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Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band

  • Titre original : Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band
  • Réalisateur : Michael Schultz
  • Année : 1978
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Disco is (not) dead (Catégorie : Musical)
  • Durée : 1h53
  • Acteurs principaux : Donald Pleasence, Peter Frampton, les Bee-Gees
Note :
1,5
Barracuda
Barracuda

Chronique





Et dire qu’ils y ont vraiment cru !



Rappelez-vous : 1978. Le rock et la pop étaient en perte de vitesse, la planète entière ne jurait plus que par un style musical : le disco. Plus qu’un genre musical d’ailleurs : un véritable mode de vie avec son langage, ses codes vestimentaires et son inoubliable style décoratif. La boule à facettes était l’emblème de toute une génération et même le cinéma s’y était mis : « Saturday Night Fever » avec John Travolta avait réussi à capturer l’esprit disco comme personne avant lui. Et au milieu de tout ça, le disco avait ses dieux : les Bee-Gees. Déjà auteurs de la bande originale de « Saturday Night Fever », ils pulvérisaient alors tous les records de vente de disques établis par les Beatles. Après le succès du film, les majors de Hollywood et celles du disque n’avaient plus qu’une idée en tête : combiner leur pouvoir colossal pour créer des dizaines de comédies musicales et faire du disco l’alpha et l’oméga de la culture populaire du monde. Et pour cela, quoi de mieux que de faire un film mettant directement en vedette les Bee-Gees eux-mêmes ? Avec le guitariste Peter Frampton (qui à l’époque vendait à peu près autant de disques que les Bee-Gees) en jeune premier pour attirer les minettes et avec un scénario s’inspirant des chansons de l’un des albums les plus prestigieux des Beatles, chansons elles-mêmes reprises par les Bee-Gees pour le film, on ne pouvait qu’obtenir un succès proprement galactique, pas vrai ?



Pas vrai ?





Le Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band original, avec Georges Burns devant qui fait la narration du film.





La version moderne du groupe.




Inutile de prolonger un suspense frelaté, le fait que vous en lisiez la chronique sur Nanarland doit déjà vous avoir fait comprendre que « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band » a été une catastrophe de première bourre (et au passage un bide monumental), ce qui ne surprend d’ailleurs nullement le lecteur du XXIe siècle au vu de ses prémices. Mais à l’époque, je vous jure, ils y croyaient dur comme fer ! Au point d’ailleurs d’oublier en route des éléments aussi peu utiles à un film qu’un scénario, des acteurs ou même carrément des dialogues ! Comme la catégorie « Musical » du site le rappelle constamment, vendre des disques en quantité ne suffit pas à faire de quiconque un grand acteur, ni même un acteur passable et, à l’inverse, on peut être un bon acteur et chanter comme une casserole. Pourtant, « Sgt Pepper » refuse de se laisser enfermer dans de telles conventions et, avec une persévérance qui force le respect face à un foirage aussi systématique, s’efforce de faire jouer la comédie à des musiciens et de faire chanter des acteurs. Peter Frampton et les trois Bee-Gees (qui d’ailleurs ont l’air de ne pas pouvoir saquer le minet qu’on a imposé en vedette de « leur » film) sont aussi mauvais les uns que les autres, au point que le réalisateur a finalement décidé de supprimer tous les dialogues du film pour limiter la casse (et aussi pour masquer leurs accents britanniques et australiens à couper au couteau). Dans « Sgt Pepper », il n’y a que des chansons ou de la narration. Dans l’autre camp, celui des acteurs qui chantent, la vedette incontestée est Donald Pleasence. Il n’a que quelques phrases à scander, mais ça suffit largement à se rendre compte que, premièrement, il ne sait vraiment pas chanter et, deuxièmement, qu’il n’en a strictement rien à foutre, et qu’il aimerait bien qu’on en finisse vite parce que la perruque qu’on lui a collé n’arrête pas de glisser.





Donald Pleasence et sa perruque.




Le Sergent Pepper du titre est le héros local de la petite bourgade d’Heartland et a servi comme clairon dans l’armée américaine durant les deux guerres mondiales. C’est d’ailleurs là l’une des constantes du film : afin de rattacher à toute force l’histoire à l’album "Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band" des Beatles, les personnages et les lieux portent des noms qu’on retrouve dans les chansons du disque. Le personnage de Peter Frampton est donc baptisé Billy et sa petite amie s’appelle Strawberry Fields.





Ils ont un côté très « Charlots », vous ne trouvez pas ?




On ne saurait trop souligner à quel point l’idée de bâtir un scénario à partir de chansons absolument sans rapport les unes avec les autres (et de surcroît pour la plupart écrites sous LSD) s’est révélée désastreuse. Il est toujours délicat de caser les scènes de danse et de chanson dans une comédie musicale mais ici c’est encore pire car il a fallu à toute force inclure toutes les chansons de l’album. Les chansons se calent donc parfois dans les moments les plus improbables, lorsque ni l’histoire ni l’état émotionnel des personnages ne viennent les justifier.





Steve Martin est le Dr Maxwell. Comme vous le voyez, son gant gauche est à l’envers et ce n’est absolument pas fait exprès, mais c’est pas grave, elle est bonne, on la garde coco ! Il retira pendant des années ce film de sa filmographie officielle…




Un élément qu’il convient de souligner, et qui a peut-être contribué à l’échec du film, c’est l’idéologie très conservatrice qui se dégage de celui-ci et qui fait un peu tache dans une époque encore marquée par l’héritage des années 60, la drogue et la libération sexuelle. Dans « Sgt Pepper », les héros sont des garçons bien élevés qui jouent une musique de jeunes, mais de jeunes bien sages et bien proprets. Les valeurs de la small-town America sont mises en avant tandis que la grande ville est le lieu de tous les vices et de toutes les tentations, et que le hard-rock représente littéralement le mal.





Le vilain Mr. Mustard est un atout nanar de poids.







Le stupre, la luxure et les jeux vidéo envahissent Heartland !




Concernant l’histoire elle-même, tout commence à Heartland. Le Sergent Pepper, aimé de tous de son vivant pour sa bonhomie et son talent, est devenu depuis son décès une figure locale unanimement adulée et honorée à travers un musée, ainsi que par la girouette de la mairie qui a été refaite à son effigie. Nous suivons un groupe de jeunes musiciens (Peter Frampton et les Bee-Gees) qui cherchent à faire revivre l’esprit de sa musique tout en la modernisant. Repérés par le grand producteur B.D. Hoffler (Donald Pleasence), ils partent tenter leur chance à Los Angeles. En leur absence, Heartland est la cible d’un promoteur immobilier véreux, le visqueux Mr. Mustard, qui transforme la paisible bourgade en un lieu de perdition où les casinos ont remplacé les épiceries, où les prostituées parcourent les rues et où les jeunes passent leurs nuits à s’abrutir sur les jeux vidéo de la nouvelle salle d’arcades. Bref, un endroit où on ne se fait plus chier à en crever. Heureusement, les Bee-Gees vont revenir en force pour rétablir le bonheur universel et la bonne humeur totalitaire. Il est aussi question du vol des instruments du groupe original du Sergent Pepper, d’une secte dangereuse et d’un chirurgien esthétique à l’éthique douteuse. Alice Cooper, Earth, Wind and Fire et Aerosmith sortent d’on ne sait trop où pour venir se ridiculiser avec les autres et à la fin la girouette s’en va ressusciter les morts et transformer les méchants en bonnes sœurs.







Alice Cooper (dont tout le monde se demande ce qu’il fiche là), dans l’une des séquences les plus barrées du film.







Vu que Nanarland compte plusieurs amateurs de spectacle de rue, je ne pouvais pas manquer de souligner qu’une scène entière est consacrée à cet art vitrine du théâtrisme ambulant.




Avec autant d’atouts dans sa manche, Michael Schultz, le réalisateur, ne pouvait que réussir un mauvais film d’une qualité exceptionnelle, mais « Sgt Pepper » est-il pour autant un bon nanar ? Hélas, force est d’admettre que non. Déjà, la bande-son est objectivement d’une qualité irréprochable. Le disco a mal vieilli et si vous êtes allergique au genre vous allez souffrir, mais les chanteurs et les musiciens réunis ici maîtrisent tous leur sujet (si on excepte bien sûr le court intermède Donald Pleasence). Le vrai défaut du film toutefois, c’est qu’il est plombé par un rythme très lent, guère arrangé par les nombreux intermèdes musicaux et l’absence de dialogues, qui entraîne logiquement l’absence de répliques nanardes pour lesquels le film avait pourtant un bon potentiel. Elle limite aussi les difficultés quant au jeu d’acteur des Bee-Gees, de Peter Frampton et des autres. Il y a pourtant pas mal d’éléments furieusement ringards (et pas seulement parce que le style disco a mal vieilli), mais la sauce ne prend jamais vraiment. Il faut attendre les toutes dernières minutes et l’apparition hallucinée de Billy Preston pour qu’enfin ce film trop sage bascule dans la folie et provoque un bon gros fou-rire. « Sgt Pepper » reste donc un nanar assez décevant, daté et ringard mais trop rarement drôle. Il est plutôt à considérer, aux côtés de « Can’t Stop the Music » des Village People, comme le témoignage d’une période charnière, celle où le disco a soudain chuté de ses sommets pour se ramasser férocement la gueule, une chute dont il ne s’est jamais relevé depuis.



Heureusement.





La performance de Billy Preston qui tire des rayons laser est la seule séquence hautement nanarde (et furieusement swing !) du film.





Aerosmith (« Future Villain Band » dans le film) tente de se faire passer pour les Village People pour éviter la honte.




P.S : Une anecdote tirée de L’Encyclopédie du cinéma ringard de François Kahn : Juste avant la sortie du film, un des Bee Gees expliquait à la presse « Quand notre « Sgt Pepper » sortira, ce sera comme si celui des Beatles n’avait jamais existé ». Après son flop monumental, ce fut comme si les Bee-Gees n’avaient jamais existé.





Barracuda
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Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band
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Le film n’étant jamais sorti en vidéo en France, il faudra se rabattre sur le DVD "Universal" zone 1 disponible dans toutes les bonnes crèmeries online, y compris (et même pour pas cher) sur amazon.fr. En anglais uniquement, bien sûr, et sans guère de bonus, un peu comme s'ils avaient honte... Heureusement il y a des sous-titres français.



Pour ce qui est de la sortie en salle, elle nous a bien été confirmée sur le forum mais hormis l'adaptation en bandes dessinées parue aux States chez "Marvel" qui fut éditée par chez nous en 79 en deux versions (brochée ou cartonnée), il ne reste plus guère de trace de ce désastre. Allez, une bonne âme finira bien par nous le ressortir en DVD...



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