RICHARD CRENNA
Richard 'Dick' Crenna naît le 30 novembre 1926 à Los Angeles, d'un père pharmacien et d'une mère hôtelière. Il montre précocement des dons pour la comédie, improvisant des numéros de music hall et d'imitation devant les clients de l'hôtel maternel. Le jugeant doué, son instituteur recommande le jeune Richard (âgé de seulement 11 ans) pour une audition auprès d'une station radiophonique locale de NBC qu'il intègre quelques temps plus tard. Durant près de 20 ans, il exercera son art à la radio, interprétant des douzaines de feuilletons dont certains très populaires tels « Date with Judy » en 1946 et « The Real Mc Coys » en 1957. Richard Crenna devient ainsi l'une des voix les plus célèbres de la côte Ouest, menant en parallèle des études d'art dramatiques à l'University of South California et une carrière sportive amateur, dans le basket-ball notamment.
Sa licence d'Art dramatique en poche, Richard Crenna, 25 ans, est déjà un vieux routard. Cependant, complexé par un physique qu'il juge ingrat (« une grande bringue dévorée d'acné », telle est l'impression qu'il donne selon ses propres termes), il n'ose que timidement se montrer sur les plateaux de cinéma et de télévision. Aussi, ses débuts à l'écran seront-ils plutôt timorés, Richard se contentant de reprendre à la télévision des emplois qu'il tenait déjà à la radio ou encore de figurer dans des rôles subalternes (et parfois non crédités) de productions ciné de faible importance. Il se fait tout de même remarquer en 1956 dans la série TV « Slattery's people » où il interprète un jeune politicien ambitieux mais, encore trop peu sûr de lui, Richard décline toutes les offres qui lui permettraient d'accéder au vedettariat (il refusera par exemple le rôle principal de la série « Hawaii police d'état »).
Ce n'est qu'au milieu des années 60 que Richard Crenna, qui est désormais un trentenaire à la filmo en dents de scie, parvient à vaincre sa timidité et s'impose peu à peu au cinéma. Les vieux croulants (ou les cinéphiles, ou les deux) se souviennent sans doute de « Seule dans la nuit », où il ne fait rien qu'à embêter la douce Audrey Hepburn, des « Naufragés de l'espace », qui le voit se paumer dans le cosmos en compagnie de Gene Hackman, et bien sûr de « La canonnière du Yang-Tsé », dont il est le commandant, un grand classique avec Steve Mc Queen. Ces apparitions lui permettent logiquement d'enchaîner sur... pas grand chose, Richard Crenna préférant se consacrer à une carrière télé fructueuse et investir ses gains dans une société de production audiovisuelle (Pendick) qu'il fonde en compagnie de sa épouse Penni Sweeney Crenna. Tout juste le reverra-t-on dans quelques westerns, dont « Catlow », où il émerveille tant notre Jean-Pierre Melville national que celui-ci lui offre la vedette américaine de son dernier film, « Un flic », un rôle de truand aux côtés de Catherine Deneuve et d'Alain Delon, pour ce qui restera la seule incursion du (pas encore) Colonel Trautman au pays des Lumières et des frères du même nom.
Les années 80 vont être grandement salutaires à Richard Crenna. Sans elles, sans doute aurait-il fini par ne plus être pour le public international qu'une autre de ses ''gueules du ciné ricain'' que l'on repère de téléfilms « Hollywood night » en séries B « Jeudi de l'angoisse » sans jamais pouvoir les nommer. Mais avec la maturité vont venir, c'est à peine croyable, les rôles de la maturité, accompagnés de leur cortège de succès personnel, d'Emmy Award, d'étoile sur le trottoir des stars (à côté de celle de Stallone en plus !), de blockbusters plein de communistes qui cherchent où c'est qu'y sont planqués les missiles (ils sont où, d'ailleurs ?!), de fiche-acteur dans Nanarland et de plein d'autres machins super-glamour qui forgent une réputation à Hollywood.
D'abord, la carrière de Richard Crenna à la télévision finit par payer au-delà de ses propres espérances. Vedette incontournable du téléfilm de prime time, il finit par impressionner durablement les esprits avec une série de rôles courageux et d'une justesse confondante. On retiendra notamment trois téléfilms tournés à la suite au cours des années 85-86 : « Le viol » de Richard Beck, où il interprète un policier violenté (Emmy Award du meilleur acteur), « Justice », un polar de plus de trois heures aux côtés de Beverly D'Angelo dans lequel il traque un psychopathe qui calque ses meurtres sur les films d'Hitchcock (un succès d'audience qui permettra à Crenna de décliner le policier 'Janek' dans plusieurs suites), et « Un cas de force majeure », aux côtés de John Shea, qui relate le combat (véridique) du premier avocat qui réussît à faire condamner la police bostonienne, coupable d'une bavure raciste. On notera également quelques thrillers télévisés de bonne facture, mis en boîte par son ami réalisateur Robert Iscove (« Meurtre sur la voie 9 », « Meurtre en noir et blanc »...).
Par la suite, le parcours jusqu'alors un peu chaotique de Richard Crenna au cinéma s'étoffe de plusieurs rôles conséquents. Richard se retrouve notamment en victime de sa vilaine épouse Kathleen Turner dans « La fièvre au corps », un thriller sexuel qui le fait remarquer par un Sylvester Stallone encore auréolé de la gloire de « Rocky ». Stallone cherche alors désespérément un remplaçant au charismatique Kirk Douglas qui vient de se désister pour le rôle de l'ex-instructeur du Vietnam de son nouveau film, « Rambo ». Richard Crenna accepte l'emploi que lui offre Sly et donne ainsi lieu à la naissance d'un des couples les plus mythiques du cinématographe depuis Humphey Bogart et Lauren Bacall (en passant par Terence Hill et Bud Spencer ou Hercule et Sherlock) : John Rambo et le Colonel Trautman.
Le Colonel Trautman incarne la grandeur de l'Amérique reaganienne : c'est un homme de terrain, pragmatique et loyal, par opposition aux bureaucrates fumistes de l'arrière (l'équivalent de nos technocrates bruxellois si l'on veut) qui sont lâches, veules et corrompus et que même que c'est rien qu'à cause d'eux qu'on a perdu la guerre. Le mentor de Rambo apparaît dans les trois épisodes de la série, déviant peu à peu de son rôle de patriarche qui ramène Notre Héros sur la voie de la raison, à celui de justicier nanar qui envahit l'Afghanistan tout seul, se fait tauper comme un bleu par un communiste qui joue au échecs en roulant des r, et met son collègue dans la mouise en l'obligeant à sortir de sa léthargie bouddhique pour aller le libérer afin d'envahir l'Afghanistan à deux (à deux c'est quand même plus facile, surtout avec un cheval et des lampes bleues).
Et voilà d'un coup Richard Crenna entré au panthéon de la reconnaissance internationale et des acteurs nanars déchus. Comme l'homme a de l'humour et peu d'ego mal placé, il pastichera son rôle de Colonel Trautman dans le délirant « Hot Shots deux », puis se piquera de seconder Leslie Nielsen dans « Y a-t-il un fugitif à bord ». Au rayon bizarrerie, on se souviendra peut-être également qu'il campa un Lawrence d'Arabie de pacotille dans L'encombrant « Mr John », daté de 1964.
Richard Crenna est décédé le 17 janvier 2003 des suites d'un cancer généralisé, alors qu'il poursuivait, à la télévision, le tournage de la série « Amy ». Auparavant, pour ce qui restera l'un de ses derniers rôles, il avait achevé le tournage d'un téléfilm biographique dans lequel il incarnait... Ronald Reagan.

Sa licence d'Art dramatique en poche, Richard Crenna, 25 ans, est déjà un vieux routard. Cependant, complexé par un physique qu'il juge ingrat (« une grande bringue dévorée d'acné », telle est l'impression qu'il donne selon ses propres termes), il n'ose que timidement se montrer sur les plateaux de cinéma et de télévision. Aussi, ses débuts à l'écran seront-ils plutôt timorés, Richard se contentant de reprendre à la télévision des emplois qu'il tenait déjà à la radio ou encore de figurer dans des rôles subalternes (et parfois non crédités) de productions ciné de faible importance. Il se fait tout de même remarquer en 1956 dans la série TV « Slattery's people » où il interprète un jeune politicien ambitieux mais, encore trop peu sûr de lui, Richard décline toutes les offres qui lui permettraient d'accéder au vedettariat (il refusera par exemple le rôle principal de la série « Hawaii police d'état »).
Ce n'est qu'au milieu des années 60 que Richard Crenna, qui est désormais un trentenaire à la filmo en dents de scie, parvient à vaincre sa timidité et s'impose peu à peu au cinéma. Les vieux croulants (ou les cinéphiles, ou les deux) se souviennent sans doute de « Seule dans la nuit », où il ne fait rien qu'à embêter la douce Audrey Hepburn, des « Naufragés de l'espace », qui le voit se paumer dans le cosmos en compagnie de Gene Hackman, et bien sûr de « La canonnière du Yang-Tsé », dont il est le commandant, un grand classique avec Steve Mc Queen. Ces apparitions lui permettent logiquement d'enchaîner sur... pas grand chose, Richard Crenna préférant se consacrer à une carrière télé fructueuse et investir ses gains dans une société de production audiovisuelle (Pendick) qu'il fonde en compagnie de sa épouse Penni Sweeney Crenna. Tout juste le reverra-t-on dans quelques westerns, dont « Catlow », où il émerveille tant notre Jean-Pierre Melville national que celui-ci lui offre la vedette américaine de son dernier film, « Un flic », un rôle de truand aux côtés de Catherine Deneuve et d'Alain Delon, pour ce qui restera la seule incursion du (pas encore) Colonel Trautman au pays des Lumières et des frères du même nom.
Les années 80 vont être grandement salutaires à Richard Crenna. Sans elles, sans doute aurait-il fini par ne plus être pour le public international qu'une autre de ses ''gueules du ciné ricain'' que l'on repère de téléfilms « Hollywood night » en séries B « Jeudi de l'angoisse » sans jamais pouvoir les nommer. Mais avec la maturité vont venir, c'est à peine croyable, les rôles de la maturité, accompagnés de leur cortège de succès personnel, d'Emmy Award, d'étoile sur le trottoir des stars (à côté de celle de Stallone en plus !), de blockbusters plein de communistes qui cherchent où c'est qu'y sont planqués les missiles (ils sont où, d'ailleurs ?!), de fiche-acteur dans Nanarland et de plein d'autres machins super-glamour qui forgent une réputation à Hollywood.
D'abord, la carrière de Richard Crenna à la télévision finit par payer au-delà de ses propres espérances. Vedette incontournable du téléfilm de prime time, il finit par impressionner durablement les esprits avec une série de rôles courageux et d'une justesse confondante. On retiendra notamment trois téléfilms tournés à la suite au cours des années 85-86 : « Le viol » de Richard Beck, où il interprète un policier violenté (Emmy Award du meilleur acteur), « Justice », un polar de plus de trois heures aux côtés de Beverly D'Angelo dans lequel il traque un psychopathe qui calque ses meurtres sur les films d'Hitchcock (un succès d'audience qui permettra à Crenna de décliner le policier 'Janek' dans plusieurs suites), et « Un cas de force majeure », aux côtés de John Shea, qui relate le combat (véridique) du premier avocat qui réussît à faire condamner la police bostonienne, coupable d'une bavure raciste. On notera également quelques thrillers télévisés de bonne facture, mis en boîte par son ami réalisateur Robert Iscove (« Meurtre sur la voie 9 », « Meurtre en noir et blanc »...).
Par la suite, le parcours jusqu'alors un peu chaotique de Richard Crenna au cinéma s'étoffe de plusieurs rôles conséquents. Richard se retrouve notamment en victime de sa vilaine épouse Kathleen Turner dans « La fièvre au corps », un thriller sexuel qui le fait remarquer par un Sylvester Stallone encore auréolé de la gloire de « Rocky ». Stallone cherche alors désespérément un remplaçant au charismatique Kirk Douglas qui vient de se désister pour le rôle de l'ex-instructeur du Vietnam de son nouveau film, « Rambo ». Richard Crenna accepte l'emploi que lui offre Sly et donne ainsi lieu à la naissance d'un des couples les plus mythiques du cinématographe depuis Humphey Bogart et Lauren Bacall (en passant par Terence Hill et Bud Spencer ou Hercule et Sherlock) : John Rambo et le Colonel Trautman.
Le Colonel Trautman incarne la grandeur de l'Amérique reaganienne : c'est un homme de terrain, pragmatique et loyal, par opposition aux bureaucrates fumistes de l'arrière (l'équivalent de nos technocrates bruxellois si l'on veut) qui sont lâches, veules et corrompus et que même que c'est rien qu'à cause d'eux qu'on a perdu la guerre. Le mentor de Rambo apparaît dans les trois épisodes de la série, déviant peu à peu de son rôle de patriarche qui ramène Notre Héros sur la voie de la raison, à celui de justicier nanar qui envahit l'Afghanistan tout seul, se fait tauper comme un bleu par un communiste qui joue au échecs en roulant des r, et met son collègue dans la mouise en l'obligeant à sortir de sa léthargie bouddhique pour aller le libérer afin d'envahir l'Afghanistan à deux (à deux c'est quand même plus facile, surtout avec un cheval et des lampes bleues).
Et voilà d'un coup Richard Crenna entré au panthéon de la reconnaissance internationale et des acteurs nanars déchus. Comme l'homme a de l'humour et peu d'ego mal placé, il pastichera son rôle de Colonel Trautman dans le délirant « Hot Shots deux », puis se piquera de seconder Leslie Nielsen dans « Y a-t-il un fugitif à bord ». Au rayon bizarrerie, on se souviendra peut-être également qu'il campa un Lawrence d'Arabie de pacotille dans L'encombrant « Mr John », daté de 1964.
Richard Crenna est décédé le 17 janvier 2003 des suites d'un cancer généralisé, alors qu'il poursuivait, à la télévision, le tournage de la série « Amy ». Auparavant, pour ce qui restera l'un de ses derniers rôles, il avait achevé le tournage d'un téléfilm biographique dans lequel il incarnait... Ronald Reagan.
