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Les Nouveaux Conquérants

Note :
3,5
Nikita
Nikita

Chronique

Il y a des jours où l’existence de votre ange gardien vous apparaît soudain évidente, telle une aube perlée de gouttes de rosée parfumée. Tel fut le jour où, fouillant dans les combles d’un vidéo-club qui déstockait ses VHS, je tombais sur « Les Nouveaux Conquérants », obscur film philippin de Cirio H. Santiago mettant en vedette un juvénile Robert Patrick, qui n’était pas encore le T-1000 de « Terminator 2 ».



Les nanars philippins, ça varie, bien fol est qui s’y fie : il faut parfois être très bien disposé pour prendre du plaisir à des films dont certains manquent cruellement de rythme. L’auteur de ces lignes est, personnellement, plutôt réceptif aux bizarreries concoctées du côté de Manille dans les années 1980, mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas toujours destiné à tout le monde, à force de clichés et de lourdeurs. Ce n’est donc pas sans une certaine circonspection que j’enfournais le mystérieux objet dans mon fidèle lecteur VHS/DVD qui, revenant tout juste de chez le réparateur, allait pouvoir se remettre à supporter les sévices artistiques que je lui fais régulièrement subir.







Alleluia, hosannah, haré krishna ! La trouvaille que j’avais fortuitement faite allait me réconcilier vigoureusement avec tout ce qui touche de près ou de loin aux Philippines ! Depuis, je pense assez sérieusement à m’expatrier là-bas, mais on me souffle que l’excitation est parfois mauvaise conseillère. Sans être, et de loin, le plus mauvais film du monde, « Les Nouveaux conquérants » est sans doute l’un des films les plus outrageusement barrés qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps : une sorte de série B ultime, mixant tous les genres possibles et imaginables dans la limite de son temps de métrage, suivant une logique du « changement de genre toutes les dix minutes ». Une intuition certaine me conduit à penser que si ce film porte trois titres anglais, c’est sans doute parce que ses auteurs ont dû franchement hésiter au moment de baptiser la bête, tant cette œuvre s’avère riche en substantifique moelle. Pour résumer grossièrement, « Les Nouveaux conquérants », c’est la rencontre du post-apocalyptique, du film de kung-fu, de l’aventure exotique à la « Indiana Jones », le tout avec des Nazis, des Amazones, et des références bibliques balancées dans l’enthousiasme le plus total !







Un tel film se découvre et se déguste d’une seule traite, aussi sera-t-il difficile de trop en révéler sur l’intrigue sans gâcher le plaisir des potentiels spectateurs. Mais la rareté de ce film me conduit tout de même à expliquer au lecteur de quoi il retourne, quitte à gâcher un peu l’ivresse de la découverte.



« Les Nouveaux conquérants » a ceci de particulier que son scénario semble avoir été en grande partie improvisé, à la manière d’une fuite en avant, les auteurs empilant les péripéties les unes après les autres dans une véritable surenchère de n’importe quoi, pour arriver à la fin du film complètement pantelants.







Commençons par le commencement. Le film débute dans un environnement typiquement « Madmaxien » : en l’an 2025, après l’apocalypse nucléaire de rigueur, le monde n’est plus qu’un vaste désert peuplé de nomades malpolis qui se crêpent le chignon au milieu de sacs poubelles et roulent en bagnoles tunées. Le territoire est opprimé par un affreux individu nommé Zaar. Contre lui se dresse un rebelle nommé Matthew, interprété par Richard Norton, héros des deux « Apocalypse Warriors » (« Equalizer 2000 » et « Raiders of the Sun ») de Cirio H. Santiago. Rien que de l'habituel, jusqu'ici...





Richard Norton.





Zaar (David Light).




Acculé par les hommes de Zaar dans les ruines d’un temple, Matthew trouve, par un heureux hasard nanar, une étrange relique exposée au vu et au su de tout le monde, sans que personne ne l’ait jamais volée : il s’agit ni plus ni moins que de la lance de Longinus, celle-là même qui perça le flanc du Christ !







Quelques effets luminescents, et voici que le prologue post-apocalyptique touche à sa fin : sans que l’on sache trop pourquoi, Matthew a été envoyé dans le passé, c’est-à-dire le présent, c’est-à-dire 1986. Mais son incursion dans l’idyllique période des années 1980 va être brève : blessé à mort en protégeant un couple de jeunes gens d’une bande de bikers, Matthew n’a que le temps d'expliquer aux deux minots la conduite à tenir : la lance de Longinus est en effet une arme maudite synonyme de mort et de désolation ; pour empêcher l’apocalypse nucléaire d’avoir lieu, la lame doit être remise sur son manche originel et l’arme exposée aux yeux de tous.







Nous ne saurons pas comment Matthew sait tout cela, pourquoi un objet si important était laissé à l’abandon dans un vieux temple en ruine accessible à tous, ni surtout quel est le rapport entre la lance de Longinus et la guerre atomique. Tel Janet Leigh dans « Psychose », Richard Norton expire au bout de dix minutes de film, laissant la vedette aux deux jeunes gens qu’il vient de briefer.





Robert Patrick.




Les deux d’jeuns, ce sont Linda Carol et Robert Patrick, dont le second connaîtra la carrière que l’on sait, entre hauts (« T-2 », « X-Files ») et bas (« Double Dragon »). Par un hasard comme seuls les scénaristes de nanars savent en concevoir, la jeune femme est une apprentie anthropologue passionnée qui va prendre immédiatement le récit de Matthew au sérieux et, se saisissant de la lance, partir à la recherche du manche aux quatre coins du monde (Hong Kong, Philippines…). Robert Patrick, son fiancé, la suivra un peu à son corps défendant, mettant son expérience d’ancien Marine à profit dans les embûches qui les attendent. Enfin… ancien Marine, c’est vite dit, puisque Slade – c’est le nom du personnage de Robert Patrick, homonyme par ailleurs de Richard Norton dans « Apocalypse Warriors / Equalizer 2000 » – passera l’essentiel du film à se faire assommer et à tomber dans les pommes : pire que Gary Daniels dans « Capital Punishment » !





Pourtant, il en a dans le slip…




Ne jetons pas la pierre à Robert Patrick, qui fait honnêtement ce qu’il peut, et concentrons-nous plutôt sur ce qui va suivre. C’est-à-dire, pratiquement tout. Enfin, pratiquement tout ce que le cinéma bis peut offrir comme clichés, rebondissements invraisemblables, chausse-trapes, escarmouches, n’importe quoi en tous genres. Après une petite baisse de rythme de dix minutes, le film redémarre et ne s’arrêtera pratiquement jamais, allant toujours plus loin dans la logique démente du « toujours plus » !





Preuve que nous sommes bien dans un film philippin : il y a même Nick Nicholson dans un petit rôle de sbire.




Cirio H. Santiago semble en effet décider à prouver qu’il sait TOUT faire et va, après ce prologue post-apocalyptique, se livrer à une série d’exercices de style à la Raymond Queneau, en fonction de l’inspiration et du degré de folie furieuse de son scénariste.





Un sbire nazi (Bob Schott, qui bat des records dans le registre de la brute basse du front).







Nos héros sont notamment gênés dans leur quête par une organisation de Nazis. Ces derniers veulent en effet s’emparer de la lance pour créer grâce à elle le IVème Reich (mais… comment ??), et vont multiplier les ruses balourdes en crevant tous les plafonds sur l’échelle du ridicule des Nazis nanars.







Un grand moment : après y avoir enfermé nos héros, le chef des Nazis détruit sa propre maison au lance-roquettes : et en plus, il est content !




De passage à Hong Kong pour trouver un professeur au courant de la légende, nos héros sont accompagnés par un sidekick asiatique de luxe en la présence de Bruce Le (que le générique, facétieux, crédite comme étant… Bruce Li !). Parvenus à une pagode où le professeur est censé se trouver, ils sont accueillis par Silver Fox, le maître des lieux (Wong Chen Lee, qui s’est appelé « Silver Fox » dans nombre de films) qui va, sans aucune raison, les attaquer à coups de tatane : simple prétexte à un combat fort réjouissant entre lui et Bruce Le.







Bruce Le.





Wong Chen Li.





Les dorsaux de Bruce : du coup, on n’a plus envie de se moquer de lui…




Tout le film suit cette logique de la gratuité totale, passant d’un genre à un autre en copiant tout ce qui peut être copié, et passant d’un événement invraisemblable à un autre avec un enthousiasme délirant digne des « Cigares du pharaon ». On passe d’une séquence polar à une scène de kung-fu, on rebondit ensuite sur une aventure dans la jungle avec quelques scènes pompées sur « A la poursuite du diamant vert », sans aucune logique narrative, et avec une cohérence des personnages réduite au minimum.





Encore Bob Schott : je vénère ce type.





Ouéééé ! Plan nichon !





« Bon, arrête d’imiter Kathleen Turner dans ‘A la poursuite du diamant vert’, y’en a marre! »





Le troisième couteau Eric Hahn, toujours quelque part au second plan dans les films de Cirio H. Santiago.





Nazis contre guerriers mongols !



Les vieilles astuces du père Cirio : Nick Nicholson était mort tout à l’heure, il réapparaît en soldat nazi.





Henry Strzalkowski, autre trogne familière du nanar philippin.





Les pygmées de la jungle philippine (Cirio Santiago met régulièrement des nains dans ses films).




Youpi, c’est la fête, et ça pourrait aussi bien ne jamais s’arrêter ! On passe d’un endroit du globe à un autre sans justification, en faisant des sauts de puce sur la mappemonde. Il y a des guerriers mongols, des nains, une guerre entre tribus dans la jungle, des Amazones, un écroulement de temple, des sacrifices humains, une armée de néo-nazis aux Philippines… on aurait pu rajouter des cannibales, des ninjas et des Martiens, mais il aurait fallu faire un film de trois heures. Ceci dit, Cirio Santiago en aurait probablement été capable !









Les Amazones.











Lors de l’écroulement du temple, une figurante se prend le rocher de carton en pleine tête : intermittent du spectacle asiatique, un vrai sacerdoce !




Totalement dingue et jouissif, « Les Nouveaux conquérants » (ajoutons au passage que ce titre français n’a aucun sens) est une apothéose pyrotechnique du cinéma bis, né d’un dantesque pétage de plombs : on le savoure comme un mets délicieux et inconnu, en allant de surprise en surprise au rythme des improvisations du scénario, et en se demandant, ébahi, « mais que vont-ils pouvoir encore inventer ? » La seule limite du film est le temps, qui seul manque pour que les auteurs rajoutent encore plus de dingueries. Autant dire que ce summum de la série B philippine « pour l’export » est très fortement recommandé à quiconque pourra mettre la main dessus. Du vrai cinéma, riche comme une tartiflette aux huit fromages (avec extra d'huile), à découvrir et à conserver précieusement au musée des paroxysmes !





Une photo de Henry Strzalkowski sur le tournage du film, amicalement fournie par l'intéressé.






Nikita
Nikita

Les Nouveaux Conquérants

Liens utiles

  • Nos interviews de Nick Nicholson, Eric Hahn, Henry Strzalkowski et Mike Abbott.

    Un article de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces 40 dernières années (qui explique notamment la présence récurrente de nains dans les films de Cirio H. Santiago !) : VO et VF.
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Cote de rareté

Une seule édition VHS connue en France : la notoriété soudaine de Robert Patrick a en effet poussé « Delta vidéo » à le sortir en 1992. Pour le DVD, c’est encore nib !



Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation

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