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Gordon Mitchell

Gordon Mitchell

Biographie

Lire ici l'interview que ce grand monsieur a accordé à Nanarland en décembre 2002, quelques mois avant sa disparition.


Gordon Mitchell dans "Tre colpi di winchester per Ringo" (1966), d'Emimmo Salvi.


Toute la carrière de Gordon Mitchell peut sans doute se résumer en une scène du « Coup du parapluie », de Gérard Oury. Gordon, qui joue un tueur à gages, pénètre par erreur dans le bureau d’un agent de casting. Ce dernier prend Gordon pour un acteur venu postuler pour un rôle de tueur et s’extasie devant sa fabuleuse « sale gueule », s’étonnant de ne pas connaître un acteur au physique aussi incroyable et ignorant qu’il se trouve face à un véritable gangster. Bel hommage à celui qui fut sans doute l’une des plus fabuleuses et méconnues tronches du cinéma de genre. Du péplum au polar à quatre sous, en passant par le western spaghetti à deux lires, Gordon Mitchell a tout connu, et nous a laissé une filmographie bis au délicieux parfum de nanar.


Gordon en indien dans "Little Rita nel west" (1967) de Ferdinando Baldi.


De son vrai nom Charles Allen Pendleton (dit « Chuck »), Gordon est né le 29 juillet 1923 à Denver, Colorado, USA. Le robuste jeune homme (1 mètre 91) sert dans l’armée durant la Seconde Guerre Mondiale et le conflit en Corée, puis reprend ses études après sa démobilisation et devient professeur d'éducation physique dans un lycée. Culturiste émérite, « Chuck » débute parallèlement dans le spectacle en participant à des revues de cabaret où il montre ses imposants biscoteaux, apparaissant notamment dans les revues de Mae West. Il donne également des cours de culturisme à « Muscle Beach ».



Un jour, notre ami répond à l’annonce d’une société de production qui recherche des culturistes pour un tournage en Italie. Cinecittà offre alors de nombreuses opportunités de travail à des athlètes (américains ou non) qui iront prêter leurs imposants physiques aux aventures de Maciste et Ursus. Charles Pendleton débarque en Italie pour tourner « Maciste contre le cyclope » et prend le pseudonyme de Gordon Mitchell qui lui avait naguère été suggéré… par une voyante ! [voir l’interview]





Gordon se voit proposer d’autres tournages et décide finalement de prolonger son séjour, qui durera… jusqu’à la fin des années 80 ! « Je pensais ne rester que les 6 ou 7 semaines nécessaires au tournage avant de revenir sur Muscle Beach, à Santa Monica. Pourtant, deux jours après la fin du film, j’en commençais un nouveau. Ainsi, après Maciste Contre le Cyclope j’ai enchaîné Le Géant de Métropolis, La Bataille de Corinthe, Par le Fer et Par le Feu, Jules César Contre les Pirates… Du coup, j’ai travaillé toute l’année ! »




Gordon s’affirme rapidement comme l’un des acteurs les plus intéressants du péplum. Sans être à proprement parler un bon comédien (nous y reviendrons), l’homme a un réel charisme, un fort capital de sympathie et surtout une fantastique trogne burinée qui lui permet de jouer aussi bien des rôles de bons durs à cuire que de méchants sadiques. Il tient bientôt des rôles principaux, comme « Le Géant de Métropolis », mélange bizarre de péplum et de science-fiction, et dans « La Colère d’Achille », où la guerre de Troie est reconstituée avec des bouts de ficelles et de vieilles poubelles.

Gordon Mitchell, selon divers témoignages, est une personne d’une gentillesse peu commune, au caractère doux et affable, aux antipodes de certains de ses rôles à l’écran. Sa bonté naturelle semble hélas lui avoir joué des tours, nombre de réalisateurs et producteurs en ayant profité pour rogner sur ses salaires, quand il ne s’agissait pas, dans les cas extrêmes, d’oublier tout simplement de le payer !


Gordon en plein atelier de travaux pratiques dans "Frankenstein 80" (1972) de Mario Mancini.


La fin du péplum ne prend pas Gordon Mitchell au dépourvu : le jovial géant est désormais apprécié à Cinecittà. Comme son collègue et ami Richard Harrison, Gordon reste en Italie et devient un des acteurs les plus récurrents de la nouvelle mode du western-spaghetti. Il va en tourner une quantité industrielle, s’illustrant surtout dans les productions les plus fauchées du genre. Il faut dire que Gordon a trouvé une bonne combine en construisant – quasiment à lui tout seul ! – un mini-village de western, à Manziana, dans la campagne romaine. Cette « Western town » servira notamment de décor aux films à petit budget, qui ne peuvent faire le voyage pour aller tourner dans les paysages espagnols. Gordon joue dans de nombreux films tournés dans son village, et apparaît ainsi dans « Macho Callaghan se déchaîne » et autres « Planque-toi minable, Trinita arrive ! » (le premier film de Joe D’Amato). Gordon est une présence régulière dans les films réalisés ou produits par Miles Deem (Demofilo Fidani), l’illustre auteur de « Karzan », médium de profession et parrain du cinéma de série Z romain. Les résultats financiers de son décor ne seront hélas pas à la hauteur des espérances de Gordon : de nombreuses productions abusent de sa bonne foi et en profitent pour ne pas lui payer les sommes promises.


"Diamond Connection" (1981) de Sergio Bergonzelli.



"Le Miniere del Kilimangiaro" (1985) de Mino Guerrini.


Les connections de Gordon sont principalement dans les milieux les plus fauchés du cinéma bis, mais il apparaît occasionnellement dans des productions plus riches : on le voit ainsi dans un film américain de prestige tourné en Italie, « Reflets dans un œil d’or », de John Huston, avec Marlon Brando et Liz Taylor ! Il aura hélas la déception de voir une partie de ses scènes coupées au montage et son rôle réduit à la portion congrue. En 1969, Federico Fellini lui confie un second rôle dans son « Satyricon ». Mais Gordon, qui tourne à une vitesse folle, restera attaché au cinéma de série B (ou Z) dans ce qu’il a de plus obscur et artisanal. Au fil des années 70, il prête sa vieille trogne, de plus en plus burinée, à des productions de plus en plus obscures et faméliques : « Le Château de Frankenstein », « Bourreaux SS n°2 » et autres « Orgies de Frankenstein ». Du film d’horreur minable au polar miteux, en passant par la nazi-exploitation et la comédie italienne à deux balles, Gordon Mitchell est de tous les mauvais plans ! Malgré la grande sympathie qu’il inspire, l'acteur se montre souvent, pour peu qu’il ne soit pas dirigé, un élément nanar à toute épreuve. Comédien peu sobre, il résiste rarement à l’envie d’en faire des tonnes, notamment dans ses rôles de méchant ; roulant des yeux, crispant les mâchoires et montrant les dents jusqu’à franchir occasionnellement toutes les limites du kitsch. C’est à cette époque qu’il entame sa collaboration avec Jean-Marie Pallardy, pour qui il jouera dans quatre films, « Le Ricain », « Une femme spéciale », « White Fire » et « Overdose », ce dernier film étant probablement l'une de ses prestations les plus nanardes.


Le Colonel Morgan, méchant ultime dans "Le Gladiateur du Futur" (1983) de Joe D'Amato.



Gordon dans "She" (1985) d'Avi Nesher


Prenant de l’âge, Gordon Mitchell continue dans les années 80 son petit bonhomme de chemin au sein du cinéma bis italien, figurant dans quelques post-apocalyptiques croquignolets : « Rush », « Le Gladiateur du futur » et le non-sensique « She ». Mais le cinéma italien périclite et Gordon commence à trouver l’air maussade. Pourtant, contrairement à d’autres personnalités du cinéma transalpin, notre ami ne va pas connaître de soucis de retraite. La soixantaine entamée, il va revenir dans son pays d’origine et achever sa vie professionnelle par un retour aux sources. Son vieux camarade et collègue body-builder Joe Gold lui confie un poste de manager dans un des clubs de gym de la chaine "World Gym International", qu'il dirige avec Arnold Schwarzenegger. Gordon Mitchell avait contribué financièrement à la création de la chaîne de Joe Gold et c’est cet investissement, pour une fois judicieux, qui va assurer les vieux jours de l'acteur. Il achèvera tranquillement sa carrière avec World Gym, tenant occasionnellement quelques rôles et ne rechignant jamais à évoquer pour de jeunes cinéphiles les vertes années du cinéma bis. Gordon Mitchell nous a quittés le 20 septembre 2003, laissant dans la plus grande affliction cinéphiles et amateurs de nanars, unis dans le souvenir d’un sacré bonhomme au parcours peu banal.


Un des derniers projets de Gordon.


Pour plus de photos c'est ici (site en anglais).

Remerciements à Richard Harrison.

Nikita
Nikita

retour vers les acteurs

Filmographie

2004 - Malevolence

2003 - An enraged new world

1995 - Bikini drive-in

1988 - Blood Delirium (Delirio di sangue)

1988 - Les Fiancés (I Promessi sposi)

1987 - Faida

1987 - Cross of the Seven Jewels / Talisman (La Croce dalle sette pietre)

1987 - Evil Spawn

1987 - SFX Retaliator / The Heroin Deal

1987 - Overdose

1986 - Mines of Kilimanjaro (Le Miniere del Kilimangiaro)

1986 - Cobra mission

1986 - Commando Invasion

1986 - Chasse à l’Homme (Three Men on Fire)

1984 - Ricordi

1984 - Vivre pour survivre / White Fire

1983 - Rush

1983 - Le Gladiateur du futur (Endgame - Bronx lotta finale)

1982 - Se tutto va bene siamo rovinati

1981 - Treasure of the Lost Desert

1982 - She

1981 - Diamond Connection

1981 - La Pelle sotto gli artigli

1981 - La Dottoressa preferisce i marinai

1981 - Kopfschuß

1981 - Inchon

1980 - Le Coup du parapluie

1979 - Secrets érotiques d'Emmanuelle

1979 - Holocaust parte seconda: i ricordi, i deliri, la vendetta

1979 - Dottor Jekyll e gentile signora

1979 - Une femme spéciale

1979 - Porno erotico western

1978 - La Guerre du Pétrole / Lorna, la Lionne du Désert (Strategia per una Missione di Morte)

1978 - Iskiri dosi... sex

1978 - Pugni, dollari e spinaci

1977 - Zanna Bianca nel west

1977 - Le Ricain

1977 - Les Tigres du Désert / Bourreaux SS N°2 / Erika : Les Derniers Jours des SS (Kaput Lager - Gli Ultimi Giorni delle SS)

1977 - Natascha - Todesgrüße aus Moskau

1976 - The Million Dollar Fire (Cuibul salamandrelor)

1976 - Due Magnum .38 per una città di carogne

1976 - Febbre a 40!

1976 - Gli Uccisori

1976 - La Polizia ordina: sparate a vist

1975 - Le Tigre de la rivière Kwaï (La Tigre venuta dal fiume Kwai)

1975 - Seven Savage Men / Seven Devils on Horseback (I Sette del gruppo selvaggio)

1975 - Fighting Killer / Four for All (Quei Paracul... pi di Jolando e Margherito)

1974 - Il Domestico

1974 - Little Godfather from Hong Kong (Xiangang xiao jiao fu)

1974 - The Sewer Rats (Una Donna per sette bastardi)

1974 - Le Château de l'horreur / Le Château de Frankenstein

1973 - Amico mio, frega tu... che frego io!

1973 - Dagli archivi della polizia criminale

1973 - Quando i califfi avevano le corna

1973 - Situation

1973 - Allegri becchini... arriva Trinità

1972 - Shangaï Joe (Mio nome è Shangai Joe)

1972 - Mais qui donc porte la culotte ? (La Schiava io ce l'ho e tu no)

1972 - Les Orgies de Frankenstein / Frankenstein 80 / Les Orgies de Frankenstein 80

1972 - Planque-toi minable, Trinita arrive ! (Scansati... a Trinità arriva Eldorado )

1972 - Maison de rendez-vous (Casa d'appuntamento)

1972 - La Nonne et les sept pécheresses (Io monaca... per tre carogne e sette peccatrici)

1971 - Era Sam Wallach... lo chiamavano 'così sia'

1971- Macho Callaghan se déchaîne (Giù la testa... hombre)

1971 - Le Saut de l'ange

1971 - Le Jour du jugement (Il Giorno del giudizio)

1971 - Nevada kid / Coffin Full of Dollars (Per una bara piena di dollari)

1971 - The Arizona Kid / I fratelli di Arizona

1971 - Il magnifico west

1971 - Il Suo nome era Pot, ma lo chiamavano allegria!

1971 - Vamos a matar Sartana

1971 - Io non spezzo, rompo

1970 - Giù le mani carogna

1970 - Inginocchiati straniero, i cadaveri non fanno ombra

1970 - Si je te rencontre, je te tue (Se t'incontro, t'ammazzo)

1970 - Sartana, si ton bras gauche te gêne, coupe-le (Arrivano Django e Sartana... è la fine)

1969 - Les Ravageurs de l'Ouest (C'era una volta questo pazzo pazzo west)

1969 - Lisa dagli occhi blu

1969 - Ora X - pattuglia suicida

1969 - Sartana le fossoyeur (Sono Sartana, il vostro becchino)

1969 - Satyricon

1969 - Pour un dollar je tire (T'ammazzo! - Raccomandati a Dio)

1968 - If One Is Born a Swine... Kill Him / Cry of death (Carogne si nasce)

1968 - Tout sur le rouge (Tutto sul rosso)

1968 - Pas de pitié pour les salopards (Al di là della legge)

1968 - Radhapura - Endstation der Verdammten

1968 - Seul contre les mercenaires (Sapevano solo uccidere)

1968 - Opération fric (Sette volte sette)

1968 - Pour une poignée de diamants (Cin... cin... cianuro)

1968 - Le Tueur aime les bonbons (Un Killer per sua maestà)

1967 - Né pour tuer (Django - nato per uccidere)