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Stuart Smith

Stuart Smith

Biographie



Faire des recherches historiographiques sur les bas-fonds du cinéma nous conduit parfois à des obsessions improbables. Stuart Smith fut l’une d’elles : quiconque avait vu, dans un film de ninjas de Godfrey Ho, surgir comme un diable de sa boîte cet improbable godelureau sec comme un coup de trique et grimaçant comme un mauvais acteur de film muet ne pouvait que rester frappé par l’indéfinissable talent de ce beau ténébreux. Méchant ninja monté sur ressorts, éternel ennemi de Bruce Baron ou Richard Harrison, ou – plus rarement – ineffable héros secoué de spasmes, Stuart Smith incarnait quelque chose comme la quintessence du nanar frappé du ciboulot tant il portait l’art du cabotinage à des sommets inconnus jusqu’alors.



Le mystère entourant le personnage ne faisait qu’ajouter à son étrangeté : qui était-il, d’où venait-il, pourquoi surjouait-il ainsi ? Etait-il atteint de la danse de Saint-Guy ou bien son jeu relevait-il d’une technique inconnue de l’Actor’s Studio ? Après avoir recueilli les confessions de Bruce Baron, nous ne désespérions pas d’en savoir plus un jour sur l’inimitable Stuart. Etait-il devenu pirate en Malaisie ? Pianiste dans un bordel à Macao ? C’est au bout de laborieuses et tâtonnantes recherches que nous retrouvâmes finalement la trace de Stuart Onslow-Smith, respectable analyste financier en poste en Thaïlande. Inutile de dire que quand nous lui téléphonâmes pour lui parler de son passé au cinéma, sa réaction fut à peu près la suivante :



Sa stupeur passée, c’est de très bonne grâce et avec humour que Stuart accepta de répondre à nos questions, dans une interview qui représentait pour nous un très beau cadeau de Noël (tant pis si les fêtes étaient déjà passées) et nous permit de tout savoir sur son parcours original dans l’univers du cinéma de Hong Kong.



Stuart Onslow-Smith est né à Winchester (Grande-Bretagne) avant de passer sa jeunesse à Sydney, en Australie. Est-ce sa double nationalité qui lui a donné le goût de la bougeotte ? Toujours est-il que le jeune Stuart semble épris d’un certain esprit d’aventure : après d’infructueuses études de droit, notre ami gagne sa vie dans le commerce tout en se découvrant un intérêt pour le cinéma. Participant à un projet gouvernemental d’apprentissage des métiers du Septième Art, Stuart travaille sur des documentaires consacrés au surf et prend également des cours de comédie. Prenant goût à la présence devant les caméras, Stuart devient figurant, puis comédien, dans des productions de la télévision australienne.



Mais les soap-operas des Antipodes ne suffisent pas à satisfaire le goût de Stuart pour l’aventure : au milieu des années 1980, la terre promise du cinéma, l’eldorado électrique et explosif, c’est Hong Kong. Dopé par le succès de son nouveau cinéma d’action, la colonie britannique est loin du temps où elle fournissait du kung-fu à la chaîne : les John Woo et Ringo Lam inventent un nouveau langage cinématographique sous l’œil ébahi des connaisseurs. Le cinéma contemporain de Hong Kong fait en outre une petite place aux acteurs occidentaux, dont quelques-uns – Cynthia Rothrock ou, plus brièvement, Bruce Baron – accèdent aux premiers rôles. Mû par l’attrait de l’inconnu, Stuart tente sa chance à HK : c’est le début d’une carrière discrète mais mouvementée de second rôle « gweilo » (« blanc », en cantonais). Il multiplie les petits rôles de méchants, souvent non crédités au générique, se faisant poignarder ou mitrailler à n’en plus finir.


Stuart apparaît le temps d’une image aux côtés du catcheur hollandais Onno Boelee et de Pedro Ernyes (autre habitué des rôles de ninja) dans « L’Héritier de la violence » (Legacy of Rage), un film de Ronny Yu daté de 1986 avec Brandon Lee et Michael Wong.



Le parcours de Stuart aurait pu s’apparenter à celui de multiples seconds rôles blancs, faisant un petit tour anonyme dans le cinéma de Hong Kong, s’il n’avait croisé la route de l’inimitable Godfrey Ho et de son producteur Joseph Lai : les invraisemblables ninjateries du père Godfrey donnent à Stuart Smith (parfois rebaptisé Stuart Smita) l’occasion de passer aux rôles principaux et de laisser une trace unique dans l’Histoire du cinéma. Jeune comédien, Stuart suit en effet docilement, et même avec un net excès de zèle, les instructions de Godfrey, qui insiste pour le voir cabotiner : c’est donc sous le signe d’un surjeu démentiel que Stuart Smith va accéder à un très relatif vedettariat. Grimaçant comme un damné, convulsif et possédé, Stuart oscille entre histrionisme crispé et agitation désordonnée donnant tous les signes extérieurs de la psychose, transformant certains passages des « 2 en 1 » où il s’illustre en véritables numéros d’anthologie (voir cet extrait vidéo pour s'en convaincre).





Il est aussi un des rares à travailler aussi bien pour l'IFD de Joseph Lai que pour la compagnie concurrente Filmark de Tomas Tang. Toutefois, les deux producteurs se faisant la guerre, il se camouffle sous le pseudonyme de Stuart Steen...

Parallèlement, Stuart Smith s’oriente grâce à Godfrey Ho vers ce qui va représenter sa principale source de revenus dans les années suivantes : le doublage. Séduit par son timbre de voix, Godfrey lui propose en effet de se post-synchroniser lui-même : géniale intuition, qui permet à Stuart de se surpasser dans le cabotinage, aboutissant à des prestations qui, en VO, tiennent parfois du chef-d’œuvre d’interprétation nanarde. C'est ainsi que nous resteront des moments de cinéma littéralement anthologiques, dus à un comédien qui s'y livrait sans arrière-pensées ni grande implication, et sans aucune conscience de la "postérité" qui serait un jour la sienne.





Mais le travail de notre ami ne se limite pas aux films de Ho et c’est au sein d’une équipe de doubleurs chevronnés que Stuart contribue aux versions anglaises internationales de nombreuses productions asiatiques. Par ailleurs, jusqu’à la fin des années 1980, il continue d’apparaître à l’écran dans des productions de Hong Kong, jouant les gangsters ou les espions dans un certain nombre de films.





Mais les meilleures choses ont une fin et pour Stuart, l’aventure hongkongaise commence à s’étioler au milieu des années 1990 : l’industrie du cinéma connaît un certain ralentissement et les offres de travail deviennent moins fréquentes pour les doubleurs anglo-saxons. Notre ami décide alors de changer de voie : comme son ex-collègue ninja Bruce Baron, c’est dans la finance que Stuart va désormais exercer. Devenu gestionnaire de portefeuille, le distingué Stuart Onslow-Smith, bien loin des défroques multicolores dont l’affublait Godfrey Ho travaille d’abord à Hong Kong, avant de s’enfoncer plus avant en Extrême-Orient à la faveur de sa mutation en Thaïlande.


« Stuart Onslow-Smith Esq., Financial Advisor, Ninja Master. »


Conscient de la qualité de la plupart de ses films, Stuart porte désormais un regard amusé et sans aucune amertume sur sa carrière. Faute d’avoir révolutionné le cinéma, il se sera bien amusé et nous aura surtout gratifié de quelques-unes des prestations les plus improbables de l’Histoire du nanar. Les petites carrières laissent parfois les traces les plus spectaculaires.



Nikita
Nikita

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Filmographie

(Très certainement incomplète : entre les productions IFD et Filmark, Stuart lui même ne s'y retrouve pas !)



1990 - Guerres de l’ombre / Guerre non déclarée (Sheng zhan feng yun / Undeclared war)

1989 - Bloodfight

1988 - Ninja Territory (Ninja USA / Ninja Destructor / The Kickboxing Eagle / Ninja Demon's Massacre)

1988 - Bad Ninjas

1987 - Black Ninja (Ninja : Silent Assassin)

1987 - Cobra vs Ninja / Cobra against Ninja

1987 - Nom de code : Ninja (Death Code : Ninja)

1987 - Ninja Kill

1987 - Ninja in action / N.I.A. : Ninja In Action

1986 - L’Héritier de la violence (Long zai jiang hu / Legacy of rage)

1986 - The Ultimate ninja

1986 - Ninja Hunt

1984 - Ninja : American Destroyer / American Destroyer / Ninja Invasion / L'Invasion des Ninja (Ninja Destroyer)

1984 - Thundering Ninja

1984 - Ninja Connection / Ninja in the Killing Fields