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Vampire Men of The Lost Planet

  • Titre original : Vampire Men of The Lost Planet
  • Titres alternatifs : Horror of the Blood Monsters, Space Voyage to the Lost planet
  • Réalisateur : Al Adamson
  • Année : 1970
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Vous allez en voir de toutes les couleurs... (Catégorie : Venus du fond des temps)
  • Durée : 1h25
  • Acteurs principaux : John Carradine, Vicky Volante, Robert Dix, Jesus Ramos, Joey Benson, Jennifer Bishop, Bruce Powers, Fred Meyers, Britt Semand
Note :
2.5
Rico
Rico

Chronique

Hiver 1966. La neige tombe sur Los Angeles. Al Adamson et son ami et coproducteur Sam Sherman se serrent dans leur humble masure pour se tenir chaud. Au dehors, des hordes de créanciers hurlent à la mort et grattent à la porte, prêts à venir déchirer leurs chairs. Al, tout en soufflant sur ses doigts gourds pour tenter de les réchauffer, se tourne vers Sam, les yeux embués de larmes.

"- Sam, mon ami, je crois que nous n'avons plus le choix, le feu va bientôt s'éteindre et il nous faut trouver un moyen de nourrir tes douze enfants. Nous devons produire un nouveau film.

- Mais Monsieur Al, vous savez que c'est impossible, nous n'avons plus d'argent, comment le financer ?

- Ecoute mon bon Sam, tu te rappelles ce film philippin qu'on nous a projeté lors de cette soirée de charité à l'armée du salut ? On pourrait le ressortir en y ajoutant quelques scènes supplémentaires pour américaniser le produit. Nous pourrions ainsi gagner quelques piécettes pour payer une soupe chaude à tes quinze enfants.

- Non Monsieur Al, pas vous ! Vous ne pouvez pas compromettre votre intégrité artistique, je ne peux pas permettre un tel sacrifice !!

- Je sais Sam, ce n'est pas de gaîté de cœur mais la situation l'exige. Ainsi nous pourrons soigner la tuberculose du jeune Timmy, le cadet de tes vingt enfants…

- Monsieur Al, vous êtes un saint…"








Al Adamson, Al Adamson, Al Adamson…



Dans la galaxie des Bernard Madoff du bis, Al Adamson demeure encore mal connu chez nous. Et pourtant… Ce réalisateur américain, prêt à toutes les entourloupes pour nous vendre sa camelote, n'a rien à envier à un Godfrey Ho ou un Bruno Mattei en terme de roublardise et d'opportunisme.



En témoigne l'affligeant spectacle dont nous allons vous parler aujourd'hui, et qui a littéralement éclaté les rétines des spectateurs de la VIème Nuit Excentrique le 20 mars 2010. "Horror of the Blood Monsters" alias "Vampire Men of the Lost Planet" alias "Space Mission to the Lost Planet" alias encore toute une ribambelle d'autres titres. Ce film est, au minimum, un 3 en 1 avec des vampires, des hommes préhistoriques philippins, des astronautes qui n'en foutent pas une rame, des filtres de couleur agressifs et des scènes de remplissage allant très au-delà du raisonnable. Une expérience éprouvante en solo mais qui devient assez jouissive à 400 et quelques, quand une salle toute entière reprend en chœur « XP-13 do you copy » ou hurle aux héros de se bouger le cul pour aller prêter main forte aux gentils néanderthaliens du film d'en face.







Alors ça raconte quoi ? Ben en gros, pour enrayer la prolifération des vampires dans les quartiers chauds de Los Angeles, la NASA expédie une équipe d'astronautes dans l'espace avec pour mission de chercher l'origine de cette épidémie hémophagique. Manque de bol, suite à un accident, la fusée doit se poser sur une planète où deux tribus préhistoriques se font joyeusement la guerre. Ah, et puis y a aussi des dinosaures, des hommes langoustes et des hommes chauves-souris.



C'est pas clair ? Rassurez-vous, à l'image non plus. Alors pour mieux comprendre ce film, dépiautons-le couche par couche et revenons sur sa genèse.



Au milieu des années 60, Al Adamson et Sam Sherman sont deux petits distributeurs/producteurs indépendants qui fournissent des films bons marché pour la télévision ou les salles de quartiers. Al tient la caméra, Sam les livres de comptes et les affaires tournent. Il faut produire vite et en quantité. Un titre agressif, une affiche qui en jette, un ou deux noms vaguement connus et qu'importe si, une fois son ticket d'entrée en poche, le spectateur a la sale impression de s'être fait enfler.



Adamson et Sherman ont notamment l'habitude de prendre des vieux films ou des productions étrangères pas trop chères, et de les farcir de nouvelles scènes tournées vite fait pour l'occasion, afin de les vendre sous un nouveau nom avec un nouveau visuel. Et voici qu'ils tombent on ne sait trop comment sur une petite production philippine de 1956 signé Rolf Bayer, "Kahariang Batao", sorti aussi en version anglaise sous le nom "Tagani". Un modeste film d'aventures préhistoriques plutôt sympa où Jesus Ramos, un monsieur muscle local abonné aux rôles de Tarzan (enfin surtout "Og", la version pinoy de l'homme sauvage, copyright oblige), incarne Timor, un courageux guerrier des âges farouches. Avec l'aide de la non moins courageuse Mailian, le preux Timor doit défendre les Taganis contre des hommes possédés par des serpents et surtout contre les vilenies des Tubatans, une autre tribu très agressive qui cherchent à détruire leur feu sacré et dont les membres sont reconnaissables à leurs canines proéminentes. Au passage, et pour aller récupérer la précieuse "eau de feu" qui permet d'alimenter leur foyer en danger, notre héros et ses compagnons doivent se coltiner quelques monstres bien kitschouilles dont des chauves-souris géantes et des hommes homards.







Une affiche et une publicité d'époque qui nous présentent le film original. Au passage, et c'est triste à dire, signalons que ce film est considéré comme perdu par les historiens du cinéma philippin (documents issus de l'excellent blog Vidéo 48).




Comment ce film a-t-il atterri entre les mains de nos duettistes ? Difficile à dire, mais l'archipel des Philippines, ancienne colonie américaine remplie de bases militaire U.S. depuis la Seconde Guerre mondiale, a toujours assez bien exporté son cinéma de l'autre côté du Pacifique. Toujours est-il que, bien que fort sympathique au demeurant, ce film typiquement philippin et alors vieux de 10 ans est en l'état inexploitable sur le marché américain... à moins de lui faire subir un sérieux lifting. Al Adamson se met donc en devoir de tourner quelques scènes supplémentaires avec un casting yankee, histoire de rafraîchir le tout. Et pourquoi pas rajouter un peu de SF à tout ça, c'est à la mode. Et puis aussi des vampires. C'est bien ça les vampires, ça plaît toujours.





Toujours à la recherche d'une nouvelle proie, Al Adamson (c'est bien lui sur la photo) vampirise un innocent film d'aventure philippin pour en faire un film d'horreur américain (allégorie).




Soldons la partie vampirique tout de suite, car elle ne dure que trois minutes montre en main et semble avoir été rajoutée à la va-vite en 1971 pour justifier une nouvelle sortie de ce film. Al Adamson filme quelques gugusses affublés de dents en plastique déambulant, la nuit, dans les rues des quartiers malfamés de Los Angeles et vampirisant les passants à qui mieux mieux. La voix off d'un des vampires nous annonce de façon mélodramatique qu'ils sont venus d'une autre galaxie il y a des millions d'années et que, rien ne pouvant les arrêter, ils vont conquérir le monde… à moins que l'expédition spatiale montée par le professeur Rynning ne trouve un moyen de les vaincre en retournant sur la planète d'origine des suceurs de sang.









L'invasion des vampires ! Je sais pas vous mais moi, j'ai énormément de mal à être inquiet en fait...




Aussitôt dit, aussitôt fait : et de réunir une poignée d'acteurs pas motivés pour jouer les astronautes en perdition qui tombent par hasard sur la planète où Taganis et Tubatan se foutent sur la gueule. Une belle bande de ringards filmée à la Ed Wood devant un rideau noir et quelques oscilloscopes censés faire office de centre spatial high tech. Parmi lesquels John Carradine, vétéran des films de John Ford devenu une figure récurrente du cinéma fantastique fauché, et qui hantera jusqu'aux années 80 des dizaines de productions du même acabit. Il incarne ici le Dr Rynning, le scientifique de service, et garde heureusement une once de dignité malgré la profonde bêtise des dialogues qu'il doit débiter. Faut dire aussi que les autres étant redoutablement inexpressifs ou mauvais, ce n'est guère difficile pour lui de surnager.





Le professeur Rynning dans son labo high tech. Il est à noter que la blonde assistante sur le côté ne sait même pas faire le point avec un microscope.




On embarque ce petit monde dans une fusée jouet garantie "Dinky Toy" et c'est parti pour vingt minutes de remplissage absolument honteux avant d'arriver proprement dit sur la planète préhistorique. C'est ainsi qu'on nous fait le coup de la perte de contact avec l'expédition spatiale. Au centre de contrôle de la NASA, un couple d'opérateurs s'inquiète : « Come in XP-13 ? Respond XP-13... » etc. etc. Et puis une fois que l'équipage a repris connaissance, c'est reparti dans les palabres pour savoir ce qui s'est passé, au grand dam du spectateur qui commence à s'ennuyer sévère.











Une merveille de technologie cette fusée.




Heureusement, les choses se décantent quand la fusée finit par atterrir en catastrophe dans le film philippin… Enfin, dans un bout de désert censé faire la jonction avec les scènes issues de "Tagani". Et là, Al Adamson dégaine une astuce supplémentaire qui va nous en mettre littéralement plein les yeux. En effet, le film original date de 56 et a donc été tourné en noir et blanc ; or, arrivé au milieu des années 60, ça ne se vend plus. Qu'à cela ne tienne, voici le "color spectrum-X", procédé révolutionnaire qui consiste à coller des filtres de couleur sur le film. Justification scénaristique ? Ce monde est baigné de radiations chromatiques qui changent régulièrement les teintes de l'atmosphère. Et c'est parti pour un monde saturé de bleu, de rouge, de jaune. Des couleurs qui changent aléatoirement tous les deux plans. Un procédé très nase au demeurant et qui a surtout l'avantage de vous exploser les yeux au bout de trois minutes.













Au cas où on n'aurait pas compris, les deux zigotos de la NASA restés sur Terre - qui s'avèrent aussi être amants par ailleurs - nous livrent une explication pata-scientifique particulièrement débilissime. Madame est au lit et s'inquiète pour l'équipage perdu sur cette planète lointaine. Monsieur nous explique doctement l'existence de ces étranges radiations chromatiques qui vous donnent le teint si bleu, précisant bien au passage qu'elles sont vraisemblablement dangereuses. Et pour justifier cela davantage, il dégaine un fusil chromatique spectrum avec lequel il s'amuse innocemment à changer la couleur de sa copine avant de la rejoindre au lit. C'est cool ça, prendre du matériel de pointe de la NASA capable de vous refiler une maladie mortelle et s'en servir pour emballer les gonzesses ! On est de sacrés déconneurs dans l'astronautique américaine.





"- Mais c'est quoi des radiations chromatiques ?






- C'est un phénomène mal connu qui change les couleurs de l'atmosphère. On ne sait pas comment ça marche, mais on sait juste que c'est super dangereux, surtout le rouge.






- Tiens, regarde, j'ai ramené le fusil spectrum-X du boulot, je vais te montrer.






- Oh la belle verte !






- Oh la belle bleue !






- Oh la belle rouge !






- Mais c'est pas censé être dangereux ce truc ?

- Tais-toi, branche tes électrodes de plaisir et faisons l'amour chérie, la prochaine fois je te ramènerai une barre de plutonium comme sex toy... "




Donc, arrivés sur place, nos astronautes se baladent un peu, découvrent des visions d'horreur, telles ces antiques stock-shots de dinosaures qui se bagarrent, piochés parfois dans des productions des années 20 ("One Million years BC" ou "Unknown Island" notamment), et surtout tombent sur Mailian, une jolie indigène qui va permettre de faire la liaison avec le film philippin. Bon, elle est incarnée par une brunette occidentale dans la partie américaine et par une asiatique dans la partie philippine, mais vous savez, avec le procédé spectrum-X, on a déjà les yeux qui pleurent et donc on ne fait plus vraiment la différence. Surtout qu'à ce niveau du film le spectateur a normalement mis son cerveau sur off quand il voit que pour communiquer avec elle, nos sympathiques astronautes lui ont d'autorité ouvert le crâne sans anesthésie pour y coller un appareil de traduction cérébrale simultanée.





Mailian version philippine...






...et Mailian version américaine. De toute façon, à ce stade-là du film, le spectateur n'en est plus à ça près.




A partir de là, les deux histoires se déroulent en parallèle : d'un côté les aventures des Taganis, de l'autre nos astronautes qui se baladent sans faire grand-chose si ce n'est, après pas mal de discussions oiseuses, d'aller éventuellement chercher la mystérieuse eau de feu pour bricoler un système de refroidissement qui permettrait de faire repartir leur fusée. Ce qui fait qu'au final, ils se comportent en parfaites feignasses, ne faisant quasiment rien à part se balader dans le désert en se contentant la plupart du temps d'observer les Taganis se fritter avec les Tubatans ou avec quelques monstres rigolos. A leur décharge, rappelons tout de même qu'il est toujours difficile de se porter au secours de gens qui sont dans un autre film que le vôtre.









Les Taganis se fadent des monstres en tous genres.





Pendant ce temps, à la NASA, c'est encore la pause syndicale...




Ainsi, après avoir laissé les Taganis faire tout le boulot, nos courageux aventuriers de l'espace consentent juste à faire mollement le coup de feu contre un stock-shot de lézard géant, puis à aller chercher des bidons pour ramener un peu du précieux liquide, histoire de se barrer plus vite. Ils sont tellement en mode j'm'en foutiste qu'à la fin du film, ils tombent par le plus grand des hasards sur une boîte renfermant les archives secrètes des premiers habitants de la planète. Coup de bol ! Et patatras, on découvre que ce sont eux les ancêtres des vampires du début du film. Une civilisation tellement avancée qu'ils ont inventé l'arme suprême : ces fameuses radiations chromatiques qui ont fait la fortune de leurs ophtalmos, détruit leur espèce et fait retourner le monde à l'âge des dinosaures. C'est pas tout ça, mais il est temps de rentrer sur Terre avant d'être empoisonnés à son tour par le mal coloré. John Carradine se fend d'un petit monologue final sur la folie scientiste des hommes alors que la fusée repart vers la Terre… Générique de fin.



Mais... et les vampires ? On a trouvé un remède contre eux ? Euh… ah ouais c'était pour ça qu'on était parti. Ben non en fait. Et la belle Mailian et les gentils Taganis ? Oh vous attachez pas, ils vont tous crever vu qu'ils sont condamnés par les radiations chromatiques (dixit le professeur Rynning)…



Vous aussi d'ailleurs, parce que si après voir vu ce film vous ne développez pas un cancer des yeux, c'est que vous pouvez vous considérer comme un miraculé.









Rico
Rico

Vampire Men of The Lost Planet

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Les notes des membres

Moyenne : 2.08
avatar de John Nada John Nada : 2
avatar de Kobal Kobal : 1.75
avatar de Rico Rico : 2.5

Cote de rareté







Une affiche italienne qui survend un peu le film.




Doit-on le regretter, ce film n'est jamais sorti en France et ne bénéficie d'aucune version française. La copie qui a illuminé la 6ème Nuit Excentrique était donc en anglais. Chose curieuse, plusieurs scènes semblent manquer par rapport à la version DVD, notamment toutes celles qui montrent les personnages de Robert Dix et de Vicky Volante, le couple de techniciens de la NASA, au lit en train d'essayer une machine pour faire l'amour par la pensée. Mais vu la quantité de montage et de remontage que ce film a dû subir (notamment le prologue avec les vampires, semble t-il rajouté lors d'une réedition du film en 1970), il est difficile d'être totalement affirmatif pour identifier une éventuelle version définitive du film.



Un DVD américain (mais multizone) de chez "Alpha New Cinema" est sorti en février 2010. Il semble assez intéressant puisqu'il est annoncé sur les sites spécialisés comme bénéficiant d'un beau transfert, avec un commentaire audio de Sam Sherman et une flopée de bandes-annonces d'autres films d'Al Adamson.







Un DVD anglais zone 2 existe chez "Cinema Club" dans sa "Cult Collection". Il est plus ancien mais de belle facture, avec notamment une balance des couleurs qui permet de profiter au mieux du procédé spectrum-X... Par contre, pas de sous-titres ou de bonus hormis la bande-annonce. Enfin, un DVD italien existe chez l'éditeur "Password" sous le nom "7 per l'infinito contro i mostri spaziali", mais à première vue elle ne contient qu'une version dans la langue de Dante et d'Eros Ramazotti.
Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation