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Tha Eastsidaz : Le Dogg se déchaîne

  • Titre original : Tha Eastsidaz : Le Dogg se déchaîne
  • Réalisateur : Michael Martin
  • Année : 2000
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : A l'Est, rien de négro, biatch ! (Catégorie : Crimes et délits)
  • Durée : 1h15
  • Acteurs principaux : Snoop Dogg, Darryl Brunson,Tray Deee, Goldie Loc, RBX, Larissa Bordere, Biggg Jeffree, Buddy Daniels, Warreng G, Xzibit
Note :
3.5
Kobal
Kobal

Chronique





Citoyens, réveillez-vous ! Notre société est au bord du gouffre ! En proie à un indéfinissable malaise qui la gangrène insidieusement, elle est désormais au pied du mur : il va falloir se retrousser les manches et s'attaquer aux vrais problèmes. Il est criminel de laisser perdurer l'incompréhension endémique qui règne entre les communautés et qui n'aboutit que trop souvent à de vives mais stériles tensions destructrices. Le choc des civilisations tant annoncé aurait ainsi bien pu avoir lieu si un homme ne s'était nonchalamment levé pour dire non à la barbarie. Cet homme, ce sauveur, ce last man standing, c'est Snoop Dogg.





Da messiah.




Oui, oui, Snoop Dogg, le rappeur West Coast réputé pour son flow traînant, ses tresses et son oscar porno. Et bien il peut désormais ajouter à son CV la mention de sauveur de l'humanité, cela grâce à son manifeste social : "Tha Eastsidaz". "Tha Eastsidaz", c'est un documentaire anthropologique sur le mode de vie des Afro-Américains de Long Beach, côté Est. Grâce à lui, les Hommes vont enfin se comprendre et s'accepter les uns les autres, et ainsi pouvoir se rassembler pour constituer une grande chaîne de l'amour multicolore où tout le monde chantera le bonheur d'être soi... et de trouer des salopes.





Encore un signe : le patronyme du réalisateur est constitué des 2 prénoms des jumeaux McNamara.




Autant vous le dire d'emblée, le quotidien d'un Noir américain diffère grandement du nôtre, au point de paraître évoluer dans un véritable univers parallèle. Prenons l'exemple du personnage interprété par Snoop Dogg : il ne s'appelle pas Jean-Patrick Berthier, comme vous et moi. Non, son blaze à lui, c'est Killa Pop. Et Killa Pop, il ne vit pas dans un minable T2 d'une tour HLM décrépie, bien évidemment. Il possède un château domestique, avec ses colonnes d'intérieur, ses plantes vertes et sa cuisine équipée. Mais n'allez pas pour autant croire qu'il se prend la tête : ce fringuant auto-entrepreneur passe en effet ses journées à squatter dans son garage avec sa meute d'enculés de négros, tranquillement affalé dans sa position de père spirituel auprès duquel chacun vient chercher sage conseil, adoubement, plan bizness, regard vitreux et blunts surchargés.





Killa Pop (à ne pas confondre avec un remake de Leatherface produit par l’Église Orthodoxe Grecque).




Si Killa Pop peut ainsi prendre le temps d'assurer son ascendant sur ses ouailles en leur mettant une branlée à un jeu vidéo de la NFL, c'est parce qu'il sait qu'il peut compter sur sa splendide compagne Boubou qui, bien au fait de sa place dans la maisonnée, ne quitte pas la cuisine où elle mijote à son homme de bons petits plats, tels que ses réputés "spaghettis à la viande". Des mets raffinés qui feraient saliver prolo comme friqué.





Boubou (Larissa Bordere). Oui, oui, Boubou, comme le streum en caoutchouc rose.





Snap (Goldie Loc), le beauf' rappeur de Killa Pop.




Notez toutefois que la vie de Killa Pop comporte bien quelques points communs avec nous autres. En effet, comme tout un chacun, il lui arrive de se rendre à la supérette du coin avant d'aller conclure un deal. Mais attention, n'imaginez tout de même pas qu'il s'agit pour quelqu'un de cette envergure d'acheter un kilo de tomates ou un pot de beurre de cacahouètes. Non, Killa Pop est plutôt du genre à se déplacer de manière cool en saluant les cousins avant de soudain se jeter sans explication sur un enculé de bâtard de passage et de lui marteler avec application le visage, sous le regard amusé des autres clients. Enfin, sans explication pour la victime, car il concède tout de même à un poto négro intrigué quelques précisions : le ravalé de la face lui avait fait l'insulte suprême de le faire virer de l'équipe de basket au lycée, ce qui vu l'âge des protagonistes, doit bien remonter à 20 ans. Comme quoi, fumer des pétards H24 n'altère pas tant que ça la mémoire.





- "Du calme vieux, mais qu'est-ce qui te prend ?"

- "Espèce de salope, enculé... *Pif, paf, pouf !* Maintenant, on est quitte."




Ah, j'en entends certains qui s'étonnent d'une telle réaction insouciante dans une société sécuritaire comme la nôtre. Mais je vous rappelle que Killa Pop évolue dans un monde qui surfe sur la tranche du continuum spatio-temporel. En effet, pour lui, pas de problème : il a toujours un cousin dans le coin qui peut s'occuper du corps avant l'arrivée de la police. Certes, le gars est un peu gêné, mais c'est surtout parce qu'il a "deux bonnes grosses salopes" qui attendent dans sa voiture qu'il achète "une grosse boîte de capotes avant de se casser en mission". On comprend donc qu'il souffre de différer ses retrouvailles avec ces accortes demoiselles.





Entre trouage de salope et nettoyage de cadavre, Warren G mène une vie trépidante.




Petit aparté : ne soyez pas choqué par mon vocabulaire jusque-là un tantinet relâché, il se veut un (très) modeste aperçu des modèles communicationnels un peu cavaliers employés par les gangstas. En effet, le langage dans cette communauté représente une de ses particularités culturelles incontournables dont l'ignorance pourrait conduire à bien des quiproquos. Voyez-vous, l'insulte y constitue le socle de la relation. Chaque phrase est un assemblage fantaisiste de divers mots grossiers et autres vulgarités. Ne dites plus "bonjour monsieur" mais "yo enculé de négro". De même, oubliez la ponctuation, elle est facilement remplacée à l'oral par "putain". Ainsi, "où est Jamal ?" devient "où est passé ce fils de pute de rasta de merde putain". Petite clef de compréhension supplémentaire : "East Side !" est une expression sacrée qui peut signifier tout ce que bon semblera selon le contexte (y associer un petit signe de la main lui donne encore plus de force). Les sophistes modernes n'hésiteront pas à remporter leurs duels rhétoriques avec l'argument de poids "East Side à fond !" (dans le doute, répéter à l'envi).





- "T'es un putain de p'tit marrant, toi. T'as failli me faire oublier la vraie raison pour laquelle on est venus."





- "Quelle putain d'raison ?"





- "Celle-là putain d'enculé !"





Big Long Beach (RBX, le cousin de Snoop) a bien envie de "se trouer une bonne salope". Il a déjà le capuchon sur la tête.




Il est donc fascinant d'observer ces individus se lancer ainsi dans d'interminables conversations quasi-exclusivement composées d'insultes, avec ce qui paraît être une transmission d'informations extrêmement réduite. Mais rien n'est plus trompeur, car pour les Afro-Américains de Long Beach, ces échanges sont lourds de sens. Il suffit d'observer avec attention le visage et les intonations de voix des interlocuteurs pour s'apercevoir qu'il existe une infinité de nuances et de sous-entendus dans leurs propos cryptiques. Sinon comment un dialogue convoquant 5 personnes toutes plus injurieuses les unes que les autres pourrait-il durer 3 longues minutes et ne reposer que sur l'assertion suivante : "Crackel est un méchant homme" ? Ou bien comment interpréter les réactions de ces gens qui discourent d'un air entendu et d'une voix graveleuse sur le fait d'acheter une bouteille de whisky et un gros paquet de chewing-gum à la menthe ? De toutes façons, la meilleure preuve de l'efficacité de cette méthode de communication est la fascination qu'elle exerce sur son auditoire, captivé dans son canapé à vouloir écouter en boucle les répliques ahurissantes qui volent en tout sens. Une petite pensée d'ailleurs pour les doubleurs français qui s'acquittent de leur tâche avec l’enthousiasme de toxicomanes aux tranquillisants en pleine surdose. Le succès du docu-film de Snoop Dogg est un peu le leur.





Les conseils de Young Loc (Darryl Brunson ) contre l'hypertension : "Arrête les pieds de porc et continue de me sucer la bite, sale chienne !".



L'interlude ludique de la chronique : amuse-toi à attribuer chaque réplique à son auteur. Aide-toi des idiotismes propres à chaque personnage.





- "Faut chopper un mec de Crackle, l'embarquer et l'interroger à fond et il nous chiera toute l'histoire.

- Vous avez vu la merde qu'il a foutu ce salaud de Crakle, c'est la grosse merde, ce négro est une salope !

- Cet espèce de fils de pute est allé bien trop loin, ce négro doit payer pour ce qu'il a fait, il mérite vraiment de payer pour ça !

- Oui, je crois que c'est clair pour c't'enfoiré.

- C'est clair pour nous aussi. Ce négro, ce gros connard de Crackle va avoir de gros problèmes quand on lui tombera dessus !

- On va lui niquer sa mère. Il va morfler c'bâtard.

- Il va avoir le réseau des chiennes au cul cet enfoiré."





Pour ceux qui se poseraient la question, voici le réseau des chiennes.




Fin de l’aparté et retour à la vie décontractée de Killa Pop. Tout pourrait rouler pour le mieux dans le meilleur des mondes, s'il n'y avait évidemment quelques jaloux de sa réussite. Tout grand homme a ses envieux frustrés. Des putains de bâtard comme le fameux Crackle qui monte un plan foireux à Killa Pop, entraînant son injuste incarcération avec redressement fiscal fédéral en bonus. C'est toutefois l'occasion de découvrir un aspect majeur du quotidien du négro eastside : la prison. Un endroit terrible où il est interdit de faire du rap et où il faut participer au lavage des slips. Pensez-donc. Heureusement que des temps d'activité physique sont prévus par l'administration pénitentiaire avec des combats à mort entre détenus.





L'humiliation carcérale : le port obligatoire de collant usagé pour cheveux.





Killa Pop et son couteau dans une contre-plongée osée.





Crackle (Tray Deee). Ne faites jamais confiance à un mec qui porte un nom de biscuit apéro. Et une casquette à l'envers.




L'idée de nous montrer la vie de tous les jours dans un centre de détention est certes intéressante, mais il faut reconnaître que cette partie du film a moins de peps. Il est toutefois évident que Killa Pop n'est pas homme à rester entre 4 murs (ça lui "nique la tête de toutes les façons possibles") et qu'il ne lui faut pas longtemps pour s'évader là où nul négro n'a encore réussi, et ce grâce à un plan à l'ingéniosité telle qu'il paraît complètement con aux profanes comme nous (imprimer un bouquin de Malcolm X sur des dollars et scier des barreaux avec un fil de fer ?). Faut dire que Killa Pop est toujours très inventif lorsqu'il s'agit de s'échapper d'un traquenard, une nouvelle occasion lui étant donnée de le prouver lors d'une séquestration par une salope de Crackel : parvenant à apitoyer sa geôlière, il obtient le droit de tirer une latte sur son oinj. Mettant à profit son incroyable capacité pulmonaire, Pop joue son crevard en cramant les deux tiers du cigare à herbe, ce qui active le détecteur de fumée et déclenche les arroseurs d'eau du plafond. Et alors ? Bah c'est tout, et c'est bien suffisant !





Killa Pop bogarte le bédo comme un pro.





Killa Pop se taille un barreau (de chaise).




Mais ne vous inquiétez pas pour lui, le monde de Long Beach, c'est comme chez Disney : tout est bien qui finit bien avec une tuerie générale et une strangulation à la vitre de portière. On félicitera Snoop Dogg d'avoir su éviter le piège des artifices hollywoodiens et d'avoir osé montrer la réalité du ghetto sous son aspect le plus cru. Ici pas d'explosions démentielles, de bagarres survitaminées ni de gunfights pétaradants, non, tout fait cruellement minable, comme ces armes à feu qui produisent de banals "plop" étouffés ou la généralisation du port de survêt' moches. Même la drogue paraît authentique (sûrement un effet pas spécial).





Bah quoi, Snoop n'allait tout de même pas se laisser marcher sur les pieds par le Roi Heenok et ses pitreries hydroponiques.







Une exception aux joggings, la pimp attitude à son meilleur (crédité Biggg Jeffree, il s'agit en fait d'un avatar de Snoop Dogg).





Une scène de conduite automobile minimaliste et pourtant hilarante.




Cet aspect misérable ne rend l'ensemble que plus sympathique pour tous nos lecteurs nanarophiles, qui auront bien raison de se jeter sur ce hoodploitation zédard au rythme erratique mais aux séquences clés incontournables pour tout amateur de plaisirs coupables. Mais n'ayons pas à rougir des Américains, car si le spectacle est aussi joyeux, c'est comme vous l'aurez compris en grande partie grâce à nos doubleurs eud'chez nous qui nous gratifient d'un travail magistralement à côté de la plaque et comme on aimerait en entendre plus souvent. Quant aux gens intéressés par la culture urbaine française, je leur conseille de ne pas perdre espoir : notre Snoop à nous, Morsay, grand leader du crew Truand 2 La Galère, a décidé de se mettre au cinéma avec le film " La Vengeance" (je vous laisse savourer son énigmatique accroche : "La vengeance est un plat qui se mange froid, moi je le mange cru parce que avant j'en avais pas"). En attendant ce rayonnement tricolore, merci à Snoop Dogg de nous avoir fait voyager dans le monde de ses fantasmes. Concluons donc cette chronique avec un dernier dialogue à même de lui rendre hommage...





- "Qu'est-ce que tu fous, enfoiré ?"

- "Et toi, bâtard ?"

- "T'es qu'une salope !"

- "C'est toi la salope, enculé !"






C'est lorsqu'on s'aperçoit que l'équipe technique comporte une psychothérapeute que l'on comprend à quel point on peut sous-estimer la portée émotionnelle de ces dialogues...











Allez, un dernier pour la route :





- "Espèce de salope à tresses de merde ! Ici, c'est ma putain de cuisine, alors si tu veux bouffer, tu dois me respecter, p'tit enculé !"





- "A qui elle est cette putain de cuisine ?"

- (en choeur) "C'est ta putain de cuisine, négro !"

- "Ouais, t'as bien entendu p'tit enculé. C'est mon territoire, enfoiré !"






- "Ah ouais ? C'est ta cuisine, espèce d'enfoiré ?"




Merci à ce négro de Dharma pour sa participation à l'élaboration de cette chronique.





Kobal
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Tha Eastsidaz : Le Dogg se déchaîne
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Cote de rareté

Le film est sorti en DVD chez Frak Vision (visuel en tête de chronique). Pour les aventuriers, il est également disponible dans un coffret Snoop Dogg avec "Murder was the case", court-métrage du Dr Dre.





Le DVD américain.


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