JAN-MICHAEL VINCENT
Du jeune premier prometteur à l’idole des années 1980, au ringard inemployable : telle a été la triste trajectoire de Jan-Michael Vincent qui nous rappelle, une fois de plus, que la roue tourne parfois bien cruellement. Voir celui qui fut la star d’une série télévisée à l’immense succès se compromettre à peine deux ans plus tard dans des séries Z improbables ne laisse pas d’intriguer et illustre combien l’enfer du nanar guette souvent au coin de la rue quand on est au sommet de la gloire (j’ai réussi à caser trois clichés en une phrase, je suis content).
Jan-Michael Vincent est né le 15 juillet 1944, à Denver (Colorado, Etats-Unis). Beau garçon, athlétique et sportif, Jan-Michael est remarqué par Dick Clayton, un imprésario dont le titre de gloire demeurera d’avoir découvert James Dean. Clayton persuade le père du jeune homme de lui faire passer des castings pour des séries télévisées et des publicités. A la fin des années 1960, Jan-Michael Vincent décroche ses premiers rôles à la télévision américaine. Il multiplie les tournages, pour le petit et le grand écran, donnant à l’occasion la réplique à des grands noms d’Hollywood. On le voit ainsi dans « Les Géants de l’ouest » avec John Wayne et Rock Hudson. « Le Flingueur », où il donne la réplique à Charles Bronson, lui vaut un rôle important. Sans être un grand comédien, Jan-Michael se fait remarquer par son charisme et sa belle gueule un peu arrogante. On le voit ensuite dans « La Chevauchée sauvage », de Richard Brooks, avec Gene Hackman, où il joue (fort bien) un rôle antipathique. Une occasion en or lui échappe cependant avec « Les Dents de la mer », sur lequel il était prévu pour le rôle finalement tenu par Richard Dreyfuss.
Jan-Michael, encore beau et propre sur lui dans "The World Greatest Athlete", une production Disney de 1973 sortie furtivement chez nous sous le titre "Nanou, le fils de la jungle"...
Au milieu des années 1970, Jan-Michael Vincent est devenu, toutes proportions gardées, un acteur en vogue. Sans apparaître vraiment comme une star en devenir, il connaît un succès que lui envieraient bien des comédiens. Mais sa vie privée n’est pas à la hauteur de sa réussite professionnelle : fêtard et flambeur, l'acteur abuse d’alcool et de drogues diverses, ce qui le conduit à un premier divorce.
Jan-Michael dans "White Line Fever" (1975). Un ménage morose dans la vie comme à l'écran.
"Graffiti Party" ("Big Wednesday") en 1978.
Jan-Michael n'a pas échappé à la vague du film sécuritaire ("Un Défi pour survivre" / "Le Justicier du Bronx" / "Defiance", 1980).
Sa carrière semble cependant bien se porter : les choix de films de Jan-Michael ne sont pas toujours heureux (« Les Survivants de la Fin du Monde ») mais rien ne laisse présager sa future sortie de route. Au début des années 1980, notre homme trouve moins de rôles au cinéma, mais sa carrière télévisée est au contraire à son zénith : la mini-série « Le Souffle de la guerre », dont il tient la vedette avec Robert Mitchum et Ali McGraw, est un succès international. Porté par la vague, Jan-Michael Vincent décroche en 1984 le rôle principal de la série « Supercopter » (« Airwolf »), qui sera un autre très grand succès. Les allures de beau ténébreux de Jan-Michael font fureur et il devient une vedette des magazines télé internationaux.
Jan-Michael Vincent est au sommet de sa carrière, mais il ne va pas tarder à en redescendre, en faisant de douloureux tonneaux : l’acteur n’a en effet pas cessé d’abuser de la bouteille. Son alcoolisme a perturbé gravement son second mariage, l'amenant à noyer son chagrin dans encore plus de bibine. Jan-Michael finit par en arriver à se présenter sur les plateaux de tournage en tenant à peine debout, incapable de retenir son texte, devant être doublé pour la moindre scène d'action. Un jour, deux assistants sont paraît-il chargés de lui tenir les jambes pour l'aider à se tenir droit face à la caméra. Les producteurs de la série décident tout naturellement de couper court au carnage : au bout de deux saisons, Jan-Michael Vincent est évincé de « Supercopter » (qui ne survivra guère à son départ). Sa carrière ne va pas s’en remettre : il enchaîne toujours les rôles mais, de plus en plus instable et difficile à gérer, va se retrouver en moins de trois ans aux génériques des plus lamentables productions des bas-fonds d’Hollywood.
On le voit, bouffi et comme paralysé du visage, jouer les manipulateurs ténébreux dans « La Maîtresse du désir », un thriller érotique minable réalisé par David DeCoteau (auteur de « Creepozoïds »).
Il tient sans conviction aucune des rôles dans l’ultra-cheap « Alienator », de Fred Olen Ray, ou « X-Tro 2 », tourne sous la direction d'un Menahem Golan lui-même sur le déclin, donne la réplique à Brigitte Nielsen ou Joe Lara. Vieilli, fatigué, Jan-Michael Vincent tente de donner le change professionnellement, mais son alcoolisme chronique l’empêche de travailler normalement sur toute la durée d’un tournage. Au début des années 90, il part même aux Philippines comme de nombreux has been pour cachetonner dans des productions Corman tournées par Cirio H. Santiago.
Sa vie privée ne va pas mieux : sa femme l’a quitté définitivement, ce qui n’arrange pas son état mental. En 1996, ivre au volant, il se blesse gravement dans un accident de voiture et s’en tirera avec des vertèbres meurtries et, surtout, des cordes vocales abîmées. Il quitte prématurément l'hôpital pour tourner dans le film « Red Line » : dans certaines scènes, les contusions et les cicatrices sont encore visibles sur son visage, et on peut voir son bracelet d'hôpital à son poignet !
Jan-Michael Vincent dans "Red Line".
Une violente altercation avec son épouse lui vaudra ensuite une condamnation en justice : complètement désemparé, Jan-Michael Vincent quitte même son domicile et erre quelques mois comme un SDF à Los Angeles.
"Buffalo '66"
En 1998, Jan-Michael obtient un rôle dans « Buffalo '66 », de Vincent Gallo, qui lui permet de rappeler au milieu du cinéma ses talents d’acteur, que l’on croyait bel et bien noyés dans les spiritueux. Son alcoolisme ne l’a cependant pas abandonné et lui vaudra une condamnation pour ivresse publique. Après plusieurs autres films, et une sévère cure de désintoxication, Jan-Michael Vincent décide en 2002 de couper court à sa carrière. Libéré, semble-t-il, de ses démons personnels, il quitte le milieu du cinéma et s’installe dans un ranch du Mississipi, où il s’occupe apparemment d’élevage de chevaux.
Une carrière enviable, malheureusement gâchée par une vie privée désastreuse : si des cas similaires sont hélas monnaie courante, rarement chute fut aussi brutale que celle de Jan-Michael Vincent, héros viril des années Reagan, transformé en has-been momifié. On ne peut que se réjouir que notre homme ait su apparemment remonter la pente, laissant dans son sillage quelques belles zèderies qui, à défaut de faire son bonheur, auront pu faire celui des nanarophiles !
Nikita
