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Le Pharmacien de garde

  • Titre original : Le Pharmacien de garde
  • Réalisateur : Jean Veber
  • Année : 2003
  • Pays : France
  • Genre : Ce qu'il fait la nuit n'a pas remboursé le producteur (Catégorie : Crimes et délits)
  • Durée : 1h24
  • Acteurs principaux : Vincent Perez, Guillaume Depardieu, Pascal Légitimus, Laurent Gamelon, Alice Taglioni, Kad Merad, Atmen Kelif, Rochelle Redfield, Clara Bellar, Alain MacMoy
Note :
2
Benoît
Benoît

Chronique

Il y a bien des façons de découvrir un nanar. On peut le sélectionner amoureusement parmi ceux chroniqués sur le site, ou bien partir à la pêche dès l'aube, dans des vide-greniers lointains, pour dénicher les VHS les plus rares. On peut choisir un DVD à la caisse de son supermarché, en se fiant à sa jaquette immonde ou à la mauvaise réputation de son éditeur. Et puis on peut aussi se rendre compte que le film qu'on regarde depuis un quart d'heure se révèle appartenir à la catégorie que l'on chérit le plus en ces lieux, alors qu'on croyait avoir loué un honnête thriller. Je ne sais pas pour vous mais moi, c'est quand il me prend ainsi par surprise que le nanar m'excite le plus.





« Ce qu'il fait la nuit n'est pas remboursé par la sécu ».




Quand j'ai loué « Le Pharmacien de garde », j'étais tellement convaincu d'avoir à faire à un honnête film de genre que je n'ai même pas remarqué cette accroche sublime, digne de « L'infirmière de nuit » ou d'un quelconque porno paramédical. Comme j'ai laissé passer cet indice, il m'a fallu une bonne quinzaine de minutes pour commencer à sentir le potentiel du film.





A l'aide, sortez-moi de ce bourbier filmique !




Ce qu'il fait la nuit, on l'apprend dès les premières images. Vincent Perez est Yan Lazarec. Pharmacien ordinaire (et jamais de garde, quoi qu'en dise le titre) mais écologiste intégriste, il s'inspire de rituels druidiques ancestraux pour sauver la Terre en la débarrassant de ses parasites les plus nocifs. Traitant le mal par le mal, depuis la cave de son officine transformée en parfait labo du petit scientifique fou, il fait payer le prix fort aux pollueurs, aux marchands de mort et aux tortionnaires d'animaux que sont les grands industriels du pétrole, du tabac et des cosmétiques. Le réalisateur n'évite ni les clichés ni la caricature, et pourtant, cette idée de serial-killer écologiste aurait presque pu être convaincante si elle avait bénéficié d'un traitement plus subtil. Toutefois, cette originalité maladroite n'explique pas à elle seule les raisons de la douce nanarification du métrage.





Elle est pas chouette cette musique ? Ils sont forts chez Nature et découvertes...





Yan se mithridatise avec des substances bleues fluo soit-disant naturelles. On peut être écolo et aimer le tape-à-l'oeil !





La leçon d'anatomie médicale nanar du jour, par Jean Veber.




Guillaume Depardieu joue le rôle du policier chargé d'enquêter sur ces meurtres, François Barrier. Lui-même militant écolo radical, il rencontre Yan lors d'une conférence sur les OGM après s'être livré à un poignant réquisitoire anti-salauds avec la passion d'un élève de CM2. Sans savoir que l'un pourchasse l'autre, les deux hommes vont nouer une relation amicale, dont l'ambiguïté trouvera son point d'orgue dans une séquence finale à ne pas louper.





Mode enfiévré *on* : "Et si on les butait tous, les fumiers des OGM pour leur apprendre à vivre..."




C'est là que les choses se gâtent. Tout d'abord, Guillaume Depardieu, qui nous a habitués à beaucoup mieux, livre ici une des plus piteuses prestations de sa trop courte carrière. Il se contente de débiter son texte sans la moindre conviction, avec une diction à la limite de l'audible. Pour compenser la platitude de ses propos, il s'évertue à intensifier son regard, tantôt enfiévré, tantôt farouche. Inutile de préciser que le résultat n'est pas toujours à la hauteur de ses espérances.





Mode farouche *on*.




Et Guillaume en a, des émotions à interpréter. En effet, afin de sceller leur amitié naissante, Yan le druide, très sensible aux hormones et aux forces telluriques, révèle à François qu'il est cocu : sa compagne le trompe avec son meilleur ami, Patrick, dont la trahison est d'autant plus sordide qu'ils s'étaient rencontrés en nettoyant ensemble les plages souillées par le naufrage de l'Erika. La confrontation des protagonistes est des plus cocasses et fait office de compétition de non-jeu. Heureusement pour François, Patrick joue vraiment comme une savate.





François et Patrick en pleine explication : le naufrage de l'Erika ? Ah ouais putain quelle saloperie ! Et sinon, ta femme, ça va ?




Toutes les valeurs humaines de François s'effondrent avec ce coup de poignard dans le dos, la révolte gronde dans son petit cœur meurtri tandis que la maigre caractérisation de son personnage s'éparpille aux quatre vents de l'inspiration du moment. Déjà peu crédible en flic écolo-soldat, ce sera pire en flic écolo noyant son chagrin dans l'alcool. Son enquête va d'ailleurs s'en ressentir, dès lors qu'il ne prête plus attention qu'aux témoins hommes qui viennent de se faire larguer par leurs nanas, attitude qui réduit de beaucoup ses chances de parvenir à démasquer un coupable dont, il faut bien le reconnaître, tout le monde semble se désintéresser.





C'est parfait, coupez, elle est bonne ! ... Guillaume ? J'ai dit coupez...




Pourtant, les méthodes de Yan ont de quoi attiser l'appétit du spectateur en manque de débilités. Car les meurtres plus ou moins crédibles de notre druide tueur en série (il faut tout de même le voir asphyxier au masque à cigarettes une de ses victimes) sombrent définitivement dans le grotesque avec l'assassinat de la présidente d'une grande entreprise de cosmétiques. Dans l'histoire du nanar, on aura vu défiler pas mal d'animaux tueurs peu crédibles : des chats régurgiteurs de peluches, des rats rotatifs, des tyrannosaures-chaussettes et même des lapins géants. Ici Jean Veber frappe un grand coup et invente le prédateur ultime du règne animal : la coccinelle dressée pour tuer !





Une nouvelle méthode de sevrage nicotinique intitulée "Comment j'ai arrêté de fumer définitivement, en quelques heures, et sans faire appel à ma volonté..."





Objectif à 3h00, parées à attaquer, rendez-vous en enfer, les copines !




Ceux qui ont vu un épisode de la série « Minuscule » ne seront pas dépaysés. On suit le vol d'une escadrille de quatre bêtes à bon dieu, fonçant vers leur proie à travers Paris, dans une magnifique animation 3D. Animation qui a dû coûter si cher que Jean Veber a décidé de la rentabiliser à mort : on retrouve le sympathique coléoptère partout, de l'affiche aux menus du DVD [Ndlr : ou bien est-ce un hommage déguisé à Goetlib ?].



Quant à la victime, c'est Rochelle Redfield, vieille habituée des casting de sitcoms. Pas de chance, pour une fois qu'elle s'éloigne un peu des plateaux d'AB production, c'est pour subir une mort digne des Darwin Awards, la tronche déformée par un rictus ridicule.





Why so serious ?




Venant grossir le bodycount, on trouve également Alice Taglioni, témoin oculaire qui paye cher d'être femme, jolie, et d'avoir fait souffrir son ex. Boulée par un François en pleine crise sentimentale, elle aussi finit avec une tronche pas possible. A croire que Jean Veber voulait se venger de quelque chose.





- C'était pas plus simple d'accepter de coucher avec moi ?

- Jamais, je réussirai grâce à mon talent !




Parmi les scènes les plus drôles du film, figure la rencontre entre l'ex d'Alice et nos limiers d'élite. Tout en empathie pour cet homme qui interprète atrocement mal le chagrin et l'ivresse, François foire lamentablement son interrogatoire en parvenant presque à jouer aussi mal, ce qui n'est pas un mince exploit. On pardonne donc à Jean son manque de rigueur professionnelle en matière de direction d'acteurs. Mais à voir le sort réservé au casting féminin, on se demande si la tendance de François à laisser déborder ses problèmes personnels sur sa vie professionnelle n'a pas touché le réalisateur lui-même.





Kad Merad dans un rôle d'arrière-plan, sa crédibilité mise à mal par son costume spermatique.




On s'abstiendra toutefois d'accabler le réalisateur, loin d'être le seul responsable d'un tel désastre puisque le scénariste a lui aussi son lot de responsabilités à assumer. Comment... Vous me dites que c'est la même personne ? Et bien voilà au moins un mystère de résolu. Car en plus de personnages sans épaisseur (mais quelles sont donc les motivations de l'ex de François ?), plombés par des dialogues artificiels qui sonnent souvent affreusement faux, voire tout simplement idiots (ne pas rater le moment où un ami du pharmacien vient l'avertir que la police est sur la piste d'un druide tueur en série, et s'apprête selon lui à interroger toute la communauté bretonne de Paris - on imagine les descentes dans les crêperies d'un hypothétique quartier Little Brest), l'intrigue en elle même part rapidement en cacahouètes, témoin d'une écriture aux multiples influences mal digérées qui accouche d'un film ne sachant jamais vraiment où il veut aller. D'une base thriller à la « Seven », voire à la « Saw », on en vient à naviguer dans les eaux troubles d'un fantastique mal assumé (Yan a quasiment des pouvoirs surnaturels et donne l'impression de littéralement voler par moments) avant d'échouer dans une sorte de final auteurisant mal maîtrisé, riche en sous-entendus homo-érotiques sur l'amitié virile et transcendentale complètement à côté de la plaque.



Au milieu de toute cette tambouille, se débat un personnage qui a pour mission d'apporter un peu de fraicheur comique. Il est en effet temps de vous présenter le sidekick de notre flic d'élite : Maurice Battistoni, incarné tout en finesse par Laurent Gamelon (« P.R.O.F.S. »). Flic beauf adepte des blagues à base de rots et de pets, Maurice s'applique en tout point à être l'exact opposé de son partenaire, dans la grande tradition du buddy cop movie, à une exception près, mais de taille : comme inspecteur, il est tout aussi naze.





"Si tu me devances quand moi je recule, comment veux-tu, comment veux-tu ?" (SIC)




Il va entraîner notre ami François dans une sous-intrigue sans le moindre lien avec le scénario principal, où notre dynamique duo en vient à poursuivre une créature étrange dans des caves de HLM. Non seulement cela n'apporte strictement rien à l'histoire, mais en plus cela embrouille le spectateur car la créature ressemble vaguement à Vincent Perez. Et là, Jean Veber va se retrouver dans une position très délicate : pendant cette digression, Maurice se prend une balle dans le bide, à bout portant. Pas grave me direz vous... Si, c'est un gros problème parce que les scènes de la fin sont déjà tournées et qu'il y participe... Oh la boulette ! Il y a dû y avoir du brainstorming dans l'air pour justifier son retour rapide parmi les bien portants.





Maurice sous son rideau de douche le jour de sa blessure par balle...

Ah, on me signale qu'il s'agirait d'une tente à oxygène...




- Écoute Jean ! Sois raisonnable, abandonne cette sous-intrigue, tu vois bien que ça nous ruine le scénario. On la coupe au montage et on est peinard.

- Pas question ! On ne fait pas un film fantastique sans créature étrange. Et puis ça nous a coûté 2 jours de tournage. Sans compter qu'avec la diatribe de François sur l'amiante ça fait toujours trois minutes de métrage en plus, et sans ça, on dépasse pas les 80 minutes.

- Et comment tu vas faire pour Maurice avec sa balle dans le bide, tu vas dire qu'il cicatrise super vite peut-être ?

- Tiens, c'est pas con ça... j'y retourne !

- Non Jean attend, je déconne... Jean, reviens ! ... Et merde !





Maurice, le surlendemain de sa blessure.




François : "Ca va ta blessure ?"

Maurice : "impeccable, je cicatrise à toute vitesse. Les infirmières n'en revenaient pas, elles voulaient toutes voir ça... et je leur montrais le reste..." (rires gras)

(Dialogue authentique)



De toutes façons on cicatrise vite dans ce film, littéralement du jour au lendemain. François n'échappe pas à la règle :





La veille au soir / Le lendemain matin




A partir de là, c'est comme si on avait scié un pied à une table déjà bancale. Après une autre sous-intrigue inutile à base de junkie en manque, François échoue une fois de plus à protéger un témoin (un travelo sentimental, plutôt bien interprété par Pascal Légitimus), qui de toutes façons n'avait donné aucun renseignement valable à part un portrait robot inexploitable et une description fantaisiste. François, qui doute de plus en plus de ses compétences de policier, pense à démissionner pour s'installer dans une ferme en Bretagne avec son ami Yan, quand un de ses collègues s'aperçoit que le meurtrier s'est bêtement fait filmer par une webcam lors de son dernier crime. Ce qui permet un dénouement aussi ridicule que dégoulinant de pathos sirupeux, bourré de clichés bidons sur la Bretagne et la culture celtique, dans une sorte d'interminable sprint final au ralenti (allez Jean, tu vas les avoir tes 85 minutes !) qui se paie le luxe, par dessus le marché, de se conclure en eau de boudin.





Interpréter un travelo amoureux de Guillaume Depardieu dans « Le Pharmacien de garde » et s'en tirer honorablement : un authentique petit exploit accompli par Pascal Légitimus.





C'était bien la peine de rameuter autant de gendarmes et d'encagoulés sur fond de musique vaguement metal, tout ça pour terminer sur de stériles bavasseries au coin du feu accompagnées d'une jigue bretonne...




On notera au passage que ni François ni son compère n'ont résolu la moindre petite partie de l'enquête. Tous les résultats tangibles proviennent du labo tandis que nos flics de choc se contentent de signaler les témoins au tueur, foirer leurs interrogatoires et se faire démolir le portrait dans une cave de Courbevoie quand tout le reste de l'histoire se déroule en plein Paris. Tout cela sans que Jean Veber ne parvienne jamais à installer un quelconque climat effrayant ou angoissant, un comble pour un thriller fantastique !





Curieusement, personne ne reconnaîtra Vincent Perez grâce au portrait robot...





Heureusement que le porno sur internet existe.





On ne voit pas le bout du scénario, la minuterie s'est éteinte et en plus les piles de la mag-lite® sont mortes. Qu'est-ce qu'on fait ?




Au final, ce « Pharmacien de garde » m'a très agréablement surpris, d'autant plus, il est vrai, que je m'attendais à un honnête thriller. Pourtant, j'ai continué à le trouver très drôle une fois l'effet de surprise passé. Le jeu des acteurs, l'indigence du scénario et les nombreux faux raccords en font un bon petit nanar assez distrayant, et la balourdise des tirades écolos de François dans les moments les plus incongrus m'a bien fait marrer. On atteint même à certaines occasions une intensité nanarde des plus satisfaisantes (la génialissime attaque de coccinelles, qui voit la victime hurler d'impuissance quand les quatre pauvres insectes se posent sur sa main).





- C'est fini vieux ! On s'en est sortis.

- Fais gaffe à ta suture, Maurice...




Bien sûr, il s'agit du premier long-métrage de Jean Veber [NdlR : et aux dernières nouvelles, de son dernier], c'était d'autant plus courageux de s'essayer au film de genre hexagonal ; bien sûr, Guillaume Depardieu traversait une période difficile (il sera d'ailleurs amputé quelques mois plus tard) ; mais on devine quand même une petite pointe de prétention dans la réalisation qui m'a ôté tout scrupule quant à chroniquer ce film. D'ailleurs, dans les nombreux bonus du DVD, Jean Veber (pour ceux qui se posent la question, oui, c'est bien le fils de Francis) semble avoir une foi inébranlable en lui-même et déclare avoir voulu faire un film très français, car il n'était pas question pour lui de copier ce que font les Américains. Et bien, parmi toutes les ambitions qu'il nourrissait vis à vis de ce film, c'est sans doute la seule qu'il ait pleinement satisfaite.



En revanche, à ridiculiser ainsi les Bretons et les écolos, à sa place je raserais les murs. Tout le monde n'exécute pas ses contrats à l'aide de coccinelles.





Mrs Bates... pssst, Mrs Bates !





Oh pardon monsieur...






Benoît
Benoît

Le Pharmacien de garde
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Les notes des membres

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avatar de John Nada John Nada : 1.75
avatar de Kobal Kobal : 2.25
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Cote de rareté

Le film est facilement trouvable en double DVD chez Océan Films / TF1 Editions, en son Dolby 2.0 ou 5.1, DTS 5.1 et sous-titres anglais optionnels. Niveau bonus, très nombreux, on y trouve la bande-annonce, le teaser, le commentaire audio de Jean Veber, un making of de 15 mn, un comparatif story-board/film illustré par 3 séquences (la carrière, les coccinelles, le saut sur le toit), 20 mn de featurettes (les effets spéciaux, les maquillages, les décors, les cascades, la séquence de la mare de mazout), des entretiens avec Jean Veber, Vincent Perez et Guillaume Depardieu, les filmographies de Jean Veber, Vincent Perez et Guillaume Depardieu, une galerie d’affiches et projets d’affiches, le thème musical principal en 5.1, et neuf bandes-annonces du catalogue DVD Océan. De quoi substantiellement prolonger la vision du film...
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