout comme il y a une différence subtile mais cruciale entre nanar et navet, il y une distinction à opérer entre un mauvais acteur et un acteur nanar. Un mauvais acteur est juste inexpressif. Un véritable acteur nanar aura quelque chose en plus (moustache, manière de parler...) qui transcendera cette inexpressivité.





Chez Stuart Smith, ce petit détail qui fait toute la différence, c'est une espèce de rictus qu'il aborde à tout bout de champ et qui lui donne l'air profondément idiot. Je suis sûr que ceux qui l'ont déjà vu à l'oeuvre voient tout de suite de quoi je veux parler pour les autres voici un bon aperçu de cette mimique inoubliable :





Retenez bien ce visage : il va devenir culte !




Mais entrons maintenant dans le vif du sujet



Après un générique sur fond de défilés militaires et de démonstrations ninjas dans un tunnel, nous entrons dans le repaire d'une secte de ninjas sur fond de musique de film érotique (ce n'est pas une façon de parler, pendant toute la scène on a l'impression diffuse et étrange qu'une scène de fesse se prépare) alors que le chef montre une cassette vidéo à ses disciples. Et c'est là que c'est génial : la video diffusée n'est autre que celle du polar thaïlandais incluant une poignée de scènes ninjas qui constitue le corps du film et sur lequel le réalisateur a greffé par la suite les scènes avec Stuart Smith et celles dans le repaire du méchant !



On apprend rapidement que la secte ninja a des connexions avec le milieu et est notamment impliquée dans le trafic de drogue. Grâce à un informateur au sein de la secte, la police parvient à intercepter un important chargement au cours d'une scène d'action ridicule mêlant allègrement stock-shots d'avions militaires, images censées se dérouler dans les airs (mais bien sûr tournées au sol) et une fusillade grotesque servie par des figurants qui n'auraient pas dépareillé dans White Fire.



Furieux qu'il y ait eu des fuites, le chef des ninjas ordonne à l'une de ses disciples de tuer l'informateur, ce qui est l'occasion d'un combat au cours duquel l'un des acteurs manie un sabre visiblement trop lourd pour lui. Ses mouvements sont déjà patauds en temps normal, imaginez le résultat ! Cet informateur porte d'ailleurs de superbes lunettes et plus généralement tout au long du film les acteurs se livrent à un véritable concours de lunettes nanardes. Ca nous change des moustaches, bien que celles-ci soient aussi bien représentées.







Comme pour les lunettes chez Optic 2000, chez Filmark c'est 2 films pour le prix d'1




Le ninja échoue dans sa mission et le chef de la secte décide alors d'envoyer ses hommes commettre des attentats terroristes afin de distraire la police de ses activités. C'est à peu près à ce moment là (à la fin de la première demi-heure) qu'apparaît Stuart Smith qui joue ici le rôle d'un policier anti-drogue américain envoyé en renfort à la police thaïlandaise.



Le réalisateur nous offre pour l'occasion une hallucinante scène d'action en voiture qui comblera les fans de ninjas, de Max Thayer et de mannequins en mousse au cours de laquelle Stuart Smith au volant est attaqué par un increvable ninja accroché comme un fourbe sur le toit.





Seul un mannequin en mousse peut vaincre un autre mannequin en mousse




Il lui échappe de justesse grâce à une ruse ninja, mais tombe de Charybde en Scylla car en s'enfuyant vers un parc, il est attaqué à coups de sécateur par un ninja déguisé en jardinier. Stuart Smith se bat incroyablement mal mais il parviendra pourtant à se débarrasser de son adversaire dans un festival de rictus et de grognements nanars.



Furieux, le chef ninja exécute l'un de ses sous-fifres à l'aide de son fume-cigarette lanceur de feux d'artifices. Ensuite, on repasse au polar thaïlandais qui nous montre l'arrivée de deux tueurs professionnels puis une nouvelle attaque lancée contre l'informateur de la police. La scène suivante nous fait retrouver notre ami Stuart Smith en train de se promener dans un parc où il est attaqué par un groupe de ninjas. Pas moyen d'avoir la paix décidément ! Il leur flanque une dérouillée au cours de l'un des pires combats de toute l'histoire des ninjateries de série Z (mais pas le pire : il arrive tout à l'heure) et puis... Ben c'est tout, exit Stuart Smith pour le moment.



S'en suit une demi-heure faiblement nanarde de polar thaïlandais montrant l'enquête des policiers qui parviennent à intercepter une importante cargaison de drogue à bord d'un bateau.





Quand les flics veulent arrêter un ninja, ils mettent le paquet !




Le chef de la police annonce alors qu'il est temps de lancer l'offensive sur le QG de la secte ninja. Nous entrons dans les dix dernières minutes du film, véritable concentré de scènes d'anthologie avec une densité de nanardise au mètre de pellicule jamais égalée.



On commence avec une scène à la limite du réel montrant des ninjas armés de sabres s'attaquer vaillamment à des chars et divers autres blindés. C'est d'autant plus courageux de la part des guerriers de l'ombre que ninjas et tanks NE SONT PAS DANS LE MÊME FILM ! Incroyable ! La logique du copier-coller de Godfrey Ho, Tomas Tang et consorts est poussée à son paroxysme.





Les ninjas foncent vers les blindés dans les scènes tournées par Tomas Tang et ses sbires... ...Tandis que les blindés fondent sur les ninjas dans ce film de guerre thaïlandais. Notez au passage la camouflage high-tech





Et au milieu de tout ça, fièrement campé sur le champ de bataille, Stuart Smith observe la scène grâce à une longue vue sans doute piquée à Barbe-Rouge.





Soeur Anne, ne vois-tu rien venir?




Soudain, il repère la voiture dans laquelle le chef des méchants s'enfuit ! Vite, il enfile sa tenue de ninja jaune fluo et se lance à leur poursuite. Il est servi par la chance (et par la stupidité du chauffeur qui décide sans raison de quitter la route goudronnée) car la voiture dans laquelle ont pris place les méchants et quatre autres ninjas tous en costume s'embourbe. Les quatre disciples descendent alors pour pousser. Nan mais vous imaginez ça les guerriers de l'ombre bloqués dans leur glorieuse avance par une ornière boueuse et qui DESCENDENT POUR POUSSER ?! Cette scène constitue une grave insulte à la dignité des ninjas et si j'avais été un ninja j'aurais fait bouffer mes shurikens au réalisateur. Passons.



Stuart Smith profite de la diversion pour escamoter discrètement un des quatre ninjas. Lorsqu'ils veulent remonter dans la voiture, ses compagnons s'aperçoivent que quelque chose cloche et l'un d'eux a cette réplique culte : "Hé ! Il nous manque un ninja !". Ils partent aussitôt à sa recherche mais sont rapidement éliminés par Stuart Smith qui se retrouve seul face au chef de la secte ninja. Au passage je ne sais vraiment pas ce qui a pris le réalisateur d'affubler ses deux acteurs de costumes aussi flashy.





Tomas Tang présente : Disco Ninjas, le film !




J'ai déjà vu pas mal de duels ninjas tirés de films de Godfrey Ho et de ses émules et je peux affirmer sans crainte que celui-ci est l'un des plus hilarants du lot. On tombe même dans le psychédélisme le plus total lorsque Stuart Smith tranche la main de son adversaire et que celle-ci se transforme alors en une espèce de roquette qui fonce s'exploser contre un arbre innocent dans une gerbe d'étincelles. Stuart porte alors le coup de grâce en criblant d'étincelles ninjas le [mannequin représentant le] méchant grâce à une sorte de lance-fusées fixé sur son poignet.



On croit que c'est fini, mais le metteur en scène nous réserve une dernière surprise et nous emmène dans les tréfonds du dadaïsme en faisant intervenir des crapauds magiques qui se multiplient quand Stuart tente d'en saisir un, jusqu'à ce que, découragé, il arrête d'essayer de les attraper sur un dernier rictus en forme d'adieu.







Je n'ai pas la moindre foutue idée de ce que représente cette scène mais elle m'a achevé et a réussi à me faire rire aux larmes.



Note : 4/5



On frôle la perfection mais la baisse de tension au milieu l'empêche de gagner la médaille d'or. Reste tout de même sans aucun doute l'un des meilleurs ninjas de toute la série usinée par Tomas Tang, Joseph Lai, Godfrey Ho et toute la bande de joyeux ringards.



PS : Il pourrait s'agir en fait non pas d'un 2 en 1 mais d'un 3 en 1. Les scènes de guerre avec avions et blindés ne sont en effet pas de "York Lam" et n'ont pas l'air de coller au polar thaïlandais non plus.



Bonus Chronique : spécial rictus de Stuart Smith









Barracuda
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Malgré la légendaire habileté commerciale des faussaires de Hong Kong, celui là n'a pas eu les honneurs d'une édition française. Voilà qui est facheux. Il ne nous reste plus qu'à rechercher ailleurs et notamment outre Atlantique.



Les éditions canadiennes "Shaolin Movies" ont réédité le film en DVD-R, assez difficile à trouver cependant, dans leur collection "Kung-Fu Classics" sous son nom de "Ninja in the Killing Fields". Il sera plus evident de tenter de récupérer l'un des packs fourre-tout de chez "Brentwood Home Video", on peut le trouver par 2, par 10, sous les visuels suivants accompagné de divers bruceploitations ou kung-fu flicks du même acabit. C'est du zone 0 mais NTSC donc vérifiez votre matériel...



Cote de rareté : 4/Exotique Malg Consulter le barème de notation