Accueil > Chroniques > Nanars à main armée > Espionnage > Opération Poker

Opération Poker

  • Titre original : Operazione Poker
  • Réalisateur : Osvaldo Civirani
  • Année : 1966
  • Pays : Italie
  • Genre : Imbroglios à gogos pour OS-4 (Catégorie : Espionnage)
  • Durée : 1h27
  • Acteurs principaux : Roger Browne, José Greci, Sancho Gracia, Roberto Messina, Carla Calo
Note :
2,5
Wolfwood
Wolfwood

Chronique





Le Septième Art a toujours été le théâtre d'effets de mode. Il y eu la disparition de Bruce Lee, nous gratifiant d'une Bruceploitation pour le moins conséquente. Mais aussi des long-métrages de barbares jouissant de l'aura de Conan. Sans oublier les Space Opérettes nées après « Star Wars » ni les sous-Mad Max ouvrant l'aire du post-apocalyptique de supermarché.



Parmi ces différents cycles de l'histoire cinématographique, la sortie de « Docteur No » aura permis de voir émerger un nombre incalculable d'espions. Coplan, OSS 117, Agents 077 ou FX-18… les agents secrets de toutes sortes se comptèrent par dizaines et la période fut si faste qu'il nous serait aisé de parler de "Bond Age" si le terme ne prêtait pas tant à confusion. Toujours est-il qu'avec « Opération Poker », nous entrons de plain-pied dans cette vague d'œuvres produites à la chaîne pour tenter, vainement, de damer le pion à 007. Hélas pour les instigateurs du projet, le film dont ils sont à l'origine ne risque pas de faire oublier le grand Sean Connery, mais va au contraire se fourvoyer dans une gaudriole involontaire pas dénuée de charme.







C'est sans déplaisir que nous suivrons donc les exploits de Glenn Foster alias l'agent OS-4. Alors en pleine mission visant à découvrir le secret permettant au dénommé Johnny Parker de gagner aux cartes, il est rappelé d'urgence par son patron, Scott, pour prendre le relais de Donald Taylor, un de ses amis en charge de la protection de Yun Tao, représentant du gouvernement de Saigon, qui doit rencontrer le secrétaire général de l'ONU. Mais il lui faudra faire vite car des hommes semblent en vouloir à Yun Tao, ainsi qu'à Fred, Helen, Larry et Donald, les agents qui le surveillent, sans oublier Lise, une espionne que devra retrouver Glenn avec l'aide d'Oswald. Pendant ce temps, Johnny Parker se voit contraint de se plier aux exigences d'une organisation secrète à cause de son passé, où sous le nom de Novac, il était l'assistant de Kruger, un scientifique allemand qui travaillait pour les Soviets. Foster découvrira-t-il qui se cache derrière la scène pour tirer les ficelles ? Survivra-t-il à tous les pièges qui lui seront tendus alors qu'Helga, sa propre petite amie, se trouve être un agent double ?







A vue de nez, la trame semble être digne des pires plans de cette ordure de Maurice dans « Flic ou Ninja », à ceci près qu'il aurait cette fois définitivement pété un câble. Et pourtant, ce qui va en surprendre plus d'un c'est qu'à l'écran, le résultat devient encore plus chaotique, la faute à un montage qu'on qualifiera de hasardeux voire de totalement bordélique. Narrée en dépit du bon sens et de la logique, l'histoire s'embourbe dans l'incohérence la plus totale à mesure qu'avance le film. A un certain stade, on en arriverait même à croire que le metteur en scène s'est mis en tête d'assembler son œuvre après avoir tiré au sort l'ordre des scènes dans un chapeau, sans jamais se préoccuper d'introduire même sommairement les personnages et éléments apparaissant d'une séquence à l'autre. La preuve de ce foutoir narratif étant sans nul doute la mort de la copine de notre héros, dont on ne saura jamais pour qui elle travaillait. Néanmoins, le plus fort reste à venir car sans crier gare, cette jeune demoiselle se verra ressuscitée une dizaine de minutes plus tard sans qu'on nous ait expliqué le fin mot de ce retournement de situation rocambolesque. Astuce de Foster pour duper les employeurs de sa chérie ou mise en scène approximative ? La deuxième théorie semble se tenir davantage, si on en croit les scènes où apparaissent nos tourtereaux et qui semblent toutes provenir de la même session de tournage, au détail près qu'elles ont été greffées au petit bonheur la chance dans la trame, notre couple se retrouvant en différents endroits du globe dans un casino qui semble pourtant être le même. Des déplacements incessants qui ne font que renforcer la confusion, d'autant plus que les espions se faisant dessouder n'apparaissent que très rarement aux côtés du bon Glenn, au point d'imaginer être devant un véritable 2 en 1. Une sensation qui ne sera pas atténuée par les incessants coups de fil passés ou reçus par les différents personnages.





"Et n'oublie pas Oswald : seul un espion peut battre un espion".





Bon sang ! Godfrey Ho est dans le coup, tout s'explique !




Mais la réalisation cauchemardesque se voit en outre bien relayée par le comportement absurde des personnages, rendant plus confuses encore des situations qui en l'état donnaient déjà dans le n'importe quoi bien frappé. On ne reviendra pas sur la stratégie pour protéger Yun Tao qui génère une logistique assez spectaculaire à base de détournement d'avion, ni même sur des espions particulièrement crétins qui ne se méfieront jamais d'une mystérieuse inconnue et cela même quand celle-ci les aborde en leur déclarant de but en blanc qu'elle sait qu'ils appartiennent aux services secrets. Le pire adviendra en fait lorsqu'une des collègues de Foster se fera enlever, alors que tous les autres agents se feront abattre sans autre forme de procès, preuve que la cohérence n'est pas le fort des deux camps. Pour réussir à sauver leur associée, c'est tout naturellement que le bon Glenn et son contact sur place décident d'utiliser un chien pour remonter la piste des kidnappeurs. Une entreprise qui fonctionne assez bien grâce à l'utilisation d'un émetteur hyper sophistiqué… fonctionnant à piles. Mais une fois sur les lieux, l'animal se fera repérer par les malandrins et son collier explosera. On remarquera donc que la logique des espions en terme d'opérations de sauvetages trouve vite ses limites, nos agents préférant laisser se faire sauter le toutou alors même que leur amie se trouve dans la pièce et a des chances d'y passer en même temps que ses geôliers.





L'émetteur à piles, en ce moment dans votre menu Happy Meal.





"Bonjour monsieur l'espion. Ça vous dirait de me suivre dans ce bois isolé, pour que je vous élimine discrètement ?

-Hum, ma foi ça me paraît être une bonne idée, je vous suis."




Derrière cette trame dédaléenne parsemée d'embûches, se cache notamment Osvaldo Civirani, également réalisateur du film. Bien qu'on puisse lui reprocher moins de choses concernant sa mise en scène, on ne peut pas dire qu'elle soit exempte de toute critique, la faute à des moyens parfois limités. Certes, les extérieurs sont une invitation aux voyages et ont tout l'air d'avoir été tournés en dehors des frontières transalpines, du moins, dans certains cas, ce qui indique que le budget devait être, relativement confortable. Là où le bât blesse, c'est dans les rares effets spéciaux employés, comme quelques explosions donnant plus dans le pétard humide que dans la déflagration impressionnante ou encore l'utilisation de lentilles à infrarouges permettant à Glenn de voir à travers les murs, les cartes, mais pas les vêtements, allez comprendre. Autre point noir dans le travail de notre metteur en scène, les scènes d'action, en particulier les fusillades, ces dernières s'avérant tellement bien filmées qu'on dirait que les protagonistes peuvent tirer à travers les murs et quand même toucher leurs cibles. On y ajoutera aussi une baston lors de la seule scène de nuit, où il faut simplement être un mutant pour décoder ce qui s'y passe, tant l'éclairage y est inexistant.





Ah oui, vu de la sorte, c'est beaucoup plus clair toute cette histoire…





Doté d'une invention révolutionnaire, le brave Glenn ne trouve rien de mieux que l'utiliser pour mater les gonzesses. On ne se refait pas.




Concernant notre héros, le constat n'est guère plus glorieux et Glenn Foster s'avère être à James Bond ce que Rotex est à la montre de luxe, à savoir une pâle imitation. Joué par l'inoxydable Roger Browne, remarqué notamment dans « Karzan » ou « Superman le diabolique », notre héros ne brille pas vraiment par ses moments de bravoure. Non pas qu'il rechigne à combattre l'ennemi, puisqu’il mettra au tapis quelques brutes épaisses et abattra une poignée de sbires via un ou deux gunfights, l'occasion de remarquer que Foster et Bond partagent au moins le même sens de la précision, nos espions faisant systématiquement mouche alors que leurs assaillants videront plusieurs chargeurs sans jamais les atteindre. Non, le problème n'est pas dans ses prédispositions à se défendre. Disons plutôt qu'il se caractérise comme un partisan du moindre effort, préférant laisser un de ses collègues désarmé se faire molester gaillardement par plusieurs brutes d'un bon quintal chacunne pendant que lui, dans son coin, tient en respect une femme avec son pistolet tout en lui taillant la bavette. Une attitude flegmatique et décontractée qu'il mettra encore à profit dans la continuité de cette scène où, décidemment prêt à donner le beau rôle à son compagnon, il s'enfuira dans les rues l'arme au poing pour que son acolyte ait bien le temps de prendre une bastos dans l'épaule. Un comportement qui lui vaut de passer plus pour un dangereux flemmard qu'un agent secret toujours sur la brèche. Pourtant, il serait bien moqueur de ne faire de lui qu'un intermittent de l'espionnage préférant faire du jet ski avec sa copine que de surveiller sa cible. Car être agent secret, c'est aussi avoir du flair et c'est sans problème que rentrant dans une maison censée être une planque de ses associés, notre ami devinera que les personnes qui s'y trouvent sont des ennemis et décidera de les attaquer. Et cela même, quand il aura décidé de son propre chef de ne pas respecter le code de reconnaissance en entrant donnant en fait plus l'impression qu'il tabasse ses propres alliés sur un simple malentendu.





Foster, l'espion qui glandait.





The burne ultimatum.




Pour le reste, le film ne cache pas ses inspirations et tente crânement de donner le change malgré son budget. C'est ainsi que ceux qui auront en tête les premières aventures du plus fidèle agent de sa gracieuse majesté pourront s'amuser à détecter de-ci de-là quelques éléments assez évocateurs, comme une voiture lancée à vive allure sur une route escarpée évoquant une poursuite de « Docteur No » tandis que le look de Yun Tao à sa sortie d'avion leur évoquera un peu le personnage d'Odd Job dans « Goldfinger ». Quant au titre, nul besoin de signaler qu'il lorgne ostensiblement vers « Opération Tonnerre ». Il est d'ailleurs intéressant de voir que la similitude ne s'arrête pas aux simples œuvres cinématographiques, la mission où Foster doit jouer au poker s'inspirant aussi un peu du roman « Casino Royale » dont la parodie avec Peter Sellers devait sortir à peine un an plus tard sur grand écran.







Nanar par intermittence mais kitsch de long en large, « Opération Poker » est le genre de petit divertissement sans prétention qui vous fera sourire sans difficulté. Bien évidemment, il y a de petites baisses de régime et ne vous attendez pas non plus à des esclaffements en rafale, mais si vous essayez de suivre l'intrigue générale et d'en débusquer les incohérences, vous risquez dès lors de bien vous amuser. Ajoutez-y le charme insouciant des sixties, un héros indolent pas toujours dans le coup et quelques scènes splendides de niaiserie et vous obtiendrez un succédané de James Bond qui, s'il ne le dépasse pas en élégance, le surclasse sans problème sur le terrain de l'humour involontaire.



On dira ce qu'on voudra, les effets de mode, ça a aussi du bon.





Wolfwood
Wolfwood

Opération Poker
PUB

Les notes des membres

Moyenne : 2.17
avatar de Kobal Kobal : 2.5
avatar de Rico Rico : 1.5
avatar de Wolfwood Wolfwood : 2,5

Cote de rareté

Il fallait s'en douter, c'est encore une fois par la case VHS que le nanarophile devra passer, en dénichant les rares cassettes de chez VIP ou Socai, aux visuels strictement identiques.







Mon avis que pour une édition DVD, il nous faudra attendre la création d'une collection "Les coups de cœurs de Patrick Bruel", ou un truc de ce genre. Et encore, ce n'est pas certain.
Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation