HWANG JANG LEE
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Le Coréen Hwang Jang-Lee, parfois plus connu sous son nom sinisé Wong Cheng Lee (sans parler des innombrables variantes orthographiques que recense l’IMDB), fait partie de ces acteurs qui vous évoquent vaguement quelque chose, une impression de déjà-vu, vous arrachent des « tiens, il me semble que je l’ai déjà aperçu quelque part celui-là… », c'est-à-dire qu’on a beau les avoir zyeuté dans bon nombre de films, ils n’en demeurent pas moins des anonymes.



Eternel abonné aux rôles de méchants dans des productions de seconde zone souvent vites vues vites oubliées, Hwang Jang-Lee demeure, dans la vie comme à l’écran, un authentique artiste martial champion de la tatanne avec les pieds, ce qui lui a valu les surnoms amicaux et flatteurs de « King of the Leg Fighters », « The Ultimate Bootmaster » ou encore « Lord of the Superkickers ».


[Evidemment je suis tellement malin que pour illustrer mes propos j’ai fait des caps de coups de poing au lieu de coups de pied…]


Fils d’immigrés coréens, Hwang est né le 13 décembre 1944 à Osaka dans un Japon bombardé par les Américains. Quelques mois plus tard, la famille doit retourner en Corée après la fermeture de la compagnie du père par le gouvernement japonais. A l’âge de 14 ans, et contre la volonté de ses parents, le jeune garçon commence à suivre des cours de taekwondo, art martial coréen par excellence. Devenu aguerri dans cette discipline (il atteindra le rang de 7ème dan), Hwang obtient un poste d’instructeur au sein de l’armée coréenne qu’il incorpore en 1965. Envoyé au Viêt-Nam pour entraîner les troupes coréennes et initier quelques Gi’s aux arts martiaux, Hwang va s’illustrer de façon tragique au cours d’un exercice de self-défense en tuant son adversaire.


"Maillon N°1 de la chaîne alimentaire" proclame fièrement la jaquette...


Il semble que ce dernier était un Sud-Vietnamien expert dans le maniement du couteau qui prétendait que cette arme était supérieure à n’importe quelle forme de combat à mains nues. Hwang aurait contesté ce jugement et le ton serait rapidement monté entre les deux hommes, l’expert au couteau souhaitant en découdre pour prouver la primauté de son affirmation. Hwang aurait refusé le défi, tourné les talons et l’individu au couteau en aurait alors profité pour l’attaquer (peut-être histoire de démontrer aussi la supériorité d’une attaque par derrière…). Mais Hwang se serait retourné promptement en lui décochant un coup de pied circulaire en pleine tempe, tuant son adversaire sur le coup. La scène ayant eu lieu devant témoins et Hwang ayant été considéré en état de légitime défense, l’affaire aurait été classée. Il est probable que le contexte de la guerre a dû jouer, Américains et Vietnamiens ayant d’autres chats à fouetter.


Moi aussi un jour je porterai une belle perruque blonde…


Hwang a débuté sa carrière dans le cinéma en Corée, au milieu des années 70. Il est notamment remarqué par Ng See-Yuen, le fondateur de la firme Seasonal Films, qui lui offre le rôle du méchant Silver Fox dans The Secret Rivals (1976) où il affronte la micro-star chinoise John Liu. Grâce à un kung-fu résolument novateur – les combats se composant presque exclusivement de coups de pieds et non de coups de poings comme il était alors d’usage – le film cartonne. Ce premier grand rôle lui collera à jamais à la peau, Hwang reprenant le personnage de Silver Fox à travers plusieurs films au point de s’en faire un deuxième nom. Il joue surtout à Hong Kong, et d’abord dans ce qui est alors à la mode : la bruceploitation. Il croise ainsi la route de Bruce Li [Behind Bruce Lee aka Bruce Lee Fights Back From the Grave (1976) ; Secret of Bruce Lee aka Bruce Lee's Deadly Kung Fu (1976)], de Bruce Le [Bruce, King of Kung Fu (1980) ; Bruce Contre-Attaque (1982)] voire de toute une ribambelle de clones en même temps [Enter Three Dragons (1979), avec Bruce Li, Bruce Le, Bruce Lai, Bruce Lea et Bruce Thai !!!], partageant même la vedette avec des stock-shots de Bruce Lee dans l’inadmissible Jeu de la Mort 2 (Game of Death 2, 1981).


Hwang Jang-Lee se fait briser la jambe par Bruce Le dans Bruce Contre-Attaque (1982), produit par Dick Randall et dans lequel on retrouve par ailleurs Jean-Marie Pallardy !



Dans Le Jeu de la Mort 2 (1981), Hwang Jang Lee joue le personnage de Chin Ku, l’ami du héros Billy Lo, qui trouve la mort dans des circonstances étranges. C’est sur ce décès que vont enquêter de surprenants stock-shots de Bruce Lee, relayés par la doublure Kim Tai Chung.


Mais durant cette période, on le retrouve également en méchant de service dans deux des films qui ont contribué à promouvoir Jackie Chan au rang de star, Snake in the Eagle's Shadow et surtout Drunken Master (tous les deux de 1978). Lors du célèbre final de ce dernier, certaines rumeurs voudraient même que Hwang, n’ayant pas retenu tous ses coups, ait cassé une ou deux dents à Jackie !


Hwang dans l’excellent Drunken Master (1978)


Hwang s’essaie par ailleurs à la réalisation en se mettant lui-même en scène, comme dans Fearless Master Fighter (1979) ou Hitman in the Hand of Buddha (1981), en profitant au passage pour incarner de gentils héros. Mais le fond de commerce de Hwang restant les rôles de méchant auxquels le public l’associe, il continue dans cette voie et sa route croise alors bientôt celle du producteur Joseph Lai et de son jeune poulain Godfrey Ho.







C’est ainsi qu’on le retrouve successivement dans Martial Monks of Shaolin Temple (1981) et 5 Pattern Dragon Claw (aka Dragon’s Claw aka Thundering Fist, 1982), tous deux réalisés par Ho pour Filmark, puis dans Buddhist Fist and Tiger Claws (1982), Eagle Vs Silver Fox (1982) et Le Tigre Contre Ninja (Secret Ninja, Roaring Tiger, aka Secret Ninja aka Justice of The Ninja, 1982), toujours réalisés par Ho mais pour Asso Asia Film Production [je fonde toutes ces allégations sur l’excellent site www.rarekungfumovies.com, l’IMDB semblant un peu dépassée dans ce domaine].




Un Godfrey Ho avec Wong Cheng Li, Dragon Lee et Hwang Tang Lee tout frais ressorti chez nous en DVD chez Bach Films


Cette collaboration trouvera son paroxysme le plus réjouissant dans le mémorable Ninja Terminator (1985), Ho ayant opéré sa déhiscence transitionnelle entre kung-fu fauché et filouterie ninja. Hwang y campe un bad guy spectaculairement emperruqué qui ne croisera jamais le good guy Richard Harrison grâce à la magie du « 2 en 1 ».



Inoubliable prestation dans Ninja Terminator (1985).


Même aux Etats-Unis la renommée de Hwang n'est pas nulle. La preuve : l'éditeur "Ventura distribution" le met en avant via une collection "Silver Fox" !


Peut importe, cette rencontre au sommet avait déjà eu lieu dans l’ultra-alléchant Challenge of the Tiger (aka Dragon Bruce Lee aka Gymkata Killer, 1980 – 1985 selon l’IMDB –) réalisé par Bruce Le avec lui-même, Richard Harrison, Wong Cheng Lee, Bolo Yeung, May Hong, Dick Randall (producteur)… Bruce Le et Richard Harrison y campent deux agents spéciaux de la CIA qui ont pour mission d’empêcher des terroristes de mettre la main sur une formule secrète capable de stériliser la gent masculine de la planète entière ! Le premier est une tête brûlée qui fracasse tout ce qui bouge (il fend le crâne de taureaux à mains nues dans une arène), le second un chaud lapin hédoniste (il joue au tennis avec des donzelles qui ont la poitrine à l’air, le tout filmé au ralenti bien évidemment…). Une authentique perle que le chroniqueur de www.rarekungfumovies.com situe au même niveau que le mythique Clones of Bruce Lee !



En 1989, c’est une autre grande figure du nanar que croise Hwang, en la personne de l’immense Max Thayer dans l’explosif Karate Tiger 2 (No Retreat, No Surrender 2), avec également Cynthia Rothrock et Matthias Hues.


Hwang en nervi de Matthias Hues dans Karate Tiger 2 (1989)


A partir des années 90, après avoir vigoureusement tatanné dans une soixantaine de films, Hwang opère ce qu’on appelle un repli stratégique, désertant les plateaux pour diriger une entreprise fabriquant du matériel de golf (qui aurait rapidement capoté), un hôtel à Séoul ainsi qu’une agence de gardes du corps, apparaissant encore dans Emperor of the Underworld (1994), qu’il met en scène, et dans Boss (1996), deux films coréens à petit budget. Il coulerait aujourd’hui une retraite paisible sur l’île de Cheju. Après avoir indifféremment donné la réplique à des vedettes de Hong Kong comme à des stars du nanar et balancé quelques millions de coups de panards, c’est aussi ce qu’on peut appeler le repos du guerrier. Peut-être que son fils Jason, dont on dit qu’il a hérité des talents jambiers de son père, assurera un jour la relève sur grand écran.


La honte, ça y est, j'ai ma fiche sur Nanarland ! Bon allez, j’invoque la roublardise de l’autruche : si je ne les vois pas ils ne me voient pas…


…ah, zut, ça a raté.







En bonus, un extrait audio de l’emphatique bande-annonce française de L’Exécuteur Défie l’Empire du Kung-Fu (1983) de Godfrey Ho.

Et aussi cette chouette interview menée par l'équipe de HK Cinemagic du gweilo Roy Horan, acteur et producteur à Hong Kong, qui revient avec moult anecdotes sur sa collaboration et son amitié avec Hwang Jang Lee.
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John Nada