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L'Oeil du Dragon

  • Titre original : Fearless Tiger
  • Titres alternatifs : Black Pearls
  • Réalisateur : Ron Hulme
  • Année : 1994
  • Pays : Canada
  • Genre : Bercé trop près du cèdre (Catégorie : Tatane)
  • Durée : 1h28
  • Acteurs principaux : Bolo Yeung, Jalal Merhi, Lazar Rockwood, Monika Schnarre
Note :
2
John Nada
John Nada

Chronique

De Bruce Lee à Tony Jaa en passant par Jackie Chan et Jet Li, l’Asie n’a cessé de produire des maîtres de la tatane aérienne et du bourre-pif épileptique. Aux Etats-Unis, le Michigan a enfanté Steven Seagal, le Texas idolâtre Chuck Norris, la Californie a Sasha Mitchell, la Pennsylvannie a Billy Blanks, l’Illinois a Don « the dragon » Wilson, Hawaï est fière de Mark Dacascos et l’Ohio se console comme elle peut avec Don Niam. Dans le reste du monde, l’Australie a Richard Norton, le Royaume-Uni a Gary Daniels, la France a Olivier Gruner, le Canada a Bruce Fontaine, la Suisse a Daniel Bernhardt, la Belgique a (avait ?) Jean-Claude Van Damme… mais que reste t-il aux autres ? Du côté du Moyen-Orient, la voix d’un peuple s’élève… les Libanais ont la réponse :

« Nous, on a Jalal Merhi ! »



Qui est Jalal ? Né au Brésil de parents Libanais, celui que l’on surnomme « le Steven Seagal de Beyrouth » est tôt parti étudier au Canada, où il créé bientôt un nouveau pôle au commerce de joaillerie de la famille. Jeune et fringuant au volant de sa Porsche 911, attirant les donzelles par grappes de douze, Jalal, incarnation insolente de la réussite, se dit qu’il a tout pour être heureux. Et pourtant, il semble que quelque chose d’essentiel lui manque pour parfaire son bonheur… Un beau jour, c’est le déclic : adepte des arts martiaux, rêvant de se mettre en scène en train de castagner des méchants pas beaux, Jalal revend ses parts dans l’immobilier, son commerce de diamants, et fonde Film One, le piédestal qui devra l’élever sur le pavois et lui permettre de briller au firmament de l’univers des direct-to-video.



Jalal Merhi, le bijoutier karatéka.


La fascination qu'exerce le cinéma sur l'homme a déjà souvent été évoquée à travers les pages de ce site. Combien de nos semblables ont en effet tout plaqué par amour immodéré du 7ème Art, quand bien même ils étaient promis à de brillantes carrières en tant que chirurgien, avocat ou même honnête boucher-charcutier, pour finalement se retrouver épinglés dans les catégories acteurs ou réalisateurs de Nanarland ? Dans toute bonne famille ou presque, on trouve un original, un artiste raté qui, en dépit des railleries et d'une absence flagrante de talent, sera prêt à tous les sacrifices pour vivre sa passion jusqu'au bout. Ainsi Jalal s'est-il lancé dans la grande aventure du cinéma comme un masochiste le ferait contre un mur : avec un enthousiasme pas forcément bien inspiré. Car s’il semble avoir l’ego d’une star, Jalal n’en a pas l’étoffe.





"Je me voyais déjààà... en haut de l'affi-cheeuuux..."


Si le cas Jalal Merhi a déjà été abordé en ces lieux (notamment sous la plume acidulée de Nikita via sa savoureuse chronique de « Dans les Griffes du Tigre »), « Fearless Tiger » (ou « L'Oeil du Dragon » en VF) présente l'intérêt d'éclairer le spectateur jalalmerhiologue sur la personnalité du bonhomme, qui n'aura jamais projeté autant de lui-même dans un rôle. Ainsi, sur un mode quasi autobiographique, « Fearless Tiger » nous plonge dans la vie trépidante de Lyle Camille (Jalal Merhi, donc), qui roule en Porsche 911, vient d'obtenir un diplôme couronnant de brillantes études, a une fiancée sublime avec qui il doit se marier (le mannequin Monika Schnarre, qui dépasse Merhi d'une bonne tête) et un richissime businessman pour père, immigré qui a bâti un empire à partir de rien et souhaite voir son fiston prendre la relève. Malgré tout, Lyle Camille ne se passionne vraiment que pour les tournois d'arts martiaux auxquels il participe...





Lyle : "Dad, I want to work at the company, I want to get married, but there's something I have to do first.

Sa fiancée : you're selfish !

Son père : you're crazy !

Sa fiancée : you're selfish and crazy !!

Son père (levant les yeux au ciel) : what is this "thing" you have to do ?!?

Lyle (les yeux dans le vague) : something I've always dreamed about...


Ainsi voit-on Lyle s'envoler pour Hong Kong pour vivre son rêve : s'entraîner aux arts martiaux avec un vrai maître (qui, comme tout bon fan de films de kung-fu 70's le sait, résident tous à Hong Kong). Accessoirement, son frère vient de mourir d'une overdose de Nirvana, une nouvelle drogue justement importée de Hong Kong...



Quand il s'agit de faire triompher l'ordre et la justice, Jalal ne ménage pas ses efforts (il se hisse sur la pointe des pieds, fronce les sourcils et se fiche pas mal de froisser son beau costume)


« Fearless Tiger » est un pur "direct-to-video", ces films produits à peu de frais pour garnir les étagères des vidéo-clubs et les catalogues de VOD. Généralement sans âme ni imagination, ce genre de produit calibré peut néanmoins se laisser appréhender sans frais par le spectateur pas trop exigeant, pourvu que l'action soit au rendez-vous et que l'acteur principal s'investisse un minimum. Or, dans « Fearless Tiger », l'action est molle du cul et le rôle principal tenu par un Jalal Merhi qui n'a pas un dinar de charisme. Guère plus crédible en héros vengeur qu’un pourceau en kimono, notre bijoutier-karatéka est du début à la fin complètement à côté de la plaque. On lui pardonnerait volontiers son manque de prestance si ses compétences martiales suffisaient à assurer le spectacle. Sauf que même dans ce domaine, Merhi ne vaut pas tripette et usurpe honteusement son surnom de « Steven Seagal de Beyrouth ». Regarder Jalal Merhi dans « Fearless Tiger », c’est un peu comme regarder un film de kung-fu avec son garagiste ou son facteur dans le rôle titre. Ses cours du soir de karaté accéléré lui permettent de ne pas être totalement ridicule, mais de là à faire vibrer la ménagère...



Jalal Merhi, un acteur qui a le même goût que l’eau.


Le reste du casting est tout simplement inexistant, à l'exception notable du mauvais mais marquant Lazar Rockwood en méchant pas beau de service (un acteur qui a le physique de l'emploi avec son look de poupée Barbie passée au micro-ondes) et Bolo Yeung, dont le nom et le visage figurent en gros sur la jaquette mais qui n'apparaît que 3 mn dans le rôle du "maître de la montagne".



Lazar Rockwood dans le rôle du méchant Salamaar. Quelque chose me dit que si "Les Guignols de l'Info" faisaient une marionnette en latex de Billy Drago, elle aurait à peu près à cette tête là...


Un ami conseille en effet à notre héros d'aller voir ce mystérieux "maître de la montagne", qui vit avec sa soeur sur une colline quelconque de Hong Kong, pour parfaire son entraînement. Observant Bolo Yeung réaliser des katas et sa soeur faire de la danse contemporaine, Jalal est touché par la grâce : il va appliquer une combinaison des deux styles ! Si elle ne constitue pas un climax ni un morceau de nanardise aussi évident et accessible que certains extraits de films turcs ou pakistanais, cette scène où Jalal tient autant de la ballerine que du combattant martial illustre selon moi plutôt bien le foirage complet de « Fearless Tiger », et méritait dès lors un extrait vidéo. Au final, si elle est chargée d’apporter du cachet à l’ensemble, la courte présence de Bolo et la vélocité de ses katas n’en rendent que plus ridicules encore les vaines gesticulations de Merhi !



Bolo Yeung, 56 ans à l'époque et toujours la classe.


Comment souvent dans ce genre de produit, les clichés abondent. On nous rejoue notamment en mode mineur la partition mille fois entendue du "jeune combattant fougueux et impulsif qu’il a une relation conflictuelle avec son vieux maître mais qu’il comprendra bientôt que les méthodes old-school du vieux schnock en fait c’est d’la bombe de balle". Les séquences d'entraînement constituent par ailleurs un des points forts du film, tant elles sont systématiquement plombées par un Jalal Merhi lent et pataud, désespérément en quête d'une crédibilité qu'il ne trouvera jamais.



(à lire avec un fort accent chinois) "Before you join the class, you must learn patience. By learning patience, you learn martial arts."







"Sa vengeance ne connaît aucune limite – la puissance du tigre est libérée avec des conséquences dévastatrices" (extrait du résumé au dos de la jaquette).



Comme on dit, les images parlent d'elles-mêmes...


En plein milieu du film, histoire d'un peu se mettre en valeur, Lyle Camille / Jalal Merhi participe à un dangereux tournoi d'arts martiaux sans réel intérêt pour l'intrigue. Un ring improvisé dans les bois, les copains du club de kung-fu pour jouer les combattants, la famille et les voisins pour jouer la douzaine de figurants et c'est parti pour 10 mn de combats lamentables. Montage, musique, bruitages : aucun artifice ne parvient à sauver de la nullité ces molles empoignades, d'une lenteur et d'une rigidité consternantes.





Une sorte de remake amateur de « Bloodsport ».



Jalal Merhi, l'homme de tous les coups bas.


La fin du film est évidemment sans surprise (Lyle Camille fout une branlée aux méchants trafiquants de drogue), à l’exception d’une cascade automobile où, pour épicer la classique combinaison tremplin + série de tonneaux + explosion, on a rajouté dans le véhicule un mannequin en mousse dont les pieds dépassent du… toit ouvrant. Là encore, un extrait vidéo s’imposait.

A l’image de la carrière de Merhi, aucun coup d’éclat ne vient briser la médiocrité de l’ensemble, qui s’apprécie donc sur la durée. « Fearless Tiger » n’a rien d’un nanar de gros calibre, mais se laisse néanmoins correctement apprécier par ceux qui n’espéreront pas en tirer plus que les 90 mn de divertissement narquois qu’il a à offrir.



John Nada
John Nada

L'Oeil du Dragon

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Cote de rareté

La version du film qui a servi de support à cette chronique est celle de l’éditeur britannique "Hollywood DVD", une galette numérique disponible à bas prix, en version anglaise sans bonus, sous le titre original Fearless Tiger.



Le DVD anglais.


Il existe cependant un DVD zone 2 en français édité par FIP, sous le titre L'Oeil du Dragon.



Un titre qui reprend naturellement celui des éditions VHS françaises, le film étant sorti respectivement chez Delta Vidéo, et dans la munificente collection "Top Kick" de l'éditeur FIP (déjà), avec un visuel qui faisait la part belle à Bolo Yeung.





Le film dans une édition VHS américaine, sous le titre alternatif "Black Pearls".
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