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Aldo Maccione

Aldo Maccione

Biographie

VITE ! Eloignez vos épouses et petites amies de cet article... Viiiite... argh, trop tard, ça y est, les yeux énamourés, le souffle rauque, de petits soupirs attendris... c'est fini, elles n'ont pas résisté au charme et à la classe folle du Grand Aldo !



Les textes exhaustifs consacrés au Grandissimo Aldo sont rares sur les web et les bibliothèques avares d'ouvrages sur sa vie extraordinaire. Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucun Docteur d'Université, aucun thésard, aucun Maître de Conférence n'a jamais écrit la moindre ligne sur Aldo La Classe ! C'est à ce genre d'oublis que l'on constate tristement la déliquescence du système universitaire français. Parce que pour étudier de vieux textes à la con, ou isoler quelques risibles molécules en vue de « lutter contre des maladies » et « créer des vaccins », y'a du monde, mais pour faire connaître la carrière extraordinaire d'Aldo Maccione au plus grand nombre, là, y'a plus personne ! Bravo, les gars ! C'est à vous dégoûter de payer des impôts, tiens...



Bref, oublions ces tristes potaches et concentrons-nous sur le Signor Maccione.

Le petit Aldo est né le 27 novembre 1935 (bien que des biographies le rajeunissent pudiquement en le faisant naître le 24 janvier 1949) à Turin, Italie. Le jeune aspirant comédien commence à faire du théâtre en amateur dans son école avant de se frotter aux cabarets de la capitale piémontaise, où il exerce modestement comme fantaisiste au cours des années 1950. L'imprésario Aldo Zanfrognini le met ensuite en relation avec quatre autres jeunes amuseurs turinois (Gerry Bruno, Elio Piatti, Jack Guerrini et Gianni Zullo). Les cinq compères, à l'instigation de leur manager, forment bientôt une troupe de music-hall : les Brutos. Le principe des numéros brutesques est simple, et l'on pourrait même dire que leur comique s'adresse non seulement aux jeunes spectateurs, mais même aux enfants encore à naître : un gentil blondinet tente d'interpréter des chansons romantiques, tandis que quatre comparses, autour de lui, multiplient les grimaces insanes. Malgré un style d'humour qui, aujourd'hui, aurait plutôt tendance à provoquer des suicides en masse chez les personnes visionnant leurs sketches, les Brutos remportent un franc succès et, grâce à Bruno Coquatrix, s'exportent hors d'Italie, animant les entractes à l'Olympia, puis passant régulièrement à la télévision française où ils sont des habitués de l'émission « La Piste aux étoiles », ancêtre du « Plus grand cabaret du monde ». Ils assurent la première partie de Johnny Hallyday en 1962, tournent en France, en Belgique, au Canada… C'est dans ce dernier pays qu'ils croisent une autre troupe de déconneurs, les Problèmes – futurs Charlots – qui avoueront s'être inspirés des Brutos pour leurs premiers sketchs.


Les Brutos dans toute leur splendeur.


Le film d'Aldo avec les Brutos, réalisé par Marino Girolami, par ailleurs père de Enzo G. Castellari.


Jean Sarrus, nostalgique, confesse : « Au Canada, on avait rencontré un groupe italien avec lequel nous avions sympathisé, les Brutos. L'idée de la scène est née de les voir en action. Devant, il y avait un chanteur sérieux, Jacques, blond et plutôt play-boy, mais derrière c'était la Cour des Miracles. Un petit vieux, un autre qui louchait, un troisième avec une dent de travers, et, surtout l'idiot du village incarné par Aldo Maccione. Il faisait toutes sortes de grimaces, et on trouvait ça vraiment irrésistible. Au début, on les a vachement copiés. On faisait comme eux… » Sans les Brutos, la culture française n'aurait peut-être jamais engendré les Charlots. Pensez-y, et imaginez avec effroi le vide de notre patrimoine culturel si Aldo n'avait pas existé !




La classe, Aldo, mamma mia, la classe !


Les Brutos ne sont bientôt plus que quatre, avec le départ du blondinet. Pour le grand écran, et sous la direction de Marino Girolami, ils tournent ensemble « I Magnifici Brutos del West » (« Les Terreurs de l'Ouest »), une parodie de western-spaghetti dont ils partagent l'affiche avec Darry Cowl, mais s'exportent moyennement au cinéma. C'est bientôt au tour d'Aldo Maccione de prendre le large, laissant à leur sort les Brutos qui continueront l'aventure jusqu'au début des années 1970 avant de se reformer vingt ans plus tard pour la joie des masochistes les plus gravement atteints.

Avec deux autres compères - l'ahuri Rico et le nabot Nico il grande -. Aldo fonde un trio comique, les Tontos. L'équipe de fantaisistes se produira plusieurs années sur scène, notamment en Espagne, et jouera dans « La Grande Maffia » de Philippe Clair, aux côtés de Francis Blanche. C'est la première rencontre d'Aldo avec celui qui va devenir l'un de ses metteurs en scène d'élection : car le leader des Tontos tend désormais de plus en plus à délaisser le cabaret pour le cinéma. Repéré par Claude Lelouch, il joue en solo dans « Le Voyou », avec Jean-Louis Trintignant en 1970. C'est en 1972, toujours devant la caméra de Claude Lelouch, qu'il explose réellement en tant qu'acteur solo dans « L'Aventure, c'est l'aventure », aux côtés de Lino Ventura et Jacques Brel. C'est la première fois qu'il exhibe à l'écran sa célèbre démarche chaloupée de séducteur de pacotille, qui contribuera à son succès. Philippe Clair prétendra plus tard avoir inventé la démarche dans le spectacle « Purée de nous z'ôtres », Aldo la lui ayant odieusement piquée. D'autres en attribuent plutôt la paternité à Alberto Sordi. Nous laisserons à de plus fins exégètes le soin d'élucider le mystère de la paternité de la démarche « la classe » et noterons simplement, pour l'anecdote, que le rôle d'Aldo fut initialement proposé à un jeune homme aux prétentions d'acteur : Bernard Tapie !



L'année suivante, Aldo est à l'affiche de « Mais où est passée la 7e Compagnie ? » de Robert Lamoureux où il joue le personnage du soldat Tassin aux côtés de Jean Lefebvre et Pierre Mondy. Il laissera son rôle à Henri Guybet dans les suites que connaîtra le film. Il est à noter qu'en 1976, il tourne en Italie sous la direction de Enzo G. Castellari dans « La Grande débandade » où, aux côtés d'Ursula Andress en Joséphine, il interprète un général Bonaparte que l'historien Jean Tulard s'offusquera de voir déjà « aussi empâté qu'à Sainte-Hélène ».




Il Grande Aldo part sauver la Francia dans "Mais où est passée la 7ème Compagnie?"



Durant les années 1970, Aldo Maccione se partage entre la France et l'Italie Dans son pays natal, on le voit donner la réplique à Edwige Fenech dans des films relevés comme « Lâche-moi les jarretelles », « La Toubib se recycle » ou « Reste avec nous, on s'tire ». Mais notre homme penche de plus en plus du côté de l'Hexagone : en effet, s'il reste confiné aux rôles secondaires dans son pays natal – où il est tout de même un visage relativement connu de la sexy-comédie, le bel Aldo trouve chez nous un excellent filon, en interprétant une caricature grotesque du dragueur italien, tel que l'imaginent les spectateurs français, et devient une vedette à part entière. Il est notamment le partenaire de Pierre Richard dans « Je suis timide mais je me soigne », puis « C'est pas moi c'est lui ».



Au tournant des années 1980, le mythe Maccione tient la France en haleine. Aldo devient l'icône du séducteur italien et brise les cœurs de millions de femmes à travers le monde qui rêvent de concupiscence et d'adultères avec « Aldo La Classe ». Des milliers de mariages se brisent et une vague de stupre s'abat sur la France. Le Pape Jean Paul II lance sa fameuse encyclique « De Magno Aldo Concupiscentis » (qui reste toutefois ignorée de bien des théologiens). Aldo accède aux cimes du box-office, au point que des distributeurs français peu scrupuleux vont chercher au fond de la corbeille de vieux films italiens où notre héros tenait des seconds rôles, pour les proposer ensuite au public français comme des nouveaux films avec Aldo en vedette.



C'est surtout sa collaboration avec Philippe Clair qui marque sa carrière et le porte au pinacle. Après « Tais-toi quand tu parles », c'est le gigantesque triomphe de « Plus beau que moi tu meurs », où notre homme use et abuse de son image de séducteur bouffon, qui vient clairement assurer à Aldo « la Classe » ses galons d'acteur nanar. Malgré une collaboration parfois houleuse – Philippe Clair, dans une interview accordée au magazine « Brazil » en février 2009, dresse un portrait assez détestable d'un Aldo Maccione caractériel, multipliant les caprices de diva et mettant une ambiance terrible sur les plateaux – Aldo est désormais une sorte d'interprète-fétiche pour le roi de l'humour franco-judéo-portnawak. Christian Gion, convaincu qu'Aldo est un grand acteur et voulant le prouver « en lui offrant une bonne comédie », vient encore enfoncer le clou avec « Le Bourreau des Cœurs ». Ouf, sauvé ! Dire qu'il avait commencé avec Lelouch et tourné avec Marcello Mastroianni ! Grazie Santa Madonna !!! Quand on pense qu'il aurait pu devenir un acteur sérieux et faire de bons films…


Plou beau qué loui, tou meurs...



« Pizzaiolo et Mozzarel » : tact, subtilité, finesse, beat, impertinence, retenue... tout y est !



Durant la décennie 1980, Aldo aura croisé les plus grands du cinéma comique : Edwige Fenech, Michel Galabru, Darry Cowl, Francis Perrin, Jean-Marc Thibault, Marthe Villalonga, et a marqué de son empreinte de géant et de sa démarche de félin l'humour franco-italien. Mais même les meilleures choses ont une fin et l'étoile d'Aldo finit par pâlir au box-office. En 1987, Philippe Clair et lui ont la fausse bonne idée de tourner une suite à « Plus beau que moi tu meurs », intitulée « Si tu vas à Rio… tu meurs ». Mais en cinq ans à peine, les goûts du public ont évolué et le film connaît un net échec. Deux ans plus tard, les compères remettent le couvert avec « L'Aventure peu ordinaire d'un papa peu ordinaire », tentative de passer à un comique plus subtil : l'insuccès est encore plus patent signe que le règne sur le box-office français d'un Aldo Maccione lui-même lassé de son personnage de « la classe » est bel et bien terminé.





Etre adapté en personnage de bédé dans Astérix... c'est trop la classe, Aldo !


En 1991, Aldo tente de renouer avec le succès dans la série "Aldo tous risques", mais l'alchimie ne fonctionne plus. Le public s'est lassé de ses prestations dans le rôle de l'Italien-dragueur de service, d'autant qu'il n'a plus véritablement le physique de ce rôle. Maccione s'est laisse pousser la panse dans des proportions alarmantes, laissant dans l'affliction des dizaines d'admiratrices nostalgiques de sa période « Bourreau des Cœurs » au beau torse velu.





Continuant de travailler des deux côtés des Alpes, Maccione tient occasionnellement des seconds rôles dans des films qui n'ont plus grand-chose à voir avec sa nanardesque période française. On le voit aux côtés d'Asia Argento dans « Perdiamoci di vista » (inédit en France) en 1994, jouant avec Romane Bohringer dans « La femme de chambre du Titanic » en 1998, dans le rôle d'un Parrain de la Mafia dans « La leggenda di Al, John e Jack » (inédit en France) en 2002... Elle est loin la grande période Philippe Clair !


Aldo sur le tournage de « La leggenda di Al, John e Jack », en pleine forme pour remplaçer Marlon Brando et Mike Cohen dans le rôle de Le Parrain


Retiré dans sa villa niçoise, Il Grande Aldo coule une paisible semi-retraite, tournant ici ou là ce dont il a vraiment envie, en se remémorant sa dolce vita en France… En 2005, Aldo nous revient avec un peu d'embonpoint mais toujours autant de classe dans "Travaux", de Brigitte Roüan aux côtés de Carole Bouquet et Jean-Pierre Castaldi. Ma, qual'è il segreto di quest'uomo ? Hé, la classe, bambino, la classe !


Tou veux avoir la classe comme Aldo ? Alors, mangiare la bonne cochonnaille !


Zord
Zord

retour vers les acteurs

Filmographie

1964 - Les Terreurs de l'Ouest (I magnifi brutos del west)

1970 - Le Voyou

1971 - La Grande maffia

1972 - L'Aventure c'est l'aventure

1973 - Mais où est donc passée la septième compagnie?

1973 - Si si mon colonel (Un Ufficiale non si arrende mai nemmeno di fronte all'evidenza, firmato Colonnello Buttiglione)

1973 - Vive la quille (Il Colonnello Buttiglione diventa generale)

1973 - Professore venga accompagnato dai suoi genitori

1974 - Il Piatto piange

1974 - Mariage à l'américaine (Fischia il sesso)

1975 - Due cuori, una cappella

1975 - La Pépée du gangster (La Pupa del gangster)

1975 - Plus moche que Frankenstein, tu meurs (Frankenstein all'italiana)

1976 - L'Amour c'est quoi au juste

1976 - Spogliamoci così senza pudor

1976 - La Grande débandade (Le Avventure e gli amori di Scaramouche)

1976 - Carioca tigre

1976 - Bruciati da una cocente passione

1976 - Sexycon / Encore du sexe, mais avec le sourire (40 gradi all'ombra del lenzuolo)

1977 - Le Grand escogriffe

1977 - L'Animal

1977 - Lâche-moi les jarretelles (La Vergine, il toro e il capricorno)

1977 - Le Bon, la belle et le truand / La Toubib se recycle (Taxi girl)

1977 - Maschio latino cercasi

1978 - Je suis timide mais je me soigne

1978 - La Classe (Es pecado... pero me gusta)



1978 - Les Ringards

1979 - C'est pas moi, c'est lui

1979 - Riavanti...marsch!

1979 - Pardon, vous êtes normal? (Scusi, lei è normale?)

1980 - Le Coq du village (Fico d'India)

1980 - Je suis photogénique (Io sono fotogenico)

1980 - Trois dans un lit (Tre zotto il lenzuolo)

1981 - Te marre pas c'est pour rire

1981 - T'es folle ou quoi

1981 - Tas-toi quand tu parles

1981 - Reste avec nous on s'tire / Le con et la flic débarquent à New York (La Poliziotta a New York)



1981 - Pourquoi pas nous?

1982 - Le Corbillard de Jules

1982 - Porca vacca

1982 - Plus beau que moi tu meurs

1983 - Le Bourreau des coeurs

1984 - Aldo et Junior

1984 - Le Cow-boy

1985 - Pizzaiolo et Mozzarel

1987 - Si tu vas à Rio... tu meurs

1988 - Quando ancora non c'erano i Beatles

1989 - L'Aventure extraordinaire d'un papa peu ordinaire

1991 - Aldo tous risques (série TV)

1994 - Perdiamoci di vista

1998 - La Femme de chambre du Titanic

1999 - I Fetentoni

2002 - La leggenda di Al, John e Jack

2005 - Travaux, on sait quand ça commence...