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Tar-San

  • Titre original : Tar-San
  • Réalisateur : Efren Jarlego
  • Année : 1999
  • Pays : Philippines
  • Genre : Tarzan et Cheetah ont eu deux fils (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : Redford White, Carding Castro, Ramon Christopher, Carlos Agassi, Baron Geisler, Jody Sta. Maria, Audrey Vizcarra, Bernadette Allyson
Note :
2.5
John Nada
John Nada

Chronique

« La seule chose absolue dans un monde comme le nôtre, c'est l'humour. » Albert Einstein

Il était balèze Einstein. En disant cela, son esprit visionnaire imaginait sans doute déjà que seraient commis un jour "Le Führer en Folie", "Drôles de Zèbres" ou "La Pension des Surdoués", comédies toutes plus absolues les unes que les autres. Pour certains, l'Absolu est une quête. Tenez, moi par exemple. Habitué depuis bientôt dix ans à remuer la vase cinématographique pour Nanarland, je suis encore allé racler bien au fond l'autre jour pour vous dénicher le nec plus ultra en matière d'humour absolu : une comédie philippine.



Mater une comédie philippine, ça ressemble un peu à une baignade en mer au mois de décembre. Elle est vachement froide en rentrant, on se dit qu'on va pas tenir. Et puis après quelques minutes on finit par la trouver bonne, parce qu'on est complètement engourdi et sur le point de claquer. C'est assez absolu comme expérience. Pour bien ressentir tout cet Absolu, je dois préciser qu'il faut impérativement voir ce film en Tagalog non-sous-titré. De toutes façons vous n'avez pas le choix, il n'existe pas d'autre version. Ca vous rebute ? Voyons, c'est oublier qu'en plus d'être absolu, l'humour est également universel ! Car l'humour est ce qui se partage le mieux, n'est-ce pas ? L'humour transcende les clivages culturels, n'est-ce pas ?



N'est-ce pas ?



N'est-ce pas ???



N'EST-CE PAS ?!?!?!


Tar-San est donc une comédie pinoy, avec de vrais morceaux d'Absolu dedans, nous narrant les folles aventures de Tar et San, des jumeaux orphelins recueillis par une tribu dans la jungle de l'archipel philippin. Et voilà déjà exposé le douteux génie d'Efren Jarlego : avoir mis en scène non pas un mais DEUX clones mongoliens de Tarzan !



Tar et San, les Barbarian Brothers philippins !


Même avec une méconnaissance totale du Tagalog, l'intrigue de Tar-San est heureusement de celles dont les tenants et aboutissants peuvent être appréhendés par toute la famille, hamster et poisson rouge compris. La première moitié du film se déroule dans la jungle, au sein de la tribu de gentils sauvages dans laquelle Tar & San ont grandi.



Et là c'est le drame : dès leur apparition, les deux olibrius se lancent, grimace au vent, dans ce qui sera une succession ininterrompue de gags navrants à peine dignes d'un mauvais cartoon, enchaînant les gaffes consternantes et plongeant l'auteur de ces lignes dans une stupéfaction dont il n'est pas encore revenu.



Rires sans frontières.



Tagalog-Tsoin-Tsoin !


Cette entame n'était pourtant qu'un tour de chauffe, du niveau d'un jet de pipi dans la figure. Car c'est la seconde moitié du film, voyant l'arrivée du tandem à Manille, qui va véritablement permettre à nos vedettes de donner la pleine mesure de leur redoutable talent.



De "Tarzan à New York" à "Un indien dans la ville" en passant par "George de la jungle", le concept cocasse du sauvage en milieu urbain a beau avoir été exploité maintes et maintes fois, "Tar-San" s'acharne à presser ce qui peut encore l'être avec une énergie de possédé.





Leçon d'Absolu N°1 : la scène du cadeau.






Leçon d'Absolu N°2 : la scène du repas (oui, ce sont bien leurs fourchettes qu'ils sont en train de manger).



Leçon d'Absolu N°3 : partie de pêche au jardin public.



Leçon d'Absolu N°4 : le passage chez le coiffeur.


Il faut dire que les Philippins entretiennent depuis plusieurs générations le flambeau d'une tarzan-ploitation complètement branque, riche de titres aussi pétillants que "Tansan contre Tarsan", "Tartan" ou la trilogie des "Starzan".









Fichtre, ce pauvre Edgar Rice Burroughs doit faire des loopings dans sa tombe !


"Tar-San" reprend donc sans vergogne les ressorts humoristiques éculés propres aux comédies jouant sur le décalage culturel, où des personnages atypiques se confrontent avec candeur à la modernité du monde urbain, qu'il s'agisse de barbares ou de chevaliers (Dar l'Invincible 2, Time Barbarians, Time Warriors, Les Visiteurs), d'un homme congelé (Hibernatus, Iceman, California Man), d'un homme du bush australien (Crocodile Dundee, auquel Tar-San emprunte le gag du voleur à l'arrachée assommé par un lancer de conserve) ou africain (la saga Les Dieux sont tombés sur la tête, et tout particulièrement les monstrueux volets 4 et 5 tournés à Hong Kong !), d'un extraterrestre, d'un cyborg, d'un gentil fantôme du passé (une spécialité chinoise), d'un Kazakh (Borat) ou même d'une tomate transformée en bombe sexuelle (Le Retour des tomates tueuses).



Attaque de mannequins !





Mmh… y ont-ils vraiment gagné au change ?


Ainsi nous sont resservies, maladroitement réchauffées, des situations déjà vues mille fois auparavant (shopping vestimentaire à la "Pretty Woman", passage chez le coiffeur, promenade en public, dîner mondain etc.), qui s'égrènent en autant de gags épais invariablement assortis de contrepoints sonores.



Pouet-pouet !



Paf !


Un déballage embarrassant de vieux clichés, rejoués sans aucune autre plus-value que les grimaces inédites de Redford White et Carding Castro, les interprètes de Tar et San, deux zigotos qui traversent le film perpétuellement ivres de niaiserie satisfaite. Cette comédie remarquable de non-drôlerie repose en effet entièrement sur le talent frelaté de son duo vedette, qui trahit quelque lointain cousinage avec les maléfiques Os Trapalhões (Brazilian Star Wars). Comme leurs coreligionnaires d'Amérique du Sud, l'humour du duo ne repose pas sur les dialogues mais sur les situations, les gags visuels, les grimaces, le slapstick, dans la tradition du cinéma comique muet.



La rencontre mémorable entre Tar & San et un beau spécimen d'homosexuel nanar, deuxième grande spécialité du cinéma pinoy après les nains.



Ce dernier entreprend de leur faire faire un peu d'exercice, en poussant bien évidemment de grands gémissements de folle.


"Le secret de la bonne comédie nanarde tient précisément au degré d'inefficacité de ses gags", nous expliquait il maestro Nikita dans sa définition du genre. "Tar-San" est de ce point de vue un bel exemple de réussite, les quelques captures d'écran accompagnant cette chronique étant elles-mêmes impuissantes à illustrer la profonde balourdise de ce film. A vrai dire, "Tar-San" a tellement bien étanché ma soif d'Absolu que je me sens désaltéré pour un bon bout de temps !



Comme un air de famille…



...et toujours de l'Absolu à ne plus savoir qu'en faire !


Mais qui sont donc ces interprètes de Tar et San, grâce à qui cette comédie prend des allures de fusion terrifiante entre "Lui et l'autre" et "Les Barbarians" ? Des comédiens qui ont leur avenir derrière eux. Moi j'dis ça, c'est pas pour être vache, c'est juste qu'ils sont tous deux décédés.



Redford White (à gauche) et Carding Castro (à droite).


Né en 1935, Carding Castro, de son vrai nom Ricardo Castro, fut surtout connu pour ses prestations scéniques aux côtés de Rey Ramirez. Sous le nom de ReyCard Duet, le duo débuta dans les années 50 aux Philippines, et rencontra rapidement un vif succès. Dans un esprit comparable à ce que faisaient en Europe des groupes comme Les Charlots ou les Brutos, le ReyCard Duet oeuvrait dans un registre à la fois musical et comique, Ramirez assurant l'essentiel du chant tandis que Castro assurait lui la partie burlesque.



Rey Ramirez & Carding Castro à leurs débuts.


Dès les années 60, leur succès grandissant les amènera à se produire un peu partout dans le monde, et notamment à Las Vegas où ils se produisirent pendant près de 40 ans ! Aux Philippines, ils animèrent également un show télé et tournèrent ensemble dans plusieurs comédies, jusqu'au décès de Rey Ramirez en 1997. Quelque peu désœuvré après la perte de son partenaire de toujours, Carding Castro poursuivit tant bien que mal sa carrière d'artiste, en solo dans une sitcom télé, et en duo au cinéma, avec la super star Dolphy et surtout Redford White. Il s'est éteint d'une crise cardiaque à l'âge de 68 ans, en 2003, à Las Vegas.



Redford White, de son vrai nom Cipriano Cermeño II, est né lui en 1955. Son nom de scène vient à la fois de son admiration pour Robert Redford et de son albinisme, qui explique la blancheur de son teint et sa chevelure blonde 100% naturelle.









Le copyright, nous on s'en fiche !


Il fut très actif à la télévision et au cinéma à partir de la fin des années 70, participant à un grand nombre de comédies parodiant volontiers les grands succès du cinéma américain, dans un esprit comparable à ce que faisaient alors ses collègues, tels Joey de Leon (Goosebuster, Ali in Wonderland, Starzan), Jimmy Santos (Robin Good, Tartan, Cobrador), Dolphy (Pinokyo en Little Snow White, Goatbuster, Drakula Goes to R.P., Fung Ku) ou encore Vic "Lastikman" Sotto (Rocky Plus V, Tartan, Crocodile Jones: The Son of Indiana Dundee).





Sylvester Stallone apprécierait beaucoup...


Après une carrière riche en mimiques burlesques, Redford White s'est éteint à Quezon City le 25 juillet 2010, à l'âge de 54 ans, des suites d'une tumeur au cerveau et d'un cancer du poumon.



Hommage soit donc rendu, à travers cette modeste chronique, à Redford White et Carding Castro, dont il faut comprendre qu'ils furent pour les Philippins l'équivalent d'un Paul Préboist ou d'un Michel Galabru en France. Paix aux âmes de ces fringants gonfaloniers du ridicule, qui ont su porter bien haut les couleurs du cinéma débile !



Sources concernant Carding Castro :

Expansions Now

Hoy, Pinoy Ako!

Sources concernant Redford White :

L'excellent blog Video 48

Bamboo Gods and Bionic Boys, le blog de notre pote australien Andrew Leavold.



John Nada
John Nada

Tar-San
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Cote de rareté

Pour se faire griller le cerveau avec les grimaces de Tar & San, il vous faudra mettre la main sur le VCD philippin, avec sa VO en Tagalog sans sous-titres ni bonus, et une qualité d'image très moyenne. La nanarophilie est parfois un vrai sacerdoce…
Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation