CüNEYT ARKIN
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Cüneyt Arkin : le Alain Delon turc.


De son vrai nom Fahrettin Cureklibatur, Cüneyt Arkin (prononcez "Djunett Arkine") est une véritable icône populaire en Turquie. En 50 ans de carrière, il fut la vedette de pratiquement 300 films, dont la plupart demeurent obstinément inconnus en France. La sortie en DVD en Turquie de son hallucinant « L'Homme qui va sauver le monde » est pour nous l'occasion de découvrir médusé tout un pan du cinéma quasi complètement inconnu chez nous : le cinéma populaire turc.






Plus délirants que les Philippins et les Italiens réunis, c'est toute une caverne d'Ali Baba qui s'ouvre devant les yeux ébahis de celui qui s’aventure sur ces terres inexplorées : naïveté et premier degré intégral des personnages et des intrigues, effets spéciaux en carton et au feutre, pillage sans vergogne des thèmes, des stock-shots et des musiques issus des plus grands succès américains. Superman, E.T., Robin des Bois, Mr Spock, pas de jaloux tous auront droit à leur alter ego turc approximatif. Comme le raconte lui-même Arkin dans une interview : « Nous n'avions pas d'argent, mais nous travaillions dur pour faire quelque chose que les gens pouvaient voir pour oublier un moment leurs problèmes. »



Cüneyt Arkin représente le héros pop turc par excellence : viril, sportif, réellement charismatique, sa carrure et ses yeux clairs vont faire des ravages sur les rives du Bosphore. Né en 1936, il se destine tout d'abord à une carrière dans la médecine avant de participer un peu par hasard à un concours organisé par un journal de cinéma qui cherche à lancer de nouvelles stars à la fin des années 50. Il tourne quelques comédies sentimentales à l'eau de rose très en vogue dans tout le monde musulman avant de se tourner vers des rôles plus virils dans les années 60 et 70. Selon certaines sources, il aurait aussi travaillé quelques temps dans un cirque où il aurait developpé son sens de l’acrobatie.



On le retrouvera souvent flingue à la main dans des polars musclés comme « Istambul Sokaklarinda » ou « Cemil » où il joue les karatekas contre de vilains proxénètes sur la musique d'Opération Dragon. A chaque fois le peuple peut se reconnaître dans ce héros pur et dur qui séduit la veuve et défend l'orphelin d'un uppercut vengeur.


Un homme aux facettes multiples


On le retrouve aussi dans de grandes épopées historiques guerrières comme la série « Battal Gazi » (5 films) où il joue un bey musulman pacifique affrontant de vils chrétiens byzantins capables de pires bassesses. Les films ne reculent devant rien : combat usant et abusant des trampolines, pure jeune fille violée puis crucifiée par de vils barbares chrétiens sosies parfaits d'Astérix et Obelix, nonne perverse juste vêtue d'une croix de tissu masquant à peine sa nudité, héros fracassant à pieds joints les jambes de son ennemi, on est assez sidéré par le mélange de sadisme, d'érotisme furtif (on est dans un pays musulman quand même) et de naïveté absolue de ce genre de production considérées comme de véritables super productions en Turquie. Sa carrière décolle rapidement et il enchaîne les tournages : dans les années 60, il avoue avoir participé à 24 films par an (enfoncé Jesus Franco !). Il va aussi très vite devenir son propre producteur et financer et réaliser lui-même ses films dont il cosigne souvent les scénarios. Un perfectionniste en somme.



Cüneyt tourne encore des péplums, voir même des westerns (genre très populaire en Turquie). Il n'hésite pas à s'habiller exactement comme Clint Eastwood dans les premiers Leone (poncho et cigarillo compris). C'est l'occasion pour lui de bénéficier des services de réalisateurs italiens déjà rôdés à l'exercice. Ainsi le mercenaire Guido Zurli (dont les hasards des coproductions le font tourner aussi bien en Allemagne, Yougoslavie, Espagne, Indonésie qu'en Turquie) qui réalise pour lui un « Kuçuk Kovboy » où il côtoie le culturiste Alan Steel et Pascale Petit, actrice française qui eut sa petite heure de gloire dans les années 60 et est par ailleurs la mère de Douchka (vous savez la chanteuse de chez Disney).




Guerrier ottoman, inspecteur de police, bourreau des coeurs, Davy Crockett turc, corsaire, pistolero, paladin, justicier urbain... Cet homme sait tout faire !


Les années 70 sont le moment où il va tenter de s'exporter. S'il est déjà une star dans le monde arabe (il figure dans une vingtaine de film en Iran sous son vrai nom, de nombreux autres au Liban), il va tourner quelques coproductions particulièrement gratinées sous les noms de Georges ou Steve Arkin. Ses films commencent à sortir en occident ainsi « Lion Man » en 75 où il joue un brave musulman élevé par une lionne après le massacre de sa famille par des chrétiens et qui se voit doté de véritables pouvoirs surhumains pour affronter ses ennemis. C'est plus particulièrement vers l'Italie que se porte son intérêt pour percer sur le marché occidental. Sa première apparition (sous le nom de Joseph Arkim) est dans un giallo fauché particulièrement calamiteux, tourné selon les sources entre 72 et 75 : le méconnu « La Polizia brancola nel buio » (ce qui pourrait se traduire par « La police tâtonne dans le noir »). Il tourne ensuite deux comédies d’action en 76 sous la direction de l'autrichien Ernst Hofbauer (on s'y perd avec les coprods) « Che Carambole Ragazzi » traduit en français par : « Ninja la Castagne » et « Mettetemi in galera » connu en vidéo sous le titre « Ninja la Baston » (non Godfrey n'est pas impliqué). Attention les deux films sont sortis en vidéo sous des jaquettes volantes qui fait que les titres s’intervertissent parfois. Puis il récidivera avec Ernst, toujours en 76, pour un plus classique « Karamurat, la belva dell'Anatolia » semble t-il inédit chez nous.



On continue dans le délire en 1979 avec « 3 Supermen contre le Parrain » d'Italo Martinenghi où, aux côtés de deux autres habitués du bis rital, Nick Jordan (alias Aldo Canti (« La Bataille des Etoiles » de Alfonso Brescia) et Sal Borghese (« Les 7 Gladiateurs » de Mattei), il affronte en collant rouge moule burnes des méchants voulant mettre la main sur une machine à remonter dans le temps. C'est peu dire qu'on rêve à Nanarland de mettre la main sur cette merveille !



Cüneyt transforme les Byzantins en loukoums !


Cüneyt, le Errol Flynn du Bosphore.


Dans les curiosités de la filmographie de Cüneyt, on trouve encore un Ninja Killer alias « Karate on the Bosphorus » avec des vrais bouts de stock shots de Bolo Yeung dedans ! Il a quand même été exploité jusqu'à Hong Kong (Ca a dû leur faire tout drôle les arts martiaux turcs !). La légende veut même qu'il ait été surnommé Lee Arkin par les Chinois ! On croise aussi le très étrange « Kriminal Porno », film italo-turc de super criminel à la Diabolik semble t-il agrémenté dans certaines versions de quelques stock-shots pornographiques !



Il atteint son zénith nanaresque avec l'époustouflant « L'homme qui va sauver le monde » repompage absolument délirant de Star Wars, abondamment commenté sur ce site et dont il écrit lui-même le scénario (on n'est jamais mieux servi.). Les années 80 sont d'ailleurs la période où il scénarise lui-même ses productions et tâte même à plusieurs reprises de la réalisation.



Quelque soit le film, que ce soit dans les faubourgs malfamés d'Ankara, dans les forteresses moyenâgeuses de Cappadoce, dans l'ouest américain ou sur une autre planète, Arkin reste toujours Arkin : un type taciturne et droit dans ses bottes qui se heurte à des malfaisants maltraitant la population locale et qu'il taillera en pièces à coups de poing, sabre, revolver ou épée cosmique.



Avec les années 90 le cinéma populaire turc se casse la figure comme tout le cinéma bis européen face à la déferlante des productions américaines qui étouffent le marché (une douzaine de films produits en Turquie en 2003 contre 298 en 1972 !). Cüneyt, la crinière blanchie, tourne alors pour la télé dans des productions plus sérieuses ou à contenu social. Il tente sans succès parallèlement de se lancer dans la politique en se présentant comme député en 91. On le retrouve aussi porte parole de l'équipe nationale de ski. Après avoir participé à de nombreuses séries télé, il publie ses mémoires en 2001.





Après un passage à vide, les jeunes turcs redécouvrent ses délirantes productions notamment le Turkish Star Wars qui devient littéralement culte dans les soirées étudiantes branchées. Dans un pays où il est plus facile de trouver les copies DVD pirates des derniers blockbusters américains que leurs propres productions nationales, quelques courageux archéologues du kitch ont enfin été exhumé les trésors du cinéma populaire turc. La production locale ré émergeant enfin après des années de léthargie, Cüneyt redevient « à la mode », même si plus pour son côté icône kitch qu’autre chose. Ainsi en 2006 il apparaît dans « Dünyayi Kurtaran Adamin Oglu » qui se veut la pseudo suite au second degré de Turkish Star Wars.



Il est donc temps à Nanarland de lui rendre justice : oubliez tout ce que vous avez déjà vu (et tout sens critique), Cüneyt Arkin et ses amis vont bientôt déferler chez nous. Et ça va faire très mal !





Sources : Mad movies n°154
Les sites : sinematurk ; Turkishdailynews
Icono : www.cuneytarkin.8m.net


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