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Psychon Invaders

  • Titre original : Psychon Invaders
  • Titres alternatifs : Alien Attacks !
  • Réalisateur : Jeff Leroy
  • Année : 2006
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : 50's not dead ! (Catégorie : Rencontres du troisième type)
  • Durée : 1h22
  • Acteurs principaux : Victoria De Mare, Phoebe Dollar, Ford Austin, Philo Barnhart, Vinnie Bilancio, Aly Hartman, Janet Tracy Keijser, Michelle Liberman, Randal Malone
Note :
3.25
Kobal
Kobal

Chronique





En véritable touche à tout insatiable, Jeff Leroy accroît tranquillement mais sûrement son improbable filmographie. Après avoir apporté sa patte unique à l'univers des animaux géants ("Creepies", "Creepies 2 : Las Vegas Attack", et bientôt "Rat Scratch Fever"), révolutionné le Predator-like flick ("Alien 3000"), flirté avec le bestiaire fantastique classique ("Eyes of the Werewolf"), magnifié le psycho-killer rural ("Hell's Highway"), célébré le vigilante-movie ("Charlie's Death Wish"), voire amalgamé des genres peu habitués à se fréquenter ("Werewolf in a Women's Prison"), le voici désormais qui s'attaque à la science-fiction pure. Qu'on se le dise, nul courant cinématographique ne pourra fuir son talent, quitte à terminer mutilé au dernier degré.







"Psychon Invaders" est donc le résultat de cette soudaine passion pour la SF des années 50, avec ses soucoupes en aluminium, ses aliens à tête de choux et ses pauvres humaines abductées à des fins que la morale rigoriste réprouve. Soyez tranquilles, tous ces bons vieux codes, garants de l'ambiance kitsch d'époque, seront respectés par le réalisateur fou qui transcende une nouvelle fois son génie en nous livrant le meilleur du pire d'un genre sexagénaire avec le pire du meilleur des technologies actuelles !









Le grand JT de 20h vu par Jeff Leroy.




Le prétexte scénaristique invoqué pour déchaîner ce maelström d'effets spéciaux achetés chez Mutant Express est la suivante : Sarah Mc Kinnis, scientifique gouvernementale, se prend malencontreusement une décharge en pleine tête de son prototype de pulsar pistol à inverseur de polarité. Dès lors, elle s'aperçoit que certains humains sont en fait des extra-terrestres infiltrés sur Terre, et que le ciel grouille de vaisseaux spatiaux interplanétaires. Mais tels Cassandre ou David Vincent, nul ne croit Sarah, qui devient bien vite la cible des belliqueux envahisseurs. Elle réussit à trouver refuge dans une station de radio nommée Wufo et tenue par le Major Bart Well, un conspirationniste opportuniste. La lutte s'engage.





Attention Sarah, derrière toi !





ILS sont parmi nous... et même qu'ILS commandent un coup à boire sur une terrasse !





La planète Psychon...





...qui souffre d'un réel problème de surpopulation.




Oui, vous aussi, vous vous dites que Leroy a dû trop regarder "Invasion Los Angeles" de Carpenter ? Pas d'inquiétude, il a aussi repompé d'autres œuvres afin d'assurer à son métrage un équilibre dans l'hommage sauvage.



Bien, qu'est-ce qui frappe en premier lieu le spectateur égaré devant "Psychon Invaders" (enfin, vu sa cote de rareté, pour s'égarer devant, il faut vraiment le faire exprès) ? Est-ce l'aspect DTV qualité papier toilette micro-épaisseur ? Sont-ce les musiques, rejetons bâtards d'une union entre les scores de "Rambo", "Ghostbusters" et "Dark City" ? Ou bien est-ce l'association effets 3D Studio Max et soucoupes figées qui straffent sur fond bleu ? Peut-être un peu tout ça à la fois, difficile de faire la part des choses une fois pris dans une telle sarabande de folie polysensorielle. Bon, essayons de mettre un peu d'ordre dans ce foutoir du nanar.





Des vaisseaux psychon...





...face à l'aviation terrienne !





L'élite de l'aéronautique : Frisky Foxx.




Intéressons-nous déjà à l'actrice principale, Victoria DeMare. Égérie intérim de Jeff, en remplacement d'une Phoebe Dollar qui vole désormais de ses propres ailes, cette demoiselle de la série Z américaine étale sur l'écran son incompétence professionnelle comme d'autres le beurre sur leurs tartines. Mise en avant comme si elle était la nouvelle diva de Hollywood, Victoria quitte rapidement sa blouse et ses lunettes trop sérieuses pour un soutien-gorge deux tailles trop grand, ce qui n'est pas particulièrement émoustillant. Elle s'acquitte toutefois avec conscience de sa tâche bi-classée écarquilleuse oculaire et hurleuse chronique, en proie à ses visions d'un autre monde qui ont effectivement de quoi faire aboyer de peur, ou de rire, selon que l'on exerce le métier de responsable FX ou que l'on soit nanarophile.





Victoria DeMare (Sarah Mc kinnis) qui doute des buts humanistes de la fabrication de flingues du futur en plastique à inverseur de polarité.





Et soudain, c'est le drame.





Fini de se poser des questions existentielles, s'agit de défourailler du E.T. maintenant.




Elle est secondée par quelques vétérans de la cour Leroyale : on retrouve ainsi Randal Malone dans le rôle du Major Bart Wells, acteur à la physionomie infantino-gélatineuse que les gourmets avaient déjà pu admirer en aspirateur à coke dans "Charlie's Death Wish". Sa prestation se résume ici à parler dans son micro d'une voix tabagique et à avoir l'air absent le reste du temps. Sa principale contribution semble avoir été de prêter sa maison pour le tournage du film, ce qui est toujours sympathique en ces temps de récession.





Randal Malone (Bart Wells) et sa placidité à toute épreuve.









Des acteurs shakespeariens en diable.




Autre rescapée qui rempile, idolâtrée en ces lieux par un fan club d'irréductibles libertins débordant de fantasmes, la très glamour Phoebe Dollar s'offre un second rôle d'amazone des temps modernes dans une escouade de chicks with guns xénophobes — dans le sens galactique du terme — ce qui lui offre une nouvelle occasion de laisser libre cours à ses penchants pro-NRA. Mais elle ne fait pas que flinguer de la bidoche alien, elle utilise aussi sa tête, persuadée qu'elle est de pouvoir lire dans les esprits. En tout cas, ça fait toujours plaisir de la voir, et c'est avec impatience qu'on attend son prochain rôle principal.





Hail to the queen of squirrel fucking !





Deux gifs pour les fétichistes de la Phoebe qui flingue.




Le reste du casting se compose sommairement de figurants en pleine compétition du kikélplunanar, avec quelques scream queens de passage, lolos en plastique à l'air. Signalons tout de même les efforts louables de Michelle Liberman qui donne tout ce qu'elle a en méchante chef extra-terrestre perverse et cabotine.





Michelle (Veronica Groves) fait dans l'import-export d'humains.





Vinnie Bilancio (Ed Devon), une éminence grise de l'empire Leroy où il intervient comme co-scénariste, co-producteur voire co-réalisateur.





Trognes en libre-service.




On se moque, on se moque, mais d'un autre côté, il faut admettre qu'on s'attend rarement à trouver le prochain oscarisable dans un film de cette trempe. Ne jetons donc pas la pierre à ces braves acteurs qui se débattent tant qu'ils peuvent dans les affres du bis underground, dont les moyens techniques ne leur offrent souvent pas grand chose pour espérer paraître crédibles.





Un gouverneur au visage poupin qui n'avait pas forcément besoin de manquer d'argent pour être peu crédible.





Du plan nichon bête et méchant !




Parlons-en d'ailleurs de ces moyens techniques. Si Jeff Leroy s'est acquis une belle réputation par chez nous, c'est justement parce qu'il ne mégote jamais sur ses ambitions, qui flottent bien au-delà des dures réalités budgétaires. Le monsieur sait avoir les yeux plus gros que le ventre en matière d'effets spéciaux, ce qui l'a toujours poussé à traficoter dans tous les domaines possibles pour s'en tenir à sa vision artistique. Et comme toujours, le résultat est plus qu'à la hauteur des attentes, surprenant en permanence même les plus blasés des cinéphages qui carburent à la nullité vidéofilmique. Le mélange à la bétonneuse des différentes technologies de FX est une spécialité du bonhomme, qui les étale à l'écran couche après couche dans une surenchère sans fin du mal branlé.





Les Psychons, dont le nom de race tend la perche pour se faire battre.





Les mêmes en mode camouflage vénèr'.




Comme je le disais plus tôt, les vaisseaux spatiaux et autres avions de chasse sont soit des infographies fixes, soit des jouets en plastique, déplacés manuellement sur de probables fonds bleus incrustés au lance-clou à des scènes live ou à des maquettes dignes des plus mauvais kaiju eiga, le tout certi dans de vilains effets lumineux 3D. On a l'impression d'assister à la version moderne des fils de nylon et des dessins sur pellicule ! Les aliens se résument quant à eux à des masques de caoutchouc figés avec des loupiotes oculaires rouges mal ajoutées en post-production, et se dandinent dès qu'ils doivent avancer. Ajoutez à cela des explosions de pétards d'artifice et de rudimentaires effets gore en latex, et c'est un véritable hall of shame des FX, dont on ne s'étonne pas que les personnages du film préfèrent feindre ne pas les voir. La démence qui se dégage du résultat dépasse largement toute description littéraire et nécessite d'être vue en mouvement pour en prendre pleinement conscience.





Batailles et crash en mousse sur fond de Los Angeles by night.





Peluches de lapins et chevaux sont victimes des exactions alien.





Un Psychon trop mûr.




C'est terriblement mauvais et terriblement attendrissant à la fois, un tel bric-à-brac d'inventivité et de témérité parvenant l'air de rien à forcer l'indulgence du spectateur, étrangement charmé par le cachet unique des réalisations de Jeff Leroy. Ce dernier apparait presque comme un sale gosse s'obstinant à ignorer les bonnes manières, qui passe son temps à faire exploser ce qu'il construit et dresse son doigt au monde, le sourire naïf qui va avec. Et puis certains passages ne sont pas si mal foutus, comme cette séquence finale où une attaque de tripode vaut bien toutes les "Guerre des Mondes" spielbergiennes... dans un jardin, certes.





Jeff brûle ses propres jouets.





Le blockbuster pour les Nuls.





Une explosion jamais-vue.




La décoration n'est pas en reste : armé de sacs poubelles noirs, de tuyaux et de litres de peinture rouge, le responsable est ainsi tenu de mettre au point un intérieur de soucoupe volante bio-mécanique tout-à-fait crédible, à même de renvoyer "Aliens" baver chez sa mère. Et pour les labos high-tech du gouvernement, quelques ossatures PC et de vieilles cartes-mères feront l'affaire. Mais pour bâtir une véritable continuité dans l'univers de Jeff, impossible de faire l'impasse sur les sempiternels panneaux Danger Restricted Area et High Voltage qui sont régulièrement placés en des endroits stratégiques. Encore une preuve de la cohérence volontaire de cette œuvre trans-filmique.





Faut avouer que sur une image fixe, on s'y croirait, dans "Urotsukidodji".





On ne le dira jamais assez, mais le plastique organique, c'est fantastique !





Des carcasses récupérées dans le cimetière des assembleurs et mises sous haute tension.




Côté réalisation aussi, Jeff ose tout. Héroïne qui explose des vaisseaux en pleine ville au volant de sa voiture, puis qui esquive un crash aérien atomique cachée dans son coffre (prends ça dans les dents, Indy !). Course-poursuite en marchant dans un couloir de 3 mètres de long. Tentative de double twist ridicule. Flashback d'évènements qui viennent de se dérouler à peine 5 minutes auparavant (seul Bernard Launois avait osé dans "Devil Story"). La totale du n'importe quoi.





Les aliens rendent un vibrant hommage à John Woo !





Tout bon nanar se doit de contenir une explosion d'hélicoptère.




On ne peut que regretter l'absence d'importation sur notre territoire de ce genre de délices qui pourraient bénéficier d'un doublage français de bas-étage à même de l'honorer à sa juste mesure, en renforçant encore un peu plus sa titration nanar. En attendant, n'hésitez pas à profiter dans sa version originale de cette zéderie professionnelle dont le rythme conserve une sympathique constance de débilité, avec son festival d'effets spéciaux à redonner la vue à un aveugle. Dans ce domaine, "Rat Scratch Fever", le prochain métrage de Leroy, a de quoi rendre fou d'attente le spectateur, qui peut se demander si ce réalisateur n'est finalement pas plus roublard qu'il n'en a l'air.



En tout cas, big up à toi, bonhomme !





Kobal
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avatar de John Nada John Nada : 3.25
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avatar de Rico Rico : 3

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Acheter "Psychon Invaders" en DVD relève du sacerdoce. En effet, à l'instar de "Creepies 2", il n'existe qu'une seule édition DVD japonaise, trouvable pour très cher sur des sites de vente en ligne.



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