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Vibrations

  • Titre original : Vibrations
  • Titres alternatifs : Cyberstorm
  • Réalisateur : Michael Paseornek
  • Année : 1996
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Deux mains ne meurent jamais... (Catégorie : Musical)
  • Durée : 1h44
  • Acteurs principaux : James Marshall, Christina Applegate, Faye Grant, Paige Turco, Scott Cohen, Bruce Altman, David Burke
Note :
3
John Nada
John Nada

Chronique



Comment résister aux sirènes d'une jaquette vidéo qui vous promet rien moins qu' "une plongée dans l'univers interdit des RAVES et de la TECHNO" ? En ce qui me concerne, c'est impossible, et voilà comment je me suis retrouvé à suivre l'histoire de T.J. Cray.



Un visuel qui zappe consciencieusement le DJ cybernétique et mise tout sur la présence de Christina Applegate.


Au début du film, T.J. est un jeune musicien talentueux, bien dans sa peau, heureux en amour, entouré d'amis et tout et tout. Certes, il n'a pas encore ouvert les yeux sur les potentialités cosmiques de la musique électronique, il n'est pas familier avec les concepts de "mutilation neutronique" ou de "voyage transsonique calibré psychotiquement", et on le plaint un peu pour ça. Ce n'est encore qu'un jeune rockeur, qui s'entraîne dur dans le garage familial. En pleine ascension, son groupe doit se produire devant un important chasseur de talents, avec à la clé la possibilité de signer avec un gros label. Le jeune homme semble donc promis à un avenir radieux, peuplé de riffs sauvages et de groupies mineures en émoi, et si à ce moment là du film on demandait à T.J. ce qu'il pense de la vie, il répondrait sûrement dans un grand sourire rêveur que c'est un truc formidable, quelque chose de magique, bref que du bonheur. Ce que T.J. semble ignorer, c'est qu'en fait la vie est une garce sournoise qui l'attend au tournant en se frottant les mains.





Notre héros T.J. Cray (James David Greenblatt, alias James Marshall).


En route pour son concert-audition, T.J. fait une mauvaise rencontre, en la personne de jeunes bouseux alcoolisés qui vont bousiller sa voiture avec un engin de chantier. C'est le drame : T.J. en réchappe, mais quand il se réveille à l'hôpital, il découvre qu'on l'a amputé des deux mains.



Jeux de mains, jeux de vilain.



Avec des mains en plastique, fini la guitare électrique.

Avec des mains en plastoc, fini le groupe de rock.




Plus de mimines, plus de copine.

Plus de paluches, plus de greluches.


Tous ses espoirs réduits à néant par son handicap soudain, T.J. pète les plombs, s'enfuit à New York, sombre dans l'alcool et devient clodo. C'est la déchéance. A ce stade là, si on lui reposait la question "alors T.J., la vie t'en penses quoi ?", l'ex-future-star-du-rock s'accorderait sans doute à trouver que finalement, l'existence est une catin putride, perfide et cruelle, avec des yeux qui puent.



Après avoir perdu ses mains, T.J. perd pieds à New York, la Grosse Paume (pardon, "Grosse Pomme").



Désormais, son avenir, T.J. s'en lave les mains.


Evidemment, si le scénario amène notre héros à toucher le fond si brutalement, c'est pour mieux le faire rebondir ! Le courage, la ténacité et tout plein de bons sentiments permettront à T.J. de triompher de l'adversité. Et quel meilleur moyen pour prendre sa revanche sur la vie que la musique techno ? Aucun, nous apprend "Vibrations". Ce dont un manchot comme T.J. a besoin, c'est avant tout d'un bon coup de main. Il a ainsi la main heureuse en croisant la route d'Anamika, une jolie jeune fille à qui il porte une main secourable, en empêchant deux hommes de main de lever la main sur elle, sans doute pour faire main basse sur son sac à main. Les trois hommes en viennent aux mains mais T.J. s'en sort de main de maître et les met en fuite en un tournemain. Pour le remercier de lui avoir prêté main forte, Anamika invite T.J. à dormir chez lui.



T.J. n'y va pas de main morte.



Accueilli à bras ouverts par Anamika (pour s'être jeté à bras raccourcis sur deux fiers à bras qui jouaient les gros bras, alors qu'il aurait très bien pu rester les bras croisés), T.J. tombe dans les bras de Morphée (dans la baignoire d'Anamika, oui).



Anamika est jouée par Christina Applegate, plus connue pour son rôle de Kelly Bundy dans la série "Mariés, deux enfants".


Désormais, T.J. est entre de bonnes mains. Car en plus d'avoir le coeur sur la main, Anamika a le bras long, que dis-je, la haute main sur la scène techno locale. Certes, au début rien n'est simple : loin de prendre la vie à bras le corps, T.J. semble avoir un poil dans la main et préfère baisser les bras, si bien qu'Anamika doit faire des pieds et des mains pour le remettre dans le droit chemin (bon promis, j'arrête de caser des mains et des bras à tort et à travers avant que ça devienne trop lourd).



« Vibrations : une plongée dans le monde interdit des raves et de la techno. » (dixit la jaquette)


Comme dans une sitcom, Anamika vit dans un petit immeuble où elle croise et re-croise ses voisins (qui sont aussi ses meilleurs amis) ainsi que la propriétaire de l'immeuble. Ses amis voisins sont un DJ plein de gouaille et un génie de l'informatique, la proprio une super bricoleuse, et tous ensemble ils vont fabriquer des mains cybernétiques qui vont permettre à T.J. de jouer à nouveau de la musique. Et quelle musique !



T.J. va enfin pouvoir prendre son avenir en main.


Simeon, le voisin DJ, va initier T.J. aux musiques électroniques au cours d'une démonstration d'une idiotie inqualifiable, en brassant des concepts aussi riches et profonds que la "mutilation neutronique" ou les "voyages transsoniques calibrés psychotiquement".



Une séance d'apprentissage estampillée "pour vous les jeunes", que vous pouvez retrouver dans l'Escale à Nanarland consacrée à Vibrations (lecteur vidéo en haut à droite de cette chronique, rubrique "extrait en plus" à 4 mn 18 sec).


Nous mêmes "psychotiquement mutilés" devant l'ahurissante bêtise de cette scène, la curiosité nous a poussé à en chercher la version originale, histoire de s'assurer que les doubleurs n'avaient pas pété les plombs. Verdict ? La version originale est au moins aussi ringarde que la version française ! Jugez plutôt :

« The idea is to get the vibe going. Then you maintain the vibe with a trance-inducing bass, and the right lights. See we're primal, heading for cosmic. Just when you think we're in galactic ecstacy... we go acid. It's hardcore neutronic mutilation! Now we get serious. See we're goin on a psychotically calibrated, electronically executed, digitally progressed journey thru sonic grooviness. The world is coming to an end, but we don't care. Because we're moon-tanned nocturnal, vinyl-consuming animals drifting easy thru friendly space. An analogue trance - nothing can doom this groove! »

Si on avait bien compris que "Vibrations" était un film pour les jeunes, on sait désormais que c'est surtout un film fait par des vieux...



Avec ses prothèses cybernétiques, T.J. peut désormais mettre la main à la pâte.



Cyberstorm, le DJ robot ménager !


En plus de ses mains cybernétiques, T.J. enfile une combinaison de cyborg et se rebaptise… Cyberstorm ! Vous l'aurez deviné, c'est à partir de ce moment-là que "Vibrations" bascule définitivement dans le nanar pur et dur. Grâce à leurs contacts, les amis de T.J. vont lui permettre de se faire la m… pardon, de faire ses débuts sur scène, au cours d'une pseudo transe-rave-party où de jeunes énergumènes s'ébrouent au son d'une bouillie techno absolument infecte. La production a beau s'offrir un semblant de légitimité avec la présence éclair de groupes établis commercialement comme les "Utah Saints" (dont la prestation est considérablement raccourcie en VF), les Teutons "U96", les Ecossais "The Shamen", le duo hollandais "Fierce Ruling Diva", le DJ de Francfort Sven Väth ou encore "Moses On Acid", la musique s'avère de loin l'élément le plus furieusement ringard du film.



La consécration est à portée de main.





Moi aussi je veux un tee-shirt Cyberstorm !


Prenez quelques-uns des sous-genres les plus commerciaux de la musique électronique des années 90 (Eurobeat, Euro-trance, Progressive House, Breakcore, Hi-NRG, Psychedelic Goa trance et que sais-je encore), remuez jusqu'à obtenir un mélange homogène (pas besoin de mixeur, un seul coup de cuillère devrait suffire) et vous obtiendrez un brouet sans saveur ni consistance, qu'il faudra encore diluer avec beaucoup, beaucoup d'Italo Dance garantie 100% rital d'enfer pour obtenir le nectar mélodique avec lequel Cyberstorm fait chavirer les foules. De la vraie musique de manchot, composée avec les pieds, qui fera - au mieux - s'agiter la jeunesse désoeuvrée des zones rurales d'ex-RDA, et encore assez mollement je pense. Dans ce registre musical assez navrant, rien ne nous est épargné, pas même une reprise de Mozart en version boîte à rythme pouet-pouet !



Cyberstorm, improbable chaînon manquant entre Robocop et Gigi D'Agostino.



Oh mon Dieu, et en plus il danse !





Au royaume des sourds, les manchots sont rois.


Voir le héros se dandiner sur scène en costume de robot dépasse l'imagination la plus féconde. Le public, lui, en redemande. Quand Cyberstorm pianote sur son synthétiseur, les jeunes sauvageons entrent en transe, même qu'on voit des gros plans de Christina Applegate qui dodeline de la tête, les yeux mi-clos, un sourire extatique sur le visage, tellement c'est bon putain cette musique. Pour introduire l'inqualifiable vedette de ces petites sauteries nocturnes, Simeon beugle d'interminables lignes de dialogues : « Génération teeech-nooooooo ! Apprêtez-vous à vivre un voyage délirant, incroyable ! Il est l'expression digitale d'une folie métallique et d'une brutalité rythmique, alors accrochez vous bien sinon vous risquez de ressentir des vibrations hors de proportions ! Vous n'avez pas besoin de drogues pour le suivre dans son fascinant voyage, parce qu'il vient des profondeurs de l'espaaaace : Cyberstooorm est lààààààà !!! » Le degré d'ineptie atteint est tel que j'en transpire des mains. Sérieusement.



Si toi aussi t'es manchot tape dans tes mains (clap ! clap !)



Hé le jeune, si toi aussi tu veux te mutiler les neurones avec des sonorités trans-soniques, un des fabuleux morceaux de Cyberstorm est en écoute sur notre radio-blog !



DJ Terminator, the turntable terror !


Le costume de scène de Cyberstorm mérite qu'on s'y attarde. A première vue, ce concept de DJ robot pourrait sembler méchamment ringard s'il n'avait été popularisé par Daft Punk. L'un a t-il copié l'autre ? En 1996, date de production de "Vibrations", Daft Punk s'était déjà fait un nom, mais le duo français n'utilisera l'imagerie robotique qu'à partir de 1999. Cyberstorm serait donc une création originale ne devant rien à personne. Sauf que…



Une tenace impression de déjà vu venait me titiller à chaque apparition de Cyberstorm. Cette tête de robot premier prix, je l'avais déjà vue quelque part, mais où ? Ce n'est qu'au troisième visionnage que le déclic s'est produit : mazette, ils ont recyclé le costume de Vindicator ! "The Vindicator" alias "Frankenstein 2000" est une petite production canadienne de 1986 qui s'efforçait, comme tant d'autres, de surfer sur le succès de "Terminator". Ce costume aura ainsi été immortalisé dans deux films tournés à dix années d'intervalle, et n'ayant pas grand chose en commun si ce n'est leur profonde ringardise.



"Vindicator" (1986).



"Vibrations" (1996). Mis à part la visière qui a été opacifiée, il s'agit du même costume, j'en mettrais ma main à couper.


C'est à James Marshall que revient l'impossible tâche de porter ce film sur ses épaules. Le problème, c'est que l'acteur, vu dans "Twin Peaks", s'avère charismatique comme un géranium en pot, tandis que Christina Applegate, avec ses airs béats d'héroïne de roman-photo à deux sous, n'a que son gracieux minois à offrir. Après des débuts un peu tendus, les deux jeunes zazous vont, sans surprise, entamer une belle romance cyber-technoïde.





Un couple uni comme les doigts de la main.


Maintenant que T.J. a retrouvé l'amour et atteint de relatifs sommet artistiques, le spectateur voit déjà un happy end bien trapu se profiler à l'horizon. Pourtant, celui-ci ne saurait être complet si T.J. ne se voyait offrir l'occasion d'appeler sur ses agresseurs la main (disons plutôt le glaive) de la justice. L'opportunité se présentera lorsque, au hasard d'une tournée l'amenant à jouer dans son patelin d'origine, le DJ manchot reconnaîtra les affreux loulous (embauchés comme videurs dans la salle où il doit se produire, bien vu le scénariste) et les livrera à son papa policier.



Allez, un concert, une arrestation, un bisou et au lit tout le monde.


Vous l'aurez compris, on évolue donc ici en plein dans le nanar gnangnan, à mi-chemin entre le nanar musical et le nanar sentimental. Un mélange de drame et de romance rythmé par une musique techno tsoin-tsoin méchamment datée, qui place "Vibrations" dans la catégorie des feel-good movies à la "Intouchables". Sauf qu'au lieu de François Cluzet en fauteuil roulant on a un DJ manchot en costume de robot avec des mains bioniques. Et qu'à la place d'Omar Sy on a Christina Applegate.



Une édition VHS allemande.



Une édition VHS italienne.


Il semble que le doublage en langue française de ce direct-to-video ait été réalisé au Canada. Cela nous vaut quelques petites spécificités au niveau des dialogues qui, si elles n'étonneront sans doute en rien nos lecteurs Québécois, s'avèrent assez surprenantes de ce côté-ci de l'Atlantique. Ainsi, pour écouter un groupe de musique on ne va pas au club ("kleub") mais au "clüb", et on n'utilise pas de préservatif mais un "condom" (prononcez "kon-don"). Plus étrange, quand dans la version originale la proprio évoque la copine de Simeon, elle parle de "bimbo", un terme désormais passé dans le langage courant, et qui a néanmoins été traduit en français par "petite pute" !



« Ta petite pute m'a dit que je te trouverai sans doute ici. »


Conscient qu'il doit vendre du rêve aux ados s'il veut refourguer sa came, l'éditeur Pathé Vidéo met le paquet : « Les producteurs de "La leçon de piano" vous invitent à une incroyable incursion dans l'univers très secret de la techno-transe et des raves ! » proclame fièrement la jaquette. « Grâce à des mains biomécaniques, TJ va devenir "Cyberstorm", un DJ cyber-punk vedette de ces nuits "transe" où la musique martèle à 180 battements par minute. » Pour un peu, on croirait avoir affaire à un mondo-movie crapuleux ou un reportage de Zone Interdite !



Un film à ne pas mettre entre toutes les mains…



Exclusif ! Découvrez la terrifiante vérité qui dérange sur l'univers très très interdit de la TRANSE, cette musique du démon qui rend les jeunes fous, leur fait manger de la drogue et prostituer leur sexe !


On subodore qu'un concept aussi puissamment ringard n'a pu germer que dans la cervelle flétrie d'un executive en costume gris, au cours d'une réunion avec d'autres executives en costume gris. On devine que cette débauche de créativité a dû laisser le pauvre homme lessivé, et soulever l'enthousiasme de ses pairs. Un DJ qu'aurait plus d'bras et qui se f'rait greffer des mains d'cyborg, putain mais c'est génial, t'es un dieu Roger ! On se représente ces cadres moyens, vieux dans leur tête et s'imaginant avoir découvert comment plaire aux jeunes. Qu’une telle monstruosité ait pu être conçue, discutée, planifiée, budgetée durant de longues réunions et enfin mise en œuvre représente, à mes yeux d’amateur de dérives, un authentique ravissement. Sérieusement les mecs, et on vous paye pour faire ça ? OK, où est-ce que je signe ?



Put your hands up in the air !




John Nada
John Nada

Vibrations
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Les notes des membres

Moyenne : 3.1
avatar de Drexl Drexl : 3
avatar de John Nada John Nada : 3
avatar de Kobal Kobal : 2.5
avatar de Labroche Labroche : 3.5
avatar de Rico Rico : 3.5

Cote de rareté

Pour mettre la main sur "Vibrations", il vous faudra chercher un exemplaire de seconde main ! En effet, le DVD zone 1 édité par Dimension (en anglais seulement et sans bonus) semble épuisé, de même bien sûr que l'édition VHS française de chez "Pathé Vidéo".

Cote de rareté : 3/ Rare Consulter le barème de notation