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Superflic se déchaîne

  • Titre original : Superflic se déchaîne
  • Titres alternatifs : Y-a-il un pirate sur l'antenne ?
  • Réalisateur : Jean-Claude Roy
  • Année : 1983
  • Pays : France
  • Genre : Mon poulet chez les pirates (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h34
  • Acteurs principaux : Paul Préboist, Roger Carel, Claude Vega, Yvonne Clech
Note :
3
Wolfwood
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Chronique





En matière de mauvais films sympathiques, chaque pays a, ou avait, sa grande spécialité. Il y a Hong Kong et ses ninjas, les Etats-Unis et leurs films d'action à forte connotation patriotique, l'Italie prête à plagier tout et, principalement, n'importe quoi... Pour la France, ce serait plutôt les comédies lourdingues et ce ne sont pas les inconscients qui ont subit « Le Führer en Folie », « Mon Curé Chez les Thaïlandaises » ou encore « Arrête de ramer, t'attaques la falaise ! » qui oseront prétendre le contraire. « Superflic se dechaîne » apporte une pièce supplémentaire à un dossier à charge déjà bien fourni, laissant croire que notre fameuse exception culturelle réside peut-être aussi dans nos pantalonnades insensées.



L'histoire nous raconte les tribulations d'une bande de jeunes anarchistes. Après s'être vu refusés l'entrée de la télévision locale, ces derniers vont décider, suite à un quiproquo des plus capilo-tracté, de créer leur propre chaîne clandestine, Canal Soleil, et de diffuser des émissions subversives afin de dérider leurs concitoyens, lassés par les programmes ennuyeux abondants dans leurs téléviseurs. Bien vite, nos larrons gagnent en notoriété, provoquant la colère du Gouvernement, qui décide alors de faire appel au meilleur (et unique) membre du service anti-piratage délégué à la communication, Harry Kossek, afin de mettre aux fers cette bande de vauriens et ainsi rétablir l'ordre public, bien malmené par les provocations incessantes de ces sauvageons.





Pour le moment, on se calme et on boit frais…





…mais comme dit le Ministre, "avec Harry Kossek, ça va péter les flammes !"




Voilà donc une trame assez banale en apparence, et qui aurait pu tout aussi bien donner lieu à une énième gaudriole sans grand intérêt, comme nous savons également les produire à la chaîne. Mais entre les mains de Jean-Claude Roy, c'est une autre affaire. Déjà responsable sous le nom de Patrick Aubin d'œuvres aux titres aussi évocateurs que « Les zizis en folie » ou « Provinciales en chaleur », mais aussi scénariste et producteur de « La Revanche des Mortes-Vivantes » sous le pseudo de John King, il va se faire un devoir de prouver, bien que nous n'en doutions plus depuis un bon moment, qu'en matière de pitreries loufoques, l'Hexagone n'y va pas avec le dos de la cuillère et qu'il faut se lever de bonne heure pour concurrencer notre beau pays dans ce domaine. Ainsi, pour schématiser, on pourrait dire que « Superflic… » est un peu le mélange inconcevable entre le meilleur de Philippe Clair et le pire de Max Pecas, le tout parsemé de numéros de music-hall encore plus ringards que ceux de Maritie et Gilbert Carpentier. Oui je sais, à première vue, il y a de quoi avoir peur mais rassurez-vous… c'est pire.











Car s'il y a bien une chose qui est frappante à la vue de ce long-métrage c'est son style très, très, mais alors, très lourd, au point qu'on finit par se demander si les rares vannes qui font mouche ne sont pas là par erreur. Des plus grivois aux plus fins, les "gags" s'enchaînent ici à un tel rythme qu'on a bien du mal à résister aux assauts incessants de cet humour pachydermique, et finalement craquer devant tant de plaisanteries tombant si magistralement à plat. Le malheureux spectateur se trouve alors pris malgré lui dans une spirale infernale le faisant continuellement passer de la consternation totale aux ricanements nerveux. Calembours foireux, pitreries visuelles effarantes, situations vaudevillesques éculées, tout y passe, nous imposant sans retenue un condensé des pires tares de la comédie franchouillarde.





Une variation audacieuse sur le thème de "l'amant dans le placard".





De la finesse en veux-tu, en voilà.




Comme tout cela ne suffisait pas, on notera en plus une prédisposition de la part du réalisateur à étirer ses sketchs sur la longueur, attaquant définitivement l'auditoire à l'usure. Mais ce n'est pas tout, il faut aussi préciser que le scénario ne reste qu'un alibi à une déferlante de saynètes, ayant plus ou moins de rapport avec le sujet initial. C'est en effet plus à un fourre-tout qu'à un véritable script que nous avons affaire, l'idée des créateurs du film étant vraisemblablement de mettre à l'écran tout ce qui pouvait bien leurs passer par la tête, même si la drôlerie et la cohérence de ces événements dans le récit peuvent sembler assez déconcertantes. Ne soyez pas étonnés alors de voir apparaître des bonnes sœurs en sous-vêtements ou se mettant à danser en pleine rue (il focalise un peu sur les nonnes, le père Roy) ni même des gens se déguiser en marin suite au déclenchement d'un orage dans un immeuble ou encore, une parodie de western en plein milieu du film, c'est tout à fait logique. Ne vous offusquez pas non plus de remarquer quelques demoiselles dénudées par-ci par-là, on est plus à ça près.









Que serait la vraie comédie française sans le sacro-saint plan nichon ?





Mais que fait la police ?




Un autre problème réside aussi dans le fait que le film reste très ancré dans son époque, allant jusqu'à inclure bon nombre d'allusions et des références assez désuètes aujourd'hui et que les plus jeunes auront parfois bien du mal à décoder. Barre chocolatée explosive, réplique issue de vieilles publicités, références à certains programmes de cette période… notre brave Jean-Claude n'a visiblement pas cherché à rendre son œuvre compréhensible pour tous à travers les décennies et certaines blagues, déjà pas des plus inspirées à l'époque de la sortie du film, ont en plus aujourd'hui un curieux relent de naphtaline.





Heureusement que la marque en question n'a pas changé son plan de communication.




Mais ce qui fait indéniablement la force de ce long métrage, c'est sans conteste son casting. Ainsi, pour incarner le "superflic" du titre, le réalisateur a fait appel à l'immense Paul Preboist. Et pour être déchaîné, il l'est assurément : bien que n'apparaissant qu'au bout d'une bonne demi-heure, son personnage d'agent gouvernemental transformiste fait basculer le film, déjà relativement bien barré, dans le portnawak le plus total.







Les mots manquent pour décrire la performance de notre Paulo national. Grimaçant, gesticulant et jouant comme à son habitude le grand benêt, c'est un véritable cataclysme qui apparaît aux yeux du spectateur, un raz-de-marée balayant tout sur son passage avec une force dévastatrice proprement hallucinante. Sans jamais atteindre le délire ultime qu'Henri Tisot avait pu nous offrir dans « Le Führer en Folie » (mais qui le pourrait ?), sa prestation arrive toutefois à rendre toutes les scènes où il apparaît absolument magiques, transformant le gag le plus insignifiant en véritable moment d'anthologie. Faut dire qu'en même temps, faire de Paul Préboist un agent secret as du déguisement, recevant ses missions d'un magnétophone sur une musique à peine inspirée de « Mission : Impossible », fallait déjà oser.











Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que notre metteur en scène a semble t’il tout misé sur le futur « Facteur de Saint-Tropez » pour porter son ouvrage à bout de bras, à moins que, chose plus probable, il n'ait réussi à convaincre personne d'autre de tourner dans son film ou n'en ait pas eu les moyens. En effet, seuls Marie-Pierre Casey, faisant un tout petit caméo, et Roger Carel, qui ici suit le mouvement et en fait des caisses dès qu'il en a l'occasion, bénéficient d'une notoriété certaine et permettent d'avoir plusieurs patronymes célèbres au générique.





Tourner dans un nanar ? Ah ben, je ferais pas ça tous les jours !









Car pour le reste, il faut se tourner vers une joyeuse bande de seconds couteaux, doublés de dangereux malades, se bornant à jouer comme d'autres comédiens plus connus du grand public, allant même jusqu'à imiter de manière éhontée leurs voix et leurs gestuelles. Chacun y allant de son petit one-man show et semblant vouloir en rajouter des tonnes coûte que coûte, on se retrouve alors face à un véritable festival du cabotinage, ce qui n'arrange rien au délire ambiant. Seuls véritables rescapés de ce massacre, la bande des pirates de Canal Soleil qui échappe à cette folie furieuse et fait preuve d'une sobriété salutaire pour nos zygomatiques, bien que plombant un peu l'ensemble. Lois de la relativité oblige, cela ne signifie pas pour autant que cette troupe soit exempte de tout reproche en matière de jeu d'acteur.





Un sous Michel Galabru (Jean-Claude Arnaud).





Le Pierre Doris du pauvre (Gérard Caillaud).





L'époustouflant Claude Vega, à la fois Alice Sapritch de Prisunic…





…et ersatz de Michel Serrault !





La bande de Canal Soleil, de gauche à droite : Joël Prevost chanteur du générique de Sandokan, Caroline Berg vu dans « Ca Va Faire Mal ! », Natacha Guinaudeau, actrice dans « Charlots connection » ou encore « Les Compères ».

Au centre Eric Metayer, fils d'Alex. A sa gauche Charlotte Kady, ex-présentatrice de récré A2 et Bertrand Liebert, doubleur notamment de Hamtaro.




Cette ode à la démence peut d'ailleurs faire figure de vrai paradoxe quand on analyse avec plus de soin le message qu'essaye de nous faire passer le réalisateur. Car, assez étrangement, il y en a un et, cachée sous une épaisse couche de plaisanteries accablantes, nous pouvons remarquer une tentative de critique visant à dénoncer l'état des institutions télévisuelles.



A l'époque la télévision était sur le point de subir une profonde mutation suite à l'apparition de nouvelles chaînes privées dans le paysage audiovisuel français, ces dernières se posant en totale contradiction avec l'ordre établi. Là où le service public pouvait témoigner d'une certaine austérité et se permettre de renvoyer une speakerine simplement parce qu'elle avait bafouillé, le privée s'apprêtait à faire preuve d'une liberté de ton novatrice avec des chaînes comme la Cinq, ou encore Canal + et suivre le chemin qu'avaient commencé à tracer les radios libres, à peine quelques années auparavant, bouleversant profondément notre vision de la petit lucarne.





Elle, par exemple si on était pas dans un film, se serait fait virer plutôt deux fois qu'une.




Le film avait-il pour objectif d'être un pamphlet sans concession visant à dénoncer une télévision d'Etat morose et sclérosée ? Etait-il précurseur de cette transformation ? A vrai dire, même si certains indices nous laisse à penser que ces théories se tiennent ("Imaginez qu'ils se mettent à diffuser de bons programmes ! Ce serait dramatique !" s'exclamera notamment le Ministre en parlant des pirates de Canal Soleil) il est plus sûr d'imaginer que les scénaristes n'avaient pas vraiment conscience des évolutions futures et ont fini par avoir une prémonition à force de se torcher au pastis.





Ah non ! Si les figurants s'y mettent aussi, on va plus s'en sortir.




En conclusion, « Superflic… » reste un long-métrage fort réjouissant, même s'il est toutefois évident que ses gags éléphantesques risquent d'en rebuter plus d'un et qu'il convient d'être assez bien disposé pour pouvoir se délecter de son humour nullissime et du jeu outré des différents comédiens, Paul Préboist en tête. Néanmoins, si vous êtes amateur du genre, vous pourrez découvrir un morceau de choix de l'humour lourd dont l'Hexagone est un garant indiscutable.



Vive « Superflic… », vive la République et vive la France. Cocorico !



Un immense merci à Walter G.Alton pour son aide et sa patience.





Wolfwood
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Superflic se déchaîne
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Moyenne : 2.5
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Cote de rareté

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