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Les Vacanciers

Note :
3
Enzosullivan
Enzosullivan

Chronique



Affiche belge.



Observez l'harmonie des tenues de l'équipage...




On pourrait faire bien des reproches concernant les "compétences" de réalisateur de Michel Gérard (auteur d’une bonne fournée de comédies franchouillardes type « Arrête ton char… bidasse ! » ou « Les Surdoués de la première compagnie », et qui a dégoûté définitivement Jerry Lewis de tourner en France avec « Retenez-moi... ou je fais un malheur ! »), mais il convient de saluer l’honnêteté d’un homme qui annonce la couleur après le générique : il remercie le village alsacien qui a accueilli l’intrigue… et ses caves !







La France en vacances telle que la rêve toujours Jean-Pierre Pernaud.




Autant dire qu’on sent que le réalisateur et son équipe avaient d’autres motivations que de faire un film potable, ce dont le spectateur se doute dès le générique, avec la chanson culte de Georgette Plana, et surtout, surtout, avec un casting qui ne respecte aucune cohérence en matière d’âge, vu que Paul Préboist (47 ans au moment du tournage, mais qui en paraît plus…) et Louison Roblin (37 ans, mais qui en paraît moins) sont les parents de Vincent Gauthier (également co-scénariste de l’objet) et Anne Aor, qui font bien 25 ans minimum chacun (IMDB ne s’est pas appesanti sur les fiches de ces deux acteurs…).







Si on rajoute à cela que leur hôte, un vigneron alsacien répondant au nom très typé d’Aloïse Frankensteinmuhl, est interprété par… Michel Galabru (52 ans, et qui est autant crédible en Alsacien que Philippe Clair en chtimi) et que sa tante est Alice Sapritch (58 ans) qui va tomber sous le charme de Vincent Gauthier, on comprend très vite que les auteurs n’ont pas choisi le casting en fonction du scénario mais ont fait l’inverse : partir sur la route des vins avec le plus de "comiques" possible et essayer d’improviser pour éventuellement faire un film en souvenir.









L’histoire est assez simple : Mme Frankensteinmuhl (Jacqueline Jehanneuf, obsédée par l’astiquage de bouteilles, de là à y voir une allégorie…) choisit contre l’avis de son mari de sous-louer une chambre d’hôte à une famille de touristes, les Chatton (interprété par Préboist, Roblin, Gauthier et Aor). La chambre d’hôte en question est un vrai taudis insalubre, et la cohabitation Chatton – Frankensteinmuhl est assez délicate. Heureusement le fils Chatton va sympathiser avec la tante Aimée (Alice Sapritch), qui est la vraie propriétaire des lieux. Suite à une partie de poker avec Aimée, les Chatton gagnent la maison et les Frankensteinmuhl se retrouvent donc à la rue dans la peau des sous-loueurs.







Il y a 106 mots dans le paragraphe précédent. Question : comment, à partir de ces 106 mots, faire un film de 90 minutes ? Réponse : en meublant à tout prix, par des répliques incohérentes, des gags foireux et un festival de free style des acteurs…



Les répliques : on entend par exemple Alice Sapritch répéter trois fois de suite qu’elle a apporté des tourteaux, Vincent Gauthier traiter 10 fois sa sœur de "grosse" comme si cela avait une quelconque importance. On entend Sapritch dire "Il faut coucher pour réussir" ce à quoi Préboist répond "Moi, ça m’est jamais arrivé" (vu les spéculations sur la virginité supposée de Paul Préboist, cette phrase prend un tout autre sens…). On entend deux fois le gag où face aux touristes disant avoir payé "comptant pour être content", le propriétaire répond : "Gauchiste !" comme si cela avait quelque chose à voir avec le problème en question. Le pire, c’est que conscient de la pauvreté de certaines réparties, le réalisateur rajoute un jingle genre "blague à Denisot" pour souligner au spectateur qu’il faut rire. Le film démarre très fort dès l’une des premières répliques : "Voici nos deux enfants : Philippe comme le maréchal, Charlotte comme le général !". Ca vous viendrait à l’idée de donner à vos gosses les prénoms de Pétain et de De Gaulle ???? Les improvisations musicales sont également spectaculaires, notamment quand Sapritch et Préboist se mettent à chanter à tue-tête "On s’en fout, on s’en fout, on s’en fout…". Un cri du cœur qui prend une résonance toute particulière dans le cadre d’un film d’une nullité aussi honteuse.







Les gags : on notera la visite de la chambre d’hôte avec Jacqueline Jehanneuf montrant un pommeau de douche et disant "Ici, c’est la salle de bains" ou des WC en disant "Ici, les toilettes" (Ah tiens, j’aurais pas deviné tout seul…) La scène où Préboist se douche sans arriver à couper l’eau est à voir de par le côté foireux du gag qui en découle.





Préboist s'éclate (admirez le papier peint qui donne une idée de la date du film).





Surtout, les acteurs qui peuvent surjouer le font, les autres (Aor et Gauthier, assez transparents) se contenteront de se foutre à poil le temps d’une scène (où on notera qu’Anne Aor se désape le temps d’un changement de plan – habillée sur un plan, nue le plan suivant) pour justifier un peu leur présence au casting. Le surjeu des "meilleurs" acteurs justifie par contre leur recrutement. Surtout sur la fin, quand Alice Sapritch chante un hymne à la banane (La chanson bananana et noix de coco, ça se mange, ça se boit, même Annie Cordy n'a pas voulu l'interpréter...) et que Paul Préboist nous joue… euh… il joue quoi au juste ? Un samouraï ? Un ninja ? Ou un type gesticulant avec une cuillère en bois et baragouinant pour faire asiatique juste parce que les scénaristes lui ont dit de le faire ?











Alice Sapritch drague sec les p'tits jeunes.




Quant à Galabru, on le voit fulminer au début du film, très malheureux, genre "Qu’est ce que je fous là, moi ?". Pour rassurer les fans, sur la fin, il se lâche enfin et fait son show lors d’une partie de volley assez mémorable. De plus, quand Galabru s'énerve, ses répliques deviennent vite incompréhensibles.





Comment ça j'ai pas l'air de me plaire ici ?




Toutefois, tant d’atrocités pourraient ne pas suffire à faire un bon nanar s’il n’y avait le travail (ou l’absence de travail) de toute l’équipe technique. On ne parle pas assez du travail des maquilleurs sur les bons films. « Les Vacanciers » répare cette lacune en montrant une Alice Sapritch prenant parfois 10 ans d’âge entre deux prises. Idem pour les costumiers. Ce film est un festival du mauvais goût entre bob en patchwork et vêtements bariolés… Ici, Vincent Gauthier porte un magnifique pantalon blanc cintré sur une chemise bleue avec un nœud papillon rouge et des bretelles tricolores. Là, c’est Alice Sapritch et Paul Préboist qui défilent sur leur tandem, elle avec une robe orange sur un chemisier jaune poussin à pois rouge, lui avec une chemise écossaise. Ou encore là, on admire le magnifique T-shirt Snoopy que porte Galabru et le blouson cuir Kawasaki que porte Préboist sur un polo de marin (juste avant son show avec la cuillère en bois).







Pas trop d'atrocités capillaires par contre dans ce film (disons que pour quelqu'un qui a regardé « Les Bidasses en Folie » juste avant avec Les Charlots look-a-like Bee Gees, c'est pas flagrant), si ce n'est la coupe de cheveux Jackson five de Johnny Monteilhet en... gendarme !













Pour résumer, « Les Vacanciers » est un film durant le tournage duquel les acteurs semblent avoir pris beaucoup de plaisir (à tel point que Préboist se marre même quand il ne se passe rien), et finit par fasciner de par sa stupidité et surtout le mauvais goût manifeste des costumiers. On sent clairement le film bâclé, les mauvaises répliques s’enchaînant sans mollir, mais le film réussit l’exploit de ne pas être trop vulgaire (malgré une scène de nu), et il faut avouer que les scènes surjouées par les regrettés Préboist et Sapritch donnent une certaine valeur ajoutée au visionnage de la chose… Moins hard que du Philippe Clair, ce film est quand même une petite perle mal vieillie comme les années 1970 en regorgent !









Enzosullivan
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Les Vacanciers
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Après une longue attente, le film vient enfin de connaître une nouvelle vie en DVD. C'est "One plus One", grand spécialiste de la ressortie de fond de tiroirs qui s'y colle, dans sa collection "Fous Rires". Une version toute simple mais qui permet de ne plus avoir à traquer les VHS d'époque (il y en a 3 recensées avec l'affiche originale pour jaquette : "DEC", "Polygram/Spectrum" et "Fil à Film").



Merci à Jerry et Ghor pour l'iconographie.
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