Accueil > Chroniques > Comédies nanardes > Comédies pouet-pouet > Patrouille de nuit

Patrouille de nuit

  • Titre original : Night Patrol
  • Titres alternatifs : Police epidemy
  • Réalisateur : Jackie Kong
  • Année : 1984
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Vulgosploitation (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h25
  • Acteurs principaux : Linda Blair, Murray langston, Pat Paulsen, Billy Barty
Note :
2
Nanar-Addict
Nanar-Addict

Chronique





"- T'es pas cap.

- Pfffff bien sûr que chuis cap !

- Nan, t'es pas cap,

- J'te dis qu'si !

- Ben vazy alors, allez vazy si t'es pas une gonzesse ! Oh les gars c'est uuune gonZEESSEUH !
"



On a tous un souvenir de cet ordre, un souvenir de type photographique, où ce que l'on faisait, notre environnement, reste gravé dans nos mémoires. Le 11 septembre en est un bel exemple collectif. Le jour maudit où l'on me lança ce défi dont je tairai la nature par pudeur, j'ai senti le sol s'ouvrir sous mes pieds et j'ai cru m'y dissoudre. C'est qu'elle m'observait. Moi, j'étais seul avec mon incapacité à dépasser mes peurs, je sentais son regard et ça me faisait des trucs là et je crois bien qu'elle aussi et que ma vie qu'elle aurait été différente si que j'y aurais été capable que j'y arrivons. Bref. Elle a pris un air dégoûté en me voyant planté là et m'a lancé une œillade signifiant : loser.







Mais aujourd'hui, j'ai changé, aujourd'hui, j'en n'ai rien à branler. Les maîtres fondateurs de Nanarland n'avaient pas imaginé en lançant leur projet fou qu'il pourraient changer un homme, lui indiquer le chemin de son rite de passage, que certaines discussions de kiosque parisien pourraient l'amener à conjurer le souvenir vivace d'une vieille crainte refoulée, qu'un film loupé pouvait transformer une vie...



Ce film, c'est "Patrouille de nuit".



C'est là, au chaud, calé dans mon fauteuil, entouré de gens dévastés par la fatigue et comblés de bonheur que j'ai su que j'étais cap, oui, cap de vous faire mater en une fois le film comique le moins drôle du cosmos (après "Sacrés gendarmes" de Bernard "Devil Story" Launois, faut quand même pas déconner). C'est la main tremblante et une goutte de sueur glaciale coulant le long de la colonne que je me saisis de ma VHS chérie (on a les fiertés qu'on peut, hein) pour vous montrer l'étendue de la catastrophe filmique que nous avons à portée de rétine. Le surhomme de Nietzsche, c'est ça dans les grandes lignes.







"Patrouille de nuit" relève d'un concept éculé du cinéma bis : la reprise à la volée du succès d'un hit parade, sans autre prétention donc, que de surfer sur la vague de "Police Academy", en enchaînant au rythme d'une sulfateuse les gags tous plus affligeants les uns que les autres.





Mahoney, je suis nigaud !




Les ressorts comiques de cette œuvre sont à classer en deux catégories : les blagues homophobes et les variations sur le thème du pet. Et c'est à peu près tout. Je ferai l'économie de longues phrases puisqu'une seule suffit : aucune blague n'est drôle. C'est consternant, on ne rit jamais, si ce n'est évidemment de la folie constante émanant de ce miroir déformant qu'est la fonction habituellement sanitaire de l'humour. Précisons que nous sommes en présence d'un film à tiroirs, narrant les aventures gaudriolesques d'un commissariat de Los Angeles uniquement composé de débiles autosatisfaits, couplées à celles du comique inconnu.





Si tu veux je peux t'avoir un autographe de Michel Leeb.





Kent et Sue... perman. Ca ne s'invente pas.




Melvin (Murray Langston), Kent (Pat Paulsen) et Sue (Linda Blair) sont les principaux protagonistes de cet objet répulsif, travaillant tous les trois (enfin à ce niveau c'est plutôt une bourse qu'un salaire) sous la férule d'un capitaine nain pétomane hystérique et menteur comme un arracheur de dents. Chacune des apparitions du chef est ponctuée de pets plus ou moins longs et, croyez-le ou non, au départ on refuse d'admettre la réalité. On imagine que ce sont ses chaussures qui grincent sur le lino ou alors un problème de bande-son tant les faux-raccords sont légion. Mais non, Jackie Kong, que Dieu la saisisse, a délibérément choisi de l'auréoler de longues successions de flatulences.





Nain de son état, péteur pour notre effroi.




Melvin opère de jour, multipliant les bourdes et les fautes professionnelles qui auraient pleinement justifié une mise à pied sans solde. Mais comme tout ce beau monde semble atteint d'une stupidité congénitale sans limites, cela ne pose aucun problème. En l'espace de dix minutes, il refusera les avances d'un conducteur à camisole furieusement homosexuel, aidera des pickpockets, cachera un cadavre, marchera dans la merde, se fera cribler de déjections de pigeons, uriner dessus par un chien et molester par une fillette puis il arrêtera un cockfight avant de blesser un enfant par balle. Ouf. A ce stade, les bases d'une comédie ratée sont posées, vous n'avez pas encore souri.





Cet homme est drôle.




Le capitaine Lewis décide donc de l'affecter à la patrouille de nuit, accompagné de Kent, policier érotomane sus-cité, qui passe le plus clair de son temps à honorer des radasses à la sexualité compulsive en leur flattant le pilou pilou. Kent est un ravissement à l'écran, tant son jeu est insipide. Il donne constamment l'air de s'ennuyer prodigieusement, ce qui pourrait passer pour du flegme, mais on ne nous la fait pas, les acteurs qui cachetonnent, on connaît chez Nanarland.





Qui ose me déranger dans mon véhicule de fonction ?




Que ce soit son rôle de flic ou son jeu d'acteur, ce type se fout de tout, laissant les malfrats s'échapper ou les victimes décéder connement sans que la moindre émotion ne traverse son visage.



Melvin, lui, a une vie professionnelle aussi stérile qu'une culotte de bonne sœur. Il officie donc incognito en qualité de comique inconnu dans les bars miteux la nuit tombée. Sa patte ? Débiter des blagues nullissimes avec un sac sur la tête devant un public de débiles au QI de mouette syphilitique. Qu'un humoriste aussi mauvais puisse devenir une star est déjà en soi une hérésie.





Le seul comique aux chaussettes pliées de rire (sic).




Comme je vous aime bien, je vous livre quelques blagues à même de décider les plus sceptiques d'entre vous à se procurer cette merveille :



"Vous connaissez celle du cycliste pédé qui était mieux dans le peloton de queue ?"

"Qu'est-ce qu'un pet de coiffeur ? Un pet qui frise la merde !"

"Tes petites chattes ont l'air frigorifiées, laisse lesbiennes au chaud"
.



J'arrête, j'ai des courbatures aux mâchoires.



Aaaah Melvin, malheureux bougre secrètement efflanqué d'un psy régressif tout sauf concerné, condamné à jongler secrètement avec sa vie de flic raté et celle de comique adoré, aimant secrètement Edith, Sue étant secrètement amoureuse du comique inconnu et par extension de lui, puisqu'il n'est plus un secret pour personne que les deux ne font qu'un. C'est clair, non ?





Viens tâter de ma fibre humoristique.





Les psy, c'est rien que des branleurs.




Qu'un comique aussi peu drôle ait du succès relève évidemment du foutage de gueule caractérisé, puisqu'aucun de ses calembours sur fond de cymbales ne vous arrachera le moindre rictus si ce n'est de frayeur et d'oppression (si, si, on a tous connu un oncle aviné ou une vague connaissance dont la présence est anxiogène à force d'humour indigeste).



Attardons-nous tout de même sur l'intrigue du film, celle-ci devenant de plus en plus passionnante alors que ses "blagues", hélas, tendent à s'espacer. Melvin doit composer avec la présence néfaste d'un voleur inconnu qui agit avec un sac sur la tête, à grand renfort de gags honteusement pompés dans le registre de notre flic préféré, ce qui sème la panique chez les zazous et les bars à lesbiennes. Mais n'est-ce pas l'apanage des plus grands que d'être plagiés ?





Tant d'énervement, lesbien raisonnable ?




Je me garderai de vous révéler l'identité de l'usurpateur tant, à ce stade-là, il ne vous reste que ce maigre suspense pour espérer arriver au bout de ce calvaire sans pour autant vous défenestrer. Ponctuez cette croûte d'un zeste d'amour passionnel, de quelques plans nichon rehaussés par une chouette VF Nanarland approved et vous admirerez une superbe œuvre de peintre avec les pieds.



Film peu constant, débutant par un criblage de blagues fusant d'un uzi à conneries tenu par une réalisatrice épileptique, il stagne hélas quelque peu dans sa deuxième partie. A charge du spectateur chevronné de s'accrocher à son canapé ou à sa boîte de Prozac pour admirer un final fou mêlant comédie musicale 80's, western à la Leone, baston de lesbiennes et nainsploitation pour le ravissement du nanardeur éreinté mais heureux d'avoir tenu bon.



Je vous ai donné envie hein ? Hein ? Non ? OK.








Addendum




Dans "Patrouille de nuit", Murray Langston - par ailleurs co-scénariste - ne fait apparemment que jouer son propre rôle puisqu'il a fait carrière en tant qu'"unknown comic", non sans remporter d'ailleurs un certain succès (dernière apparition en date dans "Confessions of a Dangerous Mind", de Georges Clooney). Il y a donc bel et bien une vie après le nanar pétomane.





Nanar-Addict
Nanar-Addict

Patrouille de nuit

Liens utiles

PUB

Les notes des membres

Moyenne : 2.5
avatar de Nanar-Addict Nanar-Addict : 2
avatar de Wallflowers Wallflowers : 3

Cote de rareté

"Patrouille de nuit" a bénéficié d'une exploitation DVD outre-Atlantique chez Starz / Anchor Bay. Un zone 1 tout simple, sans bonus, mais avec pistes en anglais et en français ! Au Royaume-Uni, un DVD analogue est sorti, sans bonus mais avec les mêmes pistes son. Ce dernier semble cependant épuisé, mais doit pouvoir se trouver d'occasion.





Le DVD ricain...





...et le british.




En France, l'amateur de comédies venteuses devra ressortir son magnétoscope pour y enfourner la VHS de chez Gaumont, ou la copie pirate de Initial/Triangle Video Pictures qui se planque sous le titre "Police Epidemy".







Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation