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Sharkman

  • Titre original : Hammerhead: Shark Frenzy
  • Réalisateur : Michael Oblowitz
  • Année : 2005
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Mutant requinqué (Catégorie : Anticipation)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : William Forsythe, Jeffrey Combs, Hunter Tylo, Elise Muller
Note :
2
Nikita
Nikita

Chronique





Qui a dit que la bonne grosse série B n'avait plus d'espace commercial ? Malgré un certain reflux du marché direct-to-video, studios de seconde zone et chaînes câblées continuent de nous alimenter en chair à DVD bon marché. Ce coup-ci, nous nous intéresserons à une production de Nu Image pour le compte de la chaîne américaine Sci-fi channel, grande pourvoyeuse d'oeuvres qui eussent jadis fait les délices des drive-in. Autour d'une très classique histoire de savant fou, ce « Sharkman » nous offre une bourrinade hautement réjouissante qui devrait s'avérer de plus en plus gouleyante avec les années.









Attention, savant fou au travail !




S'il est bien connu qu'un rôle emblématique peut suffire à faire tenir une carrière durant des décennies, le cas de Jeffrey Combs en est une parfaite illustration. Glorieux interprète du rôle-titre de « Re-animator », Combs a bâti sur cette prestation un long curriculum où les personnages de traîtres et de fous tiennent le haut du pavé. Ici, notre ami Jeffrey ne faillit pas à sa réputation en interprétant un rôle de savant fou dans la grande tradition des créateurs de monstres frappés du ciboulot. Jeffrey Combs est le Docteur Preston King, expert en manipulations génétiques renvoyé par un laboratoire pharmaceutique pour violations répétées de l'éthique. Retiré sur une île, entouré d'une flopée de sbires surarmés, King a réussi à mixer l'ADN de l'homme avec celui du requin, dans le but de créer une nouvelle race humaine résistante aux maladies.





L'affiche internationale a été conçue avant que le film ne soit en production.





…d'où un certain décalage avec le physique du Sharkman dans le film (Oui, vous avez bien vu, c'est un homme-requin-marteau !).




Le premier bénéficiaire de la trouvaille a été le fils de King, Paul, atteint d'un cancer : le voilà maintenant transformé en créature amphibie mi-homme mi-requin. Certes, il a perdu l'essentiel de son intelligence, et ne semble plus intéressé que par bouffer son prochain et niquer sa prochaine, combinant ainsi les meilleurs instincts de l'homme et du squale. En effet, le Docteur King poursuit notamment le but de faire se reproduire son fils, afin de créer une nouvelle espèce : d'innocentes donzelles sont ainsi livrées à l'appétit sexuel du monstre, pour donner ensuite naissance à des mutants hélas non viables, au cours de césariennes particulièrement barbares exécutées par le bon doc.







Mais King souhaite également, comme tout savant fou qui se respecte, se venger de ceux qui bafouèrent son génie : attirant sur son île le patron de la compagnie pharmaceutique qui le licencia, il condamne l'indélicat businessman et les employés qui avaient la malchance de l'accompagner à être traqués et dévorés par son fiston-requin. Ce que King n'a pas prévu, c'est que parmi les employés se trouvent des individus plein de ressources, qui vont donner du fil à retordre au Sharkman et aux sbires du Dr King. Chausse-trapes, retournement, coups de théâtre et bastos dans les fesses vont rythmer le film jusqu'à une conclusion particulièrement bourrine.





Le capitaliste pas sympa, qui risque de finir en pâtée pour requins.





Des scientifiques mal inspirés d'avoir accompagné leur patron.





Lui, heu… c'est le héros (nous y reviendrons).




« Sharkman », ou « Hammerhead », pour reprendre son titre original, a pour principale qualité de ne pas se prendre pour autre chose qu'une série B musclée à la gloire d'un craignos monster. Vous voulez voir des gens attaqués par un homme-requin, vous allez en voir ! Courses-poursuites dans la jungle, attaques sous-marines, bastons dans un laboratoire innommable : le film aligne des séquences toutes plus « bande dessinée » les unes que les autres avec un enthousiasme total. Il n'y manque même pas les stock-shots, avec des hélicoptères extraits du film « Le Dernier des Dragons », avec Dolph Lundgren. Ajoutons la présence d'une blonde cruche (la copine du patron de laboratoire) passant son temps à se plaindre de la difficulté de marcher en talons hauts dans la jungle, et on n'est parfois pas loin du comique volontaire.

























Ouéééé, on va avoir des blagues de blondes !







Techniquement correct, « Sharkman » est-il pour autant une réussite ? Pas vraiment. Jeffrey Combs, qui cabotine à loisir dans son rôle de savant fou, semble avoir compris le potentiel du film en le faisant basculer dans la parodie : on ne peut pas dire, en effet, que la vision au premier degré soit ce qui convienne le mieux à « Sharkman ». Accumulant personnages clichetonnesques, effets spéciaux douteux et scènes d'action ridicules, le film se positionne non seulement en série B sans complexe, mais également en nanar hautement appréciable.











Une partie de la faute en revient au Sharkman lui-même : plutôt convaincant dans les scènes aquatiques, où il apparaît en images de synthèse, l'homme-requin l'est beaucoup moins dans les – brèves – scènes sur le plancher des vaches, où la rapidité de ses apparitions ne parvient pas à cacher sa nature de déguisement en plastique. Ajoutons que la manière d'en venir à bout est hautement fantaisiste et donne lieu à l'une des scènes finales les plus absurdes depuis longtemps.





L'héroïne (Hunter Tylo).




Un autre problème majeur vient du casting de William Forsythe dans le rôle du chef informatique du laboratoire, qui se révèlera le héros du groupe de fugitifs dans leur combat contre le savant fou et l'homme-requin. Forsythe, bon acteur de second rôle, se retrouve ici, pour une raison mystérieuse, à jouer les premiers rôles, et il faut bien admettre que cela – ou du moins son personnage – ne lui va absolument pas.















Quinquagénaire bedonnant au visage placide, William Forsythe est à peu près aussi crédible en héros ramboïde partant, pétoire en bandoulière, à l'assaut des méchants que Sylvester Stallone en danseur de ballet. L'acteur traverse tout le film en observant l'action d'un air morne et peu convaincu, et exprime tout le charisme et l'allant d'un tas de mozzarelle posé sur une assiette. On a parfois l'impression de voir un film interprété, non par un acteur, mais par une vague chose en pâte à modeler, laissée inachevée par son créateur. On me signale que Forsythe est excellent dans « The Devil's rejects », que je n'ai pas encore vu à l'heure où ces lignes sont écrites, mais un acteur a des hauts et des bas, et « Sharkman » est un bas très bas en ce qui le concerne.











« Sharkman » n'est pas un énorme nanar, car, si l'on excepte le léger problème de William Forsythe en héros, aucune scorie technique majeure ne vient en polluer la vision ; l'action est en outre suffisamment soutenue pour se laisser suivre au premier degré. L'utilisation ultra-archétypale du savant fou, l'idiotie profonde de certains éléments pseudo-scientifiques, un monstre assez ringard, et le côté furieusement rebattu de l'ensemble finissent cependant par emporter l'adhésion de l'amateur de nanars, pour lequel le film constitue un hors-d'œuvre tout à fait sympathique et distrayant.









Nikita
Nikita

Sharkman
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Les notes des membres

Moyenne : 2.13
avatar de Labroche Labroche : 1
avatar de MrKlaus MrKlaus : 3
avatar de Nikita Nikita : 2
avatar de Rico Rico : 2.5

Cote de rareté

Sorti directement en DVD en France, avec comme habillage la superbe affiche internationale qui nous ment consciencieusement sur le physique de l'homme-requin. Vous pouvez le trouver soldé ici et là dans les bacs de certains supermarchés pas très regardants.







NB : attention, ce film ne doit pas être confondu avec un autre « Sharkman », réalisé par Brian Meece et sorti en 2001.
Cote de rareté : 2/Trouvable Consulter le barème de notation