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Sacrés Gendarmes

  • Titre original : Sacrés Gendarmes
  • Titres alternatifs : Drôles de Gendarmes
  • Réalisateur : Bernard Launois
  • Année : 1980
  • Pays : France
  • Genre : Boîte de Pandore (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : Jacques Balutin, Robert Castel, Sim, Daniel Prévost, Henri Genès, Lucette Sahuquet, Ibrahim Seck
Note :
2
Sbel
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Chronique



Il existe des films qui font peur. On a tous tremblé devant les Massacre à la Tronçonneuse, Zombie, ou autres Santo et le Trésor de Dracula (bon d'accord, peut-être pas celui-là). C'est un trait de la nature humaine d'aimer se faire peur de temps en temps, que ce soit par le biais du cinéma, ou encore grâce aux sports extrêmes. Des défis au bon sens, peut-être pour se sentir plus vivant, peut-être pour se prouver quelque chose, peu importe, chacun a ses raisons.

Le nanardeur moyen a parfois aussi cette sorte d'urgence qui lui fait se lancer, un nœud à l'estomac, dans un challenge qui semble impossible, le grand-huit ultime qui vous retourne les tripes sur le moment, mais dont on sort grandit, auréolé de gloire. Pour cela le seul et unique moyen semble être de se frotter aux tréfonds de l'humour pas drôle : la comédie nanarde. Attention, on l'a suffisamment répété sur ce site : c'est dur, souvent douloureux, parfois impossible pour certains ! Les histoires abondent : jeunes gens catatoniques n'ayant survécu à un visionnage de El ETE y El Oto qu'en dévorant leur voisin de pallier, patients en camisole de force, l'écume aux lèvres suite à un extrait de Comment s'évader de l'Hosto, apoplexies subites après la scène du triporteur dans Touch' pas à mon biniou, combustion spontanée en s'étant approché un peu trop près d'une VHS de Sacrés Gendarmes



Le mot est lâché : Sacrés Gendarmes… L'AUTRE comédie de Bernard Launois, après Touch' pas à mon biniou justement. Un film qui traîne une réputation si calamiteuse dans les cercles de nanardeurs que tout un chacun penserait plutôt à détruire chaque copie, afin de sauvegarder l'innocence de l'humanité toute entière. Il n'en fallait pas plus pour qu'un beau jour, je franchisse le pas, et que, malgré les protestations compréhensibles d'un magnétoscope ayant vu plus que sa part de films navrants, j'introduise cette VHS du diable !



Jacques Balutin semble dubitatif.


"Une localité dans le midi, dotée d'un brigade de gendarmerie est menacée par arrêté ministériel de disparition comme beaucoup d'autres de la même importance. Une situation que la population n'accepte pas, et encore moins les gendarmes trop heureux de vivre dans ce petit paradis, sous le chaud soleil de Provence. Tout au long d'une série de gags et de situations comiques, il sera prouvé au délégué du ministère de la défense, lors de son passage dans le petit bourg, de l'utilité et de la nécessité du maintien d'une brigade territoriale.

Une drôle d'histoire, régie par une joyeuse équipe de SACRES GENDARMES qui parviendront sûrement à leurs fins…"

A première vue, rien de foncièrement pendable : un casting très honnête pour une comédie surfant sur la vague des films de gendarmes initiée par Le Gendarme de Saint-Tropez, et ses suites s'enfonçant de plus en plus dans le médiocre. A bien y regarder, on commence à se poser quelques questions : avec un casting comme ça, comment se fait-ce que l'on eusse si peu entendu parler du métrage ? Bernard Launois, grand habitué des œuvres au bizarromètre poussé au-delà des limites de l'acceptable nous aurait-il gratifié d'une comédie respectable ?



GAG !


Une fois les 1h35 de film - ainsi que votre serviteur - achevés, la réponse est simple : non et encore non.

Et pour ceux qui me disent qu'on ne peut pas répondre à une question ouverte par non, je leur réponds : regardez le film, on en reparle après.

Prenons les choses dans l'ordre, premièrement : L'INTRIGUE.

Alors les choses sont simples, notre fine équipe de pandores a la belle vie dans un charmant village normand situé en Provence. Cependant, un arrêté ministériel menace de supprimer leur brigade. Ils vont alors prendre les choses en main, et organiser diverses manœuvres factices pour prouver à l'envoyé du ministère que la gendarmerie garde toute sa raison d'être. Seulement voilà, partant de ce postulat de départ tout à fait apte à donner une comédie sympathique qui fera rire petits et grands, Bernard Launois, estimant certainement que ça ferait sans doute un peu léger, va encombrer le récit d'un tombereau de sous-intrigues menant dans absolument toutes les directions et fatalement dans un n'importe quoi indigeste.



Une photo de tournage, avec à gauche Daniel Prévost, Sim et au centre Bernard Launois (avec le manteau noir à écusson).


Citons les en vrac : une sombre histoire d'héritage venant des Etats-Unis pour Jacques Balutin, une situation proche de Mai 68 expliquant le naufrage d'une famille belge (une fois) à court d'essence, une incompréhensible kleptomane ne s'en prenant qu'aux cochonnets sur le boulodrome du village, l'arrivée d'un coopérant d'Afrique noire (là dis don') qui va chambouler les petites habitudes de tous… et c'est sans compter sur les sous-sous-intrigues inhérentes aux personnages. Le nanar, ou comment rendre une histoire simple compréhensible seulement aux accrocs aux solvants industriels ou aux frères Bogdanoff. Cet ensemble hétéroclite de petits plots phagocytera le récit de telle manière que l'intrigue principale sera reléguée aux dix dernières minutes du film, et expédiée en deux coups de pelleteuse à pot.



GAAAAAAAAG !


Venons-en ensuite au CASTING :

Alors là, c'est du sérieux quand même : Sim, Jacques Balutin, Daniel Prévost, ces seuls trois noms devraient nous garantir une bonne tranche de rigolade, voilà des comédiens et des vrais, capables par leur performance de rendre acceptable presque n'importe quel film. Que nenni mes amis ! Le réalisateur se montre ici capable de se tirer une balle dans le pied en sous-employant ceux que l'on peut sans honte qualifier de valeur ajoutée de la comédie dite "pouet-pouet". Jacques Balutin semble sans cesse osciller entre l'ennui poli et le franc emmerdement, faisant le strict minimum pour toucher son cachet final durement mérité. Que dire de Sim, et de son personnage de prétendu ex-légionnaire à peine esquissé (qui a dit "Et c'est pas plus mal" dans le fond ?) ? On le voit deux ou trois fois se vanter de ses exploits en Indo ou dans les colonies, rouler des mécaniques torse-nu et en rester là… Bernard Launois reprendra la même année le concept dans Touch' pas à mon biniou, faisant appel à Sim pour camper un vrai-faux loup de mer bien mieux réussi, c'est dire.



En Indo, il était le meilleur...


Daniel Prévost n'est pas mieux loti : il incarne un obsédé de la contredanse, priant les cieux de pouvoir dégainer son stylo et d'enfin coller une prune à un quidam. Contre la minceur de ce personnage, il semble vouloir compenser en surjouant de façon hystérique la moindre de ses apparitions. Seuls Robert Castel et Henri Genès semblent tant bien que mal tenter de jouer leurs personnages avec conviction. Le premier dans un rôle de gendarme pied-noir version "Oyoyoy merguez couscous pôpôpô dit", le second campant le curé de la paroisse du village, porté sur la bouteille, la mythomanie chronique, ainsi que l'accent chantant du sud.

Tant qu'on y est, parlons-en des accents ! Outre les personnages pré-cités, nous sommes mis en présence de la famille de Belges portant fièrement le pavillon de l'accent d'outre-quiévrain à base de "frrrrites une fois, fieu", du patron du troquet local, Allemand bon teint, ponctuant ses phrases de "ach zo ja ja gut", ainsi qu'un cliché sur pattes : le fameux coopérant noir. Ce dernier nous ramène tout droit à l'époque de Tintin au pays des bamboulas, enchaînant des "là dis-don' bwana" que ne renierait pas un Michel Leeb au pinacle de son art.

Je préfère ne rien dire sur le reste du casting, dont certains se retrouveront plus tard au générique de Touch' pas à mon biniou, à croire que le fait de tourner des films calamiteux est un vrai sacerdoce.



GAAAaaaaAAAAaaaGGG !


Enfin, nous pouvons aborder le coeur du problème : les GAGS.

Et là c'est le drame. On ne peut pas envisager de film de rigolage sans les rigolations qui vont avec, on est bien d'accord. C'est sans compter sur le fait que Bernard Launois réussit l'exploit de rater TOUS les gags du film. J'en vois qui font les gros yeux mais non, ce n'est pas une blague, je le proclame tout haut : il n'y en a pas UN qui soit réellement drôle ! L'expert en humour glacé et sophistiqué pourra aisément les classer en deux catégories : le comique visuel, et le comique de situation. Le premier comptera dans ses rangs au hasard les boules de pétanque sur la tête, les beignes, volontaires ou non, le classique écrasement de pied suivi d'une grimace du plus bel effet, ou encore cette mystérieuse kleptomane qui pond un cochonnet suite à un pet retentissant… Ne me regardez pas comme ça, je n'y suis pour rien moi ! Saupoudrez le tout de bruitages poink prout boum tût, et vous obtenez un humour pas drôle du plus beau rouge.

En ce qui concerne le comique de situation, ce n'est pas mieux (voire pire, si, si !) : s'étaleront devant vos yeux meurtris les péripéties d'un Henri Genès narrant la capture d'un char allemand pendant la guerre, durant cinq minutes d'un néant abyssal, le gendarme noir dont la peau déteint dans l'eau du bain (hi hi !), et qui, de par ses ronflements, gratifiera Jacques Balutin d'une nuit blanche (ha ha !) et le spectateur d'une rupture d'anévrisme. J'en passe et des meilleures : les pitreries de Sim déguisé en légionnaire, les accidents de voiture, et autres vols de cochonnets (non mais sérieusement, QUI a eu cette idée ?).



YAAaaaaaRRRrrrrrhhhhHHHHHlgp !


Pour conclure, on ne pourra recommander ce Sacrés Gendarmes qu'aux amateurs de comédie nullissimes les plus endurcis. Le film contient en effet des longueurs qui le ferait presque sombrer parfois dans la catégorie "mou hypnotique", et n'a jamais cette étincelle de folie furieuse pour tenir la comparaison avec les films de Philippe Clair comme La Brigade en Folie, ni certaines sexy-comédies italiennes de la même époque. Je le défendrai tout de même contre tous ceux qui oseront le qualifier d'indécrottable navet, car dans le masochisme le plus pur, il m'a valu - ainsi qu'au survivant de la soirée de visionnage (nous tairons son nom par pudeur) - quelques beaux éclats de rire nerveux, comme seuls peuvent en produire les plus mauvais des films sympathiques recensés en ces lieux.



Sbel
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Sacrés Gendarmes
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Cote de rareté

Le film a été ré-édité en DVD sous le titre "Drôles de Gendarmes", facilement accessible dans tous vos bons bacs à soldes. Il existe aussi un coffret Sim, regroupant "trois films exceptionnels" (c'est pas nous qui le disons) : "Drôles de Zèbres", "Sacrés Gendarmes" et "Touch' pas à mon biniou" sous le nom "Gueules de vacances". Si vous sortez du visionnage des trois avec votre cerveau encore à sa place, alors c'est vous l'exception !



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