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The Punisher

  • Titre original : The Punisher
  • Réalisateur : Jonathan Hensleigh
  • Année : 2004
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Comic d'autodéfense (Catégorie : Sécuritaire)
  • Durée : 1h45
  • Acteurs principaux : John Travolta, Tom Jane, Rebecca Romjin-Stamos
Note :
2
Drexl
Drexl

Chronique



Voici le film d'une confirmation éclatante à propos des adaptations de comics aux Etats-Unis, pour la plupart des projets lancés sur leur seul nom évocateur, produits à la ramasse, interprétés par des gaufres (tremble Ben Affleck, tremble), scénarisés par des incompétents et réalisés par des cinéastes novices. Pléthore de projets foireux et foirés hantent le panthéon malhabile des super-héros désespérément boiteux, de Daredevil à Spawn en passant par les suites invraisemblables de The Crow... Ce n'est que lorsque des metteurs en scène confirmés, fans (Sam Raimi) ou non (Singer), se mettent à l'ouvrage que le résultat est au rendez-vous.





L'original en BD.








Pénurie de bruns sur Hollywood ? Pourquoi prend t-on systématiquement des acteurs blonds dont on doit teindre les cheveux en noir pour jouer le Punisher ?




Derrière la barre de cette adaptation des aventures d'un vigilante (justicier adepte de l'auto-défense), on retrouve Jonathan Hensleigh, plus connu comme producteur de The Rock, Les Ailes de l'Enfer ou comme scénariste d'Armageddon (YYAAAAAAAAAA), et dont c'est la première réalisation. Devant, on retrouve l'improbable Thomas Jane (ou Tom Jane, ça dépend), acteur pour le moins curieux... Il a démarré sa carrière dans un Bollywood, l'a poursuivi chez Albert Pyun dans son incroyablement mauvais Nemesis, a fait de la quasi figuration chez John Woo (Volte-Face) ou Paul Thomas Anderson (Boogie Nights et Magnolia). Alors que tout allait bien, il se fait vraiment connaître en petit ami de Cameron Diaz dans Allumeuses ! avant d'endosser le rôle principal du terrassant Dreamcatcher (rare cas de film d'aliens anal).





Malgré les apparences, cet homme souffre.




Le but du jeu étant de faire oublier la première mouture du Punisher, datant de 1989, avec un Dolph Lundgren bossant sur une abstraction de jeu qu'il maîtrisera enfin à la perfection dans le rigolo Dark Angel. Pour le coup, Hensleigh fait table rase du film de Mark Goldblatt, et dans l'euphorie passe complètement à côté du comics original, en dehors de la genèse du héros...





Dolph, Vigilante pour nous les hommes.




Frank Castle est un agent secret, spécialiste des missions undercover où il est super efficace en dépit d'un accent russe piteux. Lors de sa dernière mission, une balle perdue fauche le fils d'Howard Saint, banquier mafieux bossant avec des Cubains de pacotille. Tandis que Frank va expliquer à son fils pourquoi ils doivent déménager une ultime fois, en jetant une balle de baseball contre un filet (en un rappel troublant de l'existence tangible du mouvement perpétuel), Saint va caresser le corps de son fils à la morgue en plissant les yeux ("Je l'ai habillé jusqu'à l'âge de treize ans") en ruminant d'ores et déjà sa vengeance amère. C'est sa femme, la plantureuse Livia (Laura Helena Harring, plus proche de Sunset Beach que de Mulholland Drive), qui susurre à l'oreille de son mari de massacrer l'intégralité de sa famille. Fondu, raccord bidon dans un axe incertain. La famille et la belle-famille de Frank se la donnent grave à Puerto Rico, réunies pour la première fois en 5 ans. Les enfants jouent au ballon, les hommes bavassent, les femmes rient aux éclats, le tout au ralenti. Le père de Frank, pris d'une bouffée d'américanisme primaire, va montrer ses armes tunées à son rejeton, tout esbaudi. Bien leur en prennent, car les hommes de Saint, menés par son deuxième fils habillé trop moulant et son assistant gay refoulé, arrivent sur place avec leurs gros buggies. Et là c'est le carnage ou presque, les membres de la famille étant généralement tués hors champ. Frank et son père prennent les armes, résistent autant qu'ils le peuvent, tandis que les quelques fuyards (un en scooter, deux sur les côtés et un dernier, carrément optimiste, en voilier) se font abattre froidement.





Ca y est, vous l'avez fâché !




Frank finit sur une jetée, tenant les corps de sa femme et de son fils, avec des petits spasmes bien vite arrêtés d'une balle dans le torse. Heureusement, Frank retient sa respiration sous l'eau jusqu'au départ des bad guys. Il retrouve le t-shirt "tête de mort" que lui avait offert son fils dans la matinée, et se fait remorquer par un rastaman altruiste providentiellement de passage avec une barque.



(là, si on était dans un Bollywood, il y aurait un...)



INTERLUDE



(mais bon, on n'est pas dans un Bollywood)



Frank s'installe dans un meublé tout pourri, où il peut enfin se préparer à la vengeance, pardon, la punition annoncée dans le titre. Il se construit une grosse voiture pare-balles, se constitue un arsenal et devient progressivement pote avec ses gentils voisins : Rebecca Romjin-Stamos, serveuse sympa mais qui tombe toujours sur les mauvais mecs, et deux sidekicks comiques, l'un piercé, l'autre bedonnant (les plus pervers des nanardeurs reconnaîtront "Sauvez Willy", l'un des deux moines rigolos de Sauvetage Explosif).





Pause couture avec Rebecca...




Entre deux coups d'éclat musclés destinés à rappeler à Howard Saint qu'il est toujours là (et pas content), Frank Castle boit devant un ventilateur king size (déchéance, perte d'identité progressive, doute), et fomente un complot compliqué à base de bornes d'incendies portatives, de contraventions compromettantes et finalement de quiproquos miraculeux. Saint a beau lui envoyer ses "meilleurs" tueurs (un guitariste de Memphis et un sosie russe et culturiste de Jean-Paul Gaultier), Castle gagne toujours, dû t-il y perdre sa grosse voiture ou son appart'.





Sont balaises les gondoliers cette année...




Avant le dernier acte, Frank s'en va charger ses munitions dans les fourrés de l'immeuble où Howard Saint a eu le bon goût de se réunir avec tous ses hommes de main, et soliloque à voix haute. "Parfois, la justice des hommes n'est pas adaptée au châtiment requis. Il nous faut alors contourner la loi, et revenir à une sorte de justice naturelle" (bruitage de fusil à pompe rechargé). Après avoir massacré tout le monde, et dit au revoir à ses gentils voisins, Frank parle de nouveau tout seul sur un pont suspendu. "Frank Castle est mort. Je suis le Punisher". Encore un film qui finit là où il aurait dû commencer...







Howard Saint et son fiston.




Premier point négatif : la platitude incroyable du jeu de Tom Jane, complètement absent et pas du tout investi des contradictions de son personnage. Il offre en permanence la même attitude impavide, détruisant à coups de petits rictus le procédé d'identification nécessaire à la viabilité du personnage. Qu'il salue ses potes, qu'il soit pétrifié de douleur, qu'il rabroue un bad guy d'opérette ou qu'il se la joue viril, son visage reste invariablement crispé sur cette moue indéfinissable : douleur ? Lassitude ? Allez savoir... Deuxième bémol de taille : une mise en scène pudique et aléatoire, osant les cadrages les plus foutraques mais s'éloignant systématiquement des vilains élans de violence pour suggérer... quoi, on ne le saura sans doute jamais.





Howard Saint, impassible même lorsque sa meuf lui susurre des trucs.




Mais venons-en aux données qui donnent, au-delà de ce marasme, ses deniers nanar à la chose. Tout d'abord, la performance veloutée d'un John Travolta même pas cabotin, réduit à fumer la pipe pour évoquer sa méchanceté, dont la force charismatique est essentiellement capillaire (gosh, quel brushing !). Il est bien aidé de ses impayables hommes de main, travaillant à même l'écran leurs poses incertaines de salauds inflexibles, et également par un doublage français assez catastrophique (mention spéciale aux Cubains, ma sœur fait mieux l'accent chicanos).





Attention, le Punisher est sur le point de punisher.




On est reconnaissant au scénario de dispenser ponctuellement des saynètes joliment nanardes, la plus magnifique étant sûrement la fuite en voilier lors de la tuerie familiale (on imagine le malheureux souffler sur la voile en priant pour que les méchants, deux mètres derrière lui, ne l'aperçoivent pas) ; la plus absurde, l'astuce de Frank pour conserver une place de parking (il se trimballe avec une fausse borne d'incendie – il nous est venu en tête cette phrase du Ricain, concernant le convoi de drogue dans des patates : "pas con..."). On appréciera également les styles joliment too much des deux tueurs à gage merdiques, ou encore ce rappel final de la notion d'auto-défense, tellement appuyé et maladroit qu'il en deviendrait presque touchant... Laissons le temps au temps, et dans cinq années (grand grand maximum, hein, disons qu'à sa sortie en vidéo ça devrait déjà être bon) nous nous retrouverons avec un authentique nanar prétentieux des familles...





Drexl
Drexl

The Punisher
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Les notes des membres

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avatar de Drexl Drexl : 2
avatar de Labroche Labroche : 1.5
avatar de Mayonne Mayonne : 1.5
avatar de Rico Rico : Navet

Cote de rareté

Pour mater ce Punisher, nous avons un DVD "Columbia Gaumont Tristar Home Video" tout ce qu'il y a de plus commercial : clips promo, featurettes bidons, commentaire audio d'autocélébration. Le tout nanti d'un son et d'une image irréprochables, servi dans un packaging faussement chic. La routine...



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