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Super Mario contre Son Goku

  • Titre original : Sy Mario o Sy Goko
  • Réalisateur : Bibs Austria
  • Année : 1995
  • Pays : Philippines
  • Genre : Super Smash Bros Ultimate (Catégorie : Action fantastique)
  • Durée : 1h42
  • Acteurs principaux : William Martinez, Isabel Granada
Note :
1,5
Barracuda
Barracuda

Chronique



On ne dispose que du visuel du DVD qui visiblement confirme le fait qu'il n'y a pas eu d'affiche d'époque




On peut violer la propriété intellectuelle mais à condition de lui faire beaux enfants

Alexandre Dumas (presque)

Une des tragédies du cinéma moderne, c’est le contrôle excessif opéré par les producteurs sur des réalisateurs transformés en simples faiseurs à la chaîne. On ne compte plus les films de super-héros tous fabriqués dans le même moule, les BD servilement recréées case par case, les adaptations étroitement encadrées par des ayants-droits psycho-rigides, incapables de laisser une authentique vision d’Auteur s’exprimer.

Il n’en a pas toujours été ainsi.

On ne peut ainsi que saluer l’audace de Shigeru Miyamoto et Akira Toriyama qui, en 1995, ont donné les coudées franches au réalisateur philippin Bibs Austria pour proposer sa propre vision de leurs oeuvres, Super Mario Bros. et Dragon Ball Z (car nous ne pouvons décemment pas imaginer la possibilité d’une adaptation non autorisée dans un pays aussi à cheval sur la propriété intellectuelle que les Philippines).

On suppose qu’il les aura convaincu de la pertinence de mêler ainsi leurs personnages au sein d’un même film en leur présentant le chaînon manquant thématique entre les deux univers : Dracula.





Clairement l'ingrédient qui manquait.


Des mélanges improbables venus de pays exotiques, on en a vu pas mal défiler dans nos colonnes. Citons pêle-mêle James Bond et Batman dans James Batman, Christine fusionnée avec Transformers dans Cara Majaka, ou encore Captain America et Santo faisant équipe contre Spider-Man dans 3 Dev Adam.





Le coup de génie de ce film-là, c'est que l'identité secrète de Batman en fait c'est James Bond. Et vice-versa.


Déniché par les Espagnols de CineCutre après avoir fait le tour de quelques festivals philippins, Super Mario contre Son Goku correspond tout à fait au genre de bizarreries obscures dont nous sommes si friands. Aussi lorsque le film a été édité en DVD par Trash-o-Rama dans la foulée de sa projection au Cutrecon de Madrid, nous nous sommes jetés dessus comme des zombies affamés sur un plat de fromage de tête.



Ça tombe bien, car justement de zombies il en sera question.


Le budget maigrichon et les effets spéciaux artisanaux ne sont pas une surprise vu le pédigrée du produit, mais on on était très curieux de découvrir quel scénario sans queue ni tête pouvait bien ainsi réunir Mario et Son Goku et justifier qu’ils se fritent, sans parler de savoir ce que Dracula foutait là sur la jaquette du film. Armés d’un espagnol LV 2 rudimentaire mais bien suffisant en l’espèce pour suivre les sous-titres, nous nous sommes plongés avec entrain dans le visionnage.





Ouais ! Krilin dans la place !


On ne va pas faire durer un suspense frelaté : Super Mario contre Son Goku est une semi-arnaque et une relative déception. Semi-arnaque car Mario et Son Goku ne s’affrontent jamais et n’apparaissent même pas ensemble, pour la bonne raison qu’il s’agit en fait du même personnage (nous allons expliquer plus bas). Déception parce que si on espérait un film d’aventure dingue et fauché, on devra se contenter essentiellement d’une comédie poussive saupoudrée d'une misère de scènes d'action. La jaquette et le titre promettaient la Lune, tout juste le film nous emmène-t-il sur l’ISS.



Mais c'est déjà pas mal.


Le film suit les aventures de Mario qui, dans notre monde, est un petit génie de l’informatique constamment en train de bricoler ses ordinateurs. Il se retrouve projeté par accident dans un univers fantastique à l’intérieur de son PC où il devient justement Super Mario, avec la salopette et la casquette rouges qu’on lui connaît (mais pas la moustache malheureusement, ce qui semble d’autant plus une faute de goût venant d’un film philippin).



Mario, à droite, et "Luigi", à gauche, avant leur entrée dans la Matrice.






... Et après. Ils ont inversé les couleurs traditionnelles, avec la salopette bleue et la chemise rouge.


Assez rapidement, il rencontre la Princesse Maria, prisonnière du vilain Gorgo, un géant à trois têtes aussi laid que méchant. Il croise aussi des koopas joués par des nains en pagne avec une carapace en plastique sur le dos et Krilin de Dragon Ball qui passait par là.



Les koopas viennent emmerder une pauvre vache sans raison.


S’ensuivent une série d’allers-retours entre monde réel et virtuel, Mario qui sauve Maria des griffes de Gorgo, une invasion de zombies qui n’a strictement rien à voir avec le reste et Mario expliquant à des loubards que la drogue c’est de la merde et qu’il est bien placé pour le savoir puisque dans sa jeunesse il s’est prostitué pour se payer de la dope.



Plombier de métier, Mario connait bien les joints.


Au milieu de tout ça, les koopas réveillent Dracula parce que pourquoi pas, et celui-ci s’empresse d’aller faire un tour en boite nuit et de n’avoir aucune incidence sur l’histoire avant de retourner se coucher. Le tout ponctué de gags assez nuls à base de taloches.



Dracula enflamme le dance-floor sur la musique de Pretty Woman.


On sourit ici et là, surtout quand le rigolo Gorgo est dans le coin, mais surtout on s’ennuie poliment pendant l’essentiel du film. Il faut attendre le dernier quart d’heure pour qu’un peu de baston commence et qu’on s’amuse enfin. Il y a d’abord le combat de Mario contre Gorgo qui est assez rigolo, notamment parce que le film essaie de faire croire qu’ils sont tous les deux géants à l’aide de changement de perspective qui font particulièrement cheap.









Gorgo de près et de loin. Deux styles de nanardise également intenses.


L’autre beau morceau nanar, c’est lorsque Mario, sans crier gare, croise deux guerrier saiyens (Nappa et Vegeta ? On n‘ose y croire et ils ne sont pas nommés dans le film) qui aussitôt lui cherchent des noises. Le combat s’engage mal et voilà Mario bientôt K.O. lorsque, grâce à ses pouvoir d’informaticien de la Matrice, il se transforme… en Son Goku.



Nappa et Vegeta (peut-être...).





Son Goku est magnifique.



C’est le meilleur moment du film, celui on en entrevoit enfin ce qu’il aurait pu donner si les promesses nanardes du pitch avaient été tenues. Les combattants virevoltent n’importe comment accrochés à des filins qu’on n’essaye même pas de cacher, les coups sont plus lents qu’une Simca 1000 en seconde et les boules de feu volent dans tous les sens grâce à un trucage qui semble surtout extrêmement dangereux pour les acteurs.





You will believe a man can fly !





De retour dans le monde réel, Mario n’a pas oublié comment balancer des boules de feu et s’en sert pour mettre les zombies à l’amende. Gorgo est lui aussi vaincu, puis soudain Mario se réveille dans son lit et on se demande si tout cela n’était qu’un rêve. Ou pas. Honnêtement à ce stade on s’en fiche un peu, on a bien rigolé pendant grosso modo 10 minutes mais il faut partir maintenant monsieur, on a un film de catcheurs mexicains avec des nains qui attend d’être regardé.



Non pas que vos nains à vous ne soient pas cools, hein !


On serait sans doute moins durs avec ce Super Mario contre Son Goku s’il ne nous avait pas autant fait rêver - au-delà du titre alléchant et de la jaquette géniale, le film venait précédé d’une solide petite réputation de nanar en Espagne et aux Philippines.

Loin du spectacle de violation décomplexée du copyright qu’on espérait, il reste une comédie vite répétitive avec un scénario qui semble improvisé au fil du tournage et des moyens à la limite du film amateur. Ne surnagent finalement que deux-trois scènes qui montrent le délire qui aurait été possible si Bibs Austria avait embrassé pleinement ses idées les plus folles.

Enfin, ça reste toujours meilleur que Dragon Ball Evolution...



Barracuda
Barracuda

Super Mario contre Son Goku
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Cote de rareté

Le DVD de Trash-o-Rama est épuisé et la société ne livre pas en France de toutes façons. Reste à guetter les sites d'occasion en attendant une (peu probable) édition en France...



Cote de rareté : 4/ Exotique Consulter le barème de notation