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Robot Holocaust

  • Titre original : Robot Holocaust
  • Réalisateur : Tim Kincaid
  • Année : 1986
  • Pays : Etats-Unis / Italie
  • Genre : Robot Low Cost (Catégorie : Post apocalyptique)
  • Durée : 1h19
  • Acteurs principaux : Norris Culf, Nadine Hart, Joel Ornsteiner, Angelika Jäger, Rick Gianasi
  • Producteur : Charles Band
Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique



« Robot Holocaust » étant une production du studio "Empire" de Charles Band, grand pourvoyeur de séries Z cradingues dans les années 1980, il y avait peu de chances de mettre la main sur le nouveau « Citizen Kane », d'autant qu'il s'agit là de l'une des redoutables œuvrettes sous-traitées pour le compte de Band par Tim Kincaid et son épouse Cynthia De Paula, qui représentaient le fond du fond du panier du catalogue Empire, déjà guère brillant à la base. Mais à ce point-là, on en reste mystifié : comment faire plus nul que l’indigence même, filmer du vide avec du rien, jusqu’à faire de la pauvreté un luxe ? Les auteurs ont trouvé la réponse.



Et comme le film est vraiment fauché, pour la musique Band recycle le thème d'une de ses précédentes productions, « Rayon laser » sorti en 1978.


En ces temps obscurs des années 1980, le film de série Z, évincé lentement mais sûrement du circuit de distribution en salles, se repliait vers le marché de la VHS alors en pleine expansion. Le résultat ? Des œuvres encore plus piteuses et fauchées que leurs équivalents destinés au grand écran, jusqu’à distiller un charme tragique et douloureux, parfois aussi glaçant que l’observation d’un grand handicapé tentant péniblement de se déplacer par lui-même. Ceux qui se souviennent de l’éphémère émission des Nuls, « ABCD Nuls » ont peut-être vu la définition « M comme Minable », illustrée par une parodie de « Voisin Voisine » ; hé bien, les Nuls auraient peut-être pu se passer de réaliser un sketch, et mettre simplement un extrait de « Robot Holocaust ». On aurait peut-être même pu y gagner en rigolade.



La ville de New York, complètement détruite par l'apocalypse nucléaire.



Mais si, puisqu'on vous le dit !


Rejeton crevard et malformé de la grande famille du post-apocalyptique, ce film tente mollement de nous faire passer quelques terrains vagues et bouts de campagne de la banlieue de New York pour une terre ravagée par la bombe atomique et retournée à l’état sauvage. Le monde est dominé par l’armée des robots de « Dark One », mystérieuse créature qui contrôle l’atmosphère et réduit, par ce biais, une partie de l’humanité en esclavage, obligeant les hommes à travailler dans des mines insalubres.



Un combat de catch souterrain qui n'en finit pas. Mais oui, Tim, fais-toi plaisir en filmant de beaux hommes !



Néo, le héros qu'est bô et Klyton, le robot qu'est con.


Un savant, ayant mis au point un procédé permettant de respirer l’atmosphère polluée et pouvant potentiellement sauver l'humanité, est enlevé par les sbires de Dark One ; fort heureusement, un groupe de héros, composé de Néo, l’un des rares humains capables de respirer normalement l’atmosphère, de la fille du savant et d’un robot kleptomane et rouillé de partout (le sidekick comique insupportable de service), part à la recherche 1) du savant, pour le sauver ou du moins récupérer le secret de sa découverte 2) de Dark One, dans le but de lui mettre une volée. Mais la méchante Valaria (une sorte de dominatrice sado-maso ornée de plumes d’autruche) et Torque, le chef de l’armée des robots (Dark Vador, donc) ont l’œil sur le périple de nos amis et se promettent de leur mettre des bâtons dans les roues.



Torque, le général des robots.



Le savant, prisonnier des méchants.



Le héros, l'héroïne et les deux neuneus qui vont claquer avant la fin comme de sales sidekicks qu'ils sont.



"Mesdames et messieurs, je suis C3PO et après Star Wars, j'ai sombré dans le chômage et la clochardise. Je ne suis pas un voleur et je vais maintenant passer parmi vous pour vous demander une petite pièce afin de pouvoir rester propre et m'acheter de l'huile de vidange."


L’étude de l’affiche (voir plus haut) nous promet monts et merveilles : des preux chevaliers (une Amazone en bikini, un barbare Conanesque, une sorte d’androïde étincelant) affrontant des vers géants tous droits sortis de « Dune » de David Lynch, et des robots griffus, tandis que pèse sur eux le regard écarlate d’un méchant robot géant sur fond de ciel lourd de menaces. Hélas, rien d’aussi exciting et spectaculaire dans ce ultra-Z de la calamité et de la désolation ; le barbare est un neuneu en slip, l’androïde métallique un comique lourdaud dans un costume débile, et quant aux vers géants et aux robots, nous reviendrons sur leur cas en détail car on frise la correctionnelle en matière de tromperie sur la marchandise.



Le robot et le barbare, que son mutisme sauve de l'humiliation d'avoir à prononcer des dialogues.


Le propre des meilleurs films à petit budget est souvent de compenser leur pauvreté financière par le déploiement de trésors d’imagination ; ici, le manque de pépettes a dû se traduire par une perte proportionnelle de neurones. L’action est anémique, les acteurs atones, les dialogues ne méritent même pas d’être retranscrits et, malgré un design assez réussi de certaines créatures (pas toutes !), les effets spéciaux suintent d’une misère quasiment tiers-mondiste. Tim Kincaid nous prouve également que l’expérience de réalisateur de porno hard ne prépare pas forcément à passer la rampe du grand cinéma : sa mise en scène se limite à une succession de plans fixes et mornes peut-être adaptés à filmer des gros plans de pénétrations velues, mais pas à réussir des scènes d’action.





Le film alliant indigence de la forme et misère du fond, il avait quelque chance d’être sauvé par ses acteurs : ce serait là oublier le talent de la fine équipe Band-Kincaid-DePaula pour s’entourer des pires rogatons de l’ANPE spectacle américaine. Ici, le meilleur comédien est encore le savant, qui réussit à être simplement nul, sans explorer les niveaux inférieurs à zéro. On n’en dira pas autant de la vraie star du film, l’exceptionnelle Angelika Jager, qui interprète ici le rôle de la méchante Valaria. Cette remarquable comédienne semble avoir tenu ici son seul rôle à l’écran, mais elle n’en fait pas moins preuve d’un talent d’actrice nanarde qui devrait lui assurer de passer à la postérité.







Valaria, je t'aime, tu es ma nouvelle muse !



Là, elle communique avec le grand maître via un cyber-nichon électronique.


On reste tout simplement ébahi par son aptitude à se montrer aussi peu concernée par son rôle de femme fatale futuriste, qu’elle interprète avec l’entrain d’une moule pas fraîche abandonnée au coin de l’assiette. La demoiselle, qui ne semble pas très à l’aise devant une caméra, se livre à un véritable festival d’œillades bovines et de mouvements d’épaules qui la font davantage ressembler à une gourde évaporée qu’à l’égérie d’une dictature post-nucléaire. Comparés à Angelika Jager, les autres comédiens en paraîtraient quasi talentueux, leur insignifiance permettant presque de faire abstraction de leur présence à l’écran. Le plus sympathique est encore le robot, dont le costume – très laid – a l’avantage d’être travaillé sinon réussi.



Notons que l'acteur dans le costume du robot est ensuite devenu un psychologue spécialiste des criminels, régulièrement consulté par la télévision américaine. Le Z mène à tout.



Notez la route parfaitement goudronnée. C'est pas si destructeur que ça, l'apocalypse, en fait.


Au cours de leur périple à travers de tranquilles routes de campagne verdoyantes que l’on essaie de nous faire passer pour de redoutables contrées post-apocalyptiques, nos héros font les rencontres habituelles : mutants aux maquillages ringards, Amazones agressives dont la chef, capturée, devient leur alliée, et un barbare muet, car ancien captif des Amazones qui lui ont coupé la langue. Le personnage du barbare ne sert d’ailleurs à rien, sinon sans doute à satisfaire les instincts personnels de Tim Kincaid, qui prend beaucoup de temps pour le filmer en slip en peau de bête. On se permettra au passage de remarquer l’aspect dépoitraillé de nombreuses tenues masculines, dans un monde futuriste surprenant où les hommes sont curieusement dévêtus alors que de nombreuses femmes sont voilées. De là à y voir un fantasme pédérastique de ségrégation sexuelle, il n’y a qu’un pas, que nous ne franchirons pas puisque Kincaid, ancien réalisateur de porno gay, était alors théoriquement en période hétérosexuelle.







Tu utilises quoi comme crème dépilatoire, chéri ?



Non, mais arrête de me tripoter l'épaule...



Tu aimes mon déguisement de gladiateur ?



Une Amazone.



Une autre.



Même son slip est apocalyptique !


Les péripéties, non contentes d’être filmées d’une caméra léthargique, frôlent plus d’une fois le pathétique, avec comme pompon l’attaque des vers carnivores : on est bien loin des créatures géantes annoncées sur l’affiche puisqu'il s’agit de simples chaussettes sortant du mur d’un tunnel, animées par des accessoiristes que l’on imagine consternés. On reste émerveillé devant tant d’incompétente naïveté, à faire pâlir les auteurs de « Future War » et autres « Le Clandestin ».











Ca fait beaucoup d'images de la scène, mais avouez que ça vaut le détour.



L'usine désaffectée de la terreur.


La pauvreté se manifeste de manière encore plus intense avec l’armée des robots, censée dominer le monde, et qui se compose en tout et pour tout de deux malheureux figurants en costume, qui se baladent d’une scène à l’autre en tentant vainement de nous faire croire qu’ils sont des dizaines (rien ne vient par ailleurs nous expliquer pourquoi l’armée des robots se déplace systématiquement par patrouilles de deux, mais c’est pas grave). Certes, comme ils sont deux, on peut toujours dire qu’ils sont plusieurs, et que par conséquent ils sont nombreux, mais on me signale qu’il s’agit là d’un argument un peu spécieux.



L'ARMEE DES ROBOTS en action !



L'ARMEE DES ROBOTS au grand complet !



Avouons que Torque est joliment conçu (à l'intérieur du costume, c'est Rick Gianasi, celui de « Robot Killer », « Fatal Frames » et « Sergent Kabukiman »).


Coproduction italienne oblige, le film nous vaut également quelques petits passages coquins avec la "Machine à plaisir" quelque peu copiée sur l'"orgasmotron" de « Woody et les robots » de Woody Allen (j’avais également vu le même concept plagié dans un épisode de « Cocoricocoboy », ce qui n’aide pas à prendre la scène au sérieux). Au cours d’une séquence véritablement torride, Valaria rentre dans une cabine téléphonique où une boule à néon distille des éclairs cheap. La méchante en retire des orgasmes démentiels et se retrouve à oilpé au milieu d'hallucinations ringardes, tandis que des danseurs post-modernes se contorsionnent dans les fumigènes. La S-F érotique façon Tim Kincaid, c'est pas du David Hamilton.









Malgré une platitude parfois fascinante, « Robot Holocaust » multiplie les passages où la nullité se fait quasiment poétique : on reste rêveur devant l’araignée géante composée en tout et pour tout d’une patte, devant l’interminable scène de lutte gréco-romaine, devant ces immeubles new-yorkais qui apparaissent en arrière-plan, impeccables malgré l’apocalypse nucléaire, devant l’inanité générale d’un film où tout ce qui pouvait être raté est raté, comme si toute l’équipe avait baissé les bras et filmé n’importe quoi en roupillant, histoire d’honorer au moins le contrat en livrant un film terminé. Ce n’est même plus la S-F du pauvre, c’est carrément celle du SDF. Pas de quoi s'étonner en tout cas que Tim Kincaid, sans doute conscient du résultat, ait préféré revenir au porno gay. Il est parfois déconseillé de contrarier sa vocation première.



L'araignée géante. Oui mais non, là c'est vraiment la dèche, même celle de « Ator » était plus convaincante...



"Boule de cristal de l'ordinateur magique, révèle-moi ce que me réserve la suite de ma carrière... Comment ça, "que dalle" ?"


Stupéfiant vestige d’un temps où la série Z pouvait rentrer dans ses frais avec n’importe quoi, ce film est véritablement à redécouvrir d’urgence ; si pour certains « Robot Holocaust » pourrait presque figurer dans un musée des horreurs du cinéma, sous le slogan « Plus jamais ça ! », les vrais masochistes de la cinéphilie devraient l’intituler « Oh oui, encore ! ».




Magie d'Internet, depuis la rédaction de cette chronique nous avons eu l'occasion de discuter un peu avec Angelika Jäger, l'interprète de Valaria. A l'époque de Robot Holocaust, cette ressortissante allemande était étudiante au Lee Strasberg Theatre Institute, à New York, et caressait vaguement l'idée de devenir comédienne.



« Que dire… c'était en 1986, et sur le plateau de Robot Holocaust j'étais cette fille venue d'Europe qui tournait des scènes seins nus sans songer un seul instant que ce "film" me hanterait encore, des années plus tard, sur Internet. Les commentaires ou critiques que j'ai pu trouver à mon sujet ne sont pas très flatteurs, pour ne pas dire dégradants. La totalité de mes scènes a été tournée en une seule journée, de 5 h du matin à 22 h le soir, pour un cachet de 500$. J'ai quitté les Etats-Unis en 1990, et n'ai pas persévéré dans le métier d'actrice ici en Allemagne. »





Nikita
Nikita

Robot Holocaust
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Les notes des membres

Moyenne : 3.1
avatar de John Nada John Nada : 3.25
avatar de LeRôdeur LeRôdeur : 2
avatar de MrKlaus MrKlaus : 3.5
avatar de Nikita Nikita : 3
avatar de Rico Rico : 3.75

Cote de rareté

Hélas, toujours pas réédité en DVD, hormis une édition italienne chez Mosaico Media / Terminal Video (film au format 4/3 d'origine, avec piste son italien seulement).



Reste à espérer mettre la main sur les vieilles VHS de "Fil à film" et "American Vidéo" aux visuels identiques.



Le film ayant eu l'honneur douteux d'être diffusé aux Etats-Unis dans l'émission de télévision satirique "Mystery Science Theater 3000", il est possible de le récupérer en DVD, mais le film est parasité par les commentaires de l'équipe de "comiques", dont il est conseillé d'apprécier l'humour pour ne pas se suicider à la perceuse pendant le visionnage.





Purée, ce truc est même sorti au Japon !
Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation