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Stay Alive

  • Titre original : Stay Alive
  • Réalisateur : William Brent Bell
  • Année : 2006
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Freddy Krueger joue à la game-boy (Catégorie : en devenir)
  • Durée : 1h25
  • Acteurs principaux : Jon Foster, Samaire Armstrong, Frankie Muniz
Note :
1,5
Nikita
Nikita

Chronique



Réaliser un film sur l’univers du jeu vidéo n’est pas à la portée de tout le monde : c’est probablement pour éviter les gadins subis par certains collègues ayant adapté des jeux existants que William Brent Bell, ancien sbire de Roger Corman, a choisi de faire du jeu vidéo non pas le sujet, mais le moteur de son film. En gros, après la VHS qui tue (« Ring ») et le site Internet qui tue (« Terreur point com »), voici le jeu vidéo qui tue.



Un groupe de nerds, amateurs de jeux en réseau, met la main sur un mystérieux jeu non encore sorti, « Stay alive ». Tout excités par la découverte de cette copie illégale, et pas dégoûtés de voir que le jeu est un plagiat pas très inspiré de « Silent Hill » et « House of the Dead », nos héros entament leurs parties, mais ne vont pas tarder à se rendre compte que le ludiciel a manifestement été conçu par Freddy Krueger : toute personne mourant en cours de partie meurt dans la réalité, dans des conditions analogues au décès de son personnage !





Et là, vous me direz : ils n’ont qu’à arrêter de jouer. Le scénariste a dû visiblement y penser, lui aussi, car à partir d’un certain moment, le jeu se met à jouer tout seul. Cette trouvaille pourrait être l’occasion de faire réellement peur, mais elle tombe à plat tant elle n’est que l’un des multiples trucs et astuces d’un film qui, bâti de bric et de broc autour d’un scénario constitué de lambeaux d’idées piquées à droite et à gauche, peine à demeurer en un seul morceau jusqu’à la fin.



Après une première scène prometteuse, « Stay alive » se vautre en effet dans les grandes largeurs. Si les images de synthèse figurant le jeu sont tout à fait efficaces, elles ne sont… que des images de synthèse, et s’avèrent en définitive l’élément le plus convaincant du film. Par contre elles se montrent particulièrement désastreuses quand il s’agit d’interagir avec les acteurs, notamment via les apparitions de petites filles zombifiées très mal intégrées aux prises de vue réelles. Dès le passage à une action en live, toute crédibilité du récit s’évapore. Visant à établir une réelle sensation de terreur, le film échoue sur toute la ligne, du fait de personnages indignes de la BD la plus lamentable ; le héros gentiment loser et sa copine nunuche se voient en effet entourés de la bande de sidekicks les plus clichés qui soient : le rigolo pas drôle, le nerd informatique, la gothique de bazar, forment une fine équipe de nazes particulièrement aptes à faire ressortir l’aspect profondément artificiel du film.



La profonde nanardise de « Stay alive » tient à la fausse modernité qui sous-tend sa conception même. On veut nous vendre le tout comme un film d’horreur dernier cri, mais le scénario comme les recettes employées pour faire peur sont, du début à la fin, d’un parfait réchauffé. Le plus fort est encore de voir le jeu-dans-le-film se révéler lui-même un plagiat, puisqu’il est, comme il a été dit plus haut, conçu comme un mélange de « Silent Hill » et « House of Dead ». Mais le film lui-même ne vole pas bien haut : sorte de Freddy Krueger mélangé à « Ring », le film de William Brent Bell accumule tant de tares que l’on finit par oublier sa réalisation plutôt acceptable techniquement pour ne plus se focaliser que sur des invraisemblances narratives tenant du bon gros foutage de gueule tel que Bruno Mattei aurait hésité à en fourguer dans ses films de guerre italo-philippins.



Bonjour, je suis une gothique de supérette ! Tu veux jouer à Tetris avec moi ?


Le pompon est décroché par le personnage du super-nerd informatique sidekick du héros, interprété par Frankie Muniz, de la série « Malcolm », qui donne au film l’occasion de quelques-uns de ses retournements scénaristiques les plus absurdes, dont certains confinent au mépris pur et simple du spectateur.



Le crack de la bande, personnage conçu à partir d'un manuel "Les 100 clichés sur les as de l'informatique"...




Le film n’était pas sans un certain potentiel, et l’utilisation de la Comtesse sanglante Elizabeth Bathory dans le rôle du grand méchant indiquait une certaine volonté d’originalité, mais l’accumulation du nawak est tel que toute velléité d’innovation est littéralement tuée dans l’œuf par le tâcheronnage général.



A part cela, le film est-il drôle ? Pour ma part, je réponds oui, tant les clichés et le n'importe quoi se télescopent dans un enthousiasme total pour transformer ce qui aurait pu être une série B sympatoche en réjouissant festival de crétinisme.

On se régale notamment grâce à une partie de l'interprétation, le rigolo de la bande (non pas Frankie Muniz, mais une sorte de simili-comique pas tout à fait fini par la nature) donnant spontanément des envies de meurtre à chacune de ses apparitions. Quant à Samaire Armstrong (la copine du héros), elle réussit se livrer dans chacune de ses scènes à un concours de nullité avec elle-même, se surpassant continuellement tant elle joue incroyablement faux.



SPOILER : fort heureusement, il meurt dans d'atroces souffrances !




Au secours, aidez-moi, je joue trop maaaaaaaal !


Malgré un aspect technique un peu trop soigné pour figurer au premier rang d’un classement nanar, « Stay alive » accumule suffisamment de personnages ridicules, absurdités narratives, dialogues débiles, retournements de situation à se taper la tête contre le cabestan, pour augurer d’une maturation avec le temps. Comme la plupart des oeuvres traitant, même indirectement, d’informatique ou de jeux vidéo, le film est assuré de vieillir particulièrement mal (il n’est déjà pas brillant lors de sa sortie) et gagnera sans aucun doute en fière et rutilante nanardise, pour gagner sa place au musée de l’idiotie cinématographique. William Brent Bell n’est peut-être pas Ed Wood ni même Uwe Boll, mais il nous montre avec ce film que, tant que l’incompétence et l’inconscience se partageront l’esprit humain, le nanar aura toujours droit de cité !



Salut les gars, on part enterrer nos carrières...


Note de Nanarland : la version de « Stay alive » diffusée en salles a subi de lourdes coupes, environ 15 minutes de scènes ayant été expurgées par le studio Touchstone Pictures - notamment les scènes jugées trop sanglantes - afin d'obtenir un classement PG-13 (déconseillé aux moins de 13 ans). Le montage "director's cut" visible sur le DVD zone 1 est donc un peu plus graphique et moins mal construit, mais se révèle malgré tout toujours aussi crétin.



Nikita
Nikita

Stay Alive
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Les notes des membres

Moyenne : 1
avatar de MrKlaus MrKlaus : 0.5
avatar de Nikita Nikita : 1,5

Cote de rareté

Sorti au cinéma en France en juillet 2006. Le DVD devrait logiquement sortir dans 9 mois.

9 mois plus tard...

Ouais ça y'est le DVD est sorti. Aux Etats-Unis circule un zone 1 de chez "Buena Vista" estampillé "director's cut", avec une VO proposant des sous-titres français et un vain fatras de matériel promo publicitaire.

En France, c'est "TF1 vidéo" qui l'a édité, changeant juste l'accroche pour en trouver une encore plus pourrie. Chapeau bas messieurs les créatifs ! Les bonus proposés sur le zone 1 passent à la trappe, et la version proposée est la même que celle diffusée en salles, c'est-à-dire le montage tronqué de 15 minutes.

Cote de rareté : 1/Courant Consulter le barème de notation