RODOLFO GUZMAN HUERTA (SANTO)
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Comment ça, catch et nanar font mauvais ménage ? Pourtant, lorsque l'on voit les prestations d'Hulk Hogan ou Roddy Piper, on peut au contraire penser que c'est un véritable mariage d'amour entre ces deux activités fort différentes. D'autant qu'entre le sport-spectacle made in USA et le spectacle navrant il n'y a qu'un pas. Un pas que beaucoup de sportifs au physique avantageux franchissent sans problème !



Toutefois, avant de s'intéresser au personnage, il est important de le resituer dans son contexte, celui de la Lucha Libre, le catch mexicain. Véritable institution là-bas, la Lucha Libre était jusqu'à il y a peu le sport national du Mexique (remplacé depuis par le football) et ses vedettes adulées comme nos pousseurs de ballons modernes. Basé sur une succession de mouvements fluides, spectaculaires et aériens (contrairement à la lutte classique) le catch mexicain s'est vu dès les années 30 arrangé, scénarisé, et interprété par des lutteurs au look bien défini et reconnaissable, irrémédiablement catalogués entre « gentils » et « méchants », destinés à régler leurs comptes sur le ring. Le mouvement devint si populaire que certains favelas et barrios mexicains eurent « leur » catcheur, champion des opprimés face à l'apathie sociale et à la dégringolade économique que connut le pays dès les années 40 et dont le lutteur SuperBarrio constitue le dernier avatar. La grande particularité de la Lucha Libre par rapport au « Wrestling » américain est sans conteste l'aspect masqué des lutteurs.



Etrange tradition, issue des « guerriers-jaguars » aztèques, le masque du catcheur mexicain est sa deuxième peau. La symbolique du masque fut tellement énorme que les plus connus des Luchadores ne l'enlevaient quasiment jamais, ou alors juste dans l'intimité. Retirer son masque à un lutteur est le déshonneur ultime, la dernière humiliation. Avec le temps, le port du masque permettait aussi à des organisateurs peu scrupuleux de faire catcher plusieurs lutteurs derrière le même masque. (le « Blue Daemon » eut ainsi plusieurs interprètes certifiés). Par contre, il semble que l'individu qui nous intéresse ici (Santo) ne fut le pseudonyme que d'un seul lutteur, même si par la suite, son fils « El Hijo de Santo » prit la relève de son père.




Rudolfo Guzman Huerta est né le 23 Septembre 1917 à Mexico, district d'Hidalgo. On ne sait pas grand chose de son enfance, mais on le retrouve entre 1930 et 1934 aux Etats-Unis où il travaille comme charpentier et peintre en bâtiment. Par ailleurs, le soir, il s'entraîne à la lutte et catche quelque peu pour se faire de l'argent supplémentaire (nous étions en pleine récession économique américaine et les salaires versés aux ouvriers émigrés mexicains étaient ridiculement faibles.) Pour se faire remarquer parmi la horde de pauvres types prêts à se faire refaire le portrait pour quelques dollars, Guzman a l'idée de se masquer et, ainsi, de pouvoir « interpréter » plusieurs personnages. Il sera successivement « El Murcielago Enmascarado II » (« la Chauve Souris Masquée II ») mais devra abandonner ce pseudo dès que l'authentique « chauve-souris » protestera contre cette accaparation de son personnage. Guzman se créera ensuite un autre alter ego, « l'Homme Rouge » en 1936, qui deviendra « El Demonio Negro », jusquen 1942 pour devenir « El Enmascarado de Plata » (« Le Masque dArgent »), très vite surnommé « Le Saint » (« Santo »).



Santo créera sa carrière sur une noblesse de coeur lui interdisant alors les coups bas, les coups dans le dos et autres composantes de la Lucha Libre. Doté d'un réel charisme, il sera très vite connu du grand public mexicain. En outre, les organisateurs des matchs lui accordent très vite le rôle de « chef des gentils » sur le ring. Malgré tout, il refusera le rôle titre du premier film de Lucha Libre, « El Enmascarado de Plata » en 1952. Mais en 1958, il accepte d'interpréter son propre rôle dans « Cerebro del Mal » (le cerveau du mal ») de Joselito Rodriguez, suivi de « Santo contra hombres infernales » (« Santo contre les hommes de l'enfer »).






Une affiche yougoslave de « Santo Contra Los Aseninos De La Mafia ».


Dès lors, Guzma pose son personnage comme un agent secret mexicain et masqué opposé non seulement à des bandits « conventionnels » mais aussi et l'originalité est là - à des créatures aussi surnaturelles que ringardes. Dès 1961, Santo se lance dans le cinéma de genre et affrontera à l'écran vampires (« Los vampiros »), momies (« Las momias »), zombies (« Los profanatores de tumbas »), loups-garous (« Los hombres lobos »), Martiens (« Los marcianos », rien à voir avec Luis) et rencontre indifféremment d'un film à l'autre Dracula, le Docteur Frankenstein, ou encore ses congénères sur le ring comme Blue Demon, ou les comiques nationaux comme Capulina (le Louis de Funès mexicain d'après Jean-Pierre Putters).


Santo et Capulina.


Plutôt que de faire une revue film par film, fastidieuse tant peu d'entre eux sont sortis en vidéo, il sera plus utile de se concentrer sur le modèle d'intrigue de tous : Santo, agent secret (ou scientifique) flanqué d'un sidekick rigolo est appelé par le gouvernement mexicain pour intervenir sur un problème urgent (loups-garous, momies aztèques, vampires, néo-nazis, martiens) qu'il résoudra habituellement lors d'un combat final ponctué d'une sérieuse morale boy-scout.



Les scènes intermédiaires étaient généralement composées de matchs de catch ou encore de longues randonnées en voiture, sans autre but que de rallonger le temps de métrage (Santo possédait une petite MG et arpentait les routes mexicaines de long en large). Santo y est toujours le représentant parfait de la justice, intègre et honnête. Avec le temps, ses films montreront même des représentants du gouvernement mexicain corrompus, suivant ainsi le ressentiment grandissant du pays contre les institutions incapables de juguler la misère du petit peuple.





Santo connaîtra même la gloire en Europe et en Turquie, mais sans toutefois être vraiment le grand responsable de tout ça. En effet, des producteurs Turcs peu scrupuleux vont s'accaparer le personnage et mettre en scène une piètre copie de Guzman dans des films aussi prometteurs que le très représentatif « 3 Dev Adam » alias « Captain America and Santo vs Spiderman », hallucinante pantalonnade ottomane ou Santo (rebaptisé Superman) et le Captain America affrontent un Spiderman du côté obscur, présenté ici comme un horrible tortionnaire qui décapite des jeunes filles sur des plages avec des hélices de bateaux (!) Inutile de préciser que tout nanardeur qui se respecte est prêt à vendre son âme au Diable pour voir ça.




Parallèlement à sa carrière d'acteur, Santo continue à catcher sur les rings du Mexique, mais se préoccupe d'affaires sociales. A la fin de ses matchs, il apostrophe violemment le gouvernement mexicain, lui demandant ce qu'il compte faire contre la misère dans le pays, participe à des émissions caritatives à la télévision ou organise des matchs exhibition au profit des favelas du Mexique. Désormais Guzman n'existe plus, il n'y a plus que Santo.



Mais bientôt, l'âge rattrape le lutteur et ses dernières performances sont de plus en plus balourdes et peu convaincantes, d'autant que la mode cinématographique mexicaine n'est plus aux catcheurs mais aux violentes épopées du trafic de drogue. C'est à la fin des années 70 que certaines rumeurs prétendent que Santo se ferait doubler sur les rings, notamment par son fils. En 1981, Santo livre son dernier film, « La Leyenda del Ensmascarado de Plata », une rétrospective de sa vie où il ne joue pas, mais laisse son rôle à l'acteur Daniel Garcia. Son fils « El Hijo de Santo » (Jorge Huerta Guzman) donnera la réplique à « son père » et jouera ici son propre personnage.




Le personnage de Santo divertit aussi les plus jeunes via un dessin animé, "Santo Contre les Clones".


Le 26 janvier 1984, Santo, invité sur le plateau de l'émission "Contrapunto", retirera publiquement son masque, montrant au public un visage malade et fatigué (en réalité, cela faisait déjà plusieurs années que santo ne catchait plus et sortait sans son masque, même s'il le cachait au grand public).



Il renoncera officiellement à la Lucha Libre et passera le flambeau à son fils. Il compte ne se consacrer à l'avenir qu'au parrainage d'émissions sportives ou caritatives, mais 9 jours plus tard, le 5 février 1984, Rodolfo Huerta Guzman décède d'un arrêt du coeur. Plusieurs milliers de Mexicains se rendront à ses funérailles. Il encore aujourd'hui inhumé dans « Le Mausolée de l'Ange » à Mexico et sa tombe se voit régulièrement fleurie par des aficionados en larmes. Son fils continue à catcher dans diverses fédérations mexicaines et américaines.


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