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Piège en Eaux Profondes

  • Titre original : Submerged
  • Réalisateur : Anthony Hickox
  • Année : 2005
  • Pays : Etats-Unis / Bulgarie
  • Genre : Pour qui sonne le gras (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée : 1h36
  • Acteurs principaux : Steven Seagal, Gary Daniels, Vinnie Jones, Nick Brimble, Christine Adams, William Hope
Note :
2.25
Nikita
Nikita

Chronique



Voir les films qui annoncent ou confirment le déclin de vedettes donne toujours une impression un peu étrange : « Les Bérets verts » pour John Wayne, « Le Solitaire » pour Jean-Paul Belmondo, « Street Fighter » pour Jean-Claude Van Damme… On pourra désormais compter « Piège en Eaux Profondes », une production Nu Image avec Steven Seagal, comme une recrue de poids pour cette catégorie de films crépusculaires. Outre le fait qu'il s'agit là d'un nanar bien sympatoche, il est de notre devoir d'annoncer que Steven, naguère surnommé « Saumon Agile », y laisse les derniers lambeaux mités de sa crédibilité, pour s'en sortir avec le nouveau sobriquet de « Panda bouffi ».



Réalisé par Anthony Hickox, naguère auteur de quelques séries B inventives, le film qui nous occupe est un thriller d'espionnage bourrin, à l'action aussi musclée que son intellect est anémique. Mais qui aura surtout eu le mérite de provoquer un mini-scandale en Uruguay. Comment se fait-ce ? C'est ce que nous allons voir.





Oh, des images de synthèse nazes ! (en photo, ça va à peu près : pas en mouvement)


Le récit de ce film tourne autour des méfaits d'un savant fou, lequel a trouvé le moyen de contrôler l'esprit humain grâce à une machine qui fait plein de bruits bizarres. Une fois passés par son engin infernal, les soldats de l'axe du bien ont le cerveau lavé, ce qui se traduit par plein d'hallucinations nanardes à base de couleurs criardes et d'images de synthèse pourries.



Dans le rôle du diabolique docteur : Nick Brimble, un colosse habitué aux rôles de brutes sympathiques à la télé anglaise (« Mission casse-cou », « Guillaume Tell ») et qui connut son heure de gloire en étant Petit Jean dans le « Robin de Bois » avec Kevin Costner.



Bon là, les images de synthèse, ça va plus du tout !!


Transformés en agents des forces du mal, les soldats deviennent des taupes au sein des armées du monde libre : la dernière victime en date n'est autre que Gary Daniels, dans le rôle d'un officier qui a tôt fait d'entraîner sa brigade dans un piège en Uruguay.



Gary Daniels.


Oui, car le repaire des forces du mal et du terrorisme sur le continent américain, ce n'est pas Cuba, ni même le Venezuela, c'est l'Uruguay. Car l'Uruguay, tel que les auteurs du film l'ont reconstitué en Bulgarie, est une dictature bananière de la pire espèce, gouvernée d'une main de fer par un militaire nanar ; c'est en outre un cloaque dégueulasse, peuplé de basanés hirsutes à l'air pas catholique.



Le président de l'Uruguay (aux dernières nouvelles, il serait social-démocrate).



Un sbire uruguayen.



D'aucuns me font observer que l'Uruguay est une démocratie depuis 1984, et que son niveau de vie est considéré comme très acceptable pour le continent sud-américain, mais ce sont sans doute des propagandistes de l'axe du mal. Car un film de Steven Seagal ne saurait mentir : la preuve, ils se sont documentés sur l'Uruguay, on voit même des ruines Maya ! Comment ? Il n'y a pas de ruines Maya en Uruguay ? Hou là, toi, l'intello, tu serais communiste ou islamiste que ça ne m'étonnerait pas ! Je vais t'envoyer Chuck Norris, ça ne va pas traîner…

Mais revenons à nos moutons. La situation n'en finissant plus d'être critique, les Etats-Unis décident de faire appel à l'ultime recours, l'arme absolue, le gladiateur des temps modernes, le méga plus : STEVEN SEAGAL ! Notre héros interprète un mercenaire d'ultra-élite top classe comme on n'en fait plus, emprisonné suite à une mission nébuleuse dont les technocrates pourris de Washington lui ont fait porter le chapeau. En échange de sa libération, Steven va devoir aller botter le cul aux Uruguayens qui font les malins en lavant le cerveau de nos p'tits gars : il forme un commando de soldats maudits aussi grillés que lui et part dare-dare en mission.





Au passage, on saluera l'ancien footballeur anglais Vinnie Jones, devenu une gueule du cinéma d'action (« Snatch », « Opération Espadon », « X-men 3 »…)





Quand faut y aller, faut y aller...


Mais un sentiment étrange nous saisit dès la première apparition de Steven… Quelque chose ne va pas. Mais quoi donc ? Approchons-nous un peu… Ha ben voilà, il est gros. Mais vraiment, vraiment gros. Dans certains plans, on dirait presque Bud Spencer au début de sa carrière d'acteur.

Le Steven tel qu'on nous le vend :



Le Steven tel qu'il est :



L'auteur de ces lignes ayant quelques kilos à perdre, il ne s'agit pas ici de faire de la discrimination anti-surcharge pondérale, mais bien de constater que pour jouer les héros de film d'action et les mercenaires invincibles, c'est assez moyen.

Au passage, nous ne résisterons pas au plaisir de vous donner une petite liste de titres français alternatifs suggérés par certains nanardeurs :

Le Gros Bleu

Obèse en haute mer

Mission cholestérol

Désigné pour grossir

Karaté à mort pour une plâtrée de hamburgers

S'engraisse à grande vitesse

Lethal Quintal

Calorisque Maximum

L'Affaire Ventre à Cakes

Mission Alcagrasse

Fat and Furious

Les Aventuriers du lard perdu

Romeo Must Diet

Le réalisateur tente de donner le change en le filmant dans l'ombre autant que possible, comme ceci :



Mais rien n'y fait, on ne croit pas une seconde à la prestation de Steven Seagal. D'autant qu'en plus de son obésité, qui le fait davantage ressembler à un sumo qu'à un aïkidoka, Saumon Agile n'en fout littéralement pas une rame, et se contente de mouliner des mains lors des scènes d'action, Anthony Hickox en étant réduit à agiter sa caméra pour donner l'illusion d'une action trépidante qui laisse au final les adversaires de Steven avec les jambes et les bras tout cassés partout.



Le seul mano à mano digne de ce nom dans le film.


Steven Seagal a toujours eu tendance à ne pas laisser beaucoup d'espace à ses partenaires lors des scènes de combat : ici, c'est pire ; les bastons ne durent pas plus de 30 secondes. La rencontre avec Gary Daniels, qui est quand même la guest-star du film, aurait pu donner lieu à un beau combat : tintin ! Royal, Steven lui accorde quand même 45 secondes avant de l'étaler (lire notre interview de Gary Daniels à ce sujet).



Bon éteignez la lumière, Steven va se battre.


Pour les gunfights, ce n'est pas plus brillant : le comble est atteint avec une fusillade dans un tunnel où Steven et ses hommes, debout et totalement à découvert, mitraillent tranquillement l'armée uruguayenne dont les soldats, incapables de les atteindre, tombent sagement comme des mouches. Pire que les soldats de Lord Graal dans L'Humanoïde ! Sont nuls, ces Bougnoules !









Quand on vous dit qu'ils rateraient un éléphant dans un couloir…


Tourné et scénarisé à la paresseuse, le film accumule les erreurs, les invraisemblances et le n'importe quoi, en arrivant à faire oublier les quelques baisses de rythme du scénario à force de je m'en foutisme. Nos héros prennent possession d'un sous-marin uruguayen (d'où le titre original de « Submergé »), mais ne comprennent rien aux instructions « en espagnol » ? Une image nous apprend qu'elles sont en fait écrites en italien.



Steven se présente au président uruguayen comme l'ambassadeur des Etats-Unis ? Ca passe comme une lettre à la poste. C'est normal, aucun chef d'Etat ne connaît la tête de l'ambassadeur des USA dans son pays.



« Piège en Eaux Profondes » accumule tant de bourdes et de crétineries qu'il finit par ressembler à une sorte de manifeste du film d'action débile, que l'on aurait juste voulu un peu plus trépidant pour être parfait.



Les contestataires uruguayens sont sympas, ils écrivent leurs pancartes en anglais pour qu'on comprenne.



T'inquiètes Steven, nous on t'aime toujours.


La présence d'un Steven Seagal bouffi, démotivé, et qui visiblement se barbe copieusement, est en tout cas l'un des principaux facteurs de nanardise d'un film croulant sous les idioties diverses et variées. Malgré quelques relâchements dans la tension narrative, on ne saurait trop en conseiller la vision en cas de désœuvrement. Un nanar de cuvée assez sympathique, qui ne saurait que s'améliorer avec les années. En tout cas, créer une quasi-crise diplomatique avec l'Uruguay grâce à un film pareil, il fallait le faire : pour mémoire, les médias uruguayens passèrent des semaines à relayer les polémiques nées de la mauvaise image que Steven Seagal donnait de leur pays. Bravo, Nu Image, continuez comme ça, on vous aime !




ADDENDUM


Dans une interview accordée à Mad Movies (N°216 de février 2009, p.64-65), le réalisateur Anthony Hickox, revient de façon substantielle sur ses déboires avec Steven Seagal lors du tournage de "Piège en eaux profondes". Des propos encore plus amers que ceux que nous avait confié Gary Daniels, et nous éclaire ainsi en partie sur les raisons d'un tel naufrage (lire aussi les déboires analogues du réalisateur Michael Keusch sur Attack Force, en addendum de la chronique).

Anthony Hickox : « C'est dommage, parce que le script que j'avais écrit était vraiment bon. Je me suis dit : "Que se passerait-il si des personnes étaient coincées dans un sous-marin en plongée avec une dangereuse créature ? Ils commenceraient à manquer d'air, et ils ne pourraient pas remonter puisque l'armée veut les détruire...". Pour moi, c'était The Thing dans un sous-marin, très claustro. Quand Seagal a embarqué sur le projet, j'étais ravi, je me suis dit qu'il allait faire quelque chose de différent, avec un tel rôle de capitaine alcoolique...

Mad Movies : Il n'était donc pas censé faire du Steven...

Anthony Hickox : Non ! Au départ, il aimait le script. Enfin, il le prétendait... Et puis il y a eu ce meeting dans sa maison avec le producteur Avi Lerner, et il a dit : "Je ne suis pas vraiment sûr de vouloir jouer en face de créatures...". Là, j'ai compris que j'aurais dû dire "au revoir". C'était censé être un "creature movie" ! Avi m'a persuadé de rester. J'avais un loyer à payer...

Mad Movies : Que dit Avi Lerner de tout ça ?

Anthony Hickox : Il a fait un procès à Seagal.

Mad Movies : Parce que Seagal a refusé de faire la post-synchro...

Anthony Hickox : Oui, et parce qu'il a tenté de changer le script, et a rendu la vie impossible à plein de monde. Avi a été très gentil avec moi, parce que Seagal essayait de me faire virer tous les jours. Mais Avi disait : "Non, je ne le vire pas, il a écrit le film, et toi tu le fais." Au bout d'un moment, Seagal est rentré chez lui. Nous avons terminé le long-métrage avec des doublures, pour chaque plan large. A la fin, il est tout de même revenu pour une semaine de tournage. Je suis allé le voir, et je lui ai demandé : "Pourquoi fais-tu le film, Steven ? Tu le hais. Tu te hais toi-même, aussi..." Alors, il m'a fait son "Seagal smile", et m'a regardé sans rien dire. Mais je sais pourquoi il a fait le film : il était payé 5 millions de dollars... Il n'apprécie plus de jouer. Il devait être sur le plateau dès le matin, et il arrivait à 13 heures. Puis il mangeait avec son cuisinier personnel, et il fallait attendre deux heures de plus. Ensuite, il se mettait à déambuler, avec tous ses gardes du corps armés. Je n'exagère pas, ça s'est passé comme ça : la caméra et les lumières étaient dirigées vers un endroit précis, et tout à coup, à l'autre bout du studio, il criait "action !", récitait un dialogue qui n'était pas dans le script, disait "cut !" et s'en allait. C'était vraiment infernal. Et nous tentions de tourner les caméras vers lui à ce moment-là... Avec Avi et les autres producteurs, nous finissions par en rire. Nous avions de l'argent, des hélicoptères, des tanks... nous nous disions : "Marrons-nous au moins, ne laissons pas ce mec nous pourrir la vie... »



Nikita
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Piège en Eaux Profondes

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Cote de rareté





Sortie direct-to-DVD en Europe (comme aux Etats-Unis, d'ailleurs !) pour ce film. D'abord disponible au Bénélux sous son titre original, il a ensuite été édité en France par "Metropolitan" sous une appellation qui rappelle les grands succès de Steven. Pourquoi pas, au point où on en est...

Le film, garni d'un DTS pour mieux être décoiffé par les explosions, présente d'ailleurs un making of que nous n'avons pas vu, mais qui doit sûrement être très rigolo si Anthony Hickox nous détaille toutes les ruses utilisées pour camoufler l'état actuel de notre Saumon Agile préféré.
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DVD italien.
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