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Y'a pas le feu...

  • Titre original : Y'a pas le feu...
  • Réalisateur : Richard Balducci
  • Année : 1985
  • Pays : France
  • Genre : Pompiers pompants (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h10
  • Acteurs principaux : Henri Génès, Hubert Deschamps, Daniel Darnault, Mouss
Note :
2
Nikita
Nikita

Chronique





La quête pour trouver la pire comédie française jamais réalisée continue : dans le cadre de cette entreprise hautement dangereuse pour notre santé mentale, nous vous présentons aujourd'hui « Y'a pas le feu », de Richard Balducci, prétendant redoutable au titre de réalisateur comique le plus lamentable de l'Histoire. Heureux scénariste de la série des « Gendarme de Saint-Tropez », Balducci passa lui-même derrière la caméra afin de s'affirmer comme un auteur complet, continuant au passage à tirer une partie de son humour de la satire des catégories socioprofessionnelles : après les gendarmes, les pompiers.







Au vu de ce film et de « Banana's boulevard », avec le groupe musical Les Forbans, nous pouvons affirmer sans risque qu'il eût mieux fait de s’abstenir. Notre homme est en effet à la comédie ce que Jean Rollin est au film d'épouvante : un esthète de la lenteur, pour ne pas dire de la mollesse. Rarement aura-t-on pu voir des gags aussi patauds, filmés et interprétés avec aussi peu d'entrain apparent, le tout mis négativement en valeur par une photo grisâtre. Sur la forme, c'est de la sinistrose en barre ; pour le fond, c'est une comédie d'une inefficacité telle qu'elle en devient fascinante et admirable. Supérieure à « La Pension des Surdoués », tout de même, mais quand même très proche du fin fond de la poubelle.





Henri Génès (le maire), Hubert Deschamps (le curé)…



…et l'adjoint au maire, Daniel Darnault (le héros de « La Pension des Surdoués », justement !)




L'action se déroule dans une petite ville dans la campagne francilienne, où des incendies, œuvres d'un mystérieux pyromane, ont régulièrement lieu. Le maire (Henri Génès, chanteur comique vedette des années 1950-60) décide de fonder un corps de pompiers bénévoles en réquisitionnant les jeunes chômeurs du coin. Puisqu'ils sont chômeurs, on ne voit pas trop pourquoi ils iraient faire bénévolement un travail pareil, mais le scénario présente un léger trou à ce moment-là.







Les nouveaux pompiers partent donc à l'entraînement, se distinguant bien sûr par leur singulière incompétence. Précisons que les héros du film sont la bande de gugusses la plus lamentable que l'on ait vus sur un écran depuis longtemps, quelque chose comme Les Charlots en cent fois moins bien, ou les Martin Circus qui ne chanteraient même pas. Leurs personnages n'ont même pas de nom, et les malheureux jeunes acteurs qui les incarnent se montrent pour la plupart si falots qu'on peine à retenir leurs traits de personnalités.





Un enfant de chœur clone de Michael Jackson.




Le moins insignifiant de la bande est encore Mouss (futur sidekick maghrébin de Johnny Hallyday dans la série télé « David Lansky »), ahuri rondouillard à lunettes, qui possède un sixième sens lui permettant de voir à travers les vêtements des filles. Ce don du ciel est bien sûr prétexte à des gags à répétition, aussi fins que du suif de baleine. Vous trouvez ça lamentable ? Hé bien, sachez que c'est la meilleure trouvaille comique du film.







Ca marche même avec les photos !




Dialogues à se taper la tête contre les murs (« Pfff, c'est le bagne… » « Comment ? » « Heu rien, chef, je dis que ça baigne ! »), interprétation en dessous de tout, mise en scène dynamique comme une publicité pour de la lessive, « Y'a pas le feu » est une sorte d'apothéose du non-film, dont on peine à croire qu'il ait été mis en scène par un spécialiste de la comédie : on dirait plutôt le travail d'un réalisateur de films d'entreprises bulgare qui aurait pris du Temesta.





Daniel Darnault et Jean Saudray : des acteurs au sommet.




Parmi les attractions du film, on peut observer la manifeste démotivation des membres les plus âgés du casting : visiblement sans aucune illusion sur ce qu'ils jouent, Henri Génès et Hubert Deschamps (qui joue le curé local, bras droit du maire), passent littéralement leur temps à se pinter la gueule. La plupart de leurs scènes de dialogue ont en effet lieu autour d'un verre, qu'ils n'ont de cesse de remplir et vider gaillardement. Ce détail récurrent tout au long du film finit par devenir, au deuxième visionnage, un véritable running gag : on a l'impression que les comédiens ont saisi la moindre occasion pour se rincer le gosier aux frais de la production, ou pour noyer leur chagrin de jouer dans un truc pareil. Au fil des scènes, pour un oui pour un non, on assiste à un véritable défilé de bouteilles de pinard, du blanc, du rouge, et resservez-nous la même chose, patron ! Un vrai manifeste pour l'alcoolisme festif.









L'ivrognerie semble d'ailleurs être la clé d'une œuvre manifestement écrite, produite, réalisée et interprétée dans un brouillard pâteux où les bons gags, s'il y en avait, ne pourraient être trouvés que par hasard. Parmi les sommets comiques du film, citons les apparitions régulières d'un exhibitionniste masqué, avec une perruque de clown, qui finit par tomber sur une nonne encore plus obsédée que lui (depuis « Le Gendarme de Saint-Tropez », Balducci semble faire une fixation sur les religieuses en cornette).







Là, c'est un des pompiers (tout nu) qui est poursuivi par les nonnes en folie.




Signe des temps, on signalera la présence de deux acteurs présents dans les pires comédies des années 1970-80 : Daniel Derval (« Ces flics étranges venus d'ailleurs », « Tais-toi quand tu parles », « Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu »…) et Jean-Marie Vauclin (« On n'est pas sorti de l'auberge », « Ne prends pas les poulets pour des pigeons »…) : horreur suprême, ils interprètent un couple homosexuel, leur accouplement symbolisant tout le bouillonnement intellectuel miasmatique dont est issu le film.









Malgré une bande originale aux allures branchées (la chanson du générique, « Gabriel le pyromane », par Gérard Blanchard, obtint un certain succès), on sent bien qu'en 1985, la comédie franchouillarde traditionnelle est à l'agonie : personne ne semble convaincu par ce qu'il fait, dans un film condamné à d'incertaines diffusions tardives sur des chaînes de télévision douteuses. Mais, dans ce contexte de déclin du cinéma comique petits bras, « Y'a pas le feu » réussit à ne pas être déprimant, parvenant à distiller par sa bêtise même une sorte de stupeur fascinée chez le spectateur curieux. On est fasciné par cet accident industriel réalisé dans les méandres de la grande banlieue la plus glauque et endormie, interprétée par des acteurs à la dérive, filmé par un cinéaste en pleine sieste. Tout est si raté, avec une telle constance, que le ratage même en devient une réussite artistique, rejoignant ainsi la définition du nanar improvisée par un membre de ma famille : « Un navet tellement navet qu'il en devient un dessert ». A voir, pour ne pas y croire !





Nikita
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Y'a pas le feu...
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Longtemps disponible en VHS, le film a été réédité seul ou en pack double DVD avec « C'est facile et ça peut rapporter... 20 ans ! » Ouééééé, la sauvegarde du patrimoine français est en marche ! Merci "Fravidis" (qui par pudeur ne met même pas son nom sur la jaquette) !
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