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Silk 2

  • Titre original : Silk 2, Circle of Fear
  • Réalisateur : Cirio H. Santiago
  • Année : 1988
  • Pays : Philippines / Etats-Unis
  • Genre : Sous-Cynthia Rothrock (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée : 1h15
  • Acteurs principaux : Monique Gabrielle, Peter Nelson, Jan Merlin, Maria Clair, David Light, Jim Moss, Henry Strzalkowski, Eric Hahn
Note :
3,5
Wallflowers
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Chronique





« Silk 2 » est typiquement le petit film policier 80’s sans complexes qu’on aime bien. Un savant cocktail d’action, de courses-poursuites en voiture, de sexe et d’intrigue soutenue comme on aime en voir au cinéma ou au vidéoclub.







Providentiellement pour les nanardeurs que nous sommes, « Silk 2 » a été réalisé par Ciro H. Santiago et interprété par Monique Gabrielle dans le rôle éponyme de Silk. Ce qui fait qu’on aura bien le même quota action/poursuite/sexe/intrigue soutenue, mais aux Philippines.







Quelle est la différence alors ? Vous allez vite comprendre. En à peu près 5 mn. Mettons le compte à rebours/minuterie de micro-ondes vu dans le film en guise d’indication temporelle.





Compte à rebours lancé.




Déjà, Silk est « le flic le plus sexy d’Honolulu ». Vous avez donc compris que l’on prend ici à contre-pied la plupart des endroits où se déroulent les films policiers. Pas de buildings crasseux, pas de ruelles sordides, pas de smog… juste des gros en bermuda et des vieux atteints d’héliotropisme sur du sable et des routes désertes. (« Police féderale Los Angeles » de Friedkin et la série « 2 Flics à Miami » sont passés par là. NdlR)





Monique Gabrielle (de son vrai nom Katherine Gonzalez) dans son plus grand rôle.




Ensuite, Silk, c’est l’incarnation parfaite de la femme flic qui a réussi. Elle est belle, maligne, courageuse et sait se battre. Un savant mélange de Julie Lescault et de Demi Moore mâtiné d'Harry Callahan. Bref, tout de l’héroïne.





Monique "don't mess with me" Gabrielle.






Malheureusement, Monique Gabrielle possède dans ce film la grâce de Cynthia Rothrock, le jeu d’acteur de Brigitte Nielsen et le charisme de Michèle Mercier… autant dire que nous voilà ravis de sa présence ponctuée de regards vagues, dans le vide, et de répliques assommantes dans ce (long) métrage de 75 minutes (générique compris).






Plus que 3mn57 avant cuisson de la pizza.




Il est de notoriété publique que dans les films policiers, les criminels lambda meurent ou se font arrêter de façon spectaculaire tel qu’une poursuite sur les toits ou bien des fusillades en pleine rue qui font plein de débris partout. Ici aussi, par un système de copier/coller stylistique, nous passons donc notre temps à nous délecter d’actions de bravoure de la super flic qui consistent, par exemple, à arrêter une voiture qui fonce sur elle en sautant à travers le pare-brise pour foutre un coup de tatane au conducteur, ou bien à tirer des coups de fusils tel Max Thayer dans « Commando Massacre » (technique consistant à tuer plusieurs personnes à la fois en un seul coup de feu. Voir l’extrait du film du même nom sur le site).











Schéma analytique.






Promo chez Shopi : deux méchants tués pour une cartouche achetée.




Vous comprendrez donc que l’on parle bel et bien de cocktail explosif dans ce film, expression si chère aux films d’action. Sauf qu’ici le cocktail explosif est composé différemment : un tiers de nanar, un tiers de ridicule et un tiers de non-sens. Vous agitez, vous buvez et vous rigolez un bon coup.









Soyons désinvolte...





Je vous jure que c’est tendance de boire du Saké en short.





Bon, toi le raciste anti-bermuda ça suffit, tu sors !




Car Silk, c’est avant tout l’aventure, la passion des tropiques et la moiteur érotique des fortes chaleurs. Si vous aimez l’action vous allez être servi, Silk tire (mal), se bat (mollement) et tout le monde en prend plein la gueule (pour de faux).





Evitez le flash "yeux rouges". Merci pour lui.




Car Santiago mise tout sur la même pouliche, et fait reposer le film tout entier sur les épaules de Monique (j’aime bien l’appeler par son prénom), quitte à passer moins de temps sur le reste. Il s’est dit « au diable l’histoire » et donc par conséquent au diable, l’intrigue poussive à propos du partenaire qui meurt la veille de sa retraite et du légitime désir de vengeance qui s’ensuit.









Des loulous effrayants...





...des touristes effrayés.





Un des loulous masqués se réfugie derrière une voiture bleue.





Super Monique échafaude un plan.





Si le loulou allait plus souvent au cinéma, il saurait pourtant que les voitures bleues n'ont qu'une faible espérance de vie aux Philippines.





Super Monique met son plan à exécution.





Tant pis pour toi, loulou !




Ensuite, Santiago s’est dit « au diable aussi les trucages pendant qu’on y est » et hop, la scène de l’enterrement sous la pluie devient une réunion de 10 figurants autour d’un canon à eau planté d’un seul côté de la caméra.





Heu… ça vous dit pas de vous décaler sur la droite, vous tous ?




« ho et puis merde à la fin ! » s’est-il dit, « au diable les scènes de poursuite, les scènes d’action, le jeu d’acteur, la caméra et les seconds rôles, après tout ce que les gens veulent c’est Monique à poil nom de Dieu ! ».



…car vous ne le savez peut-être pas encore, mais entre son rôle de flic dans « Silk 2 » et sa figuration en tant que danseuse dans « Flashdance », Monique a tenu le premier rôle dans « Emmanuelle 5 »… ce qui veut dire que nous verrons dans ce film une exhibition décomplexée de protubérances mammaires. Dans le jargon, on appelle ça un « plan nichon ».





Une affiche égyptienne de bien belle facture.




Oui, mais n’en déplaise à mon camarade Nikita, nous n’allons pas montrer tout de suite ces fameux plans nichons. Sachez seulement que Monique Gabrielle y met du cœur à l’ouvrage (certains diront qu’elle n’a pas su lire la police de 8 dans son contrat) et nous gratifie d’une nudité faciale totale sous une douche. Restons concentrés pour le moment sur l’intrigue, car je n’en ai pas encore parlé.





Vous n'avez pas remarqué que le sens du minuteur a changé ?




Ainsi quand je parlais de scénario mince, j’étais dans le vrai. Un directeur de musée véreux expose des parchemins provenant du Japon antique avant de provoquer un faux vol afin de toucher l’assurance et de revendre les manuscrits au marché noir. Le coéquipier de Silk, alerté par un Japonais portant une perruque de chauve, enquête (Labroche doute à ce sujet, pensant que ce type est vraiment chauve, mais personne n'est vraiment catégorique sur ce sujet). Hélas pour lui, il meurt assassiné par un coup de couteau (pourtant porté à 15 bons cm de son flanc) par les sbires du directeur du musée véreux. Silk décide alors de se venger, aidé par l’assistant du faux chauve japonais, et en profite donc au milieu du film pour se foutre à poil, comme ça, pour le fun…





- Patron, Silk veut se venger…

- La salope ! Vite, allons la mater sous sa douche.




Comme c’est le cas de beaucoup de nanars, Silk découvrira le pot aux roses par des pirouettes scénaristiques dignes des meilleurs coups de chance possible. « Taxi, suivez cette voiture… ho mon Dieu, je vais chez les méchants !! Vite j’en tue plein et après je rentre me mettre à poil avant de retourner suivre une autre voiture demain », avant de faire rétablir l’ordre par une scène finale où tout le monde meurt dans une explosion. Tout ceci baignant dans une love story, autant invraisemblable que prévisible.





Plan nichon #1





Plan nichon #2




Ce qu’il y a de singulier dans ce film, c’est moins la non crédibilité du scénario (vous l’aurez compris), que tout le reste. Santiago semble avoir une idée par scène type, mais JAMAIS la bonne. Le plus bel exemple reste sans doute celui-ci : quand il faut trouver une idée pour insérer des plans nichons et quand on sait que nos scènes de combat ne sont pas crédibles du tout, quel est le remède à cet épineux problème ? La réponse en images :





Sans commentaires.




Et oui, le combat AVEC plan nichon. Merci au rôdeur (le figurant, pas le chroniqueur de Nanarland) d’avoir eu la bonne idée de venir fouiller un appart alors que Monique prenait sa douche.





Plus que 30 secondes avant la fin de cette chronique.




Autant dire que c’est plutôt dense pour un film de ce calibre, Monique Gabrielle en Inspecteur Harry s’efforçant tant bien que mal de jouer correctement avec un scénario et un réalisateur qui fourmillaient d’idées merdiques mais ô combien marrantes au second degré. Car Monique, elle est sympa, elle fait des efforts pour s’en sortir pour son « vrai » premier rôle. Mais soit elle a fait péter ses cours d’art dramatique, soit elle a crû bon d’apprendre a jouer en regardant les films de Godfrey Ho. Car on a beau lui accorder le bénéfice du doute, cette femme joue comme un manche de piolet.





Tiens, j'ai oublié ma réplique.




Je vous rassure, Cirio H. Santiago (crédité "Cirio M. Santiago" sur la jaquette) est tout aussi responsable. En fait, Santiago a trouvé en la matière de Monique Gabrielle, sa muse du nanar. Parce qu’il faut être honnête : le couple Santiago/Gabrielle détonne. Quand l’un a une idée de génie, l’autre la transforme le plus souvent en bouffonnerie risible. Tel les Dupont et Dupond du cinéma, le couple réalisateur/actrice nous gratifie de scènes plausibles mais toujours portées par un élan de ridicule qui s’accroche à la pellicule telle une moule sur un rocher.





Allô, Navarro j'écoute ?




Par exemple, qui aurait eu l’idée lumineuse de filmer la seule scène de sexe en foutant sur l’objectif un cul de bouteille ? Cirio, bien sûr. Sacré Cirio, non seulement ta scène de la confidence sur oreiller est minable, mais ta scène de cul est irregardable à part pour ceux qui ont une cataracte.





Je vous jure que la qualité pourrie de l'image n’a rien à voir avec mon incapacité à faire des caps dignes de ce nom.




Vous ne saisissez toujours pas la différence entre un bon et un mauvais cocktail d’action/poursuite/sexe/intrigue ? Jetez un rapide coup d’œil au jeu des acteurs… rapide, parce que cette chronique va s’auto-détruire dans peu de temps.





Vite ! Dépêchez-vous ! (ou coupez le fil bleu !)



Petit florilège d’expressions faciales facilement identifiables :









La reddition penaude (ce spécimen joue le rôle d’un braqueur de supérette… comme quoi la canicule doit plus exciter les vieux qu’autre chose).





La satisfaction malsaine du bad guy de service.




Et puis de toutes manières, si vous aimez les films où les femmes-flic utilisent des fusils à pompe pour tirer sur des voleurs (avec une précision étonnante sur plusieurs mètres), vous aimerez sans doute « Silk 2 » au premier degré. Vous n’êtes pas obligé d’adhérer à ma thèse je vous rassure.







Par contre, vous pourrez alors m’expliquer comment les flics on pu trouver un minuteur de bombe dans un immeuble de 20 étages alors qu’ils n’y étaient entrés que depuis 2mn… et s’enfuir en levant les bras et en les agitant ? Hein ?





C’est fini… explosion de building imminente.





Boum ! Z'êtes tous morts ! Nan je déconne, c’était juste une maquette.




Bon, restons sérieux, ce film, qui est une vraie rareté à mes yeux, possède un potentiel nanar aussi large que la taille du soutien-gorge de l’actrice. C’est tout simplement l’archétype du nanar fauché qui se veut un tantinet prétentieux. L’inspecteur Harry est mort, vive L’inspecteur Silk !



Apprenez à les reconnaître : les 2nd couteaux rouillés et les 3èmes canifs émoussés du cinoche philippin :







Regard glacé, visage taillé à la serpe : David Light, éternel méchant et individu plutôt douteux dans la vraie vie (à en croire l’interview de Nick Nicholson).





Retrouver Eric Hahn en figurant dans les prod's philippines, c'est un peu comme chercher Charlie dans "Où est Charlie ?"...





Henry Strzalkowski, ici en version sans moustache.





Jim Moss et sa moustache de sbire réglementaire.





Bien fait pour toi vaurien, seul l’honnête téléspectateur a le droit de mater Monique sous la douche !




Sans doute le meilleur nanar policier qu’il m’ait été donné de voir. La pauvre Monique patauge dans un maelström de non-sens et de nanar. Et je suppute qu’elle s’en est rendu compte au fur et à mesure que le film se faisait (je ne sais pas pourquoi mais elle a vraiment dû y croire un moment la pauvre bougresse). Malgré ses efforts louables (et je suis sincère en disant ça) pour s’en sortir correctement, elle ne fait que se vautrer dans un film qui, à défaut de lui octroyer une crédibilité, semble ne rien devoir lui apporter d’autre que la singulière considération d’une communauté d’un site Internet de cinéma particulier.



Remarquez, c’est déjà pas mal.





Je crois qu’avec ce film, j’ai pris un tournant dans ma carrière.





…Attends un peu, c’est qui au fait ce Cirio H.Santiago ?






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Silk 2

Liens utiles

  • Nos interviews de Eric Hahn et de Henry Strzalkowski.



    Un article inédit et inestimable de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces 40 dernières années (qui explique notamment la présence récurrente de nains dans les films de Cirio H. Santiago !!!) : VO et VF.
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Cote de rareté

Ce pur produit d’exploitation philippin, qui s’inscrit dignement dans la lignée de des « Attaque à Mains Nues » et « Silk » 1er du nom du même Cirio H. Santiago, a été édité en VHS chez "Gaumont Columbia Tristar", excusez du peu ! Pour un hypothétique DVD français, on attend toujours.



Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation