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Return to Savage Beach

  • Titre original : Return to Savage Beach
  • Titres alternatifs : L.E.T.H.A.L. Ladies: Return to Savage Beach
  • Réalisateur : Andy Sidaris
  • Année : 1998
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Sea, sex and guns (Catégorie : Espionnage)
  • Durée : 1h38
  • Acteurs principaux : Rodrigo Obregon, Gerald Okamura, Julie Strain, Julie K.Smith, Paul Logan
Note :
2,5
Wolfwood
Wolfwood

Chronique



Rares sont les réalisateurs pouvant se vanter d'avoir un véritable univers, une touche personnelle identifiable dès les premières secondes. Pour le cinéma traditionnel on pourrait citer Lynch, Tarantino ou Burton qui, quoiqu'on pense de leurs réalisations, ont une signature bien particulière à laquelle ils dérogent exceptionnellement. Dans la sphère nanarde, c'est un peu la même chose et il faut là encore faire le tri entre les yes-men et les authentiques artistes underground. Parmi ces derniers, on peut citer des pointures comme Godfrey Ho et Bruno Mattei, qui ont su créer leurs propres styles, mais aussi Andy Sidaris, qui fait assurément partie de cette race spéciale de metteurs en scène. Capable d'insuffler une identité graphique à chacun de ses films, son coup de patte à lui se caractérise principalement par un savant mélange de scènes d'action débiles et de gros plans sur les opulentes poitrines de ses actrices.





Des acteurs au top du maximum…



…du nichon…



…et des ninjas ! Mais que demande le peuple ?


« Return to Savage Beach » ne déroge pas à la règle et nous narre les aventures de l'unité spéciale "Lethal Force" dont la mission est de stopper les agissements de tous les terroristes et autres malfaiteurs qui menacent la planète. Après avoir mis un terme aux agissements d'une bande de trafiquants d'armes, nos héros ont à peine le temps de souffler qu'un autre danger se profile à l'horizon. En effet, un dénommé Rodrigo Martinez cherche à mettre la main sur un fabuleux trésor, propriété du gouvernement philippin. S'engage alors pour nos héros une véritable course contre la montre, ponctuée d'escarmouches et d'explosions, visant à retrouver le précieux magot avant que leur nouvel ennemi ne s'en empare. Pour les aider dans leur tâche, ils pourront toutefois s'appuyer, au-delà de leurs capacités d'agents très spéciaux, sur un matériel de haute technologie.



Un super ordinateur permettant de suivre les agissements des méchants où qu'ils puissent se trouver…



…et un matériel de communication de pointe : même OSS 117, il en a pas des gadgets comme ceux-là !


Voilà donc une trame qui devrait vraisemblablement vous rappeler quelque chose, pour peu que vous ayez déjà vu un film de l'ami Sidaris, tant les scénarios des productions du maître sont interchangeables. Elle n'est une fois de plus qu'un alibi grossier à une succession de séquences coquines et d'aventures exotiques, opposant une bande de redresseurs de torts à des vilains pas beaux.

Parlons-en d'ailleurs, car si il y a bien une autre constante chez ce réalisateur, c'est qu'il sait s'entourer. Afin de jouer le grand méchant, Andy fait appel à un habitué de la maison en la personne de Rodrigo Obragon, vu notamment dans « Piège Mortel à Hawaï ». Dire que le problème de cet acteur réside dans son jeu serait trompeur, étant donné que son utilisation dans le récit reste limitée au strict minimum et nous empêche de juger d'éventuelles carences. Non, ce qui fait son charme c'est sans conteste son accent hispanique, suffisamment outrancier dans la version originale pour qu'un doubleur, même zélé, y réfléchisse à deux fois avant de le reproduire, de peur de sombrer dans la caricature. Si en plus on ajoute à cela le port d'un petit accessoire, pas franchement utile et sans doute piqué au costumier du fantôme de l'Opéra, vous tenez un personnage dont la crédibilité se dégonfle plus vite qu'un ballon de baudruche.



Avé mon masque, jé oune classe pas possibe !


Il n'est d'ailleurs pas le seul à apparaître grotesque, tant les autres malandrins jalonnant le film s'imposent comme une belle bande de crétins congénitaux. Non contents de tirer des tronches pas possible et d'en rajouter quelque peu dans le côté patibulaire, ils auront tous une tendance certaine à se faire occire de manière fort cocasse, notamment de part leur prédisposition à se cacher à proximité d'un objet susceptible d'exploser, un petit détail qui fera d'ailleurs office de "running-gag" et qui nous sera resservi quatre fois dans le film sous diverses déclinaisons. Il serait toutefois mesquin de ne s'attacher qu'à cet aspect de leur personnalité, tant ils font aussi preuve d'un grand fair-play, en bougeant par exemple leurs mitraillettes dans tout les sens mais en ne tirant aucune balle, ou en prenant le soin d'attendre leurs poursuivants qui peuvent ainsi s'habiller tranquillement, prendre un café, arriver en voiture sur les lieux du crime, avant que nos mécréants décident enfin de se bouger les fesses. Un esprit sportif qui les honore.



Un sbire tout droit sorti de la "Stuart Smith Academy".





Rodrigo a un tout petit peu plus de chance avec son espionne, et maîtresse, qui a l'avantage de ne pas être trop conne. Pour le coup, ce serait d'ailleurs les personnes qui la rencontrent qui auraient les neurones en jachère, comme en témoigne cette scène où notre Mata-Hari décide de dérober au sein même du QG des héros une disquette nécessaire au plan de notre gredin hispanique. On pourrait déjà souligner qu'un vigile, une secrétaire et une mamie pour garder un bâtiment "secret défense", c'est un peu léger, mais si l'on ajoute le fait que ces derniers n'auront aucun soupçon lorsque la demoiselle se présentera à eux dans un costume plus qu'intrigant pour sa supposée profession, le doute n'est plus permis concernant leurs capacités à détecter un danger potentiel.





Ceci est une livreuse de pizza !



Quoique : je disais qu'elle n'était pas idiote, mais vouloir passer incognito dans cette tenue, faut quand même avoir un sacré grain…


Heureusement, l'unité "Lethal Force" est là. Elle est composée de trois guerriers, tous taillés comme des armoires normandes, d'un ingénieur et de quatre plantureuses amazones, enfin trois, vu que la dernière ne passera son temps qu'à commenter les actions de ses camarades comme si elle animait une émission de radio, un détail dont la cohérence scénaristique reste assez obscure. Ce beau petit monde est dirigé par "Willow Black" alias Julie Strain, déjà vue dans « Les Yeux du Désir », et pourra aussi compter sur le soutien de Fu, incarné par Gerald Okamura, décidemment dans tout les bons coups. La pertinence des rôles de ces derniers est d'ailleurs plus que discutable, notamment en ce qui concerne madame Strain qui passera toute la première partie du film à regarder la télé et donner des ordres par téléphone, laissant présager très longtemps qu'elle n'a pas tourné ses scènes en même temps que le reste du casting. Un doute qui sera toutefois dissipé lorsqu'elle prendra part à l'action avec ses acolytes dans la seconde moitié du récit.



Paul Logan, aussi vu dans « L'Ile des Komodos Géants ».







- Allô Bruce ? C'est Richard.

- Ah non, vous faites erreur.

- Oh pardon, excusez-moi.






Gerald "toujours à fond" Okamura.


Les autres membres de l'équipe sont, quant à eux, davantage mis en avant et mettront à profit leurs dons divers pour déjouer les plans des bandits se dressant sur leur route. Enfin ça c'est sur le papier, parce qu'à l'écran c'est déjà beaucoup moins évident, l'originalité dont ils font preuve dans certaines situations ayant de quoi terrifier les citoyens du monde libre qu'ils sont censés défendre. Prenez l'as des explosifs : avoir une experte dans ce domaine est toujours pratique pour ce genre de mission, mais lorsqu'on se rend compte qu'elle utilise divers modèles réduits télécommandés pour parvenir à ses fins, on peut déjà être plus dubitatif. Mais ce qui fait vraiment peur, c'est surtout leur gestion des priorités. Supposons que la Terre soit en danger : n'importe quel agent se dépêcherait de mettre la pâtée à ses adversaires avant de, pourquoi pas, si l'occasion se présente, prendre du bon temps. Hé bien, dans l'unité "Lethal Force", c'est l'inverse et en général, il suffit qu'on leur annonce qu'un de leurs agents a été kidnappé pour qu'ils se mettent à poil et décident de batifoler, avant d'entreprendre une quelconque opération de sauvetage.





Julie Strain ou l'art de s'investir totalement dans ses rôles.



Nos agents en pleine mission d'infiltration.


Les forces en présence ayant été évoquées, on peut s'attarder à présent sur la réalisation en elle-même. Et elle vaut le détour, tant Sidaris y appose une fois de plus sa griffe identifiable entre toutes. J'ai déjà parlé de ce cocktail explosif action/nichon et force est de constater que nous en avons pour notre argent.

Et je dis bien "nous", car du côté de la mise en scène justement, on sent que le budget était du genre serré. Bon c'est sûr, les décors naturels sont sublimes et nul doute que toute l'équipe à dû connaître tournage plus pénible, mais pour le reste, on ressent une certaine maigreur dans les finances en matière d'effets spéciaux, comme lorsque deux de nos agents sont poursuivis par des bikers, entraînant un gunfight nerveux. Outre le fait que les protagonistes de cette fusillade sont à deux mètres l'un de l'autre, sans grande possibilité de se mettre à couvert et qu'ils vont quand même mettre trente bonnes secondes avant de réussir à se toucher, Andy n'a eu d'autre choix dans cette séquence que de faire appel à l'une des grandes stars de Nanarland qui, avec ce film, fait un come-back remarqué.







Mannequin en mousse never die !


Comme il n'y a pas de petites économies, on peut aussi faire appel à des membres de sa propre famille pour qu'ils mettent la main à la pâte. Une astuce qui, entre le mari de Julie Strain et le fils d'Andy Sidaris, donne presque l'impression d'assister à vrai film de potes tourné uniquement pour le fun. Il faut sans doute aussi y voir une volonté d'alléger sa masse salariale puisque, ce détail mis à part, on peut remarquer une absence cruelle de figurants, notamment lorsque l'une de nos agents, le plus gratuitement du monde, effectue un strip-tease dans une boîte de nuit absolument vide. On notera au passage qu'espionne gouvernementale doit être un métier très sous-payé pour qu'on ait besoin de faire des petits boulots de ce genre à côté.





A droite, Kevin Eastman, monsieur Strain à la ville mais aussi co-créateur des « Tortues ninjas ».



Quoi ? Un guerrier de la nuit avec un flingue ! Pfff, ce Sidaris quel rapace, même pas fichu de se payer un vrai ninja…


Une autre chose qui saute aux yeux au niveau de la réalisation, c'est l'incroyable aptitude de Sidaris à meubler. Les séquences érotiques ont d'ailleurs cet aspect pratique : elles permettent de gonfler un peu la durée du film sans être désagréables à regarder, soyons honnête. Bon après, si elles n'ont absolument aucun rapport avec la trame narrative, qu'elles tombent comme des cheveux sur la soupe et que Sidaris semble s'être fait un devoir d'y apporter quelques touches personnelles, quitte à sombrer dans le cliché, ce sont là d'autres problèmes. Pour gagner du temps, on peut aussi faire appel à des flash-back faisant référence à d'autres films, comme lorsque Rodrigo se lance dans un monologue à la Pierre Tremblay et nous explique l'ingéniosité de son plan ainsi que ses motivations grâce à des stock-shots tout droit sortis de « Savage Beach ».





Mesdames, je vous le demande : comment résister à un tel charme ?



Faut vraiment que je fasse davantage de feux de cheminée chez moi.



Et pas du tout "vulgos" les tenues, c'est ça la classe…


Dernière réalisation du très regretté Monsieur Sidaris, « Return to Savage Beach » fait presque figure de best-of d'un cinéma qui n'avait pas d'autres prétentions que de divertir, et reste également un beau morceau d'humour involontaire. A noter toutefois, et c'est bien dommage, une tendance d'Andy Sidaris à céder à la mode de l'attribut mammaire artificiel : alors que les actrices de ses précédents films arboraient de fières mamelles naturelles, c'est ici la foire au silicone chez certaines interprètes (pas toutes, heureusement). On peut également déplorer l'absence d'un doublage français, qui aurait pu apporter son lot de surprises et un final tirant un peu trop en longueur, rendant le dernier quart d'heure plus ennuyeux qu'autre chose. Mais quant au reste, c'est du tout bon et à condition que vous ne soyez pas allergiques aux plans nichons, vous avez toutes les chances de bien vous divertir.

C'est peut-être aussi ça la marque des grands : avec eux, on est rarement déçu.



Sacré Andy !




Wolfwood
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Return to Savage Beach
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Cote de rareté

Pour mettre la main sur ce film, il faut se tourner vers les Etats-Unis et le DVD de "Malibu Bay Films" (visuel en début de chronique) ou un des coffrets de "Brentwood Home Video" qui s'est chargé d'éditer l'intégrale des œuvres de Sidaris. Le seul zone 2 pour l'instant recensé est néerlandais, chez l'éditeur "BBI". A défaut, on peut également se rabattre sur la VHS de chez "Monarch Home Video".



Pour l'instant rien de prévu chez nous. On n'a plus qu'à espérer que les gars de chez "MAP" continuent sur leur lancée et nous éditent ce film, comme ils ont déjà pu distribuer quelques autres longs-métrages du père Andy.

Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation

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La version néérlandaise
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