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On n'est pas sorti de l'auberge

Note :
1.5
Nikita
Nikita

Chronique

Nanarland a mis un certain temps à traiter de la filmographie de Max Pécas. Il est vrai que si le grand public tend à le considérer comme "le roi du nanar" - ce qui est excessif - son oeuvre ne fait guère l'unanimité au sein de l'équipe du site, dont beaucoup le considèrent plutôt comme le roi du navet. Un de nos rédacteurs ayant déniché un film qui lui a semblé nanardesquement accessible, il s'est donc lancé à ses risques et périls.












« Aaaaaah, une auberge ! La bonne bouffe, les chambrières accortes, les couples illégitimes ! Quoi de mieux pour faire rêver la France profonde ? Les histoires de bidasses et les films tournés au soleil pour les jeunes cons, ça va un moment, je vais plutôt faire un film pour les vieux cons ! Allez, je casse ma tirelire, j’appelle Jean Lefebvre, Pierre Doris, Georges Beller, et puis aussi Bernadette Lafont, tiens, qui a des impôts à payer en ce moment ! Avec ça, on va faire un carton dans les chaumières ! »





Jean Lefebvre et Jackie Sardou.





Bernadette Lafont.




Voilà peut-être ce qu’a dû se dire Max Pécas avant de tourner « On n’est pas sorti de l’auberge », sa seule comédie mettant en scène des comédiens vraiment connus et se rapprochant du burlesque de boulevard traditionnel. Jean Lefebvre et Bernadette Lafont y incarnent des patrons d’auberge désireux de vendre leur établissement à un bon prix. Un acheteur exigeant se présentant, Lefebvre engage un acteur ringard joué par Georges Beller pour interpréter le rôle d’un client satisfait et, ainsi, convaincre le gogo potentiel. Evidemment, rien ne va se dérouler comme prévu et, au milieu de quiproquos multiples, chassés-croisés d’adultérins en goguette et catastrophes en cuisine, Jean Lefebvre s’affirme une fois de plus comme le roi du rire dans L’AUBERGE EN FOLIE !!!







Le prince de Beller (Comment ça, c'est nul ?).




Hem, bon.



Que dire sur ce film ? Vous avez une idée de ce à quoi peut ressembler un vaudeville bien gras, avec portes qui claquent et amants dans le placard ? Imaginez-en une synthèse totalement caricaturale, qui reprendrait tous les poncifs imaginables de ce genre de pantalonnade, en les exacerbant. Hé ben c’est ça, mais en pire. Max Pécas semble avoir voulu réaliser le film franchouillard ultime, reprenant toutes les recettes les plus usées jusqu’à la corde que même les plagiaires les plus fatigués de Labiche et Feydeau hésiteraient à reprendre.







La première demi-heure du film fait assez peur, et l’on se prépare, désabusé, à visionner sans enthousiasme un énième navet : Pécas ne semble en effet pas avoir la moindre idée de la manière dont il pourrait rendre ses personnages sympathiques, Jean Lefebvre et Bernadette Lafont interprétant un couple de tauliers à qui on n’aurait pas la moindre envie de donner son chèque-déjeuner. Georges Beller n’est pas mieux loti, son personnage de comédien à la ramasse tapant fortement sur les nerfs de l’auteur de ces lignes. La mise en scène de Max Pécas est, de surcroît, trop lisse et professionnelle pour verser réellement dans le délire : on est loin des chefs-d’œuvre les plus foutraques de Philippe Clair.









Puis, le film se réveille soudain et gagne en rythme au fur et à mesure qu’il gagne en bêtise : une fois l’action mise en place, le réalisateur semble avoir voulu utiliser comme principale recette comique l’accumulation pure et simple. L’auberge se remplit de personnages secondaires, consistant principalement en une accumulation de tarés qui semblent n’avoir pour seule préoccupation que se livrer à l'adultère ! Pierre Doris lutine sa secrétaire, Henri Guybet arrive avec un fusil pour rechercher son épouse Katia Tchenko qu’il soupçonne de le tromper, l’ancienne maîtresse de Lefebvre débarque… Tout ceci nous vaut une avalanche de plans-nichons, plans-fesses, plans-cuisses et quiproquos sous les draps, culminant dans une scène où Jean Lefebvre semble vouloir rivaliser avec Belmondo en s’accrochant à la gouttière pour échapper à Bernadette Lafont.









Henri Guybet.





Katia Tchenko.







La France profonde vue sous le prisme pécassien, c’est un véritable bestiaire de personnages tous plus déplaisants les uns que les autres, visiblement abreuvés de vinasse aigre depuis leur plus tendre enfance. Un pays affreux peuplé de beaufs hideux, que même Cabu aurait hésité à dessiner dans ses pires moments. Là où la jeunesse en goguette à Saint-Tropez, dépeinte par le même Pécas, irritait quelque peu, le peuple de l’auberge fascine à force de laideur et d’idiotie : Max Pécas, auteur célinien malgré lui.





Jackie Sardou a probablement été filmée à son insu entre deux prises…





Jean-Marie Vauclin : cet acteur a sans doute été victime d’une malédiction. Sa filmographie n’est quasiment composée que des pires comédies françaises des années 1980 ! « Ne prends pas les poulets pour des pigeons », « Bananas boulevard », « Y’a pas le feu », etc.




Ne nous leurrons pas, « On n’est pas sorti de l’auberge » n’est pas un nanar trois étoiles, mettant trop de temps à démarrer et s’avérant trop bien joué par les principaux comédiens pour donner une véritable bête à concours. Mais l’accumulation de gags moisis se fait, passée la première demi-heure, à un rythme tel que le film finit par remporter l’adhésion à force de bêtise crasse et de dialogues laids torchés par un scénariste explosé au picrate.









Les sentiments de l’auteur de ces lignes envers « On n’est pas sorti de l’auberge » sont ambivalents : l’horreur ressentie devant une telle avalanche de gags pas drôles, de quiproquos arthritiques et de ressorts comiques rouillés jusqu’à l’os (j’me comprends) est contrebalancée par une étrange sympathie pour les comédiens qui font, pour la plupart, de leur mieux, pour l’équipe de tournage qui a travaillé dans une belle auberge, pour Max Pécas qui a dû s’amuser sur le tournage (plus que les spectateurs qui ont payé pour voir le film en salles !), bref pour une bande de joyeux drilles dont les efforts aboutissent pourtant à une comédie tellement moisie qu’elle en devient intéressante par sa laideur même. Personne (sauf Max Pécas ??) ne semble avoir été dupe de la qualité de ce qu’il tournait : en conséquence, le film se distingue, paradoxalement, par une légèreté de ton qui finit par contraster avec la lourdeur des gags et contribue à l’étrange plaisir décadent que l’on peut prendre au visionnage de ce nanar d’un autre temps.



Alors, Max Pécas, roi du nanar ? Certainement pas, à mon humble avis ; du moins, pas au sens où on l’entend ici : trop lourd, trop sage, et même trop compétent techniquement, Max n’a pas laissé une filmographie suffisamment délirante pour marquer durablement les esprits des nanardeurs autrement que par sa constance dans la médiocrité. Il est cependant assez régulier dans la nullité pour susciter l’intérêt et laisser certains de ses films se regarder d’un œil bienveillant. « On n’est pas sorti de l’auberge », parmi ceux-là, pousse suffisamment loin le n’importe quoi pour entrer dans la moyenne du nanar. Allez, je vais me prendre pour le Guide Michelin et lui accorder une étoile et demie !





Nikita
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On n'est pas sorti de l'auberge
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Studiocanal nous a ressorti en 2004 un magnifique coffret de cinq comédies de Pécas, dont celle-ci. En vente chez tous les bons détaillants. A quand le même traitement de faveur pour Philippe Clair ?



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