Accueil > Personnalités > Alphonse Beni

Alphonse Beni

Alphonse Beni

Biographie

Cette biographie n’aurait pu être possible sans l’aide très précieuse du Rôdeur qui a largement défriché la partie africaine et érotique de l’œuvre de Beni, une bonne partie du texte de cette bio est donc de lui. Il convient aussi de remercier Mr Tubbytoast du site Devildead, grand exégète du cinéma érotique des années 70, Nikita pour avoir recontacté Sebastian Harrison, le fils de Richard Harrison et MrKlaus et Shimano pour leurs découvertes et précisions. Qu’ils en soient tous remerciés.



Alphonse Beni, acteur et réalisateur camerounais possède une carrière des plus singulières qui soit: jouissant d’une réputation d’auteur « disco » quasiment culte en Afrique, on le voit aussi bien jouer sur les plateaux des comédies érotiques d’Eurociné que faire le ninja approximatif chez cette vieille fripouille de Godfrey Ho. Pourtant, malgré sa flamboyante carrière d’acteur, sa véritable passion est la réalisation ; c’est pourquoi Beni est ici d’abord considéré comme un cinéaste…

Il commence sa carrière dans son pays natal, le Cameroun, où il tourne plusieurs courts métrages avant de partir en France. Ainsi, Alphonse Beni peut-il être considéré comme un véritable pionnier du cinéma camerounais, lui qui commence à produire et réaliser des courts-métrages de fiction dès 1971 ("Fureur au poing", "Un Enfant noir") et passe au long format en 1974 avec "Les mecs, les flics, les p…". Pour être un pionnier, il n'en demeure pas moins une exception dans le paysage cinématographique camerounais, et ce à plusieurs titres. D'abord, il est l'un des rares cinéastes qui puisse se targuer d'une véritable indépendance financière vis à vis de l'organisme étatique. Ses films sont majoritairement produits en faisant appel à des capitaux privés étrangers (via des co-productions avec la France, L'Italie ou le Gabon et des accords publicitaires avec par exemple la firme Toyota). Ensuite, il choisit, contrairement à la majorité de ses collègues dont les films décrivent la réalité camerounaise sur un mode documentaire ou auteurisant, d'épouser une forme de narration proche du modèle des séries B occidentales ou asiatiques, s'adaptant au goût du jeune public camerounais, friand de films d'action, de musique pop et de karaté. "Les Mecs les flics, les p..." "Danse mon amour" ou "Saint voyou" ne sont ainsi que des transpositions à la sauce locale des standards occidentaux. Le héros de ces films en étant généralement Alphonse Beni lui-même. Exceptionnel également sera le succès au Cameroun des films d'Alphonse Beni, dans un pays où la distribution et la circulation des oeuvres est plus qu'aléatoire, ce qui grève généralement la carrière commerciale des productions locales. L'Histoire retiendra qu'Alphonse Beni sera le seul cinéaste camerounais "bankable", qui remboursera les avances sur recettes consenties par le FODIC, lequel organisme est d'ailleurs dans une situation financière désastreuse aux cours des années 1980 et voit son autorité contestée par bon nombres de cinéastes : sa politique dispendieuse de co-productions avec la France (avec notamment une série documentaire réalisés par des Français et "Chocolat", de Claire Denis) est mise en cause ainsi que sa propension à confondre "soutien financier", "contrôle" et "propagande".


"Pas de compromissions ! On ne m'achète pas moi, je suis un homme libre... bon je te quitte j'ai Marius Lesoeur sur l'autre ligne"


C’est en France qu’il va trouver financements et techniciens pour ses films. Pour ce faire, il se lance dans la vague érotico-porno qui fleurit sur les écrans dans les années 1970. Alphonse Beni décroche le rôle principal de "Black love" alias "L'Homme qui voulait violer le monde", un porno-soft signé José Bénazéraf, le pape du film cochon intello-navet. Beni joue "John A. Smith", l'amant de la fille d'un membre des Black Panthers (mouvement d'émancipation des Noirs américains). Alphonse laisse choir la fille et s'en va avec l'argent des Blacks Panthers pour mener une vie de débauche dans le Paris interlope. Il se débarrasse de deux tueurs à gages lancés à ses trousses avant de se faire poignarder par son ex-amante qui récupère le grisbi. (C’est bien les bonnes femmes, ça...). Benazéraf, cite Pierre Viansson-Ponté (éditorialiste au Monde), tient des discours sur Truffaut et cite visuellement Godard entre deux "partouzes mornes" (dixit la critique, pas franchement enthousiaste). Le film compte également comme interprètes Alain Tissier, un obscur du cinéma de boules qui finira chez Max Pécas, et Joëlle Coeur, active dans le milieu des années 70 chez Jean Rollin (mais aussi chez Pécas, Jean-Marie Pallardy et Alain Robbe-Grillet). Alphonse Beni est crédité comme co-scénariste.



Il va dès lors alterner les productions de films érotiques qu’il réalise au Cameroun et les tournages en tant qu’acteur en France.

Pour son premier long métrage comme réalisateur, Alphonse Beni poursuit sur sa lancée dans l'érotique. Et sort en 1974 "Les mecs, les flics, les p...", alias "Les tringleuses" (c'est le titre d'exploitation en France). Il est crédité au scénario en compagnie d'un certain François Camille (info à 2 francs car c'est un inconnu total). Il est l'interprète du film sous le pseudo de Alton Beni (A quoi bon changer juste le prénom ? Pour faire américain ?).

Beni interprète dans ce film le rôle de l'inspecteur Dubois, un flic lancé à la poursuite d'une bande de malfrats, le gang des barbus. L'un des barbus tente de doubler les autres et provoque la chute du gang. L'inspecteur Dubois découvrira avec stupéfaction que l'un des barbus (qui est Blanc) est son frère. Alphonse Beni reprend ici le thème du Nègre Blanc (cher au Boris Vian de "J'irai cracher sur vos tombes"), et inverse les codes raciaux habituels du polar occidental dont il utilise par ailleurs les grosses ficelles : érotisme, hémoglobine et karaté. Le film est semble-t-il assez médiocre. Dans le casting : Michel Charrel, un troisième rôle du cinéma français et Sylvia Bourdon, future actrice porno célèbre. Gros succès au Cameroun, semble-t-il.



En 1975 il récidive avec « Les Filles au soleil » alias « Infernales pénétrations » ou « Les 69 positions » et sorti en vidéo en France sous le titre « Sexual Desire ». Crédité Alton Benny (il est aussi interprète), Alphonse Beni joue un garagiste licencié de son boulot car il se tape la secrétaire. Il se réfugie chez un ami gynécologue avant de se réconcilier avec sa fiancée (Ah ! les scénars de films X !).

A noter qu’il semble exister de ce film une version soft (« Les Filles au soleil ») et une version hard (les autres titres). D’après ceux qui ont vu la version hard, il est très difficile de savoir si les inserts pornos ont été rajoutés après coup car ce sont les mêmes acteurs (notamment Gilles Servien, qui fera carrière dans le genre) qui les assurent et qu’ils s’intègrent très bien dans la continuité du film. Pourtant Beni assure n’avoir jamais tourné de scènes hard dans ses films. Si effectivement, comme acteur, il ne fait que simuler, on le voit tout de même dans une scène où par ailleurs a lieu une copulation…

Quand il ne tourne pas dans son pays, il se commet en France dans quelques productions érotisantes d’avant la libéralisation du X :



On le voit notamment dans "Hommes de joie pour femmes vicieuses" alias. "Les Hommes de joie" de Pierre Chevalier, avec Daniel Darnault, un érotique de chez Eurociné shooté par Pierre Chevalier sous le pseudo brésilien de Lina Cavalcanti. Il s'agit de la vie au quotidien d'un hôtel de passe pour femmes dont les «pensionnaires» sont des hommes. Beni joue "l'Ange Noir", un prostitué très sollicité. Tourné en 1974, le film n'est sorti sur les écrans qu'en février 1976. La critique note la présence de quelques scènes hard qui sont très probablement des inserts : le porno a été légalisé entre le tournage et la sortie du film et on imagine mal Daniel Darnault, look-alike de Louis de Funès, signer pour un film X ! Ce film a été tronçonné pour composer la deuxième partie de la comédie "La Pension des Surdoués" avec Charlotte Julian en 1980. Alphonse Beni apparaît donc malgré lui dans ce film laid et vulgaire, lardé de saynètes comiques éprouvantes, puisque toutes ses scènes de "La Pension des surdoués" sont extraites d'"Hommes de joie pour femmes vicieuses" !


Alphonse est l'ange noir, le chéri de ses dames.


Puis c'est "Godefinger" ou "Certaines chattes n'aiment pas le mou" de Bob Logan, alias Jean-Pierre Fougea, médiocre réalisateur qui se reconvertira dans la production de comédies du style « Et la tendresse bordel... ». Le film est sorti furtivement après des problèmes avec la censure. Là encore il semble qu’une version incluant des inserts hard ait circulé entraînant une interdiction. Le film nous narre une sombre histoire d’héritage dont le secret est caché dans trois statues phalliques. Il est décrit comme très mauvais et de toutes façons Beni n'y est même pas crédité, tant son apparition semble être minime. En revanche, il y a 20 minutes de show de Michel Leeb en début de carrière dans un cabaret érotique parisien : il nous fait un numéro de mime sur fond de jazz où il joue sur des femmes nues comme s’il s’agissait d’instrument de musique. C’est curieux, mais il ne s’en est pas vanté pour la suite de sa carrière…



Plus glorieux est son petit rôle de ministre africain dans « L’Etat sauvage » de Francis Girod avec Marie-Christine Barrault, Michel Piccoli, Jacques Dutronc et Claude Brasseur, film qui dénonce les affres des relations troubles entre la France et l’Afrique après la décolonisation.

Rentrant au Cameroun, il peut quitter l’érotisme pur, même s’il ne dédaigne pas glisser une ou deux scènes de nu dans ses films (mais qui pourrait l’en blâmer) et se lancer dans des productions plus glorieuses : en 1979 "Dance my love / Danse mon amour", une comédie musicale (probablement disco comme la suivante). Gros succès au Cameroun mais pas de sortie en France. Puis en 1980, "Anna Makossa" avec Jean-Pierre Andréani. Beni endosse le personnage de Baïko, propriétaire d'un boite de nuit disco. L'un de ses amis est renversé par une voiture. Le conducteur de la voiture dérobe un diamant à la victime. Baïko trouve le coupable : c'est un Blanc, mari d'une danseuse de la boite de nuit qui, une fois découvert, se suicide. Baïko va devenir son nom fétiche puisqu’il va l’utiliser pour presque tous ses films ultérieurs. Ce film est sorti en France en février 1980. Ça semble être un écrasant nanar musical disco-funky, sponsorisé par Toyota et Air Gabon. Le critique de La Revue du cinéma se demande "combien les acteurs ont pu payer Alphonse Beni pour qu'il accepte de les faire jouer dans son film" tant ils sont mauvais, "avant de réclamer qu'on traduise le cinéaste en justice" pour avoir osé nous présenter un film aussi épouvantable !



Mister Alphonse, le tombeur...


Deux mois après le précédent, revoici la nouvelle Beni prod’ qui débarque sur les écrans français : "Saint voyou" alias "Saint voyou priez pour nous". Beni est toujours le héros, nommé à nouveau Baïko : ce nom de famille semble être devenu son nom de personnage fétiche, puisqu’il le reprendra de multiples fois, qu’il s’agisse d’interpréter un flic ou un voyou, et poussera la coquetterie jusqu’à être crédité comme acteur du nom d’« Al Baïko » dans de ses films. Il séduit Leïla (Noire), la fille d'un diamantaire, vole son père et s'enfuit à Paris où il s'éprend d'une chanteuse (Blanche) qui est sous la coupe de la mafia. Leïla débarque à Paris avec l'intention de se venger : elle fait violer et exécuter la chanteuse par des sbires de la mafia sous les yeux de Alphonse / Baïko. Celui-ci se vengera à son tour, tuant tous les mafieux. A la fin, il se retrouve face à son ancienne amante Leïla et... lui tombe dans les bras ! Inutile de dire que la dernière pirouette nanarde a confondu la critique ! qui note une fois de plus qu'il s'agit d'un avilissement servile au pire cinéma occidental où sont inversés les clichés racistes. "une pâture honteuse", toujours avec des Toyota !

Beni est une véritable star au Cameroun, même si tous les critiques, locaux comme internationaux lui tombent dessus à bras raccourcis. Ses films sont tournés avec des techniciens français issus du monde de l’érotisme seventies, ainsi pour l’image Roger Fellous qui a bossé pour Claude Mulot ("Le sexe qui parle ", "Prenez la queue comme tous le monde"), Max Pécas ("Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et mal foutu") ou Jean-Marie Pallardy White Fire »). Il a recourt massivement au sponsoring chez l’importateur Toyota local (tout le monde roule en Toyota dans tous ses films). De même dans Cameroun Connection, on commande largement du VAT 69 au bar et on visite longuement une brasserie (avec gros plan sur les étiquettes des bouteilles de bière) sans que cela ait la moindre utilité à l’action.



En 1982, il réalise « Coup dur », un polar dans lequel il n’hésite pas à recycler purement et simplement un documentaire sur l’enterrement d’un chef tribal puis son plus gros film : « Cameroun Connection » en 1985. Il y interprète l’inspecteur Baïko, qui enquête sur le meurtre d’une jeune femme et va rencontrer Bruce Le, à la fois propriétaire d’une salle de karaté à Paris et de la plus grosse brasserie de Yaoundé (comprenne qui peut, le film est très confus). Il devra faire face à une grosse conspiration où intervient un sorcier très… comment dire… pittoresque. On a le droit à une poursuite en Toyota, quelques plans nichons et même l’apparition le temps d’une scène du couturier Paco Rabanne qui s’avère encore plus mauvais acteur que prophète de fin du monde. Un régal…


Allez Paco, prédis-moi que je vais être l'Orson Welles camerounais...


C’est une coproduction franco-camerounaise qui s’offre rien moins que la présence de Bruce Le, le clone le plus célèbre de Bruce Lee. Comment Beni a-t-il pu l’avoir ? Nous sommes là au cœur de ce qui fait le sel de cette cinéphilie déviante qu’est la nanarophilie. Les incroyables connections qui peuvent exister entre des acteurs et des cinématographies distantes de milliers de kilomètres : Bruce Le a déjà tourné en France, « Bruce Contre-Attaque » sous la houlette du producteur André Koob et de Jean-Marie Pallardy. Il est resté l’ami de Koob. Connaissant de nombreux techniciens du milieu du cinéma bis hexagonal et le film étant tourné pour moitié en France, il devient aisé de deviner comment les deux hommes se sont rencontrés. Et j’ose à peine me demander comment Paco Rabanne s’est retrouvé embarqué dans l’affaire, je soupçonne que ça doit être le fruit d'une fête bien arrosée. Dans ce milieu du cinoche bis, ça picolait pas mal et on faisait grosse consommation de jolies filles à qui on faisait miroiter une carrière de star contre un ou deux plans nichons dans une petite production fauchée. Donc le milieu de la mode ne pouvait être qu'un vivier en or pour les Pallardy, Pécas, Koob et autres Beni. Bien que réalisant un film de « prestige », Alphonse Beni n’oublie pas ses réflexes de cinéaste bis et déshabille les actrices à la moindre occasion. La même année sort un autre film d’Alphonse, « African Fever », enfilade de clips sur fond d’enquête policière ringarde, qui se veut un hommage à la musique africaine vintage : étirant sur 1h50 une intrigue à la minceur anorexique, Beni attribue le rôle principal à son épouse Suzanne et interprète à nouveau un flic nommé Baïko.



Autre surprise, Alphonse Beni se retrouve l’année suivante au côté de Romano Kristoff et de Richard Harrison pour tourner dans Chasse à l’homme (alias « Three Men on fire ») un film réalisé par Harrison. Ron et Richard ont d’ailleurs chacun tournés avec Bruce Le par le passé. Là encore doit-on y voir l’influence d’amis communs oeuvrant dans le cinéma bis comme le producteur canadien Dick Randall qui avait entraîné Richard Harrison à Hong Kong pour jouer avec Bruce Le dans « Challenge of the Tiger » ? En fait, Richard Harrison nous a confié avoir rencontré Beni au marché du film à Cannes et avoir été impressionné par son enthousiasme et son charisme. Dans ce film, coproduit par Beni, on croise encore Gordon Mitchell ; il s'agit d'un thriller d'espionnage où l’on tente d’empêcher un attentat contre le pape entre l’Italie et le Cameroun. Une série B honnêtement troussée malgré un cruel manque de moyens et une photo parfois approximative. Alphonse Beni y interprète encore une fois l’Inspecteur Baïko et son épouse Suzanne lui donne à nouveau la réplique (un tournage qui semble avoir été très familial puisque les trois fils de Richard Harrison jouent de petits rôles).

Toutefois, Harrison eut une surprise pour le tournage de la partie africaine supervisée par Alphonse. Celui-ci ne pu lui trouver d'armes pour les scènes d'action. Qu'à cela ne tienne, Richard en fit venir d'Italie mais eut un mal fou pour convaincre la douane (non prévenue de la nature du chargement) qu'il ne s'agissait que de cinéma...



Sebastian Harrison, le fils de Richard contacté par Nikita conserve ce souvenir de Beni : « Mon père était impressionné par la façon dont il rendait bien à l’écran bien que n’étant pas un très bon acteur. C’était un homme très généreux qui adorait faire les boutiques. Quand il est venu pour la première fois à Rome, sa grande priorité a été d’acheter des tous nouveaux produits à la mode ; je crois que c’étaient des chaussures. Je me souviens qu’il a pris quelques affaires pour sa femme et il m’a offert un caleçon de bain. »

C’est le dernier film tourné au Cameroun pour Alphonse. La crise économique qui survient au milieu des années 1980 au Cameroun fait tripler le prix du billet, provoque parallèlement une baisse générale des salaires, et oblige l'Etat, en cessation de paiement, à une politique de restriction. Les salles de cinéma ferment une à une et vont bientôt subir, en outre, la concurrence des vidéos-clubs, puis de la télévision câblée. La production cinématographique camerounaise est réduite à peau de chagrin à la fin des années 80. Les cinéastes se tournent vers la télévision, ou à l'image d'Alphonse Beni, s'exilent.

Et pour Beni l’exil, c’est Hong Kong.



C'est sur les conseils (mal) avisés de Richard Harrison que Beni s’en va se commettre chez les rois du film tronçonné : Godfrey Ho et son producteur Joseph Lai, patron d’IFD. Richard les a fait se rencontrer au marché du film de Cannes, où lui et Alphonse sont venus vendre « Chasse à l’homme ». Ayant tourné l’année précédente des films de ninja à Hong Kong avec cette fine équipe et ne se doutant pas qu’il va se retrouver dans des 2 en 1 accablants, Harrison se prépare à effectuer une nouvelle sessions de tournage à Hong Kong et emmène Beni avec lui. C’est donc en 1986 ou 87 qu’on le retrouve au générique de l’halluciné « Black Ninja » (alias « Ninja Silent Assassin ») où, aux côtés d’Harrison, il interprète Alvin, un flic français d’Interpol qui va faire rendre gorge aux assassins de sa femme, les ninjas trafiquants de drogue Grant Temple et Stuart Smith. Vêtu d’une élégante combinaison de ninja jaune canari, copieusement doublé (par un chinois, et ça se voit !) pour toutes les scènes de combat, Beni y fait preuve de capacités martiales quasi nulles. Bien qu’affichant à l’écran un air abattu et pas motivé (mais en fait, il semble que ce soit son jeu d’expressions habituel), Alphonse semblera très content du film, qu’il aura le culot de décrire dans une interview pour une co-production « sino-américaine ».


Il est à noter qu'à l'occasion d'une ressortie récente en DVD aux Etats-Unis, Alphonse se fait appeler Chris Kelly (essaie-t-on de le faire passer pour le cousin de Jim Kelly ?).


Ho, toujours malin, capitalise sur la notoriété d’Alphonse en Afrique (Le Tiers-monde restant quand même le plus gros consommateur de ses joyeux nanars foutraques) et le met en vedette dans « Top Mission », où il apparaît 15 minutes (en ninja rouge et en Rambo) le temps de compléter un film philippin… tss…



Curieusement, il est encore cité en 1991 pour avoir tourné dans « Power Force ». Le film est cité par imdb, mais est a prendre avec des pincettes. Le pseudo utilisé par Godfrey (Charles Lee, comme sur « Top mission ») indique une production Tomas Tang datée de 1987. Ce film et un autre, « Fire Opération », existent bien car ils sont cités par Beni lui même dans une interview, comme étant ses derniers métrages tournés en Asie.

Reste un point curieux soulevé par Le Rôdeur : quel a été le degré d'implication de Beni (qui est producteur et réalisateur sans scrupules dans l'âme) aux côtés de Godfrey ? Pourquoi, après avoir connu IFD et ses méthodes douteuses, a-t-il pu poursuivre l'aventure chez l'encore plus ringard label Filmark, la boîte de Tomas Tang ? Comment n'a-t-il pas songé avant tout à fuir ? Le plus suspect, c'est certains des pseudos utilisés chez IFD et Filmark que l'on attribue (parfois à tort) à Godfrey Ho : notamment Benny Ho et Alton Cheung. Quand on sait que dans ses vieux pornos soft, Alphonse se faisait appeler "Alton Benny", c'est quand même assez troublant. Il avoue dans une interview à Cameroun Online avoir négocié en participation les droits de ces films pour les pays francophones (ce qui est loin d'être négligeable, l'Afrique était un gros marché pour le cinéma d'action asiatique).



Doit-on y voir une collaboration de Godfrey Ho avec Beni pour l’écriture des scénarios et éventuellement la coréalisation ? L’hypothèse est séduisante mais seul Alphonse lui-même pourrait nous en dire plus. Les propos de Godfrey lui-même tendent en tout cas à confirmer qu’Alphonse Beni était coproducteur sur « Black Ninja », qui a connu en son temps une jolie distribution en Afrique, voire qu'il concevait le film comme un écrin à sa propre gloire. Si l’on en juge par la satisfaction certaine exprimée par Alphonse au sujet de son expérience asiatique, on serait tenté de croire qu’il était persuadé d’avoir tourné de vrais bons films, ou bien plus simplement qu’il se réjouissait de sa bonne affaire.

Après les années 1990, Alphonse Beni ne tourne plus. Détail amusant, on le surnomme toujours le Black Ninja au pays. Rentré au Cameroun, il reste une figure populaire mais controversée du cinéma local. Il ne renonce pas au Septième Art et investit (à perte semble t-il) dans la gestion de salles de cinéma à Douala. La faiblesse financière de l'industrie locale le contraint dix ans durant à l'inaction, mais il ne perd pas l'envie de prendre à nouveau la caméra au poing.



C'est ainsi qu'en 2005, il sort enfin un nouveau long métrage, « La Déchirure ». Un film plus ancré dans les réalités du pays où il trace le portrait d'une famille nombreuse camerounaise à problème, déchirée entre foi en Dieu et sorcellerie traditionnelle. Le montage financier semble avoir été problématique. Le film est interprété par des acteurs non professionnels (certains sont semble t-il si mauvais qu'ils se sont fait huer lors de l'avant-première !) et mélange grosse comédie, mysticisme religieux et veine sociale. La critique est assez féroce : le film serait rempli de faux raccords, le scénario incohérent, les comédiens très mauvais ; n'en jetez plus ! Néanmoins, le film obtient un succès local. Il faut dire que les Camerounais sont heureux de pouvoir voir un vrai film tourné chez eux. Beni, dans la foulée, annonce la suite de son film avec "plus d'action" (« Pourvu qu’il s’entoure de scénaristes, nous épargne quelques scènes inutiles et mette un accent sur la direction d’acteurs », aurait lancé un journaliste lors de l'avant-première.)



Dans le même temps, Alphonse apparaît aussi dans les films des autres : ainsi, en 2006, il tourne dans le polar « Emeraudes » d'Isidore Modjo. Beni est ainsi devenu une sorte de figure tutélaire du film populaire camerounais. En tout cas, il est heureux qu'en vrai passionné du cinéma, Beni puisse continuer à assouvir son rêve de faire des films. En 2007, il donne une suite à son précédent succès avec « La Déchirure 2 », dont il est à nouveau la vedette et le réalisateur.

Si vous tombez sur cette biographie Mr Beni, nous serions heureux de pouvoir vous céder la parole pour vous exprimer et infirmer ou confirmer nos propos.



SOURCES
Dictionnaire des cinémas d'Afrique
La Saison Cinématographique / La Revue du Cinéma / Image et Son.
André Gardiès : Le Cinéma d'Afrique francophone.
Béatrice Bonny : Grandeur et décadence du cinéma camerounais / Cinémaction n°106
Cameroun-Online.com
Cameroon-Tribune.net
Africine.org



Une interview d'Alphonse sur cameroun-Online, à l'occasion de la sortie de La Déchirure

Une interview d'Alphonse sur cameroun-Online, à l'occasion de la sortie de La Déchirure 2



Rico
Rico

retour vers les réalisateurs producteurs

Filmographie



2007 - La Déchirure 2 (réalisateur)

2006 - Les Emeraudes

2005 - La Déchirure (réalisateur)

1991 - Power Force (date incertaine)

1991 - Fire Operation (date incertaine)

1987 - Top Mission

1986 - Black Ninja



1985 - Chasse à l'Homme / Three men on fire

1985 - African Fever (réalisateur)

1984 - Cameroon Connection (réalisateur)

1982 - Coup dur (réalisateur)

1980 - Saint voyou aka Saint voyou priez pour nous (réalisateur)

1980 - La pension des surdoués (en fait des images issues de "Hommes de joie pour femmes vicieuses")

1980 - Anna Makossa (réalisateur)

1979 - Dance my love / Danse mon amour (réalisateur)

1978 - L'Etat sauvage

1975 - Godefinger ou certaines chattes n'aiment pas le mou

1975 - Les Filles au soleil / Infernales pénétrations / Les 69 positions / Sexual Desire (réalisateur)

1974 - Les mecs, les flics, les p... / Les Tringleuses (les tringleuses est le titre d'exploitation en France)

1974 - Hommes de joie pour femmes vicieuses / Les hommes de joie

1973 - Black love / L'Homme qui voulait violer le monde (co-scénariste)

1972 - Un enfant Noir (court-métrage réalisateur)

1971 - Fureur au poing (court-métrage réalisateur)