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Ninja Mission

Note :
1.5
LeRôdeur
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Chronique

Vu la récurrence affolante des termes "ninja" et "mission" dans l'univers du nanar, il fallait bien s'attendre un jour à tomber sur un machin intitulé "mission : ninja" ou quelque chose d'approchant. Aussi, quelle ne fut pas ma non-surprise lorsqu'au détour d'un bac de soldes de la banlieue bretonno-ligérienne (Nantes), mes yeux tombèrent nez-à-nez avec ceci :







« Mazette ! Quel titre original ! Et cette illustration qui n'a certainement rien à voir avec le film, vraiment, elle est de toute beauté ! » me dis-je par devers moi. Aussitôt, je retournais l'objet pour avoir une idée de ce que le métrage ne raconterait probablement pas et quelles seraient les semi-vedettes que j'avais des chances de ne pas voir figurer au générique, sachant que les résumés et les crédits de ce genre de VHS sont généralement du pipeau de haute volée :







« Ooooh ! du vrai ninja rempli d'action ! ». Avec John Kosugi, qui est probablement le sosie honteux de Sho Kosugi (le Ninja des films américains de la Cannon) ! Et Bruce Baron, acteur dûment fiché à Nanarland pour son intense potentiel dramatique ! Ne serait-ce pas par hasard un film de ce bon vieil artiste de l'arnaque de Godfrey Ho. La jaquette était muette à ce sujet, il me fallait le vérifier. Aussi m'acquittais-je, auprès d'un vendeur satisfait de se débarrasser d'un film qui avait l'air bien pourri, du modeste montant réclamé pour ce film... qui avait l'air bien pourri.



Mais à l'heure d'enfiler la K7 d'occase toute poisseuse dans le magnéto (les gens qui se servent des VHS comme sous-bock, tout de même...), la déception fut de taille : non seulement « Ninja Mission » ne correspond pas au résumé de la jaquette (jusque là c'est classique...), non seulement il n'y a pas John Kosugi en vedette (bon, vu que c'est un acteur qui n'existe pas on pouvait quand même s'en douter...), mais en plus ça n'est même pas avec Bruce Baron, et ça n'est pas non plus une ninjaterie de Godfrey Ho. Gasp ! Une arnaque au Bruce Baron, le coup fut rude ! Heureusement, je pus me consoler rapidement en voyant s'étaler le nom du réalisateur : Teddy Page, l'un des as du nanar philippin (« Laser Force », « Eliminator », « Les Massacreurs ») ici recyclé dans le ninja en compagnie de l'acteur Romano Kristoff alias Ron Kristoff, (« Slash », « Ultime Mission ») crédité comme co-réalisateur pour l'occasion.



Somme toute, il n'est guère étonnant de voir un film de ninja nous venir des Philippines. Et je n'apprendrai rien aux assidus de Nanarland en disant que, tels de véritables Italiens du sud-est asiatique, les Philippins ont décliné sur pellicule tous les grands sous-genres du film d'exploitation des années 80, du post-nucléaire cheapo-discount au polar mal cadré en passant par l'infra-Chuck Norris cacochyme. Tournant généralement avec des budgets de misère, des techniciens pas trop compétents et des acteurs au creux du gouffre, l'industrie délocalisée du cinéma philippin à destination du public occidental a commis quelques bons gros nanars à notre plus grande joie, mais aussi, et c'est regrettable, une foule de navets assommants de médiocrité. Ce ninja philippin-ci se situe entre la chèvre et le chou, un peu trop mou pour être franchement enthousiasmant mais sauvé de justesse par la débilité de son scénario (visiblement improvisé sur le champ par Ron Kristoff et Ken Watanabe, crédités comme acteurs-scénaristes) et par la présence incompréhensible de scènes involontairement loufoques.



Comme dans tout nanar manichéen qui se respecte, nous avons d'un côté les gentils et de l'autre... vous avez deviné ! Et comme toujours, les méchants de nanars se reconnaissent facilement à ce qu'ils n'ont de cesse que de vouloir dominer le monde en mettant au point des plans crapoteux pour parvenir à un but qu'ils n'atteignent d'ailleurs jamais, les gentils de nanars n'ayant de cesse, pour leur part, que de leur mettre la pâtée. Ici, les méchants sont particulièrement retors : un barbu et un scientifique ex-ninja décident de dominer le monde en dérobant la formule secrète d'un dérivé du LSD à un certain Professeur Harrison (on suppose que c'est un clin d'oeil de Ron Kristoff à son copain Richard Harrison, qui fut en son temps acteur nanar aux Philippines). Les vilains capturent des jeunes filles, les droguent au LSD et les torturent façon « Ilsa la Louve des SS », jusqu'au point de non-retour où, totalement zombifiées, les pauvres filles sont noyées dans un lac. L'histoire ne dit pas comment les vilains comptent régner sur la planète par cette méthode, tout juste saura-t-on qu'ils envisagent de réitérer leurs expériences sur des grands de ce monde afin d'asseoir leur domination (et nous de frémir en pensant à des politiciens connus subissant des électrochocs à poil dans un caisson !).







Suite au meurtre du savant gentil et à la disparition non élucidée de plusieurs femmes à poil, le chef du FBI philippin décide de jouer son va-tout :

"- C'est peut-être absurde, mais si vous êtes d'accord, je veux engager l'homme le plus audacieux au monde, au sang froid terrifiant : un NINJA !"

"- Quoi ?! C'est complètement dingue... mais je suis d'accord !", dit le sous-chef du FBI, "mais où dégotter un ninja ?"

"- Au Japon !"



Et deux agents du FBI (interprétés par Mike Monty alias Mike Monti et Jim Gaines alias James Gaines, des vieux routards du nanar philippin) se rendent donc au Japon sur la musique des déodorants Obao [Note de Nanarland : oui, et puisqu'on parle de musique, celle de l'intro du film n'est autre que le thème de « Blade Runner » ! Prends ça dans les dents, le copyright !] afin de recruter un ninja, un vrai, un japonais, un pur-souche : Ron Kristoff (ha hem !).







Ron Kristoff, sur lequel pèse désormais tout l'avenir du monde, en fait des caisses dans le style "ninja en civil taiseux et impassible au regard qui en dit long" d'autant qu'il a largement le loisir de se faire filmer sous tous les angles pour rallonger le métrage. Il ne se passe en fait pas grand-chose dans le film, et lorsqu'il se passe quelque chose, c'est rarement en relation avec l'intrigue qui ne progresse qu'à la vitesse de la limace.











C'est même l'absence quasi-complète d'un quelconque intérêt qui fait une partie du charme de « Ninja Mission », l'art de la fumisterie étant poussé dans ses derniers retranchements quand, par exemple, Ron Kristoff boit un café d'un air grave, accompagné par une musique de fond de "film à suspense stressant", pour finir par se lever de table en disant « merci pour le café ! » (quelle scène à couper le souffle !). Quelque temps plus tard, lorsqu'on voit un policier sorti de nulle part fouiller l'automobile d'un quidam à la recherche d'on ne sait quoi pour finalement le laisser repartir car il n'a rien trouvé, on se dit que moins captivant que ça, c'est difficile... jusqu'à ce qu'on touche définitivement le fond avec la scène où Ron Kristoff parcourt la ville à la recherche d'un certain "Henry", discute avec un gars qui essaie de lui vendre une canne à pêche puis se rend dans un bar où il rencontre le fameux "Henry", un vieillard auquel il n'adresse même pas la parole car ça n'était visiblement pas le bon "Henry" (« du vrai ninja rempli d'action » qu'ils disaient...).







Tout de même, on a parfois droit à un minimum d'action, mais sans rapport avec la choucroute, notamment pour la sempiternelle scène ou le héros sauve une fille embêtée par des loubards habillés n'importe comment, suivie comme il se doit de la scène érotique de circonstance où l'on a l'occasion rare de voir un ninja au slip kangourou gonflé de désir.











Ce ninja est d'ailleurs assez peu orthodoxe, qui, à la combinaison noire avec cagoule, préfère le travestissement en femme à lunettes qui lui sert à attirer des sbires.







Mais foin de digressions foireuses ! Nous avons déjà déroulé 60 minutes de bande et il est temps de finir le film en rossant les méchants (et, accessoirement, il est temps de justifier le titre où y'a le mot "ninja" dedans, rappelons-le).



Ron Kristoff, voyant dans la rue des gens qui s'apprêtent à partir à la pêche, décide soudain que les vilains, ben, euh, ils doivent habiter dans une île au milieu d'un lac et que le lac, ça doit être pile celui où ces gens-là vont à la pêche (si c'est pas de l'intuition ninja ça !). Et le pire c'est qu'il a raison ! Dans le lac en question se trouvent des cadavres de femmes zombifiées à moitié à poil qui flottent. C'est une preuve. Notre ninja se travestit donc en pêcheur barbu pour s'introduire dans la demeure des méchants, prétextant qu'il a paumé un hameçon (belle feinte !).







Une fois à l'intérieur, notre ninja enlève sa barbe, enfile un costume ninja et met la raclée à tous les méchants : ninjas maléfiques qui tirent à l'arc, sbires, maîtres du monde, tout y passe.















La grande scène finale (super gentil Ninja contre super méchant Ninja) se passe sur une plage et rappelle à notre souvenir toutes les grandes scènes de plage de l'histoire du cinéma (Bob Ginty dans « White Fire », Mark Gregory dans « Les Guerriers du Bronx » ou encore Jaguar Wong dans « Ninja Terminator »). Je ne suis pas du genre à raconter la fin des films, aussi je tairai le fait que, comme à l'habitude, c'est le gentil qui gagne, pour vous laisser la surprise au cas où voudriez voir « Ninja Mission » (mais sachez néanmoins que c'est le méchant qui perd, comme l'indique l'image suivante).







En résumé, ce « Ninja Mission », exemple assez rare de ninja philippin, est bien loin de la folie furieuse des meilleurs charcutages made in Hong Kong de Maître Godfrey, quand bien même il essaie, de temps à autres, de donner le change avec quelques doctes sentences ninjas (« seul un ninja peut battre un ninja », « un ninja ne boit jamais d'alcool »...) et des moulinages de mains bien miteux. Il est également assez inférieur aux autres films de Teddy Page, en partie à cause de l'absence d'une vraie vedette nanarde (Ron Kristoff est tout au plus inexpressif) mais surtout à cause d'une arythmie chronique, pour ne pas dire une mollesse rarement atteinte, qui peut être source d'ennui voire d'endormissement chez des sujets non réceptifs. Pour d'autres spectateurs, c'est le foisonnement de scènes extraordinairement inintéressantes et la crétinerie de son scénario qui hissera le film au-dessus du simple navet de base qu'on abandonne en cours de route. S'ajoutera également le plaisir de voir quelques tronches connues du nanar philippin : Ron Kristoff, Mike Monty, Jim "James" Gaines, et tout un tas de figurants laids déjà aperçus ça et là dans un « Eliminator », un « Opération Cambodge » ou un « Laser Force ».

























LeRôdeur
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Ninja Mission
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Les notes des membres

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avatar de MrKlaus MrKlaus : 2.5

Cote de rareté

Bon encore un casse tête ninja. Déjà, première précaution, ne pas confondre ce film avec le Mission Ninja de Matts Helge. Ensuite vérifier que la VHS contienne le bon film. On pourra donc le retrouver chez "Empire vision" sous ce titre ou chez "Highlight Vidéo" sous le nom fallacieux de "Ninja Commando"







Quand à ce Ninja Mission là, de chez "Initial" dans leur collection poubelle "Full Contact", rien à voir, puisqu'il s'agit de la énieme jaquette volante de "Diamond Ninja Force", un Godfrey Ho où apparaissent Richard Harrison et Pierre Tremblay et qu'on peut trouver sous une multitude de titres.



Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation