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Le Plumard en Folie

Note :
1,5
Nikita
Nikita

Chronique





Ce qui est formidable, quand on est un nanardeur un peu maso acharné à découvrir le fond du fond, c’est qu’on n’a jamais fini de creuser. On pensait avoir vu la pire comédie à la française avec « La Pension des Surdoués », voilà qu’on trouve un film qui réussit presque à surpasser cette horreur sur le terrain de la nullité, à ceci près que la plupart des acteurs jouent nettement mieux. « Le Plumard en folie », c’est la rencontre, à l’occasion d’une coproduction, entre deux traditions du rire et des gags à gogo : le vaudeville français et les comédies cochonnes québécoises ! On a trop tendance à oublier (et je remercie mon camarade Le Rôdeur de me l’avoir rappelé) que, dans les années 1970, nos cousins d’Amérique se faisaient une spécialité de grivoiseries particulièrement corsées pour l’époque. Sans doute soucieux de mieux vendre en France des films qui se faisaient régulièrement interdire par la censure, les Québécois unirent leurs forces avec des producteurs hexagonaux pour nous fournir un film « à la française », avec quelques acteurs québécois pour faire bonne mesure. Le résultat est une mélasse difficilement concevable, qui prend le pire de deux traditions pour en tirer un mélange bien grumeleux de gags pas drôles et d’érotisme pas excitant. A vous couper pour un bon moment l’envie de rire ET de faire l’amour !











Contrairement à ce que la jaquette française prétend, « Les Farfelous » (titre vidéo) ne met pas en scène Michel Galabru, Jean Lefebvre et Paul Préboist dans des rôles de gangsters en cavale, bien que tous trois apparaissent dans le film et qu’il y ait bien une histoire de bandits. L’objet qui nous occupe est un film à sketches, dont le fil conducteur est le plumard du titre original. Une sorte de Monsieur Loyal (Patrick Topaloff, sans doute l’acteur qui s’en tire le mieux) commence par annoncer la couleur.





Patrick Topaloff, dieu vivant.







Paul Préboist, heureux.




Le vrai héros du film est… un lit, acheté par une auberge de moyen standing après que son prédécesseur ait été fracassé par un couple trop amoureux. C’est bel et bien au lit qu’il incombera de commenter en voix off tout le film et d’y apporter une sorte de fil conducteur. Roger Carel, doubleur stakhanoviste, apporte son bel organe au lit et se trouve par là même l’acteur le mieux loti du film, puisqu’on ne le voit pas.





Michel Galabru en latin lover déshabillé.







In Bed with Michel Galabru.




Car si le reste du casting perd une chose dans ce film (outre ses vêtements), c’est bien sa dignité. Le plumard est peut-être en folie, mais il a surtout le sommier défoncé, la couette élimée et les draps dégueulasses : ce film n’est qu’une suite de situations scabreuses agrémentées de gags tellement ineptes que le tout aurait pu être improvisés par deux ados de treize ans en train de se payer leur première cuite à la Kronenbourg. Parfois, les gags sont si inexistants que le doute subsiste sur l’intention des auteurs : souhaitaient-ils réellement nous faire rire, ou seulement faire du remplissage de métrage ? Mieux que l’humour nul, l’humour en négatif, celui qui devient intéressant par son absence même. Vertigineux.





Robert Castel.



Paul et Jacques Préboist.





Anna Gaël.




Le propriétaire de l’hôtel (Robert Castel) commande donc un nouveau lit, que lui apportent deux livreurs interprétés par les frères Préboist (Paul et Jacques, qui improvisent deux trois âneries au passage). Chouchouté par l’accorte chambrière Anna Gaël, le lit accueille donc successivement : des jeunes mariés, des gangsters en cavale, un couple adultérin (Michel Galabru et la Québécoise Denise Filiatrault), un couple bourgeois (Jean Lefebvre et Claude Gensac), deux couples échangistes (l’un des maris étant joué par Henri Tisot) un docteur désireux de mesurer la tension sexuelle avec un sismographe lors d’un accouplement avec son assistante, une vieille peau (Alice Sapritch) et son gigolo… Autant de prétextes à des dialogues et situations tellement pas drôles que ça ne peut qu’être fait exprès : un esprit humain ne PEUT PAS avoir raisonnablement imaginé que ça pourrait faire rire ! Chaque dialogue, chaque scène transpire tellement la bêtise que le spectateur s’enfonce au fur et à mesure dans son siège, son cerveau menaçant le court-circuit devant un tel concerto d’inepties trouducutoires.





Anne Libert mesure la densité de son orgasme avec ses écouteurs.





Willie Lamothe, célèbre musicien de country québécois, dans un rôle de malfrat en cavale.





Jean Lefebvre s’enfuit du plateau de tournage.





Denise Filiatrault en maîtresse de Galabru.




Michel Galabru essaie de trouver l’inspiration pour saillir sa partenaire ; Jean Lefebvre pratique le cunnilingus sur Claude Gensac ; Jacques Préboist avale toute l’eau d’un water bed ; Henri Tisot crève le water bed en question en voulant pratiquer la sodomie sur son camarade, et l’eau lui sort par les oreilles (je ne veux pas savoir par où elle rentre). Entre deux scènes d’humour grivois, on a droit à des grivoiseries humoristiques, avec des acteurs de film érotique. Deux réactions possibles : on prend la fuite ou on plonge dans l’hébétude la plus abjecte.





Galabru dans l’un des plus beaux plans de l’histoire du cinéma érotique.





Mouahaha !





Arf, arf !




A la profonde débilité du fond répond une laideur particulièrement poussée de la forme. « Le Plumard en folie » est filmé en Cacavision et en Affreuxrama. Couleurs grisâtres et marronnasses, mise en scène flasque, montage amorphe : tout est tellement hideux qu’on croirait l’œuvre d’un dépressif en phase terminale qui filmerait sous l’influence d’une overdose de cachetons périmés.





Topaloff improvise une conférence sur les origines du lesbianisme.







A ce degré de désespoir, on peut essayer d’effectuer un petit classement des sketches pour préserver sa santé mentale. Celui avec Jean Lefebvre est de loin le plus insignifiant : un ou deux gags et puis s’en vont, à croire que les acteurs ont pris la tangente avant la fin du tournage en le laissant inachevé. Il est d’ailleurs monté en alternance avec celui de Michel Galabru, déjà un petit peu plus abouti (enfin, légèrement supérieur à zéro) : l’occasion de voir Galabru cabotiner comme rarement, l’absence d’intérêt pour ce qu’il joue l’ayant fait passer en pilotage automatique. Henri Tisot interprète le sketch comique se rapprochant le plus de l’érotisme (pas grâce à lui, mais grâce aux mamours que se prodiguent les deux épouses). Anne Libert, mini-vedette de l’érotisme années 70, vient montrer ses nichons. Alice Sapritch est tout simplement terrifiante en vieillasse folle du cul : après Anne Libert, ça calme.





Alice Sapritch, queen of sex.





Hop, encore un coup d’Anne Libert, qui en a perdu ses écouteurs.






Incroyable, cette chose s'est exportée ! Ca doit être la "French touch" qui a joué.




Qu’est-ce que je pourrais dire d’autre sur ce truc ? Cette chronique n’a ni queue ni tête. Il faudrait bien que je trouve une qualité au film. Ha si, il y a un début et une fin. Par contre, je ne suis pas trop sûr qu’il y ait un milieu. Assommé, je suis. Signalons qu’en disant, scandalisé, qu’on lui avait fait tourner « un film porno à [son] insu », Michel Galabru exagérait un peu : le film ne paraît quand même pas si osé aujourd’hui (à moins qu’il n’existe une version plus déshabillée) et la séquence à laquelle il participe est quand même bien grivoise. Il aurait dû se douter de quelque chose.











Tiens, voilà une tâche intéressante pour moi : je vais tâcher de voir s’il existe une version hard du « Plumard en folie ». D’ailleurs, la version québécoise dure sept minutes de plus, ça doit être une scène de fist-fucking avec Paul Préboist. Ensuite j’essaierai de voir s’il y a plus nul. Je tapisserai ma chambre de photos d’Henri Tisot à poil. Et puis, j’irai plonger nu dans un lac du Connemara.





« Mesdames et messieurs, bonsoir ! »



Note de Nanarland :




Cela étant, qui est ce mystérieux Jacques Lem alias Jacques Lemoine dont ce film est l'unique oeuvre jamais créditée ? Sur le forum de zonebis, érudits du bis, on fait lien avec Michel Lemoine dont le film « Les Frôleuses » raconte lui aussi les souvenirs d'un lit très accueillant. Bref, si quelqu'un en sait plus, qu'il nous contacte car nous serions heureux de lever un coin du mystère sur cette oeuvre.




(Merci au Rôdeur pour les captures d'écran).





Nikita
Nikita

Le Plumard en Folie
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Deux éditions VHS pour ce machin (chez "Atlantic / Initial" et "Reflex Vidéo"), c'est bien cher payé ! Pour le DVD français, quelque chose me dit qu'on va devoir attendre...







Jerry Lewis (pas le vrai, un de nos forumers) a d'ailleurs levé le lièvre de ce nouveau jaquettage camouflant la réalité du produit vendu. Sacré "Initial", encore un beau pompage de titre et de graphisme... pour un film sorti 10 ans avant celui avec Bébel...
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