PAUL PREBOIST
Visage connu entre tous du cinéma comique français à partir des années 1960, Paul Préboist est un exemple frappant de l'équation de bon second rôle promu tête d'affiche dans des nanars de poids. Né le 21 février 1927 à Marseille, Paul Préboist est tout d'abord jockey, à l'âge de 14 ans, avant de travailler à la fin de son adolescence comme guichetier à la Sécurité Sociale. Il satisfait sa vocation pour le spectacle en interprétant des chansons humoristiques (notamment le répertoire de Fernandel) dans les brasseries marseillaises et fait de timides débuts d'acteur. Dans les années cinquante, le comédien Henri Crémieux le persuade de monter à Paris. Il y suit les cours du Centre Dramatique de la Rue-Blanche, avant de débuter sur les planches. Paul Préboist multiplie les activités et se produit tant au théâtre qu'au cinéma. Comique de cabaret, il est tout d'abord confiné à l'écran dans de tous petits rôles, et tient même des emplois de cascadeurs sur des films de cape et d'épée.
Paul Préboist interprète des sketches sur scène avec son frère Jacques, également comédien, et qui connaîtra une carrière plus discrète. Il se produit à la télévision, interprétant des saynètes à l'ORTF, ce qui lui vaut notamment de faire la connaissance de Louis de Funès, « déjà très drôle et insupportable ». Paul fait de nombreuses apparitions, plus ou moins brèves dans de multiples films et téléfilms : on l'entraperçoit ainsi deux secondes dans un « Cyrano de Bergerac » télévisé, où il se limite à faire « hips », dans un rôle d'ivrogne.
Dans les années 1960, le visage et l'accent méridional de Préboist sont devenus très familiers du public : on le voit dans des rôles plus importants, à l'affiche de films comme « Week-end à Zuydcoote », « Les Tribulations d'un Chinois en Chine », « Oscar », « Le Vieil homme et l'enfant », de Claude Berri ou « Un idiot à Paris », donnant la réplique à Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès, Michel Simon ou Jean Lefebvre.
Spécialisé dans les rôles d'imbéciles heureux, qu'il interprète avec jovialité, Paul Préboist a auprès du public une cote de sympathie non négligeable. Mais son activité d'acteur de complément le conduit à multiplier les films, avec un bonheur inégal. C'est ainsi qu'on le voit de plus en plus dans des comédies d'une qualité pour le moins discutable : « Y'a un os dans la moulinette », ou le totalement hallucinant « Les Vacanciers » de Michel Gérard, dans lequel il se débat, aux côtés de Michel Galabru et Alice Sapritch, avec un scénario et des dialogues manifestement improvisés.
A partir des années 1970, Paul Préboist va, sa notoriété aidant, alterner des seconds rôles dans de bons films avec des rôles importants dans ces nanars et navets comiques dont la France a le secret. A noter cependant qu'il apparaît dans quelques films plus sérieux (bien qu'il y tienne généralement des emplois comiques) : il joue ainsi un inspecteur de police dans le polar « L'Explosion », tourné en France avec Richard Harrison ! Mais le vrai domaine de Préboist est bien la comédie : il continue d'alterner des films comme « La Folie des grandeurs » ou « Les Chinois à Paris » avec d'autres comme « L'Emir préfère les blondes» ou « Planque ton fric, j'me pointe ! ». Parallèlement, il se produit régulièrement à la télévision dans des émissions comme « Les Jeux de 20 heures » ou « L'Académie des 9 ».
Dans les années 1980, Paul Préboist accède enfin aux premiers rôles, mais c'est alors pour se produire dans des chefs-d'œuvre comme « Mon Curé Chez les Nudistes », « Le Facteur de Saint-Tropez » ou « Superflic se déchaîne », qui contribueront à l'associer solidement, dans l'esprit du public, au nanar comique français dans ce qu'il a de plus costaud. Préboist n'est hélas pas un très bon acteur de composition : excellent acteur de second rôle, il est moins convaincant en protagoniste, emploi dans lequel son jeu apparaît un peu trop répétitif.
A partir du milieu de la décennie 80, la comédie populaire décline et la carrière cinématographique de notre ami va quelque peu ralentir : il ne reste cependant pas inactif, car Patrick Sébastien va en faire l'un de ses faire-valoirs comiques les plus récurrents à la télévision. Durant plusieurs années, Paul Préboist interprète des sketches (assez inégaux) dans « Sébastien, c'est fou ! ». Il tiendra plus tard des propos un peu aigre-doux sur cette émission et ses prestations, tout en restant bon ami avec l'animateur. Il reviendra ensuite à la scène en interprétant un one-man-show, mais le temps va hélas lui être compté : Paul Préboist meurt le 8 mars 1997, en région parisienne, à l'âge de 69 ans. A noter qu'une rumeur voudrait qu'il soit demeuré puceau : il l'avait lui-même alimentée dans l'émission « Le Grand bluff », avec Patrick Sébastien.
Bien que sa carrière cinéma soit moins riche que celle d'un Michel Galabru ou même d'un Jean Lefebvre, Paul Préboist incarne mieux que beaucoup le paradoxe d'un acteur de complément doué, à la filmographie très honorable, devenu cependant au fil des ans un symbole du nanar à la française. On retiendra ses excellentes prestations dans de multiples classiques pour mieux apprécier le fait que, nanars ou pas, les acteurs sont immortels !
Merci au Rôdeur et à Robert Zdar (le forumer, pas l'acteur...)
Nikita
