MICHEL GALABRU
Michel Galabru est sans doute à la fois l'acteur français le plus populaire parmi les rescapés du comique franchouillard, et un exemple de comédien dont la carrière demeure d'une immense richesse malgré des plongeons occasionnels dans les tréfonds du nanar.
Né le 27 octobre 1924 à Safi (Maroc), Michel Galabru rêve, enfant, de devenir footballeur professionnel. Mais, alors qu'il est installé dans le sud de la France, le jeune Michel attrapera le virus du théâtre en écoutant des enregistrements de Sacha Guitry et Yvonne Printemps. Il monte à Paris et obtient une place de contrôleur au Théâtre national populaire.
Il finit par réussir le concours d'entrée au Conservatoire, d'où il sortira avec un prix du meilleur jeune comédien. Il travaillera ensuite à la Comédie Française de 1950 à 1957, jouant les classiques du répertoire. Ayant quitté cette prestigieuse maison, il entamera ensuite une carrière dans le théâtre de boulevard. La comédie est sa vraie voie, qu'il ne quittera plus. Actif au théâtre et à la télévision (on le voit notamment dans un célèbre "Cyrano de Bergerac" de l'ORTF, où il interprète le cuisinier Ragueneau), Michel Galabru devient de plus en plus familier auprès du grand public. La série des "Gendarme", où il donne la réplique à Louis de Funès, le consacre vedette populaire.
Michel Galabru devra cependant attendre "Le Viager" de Pierre Tchernia (1971), pour se voir offrir un rôle comique un peu plus relevé. Les années 70 sont pour l'acteur une période de gloire : notre homme tourne une quantité impressionnante de films, parmi lesquels un très grand nombre de nanars comiques, comme "Les Vacanciers" de Michel Gérard, "Le Grand fanfaron" de Philippe Clair, "Soldat Duroc ça va être ta fête" et autres "Y'a un os dans la moulinette". Le comédien avouera sans complexes avoir beaucoup d'impôts à payer. D'autres sources rapportent que si ce grand comédien s'est compromis dans autant de films peu recommandables, c'est surtout parce que la première de ses trois femmes était une harpie épouvantable qui le harcelait constamment pour qu'il rapporte toujours plus d'argent au foyer. Pour la paix de leur ménage, Michel Galabru finissait, paraît-il, toujours par craquer.
Parallèlement, Michel Galabru tourne des comédies plus relevées comme "La Cage aux folles", mais rappelle dans des films comme "Flic ou voyou" et le méconnu "Monsieur Balboss" (où il interprète un policier corrompu) qu'il sait être un bon acteur dramatique. C'est surtout avec "Le Juge et l'assassin" de Bertrand Tavernier que Michel Galabru assoira définitivement sa réputation de grand comédien : interprète d'un tueur fou, il remporte le César du meilleur acteur. On le reverra dans des rôles "sérieux" à de nombreuses reprises, notamment dans "Le Choix des armes", "Subway" ou "Kamikaze" (où il joue un inventeur fou qui tue les présentateurs télé en direct, en envoyant des ondes à travers l'écran !).
Michel Galabru alterne, dans les années 80, films et pièces de théâtre avec un succès non démenti. L'effondrement de la comédie populaire à la française ne lui nuira que modérément : l'homme a déjà prouvé depuis longtemps sa polyvalence et sait rappeler à l'occasion (comme dans "Uranus" de Claude Berri) qu'il est un grand acteur.
Michel Galabru au théâtre dans "La Femme du Boulanger".
Sa grande activité, ainsi que son talent de second rôle comique, ne pouvaient que conduire Michel Galabru à côtoyer le nanar français dans ce qu'il a de plus bas. L'homme a cependant surnagé et su garder l'affection du public, qu'il a conquis grâce à un jeu exubérant hérité des monstres sacrés des années 30. Grand acteur, certes, mais habitué du nanar. Familier de la série Z, mais reconnu par ses pairs. Toute la richesse du cinéma résumée en une carrière, qui nous rappelle utilement qu'un nanar, tel qu'il est conçu ici, est avant tout un mauvais film que l'on aime et que cela vaut également pour ses acteurs.
Nikita
