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Pizzaiolo et Mozzarel

  • Titre original : Pizzaiolo et Mozzarel
  • Réalisateur : Christian Gion
  • Année : 1985
  • Pays : France
  • Genre : Aldo Maccione for President ! (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h25
  • Acteurs principaux : Aldo Maccione, Marthe Villalonga, Sidney Duteil, Beth Todd, Valentina Gras
Note :
1,5
Nikita
Nikita

Chronique





Tourner un nanar comique, c’est bien. Tourner un nanar comique tout en cherchant la comparaison avec les plus grands, c’est mieux. Aussi ne peut-on qu’approuver l’audace de Christian Gion et de son scénariste Georges Wolinski qui, non contents de nous proposer un blockbuster à la gloire d’Aldo la classe, choisissent de marcher ouvertement sur les traces de Chaplin. Faut pas avoir peur des comparaisons humiliantes.





C'est pas l'UMP ou le PS qui feraient élire un président pareil !







Aldo interprète ici le rôle de Carlo, pizzaïolo de plage sur la Côte d’Azur, plus intéressé par la plastique des vacancières que par la gestion de sa paillote. Notre héros vit peinardement chez sa mamma italienne, que Marthe Villalonga interprète avec un accent particulièrement pestilentiel. Il partage en outre l’appartement familial avec son demi-frère Mozzarel, interprété par le rappeur Sidney (importateur du Hip-hop en France, très à la mode entre 1984 et 1986).









Si l’on excepte le fait que Sidney ne sert absolument à rien dans l’histoire, la présence d’un demi-frère noir pour Aldo est une nouvelle source de gags irrésistibles : la mère de nos amis (Marthe Villalonga) a un jour fait le Paris-Dakar, ce qui vaut à notre héros un frangin amateur de tartines grillées bien noires au petit déjeuner. « Mamma, tou n’aurais pas pou faire ploutôt Paris-Copenhague ? » s’écrie Aldo/Carlo, « J’aurais des tartines bien blondes ! ».









Carlo est vaguement fiancé à la patronne de l’estaminet, la très laide Maria, et doit se coltiner les trois frères de cette dernière. Dans les rôles desdits beaux-frères, le spectateur de « La Grande Maffia » aura le plaisir de retrouver Les Tontos, l’ancien trio de music-hall d’Aldo, avec Nico il grande (alias Nico), Salvatore Serrano (alias Rico), Aldo lui-même étant remplacé par son propre frère, Alberto Maccione. C’est un véritable festival de singeries et de gags moisis que nous vaut le vaudeville de Carlo tripotant les donzelles sur la plage tout en essayant d’éviter la colère de Maria.









Aldo maître-nageur, c'est mieux qu'Alerte à Malibu !




Tout pourrait continuer dans le meilleur des mondes, entre quiproquos affligeants et pantalonnades poussives, si Carlo n’était pas le sosie du Général Gonzales y Ramirez, dictateur sud-américain en visite en France. Le pizzaïolo flemmard est kidnappé par le chef des services secrets de Gonzales et contraint de participer à un complot destiné à remplacer le dictateur. Notre héros parviendra-t-il à se tirer sans dommages de ce guêpier et fera-t-il triompher le bon droit tout en culbutant la belle espionne qui l’a entraîné là-dedans ?









Troisième collaboration entre Georges Wolinski et Aldo Maccione après « Le Cow-boy » et « Aldo et junior », « Pizzaiolo et Mozzarel » est l’avant-dernier film d’Aldo en vedette et l’essoufflement se fait sentir. Aldo ne le sait peut-être pas, mais il est quasiment en fin de carrière et sa fameuse démarche « la classe » semble bien rouillée. Tout est filandreux, disloqué, privé de rythme comme de logique, dans ce film apparemment tourné sous l’influence d’un mélange douteux de whisky et de valium. Wolinski scénariste ne semble pas capable de concevoir une histoire plus cohérente que ses vieilles aventures de « Georges le tueur » pour « Charlie Mensuel », les scènes s’enchaînant les unes aux autres sur un rythme chaotique. On a parfois l’impression de voir un film de vacances vaguement amélioré d’un semblant d’intrigue, Christian Gion et son équipe s’étant bien amusés sur la Côte d’Azur en tournant une scène de temps à autres après le pousse-café.











"Je ne veux voir qu'une fesse !"




Christian Gion avait déjà voulu, dans « Le Bourreau des Cœurs », prouver qu’Aldo Maccione était un grand acteur « en lui offrant une bonne comédie. […] Mais il est difficile et j’ai eu du mal à le diriger ». Rebelote avec leur deuxième collaboration : Gion eut de nouveau du mal à gérer Maccione « qui sort [alors] de plusieurs hits et est persuadé de ce qui marche ». Le film semble en effet avoir pâti d’un Maccione en roue libre, qui surjoue ici jusqu’au vertige son personnage d’ « Aldo la classe », forçant son accent jusqu’à torturer l’auditeur – au point qu’il réussit presque l’exploit de ne pas être crédible en italien – tripotant tout ce qui bouge et refaisant ici et là son célèbre moonwalk. En le voyant se balader en pyjama rose bonbon, une casquette de SS sur la tête, pour diriger une séance d’aérobic sur la plage, on finit par se dire que la fin du monde est pour bientôt ; ce n’est pourtant rien à côté de sa prestation en dictateur de carnaval homosexuel, entouré de gardes du corps féminines habillées en peaux de panthère (référence évidente à Kadhafi).









Aldo bat ici ses records personnels de cabotinage : loin de la folie qu’il pouvait exprimer dans certains rôles (« L’Aventure c’est l’aventure », mais aussi « Te marre pas c’est pour rire » et même « La Grande Maffia »), Maccione semble se livrer à un concours du « jeu de plomb », réussissant en permanence à se surpasser sur le terrain de la lourdeur pachydermique.



Ajoutons que le Maccione, malgré son accent pas possible, n’est pas seul sur le terrain du nawak linguistique : on l'a déjà mentionné, mais il faut souligner le tour de force de Marthe Villalonga, qui nous gratifie d’un accent improbable qui réussit à osciller entre l’italien, l’espagnol et le pied-noir, battant le parrain de « La Vengeance » dans le domaine de l’approximation grâce à ce surprenant exercice de triple voltige. Une mention doit être également accordée au stupéfiant numéro de cabotinage de Valentina Gras (Maria), qui slalome elle-même entre l’italien, l’espagnol et le gloubiboulga, réalisant au passage l’imitation de Dalida la plus dantesque jamais imaginée par un cerveau humain.









Mais s’agit-il là uniquement d’un exercice d’auto-complaisance maccionesque, d’une pantalonnade plagiste ? Non, c’est du comique à message : fidèle aux choix narratifs de ses histoires en bande dessinée, Wolinski nous sert une tranche de philosophie entre deux couches de suif comique et se livre à une parabole sur le pouvoir totalement piquée, comme il a été dit plus haut, à Charlie Chaplin ou plus précisément au « Dictateur ». Non contents de récupérer le gimmick des sosies – tellement usé que plus personne n’ose vraiment s’en servir depuis la règle édictée par Boileau et Narcejac – les auteurs vont piocher leurs idées chez les plus grands, en prenant soin de le faire de manière totalement identifiable. Non seulement on n’a pas d’idées, mais on se débrouille pour que tout le monde s’en rende compte : du grand art.









Le programme d’Aldo Maccione président, c’est donc des gags usés jusqu’à la corde, de la lourdeur à tous les étages et de la vulgarité pour tous : en théorie, un délice, qui pourrait donner envie à certains pervers de le voir nommé président à vie. Mais « Pizzaiolo et Mozzarel » est-il pour autant le nanar de pointe espéré ? Pas toujours : la faute à quelques baisses de rythme, passé un début en fanfare. Le duo annoncé par le titre n’est qu’accessoire, le rôle de Sidney étant parfaitement inutile dans le scénario. Trop de Maccione en roue libre empêche le film de prendre réellement son envol, le bel Aldo étant un acteur comique un peu trop systématique pour tenir tout le long d’un film en premier rôle. C’est surtout par son caractère fondamentalement inabouti que le film suscite l’intérêt : séquences de remplissage sans queue ni tête, gags conçus pour faire rire un public de fœtus trisomiques, complaisance à tous les niveaux. Le cinéma comique français était en train de connaître une capilotade mémorable et ses plus vaillants représentants sombraient pavillon bas.





Et une casserole, une !




Que cela ne nous empêche pas de prendre cette brillante métaphore sur la fonction présidentielle et l’exercice du pouvoir pour ce qu’elle vaut. A savoir, rien du tout.





Nikita
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Pizzaiolo et Mozzarel
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Alors que plusieurs films avec Aldo ont été repris en DVD, celui-ci moisit encore à ce jour dans les limbes de la VHS. Reste à débusquer une des vieilles K7 de chez "René Chateau Vidéo" ou à guetter des rediffusions - relativement fréquentes - sur les chaînes câblées.



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