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Uwe Boll

Uwe Boll

Biographie

The Master of Error




Uwe Boll sur le tournage de In the Name of the King : a Dungeon Siege Tale à Vancouver, en 2005.



Il est très délicat de s'attaquer au cas Uwe Boll, tant son image est brouillée par la haine viscérale que ses films ont pu déclencher ces dernières années chez les fans de jeu vidéo (le bonhomme s'est fait une spécialité de leur dévoiement sur grand écran), ou tout bonnement chez les amateurs d'un cinéma d'exploitation réalisé avec un minimum d'honnêteté. La question étant de savoir si cet opprobre, dont les résonances impressionnantes orientent forcément le regard, est mérité - pour peu qu'on arrête d'y compter les points Godwin. D'après les films qu'on a pu voir du réalisateur, ses réactions face aux critiques ou encore ses hallucinantes sorties dans les bonus de ses DVDs, la réponse est oui. Trois fois, dix fois, mille fois oui.



Né le 22 juin 1965 dans la ville de Wermelskirchen, Uwe Boll obtient un Doctorat en Littérature à l'université de Siegen, et se lance dans l'aventure cinématographique dès 1991 avec un film parodique, hommage au Hamburger Film Sandwich des ZAZ. Il tourne ensuite un docu-fiction, une chronique sociale hardcore, puis une comédie romantique – ce qui témoigne déjà de l'étonnante versatilité du Docteur. Des films dont l'exploitation ne s'est jamais étendue au-delà des salles allemandes, et par ailleurs introuvables en vidéo (certains ont été projeté à L'Etrange Festival édition 2010, dans le cadre d'une rétrospective de sa filmo).



En 2000, à la tête de sa société nouvellement créée, la Boll KG, il convainc les exécutifs peu regardants de Regent Entertainment d'investir dans Sanctimony, piteuse variation sur le thème d'American Psycho avec Casper Van Dien dans le rôle du trader tueur en série. Son film suivant, Blackwoods, propulse un autre acteur de Starship Troopers (Patrick Muldoon) en tête d'affiche, dans un thriller mou du genou. Heart of America, enfin, propose une vision on ne peut plus candide du drame meurtrier survenu au lycée Columbine de Littleton quatre ans plus tôt.



En 2003, Uwe Boll et ses investisseurs de Boll KG prennent une décision cruciale : adapter sur grand écran des jeux vidéo populaires. Lesquels ont l'avantage de bénéficier d'une renommée déjà installée, garante de ventes automatiques du produit à l'étranger. Uwe Boll n'hésite pas à le dire, ce virage productif est purement commercial, le réalisateur n'étant pas spécialement féru de jeux vidéo. Si cette confession a au moins le mérite de la franchise, elle sera en partie responsable du courroux des fans des œuvres complètement massacrées par le réalisateur.



L'autre élément clé dans cette animosité quasi généralisée à l'égard d'Uwe Boll est son incompétence souvent ahurissante. À la vision de House of the Dead, il est incroyable de constater qu'il ne s'agit pas là du premier mais bien du huitième film du réalisateur, tant celui-ci livre un résultat certes hilarant, mais catastrophique en termes de mise en scène, que même des délais de tournage serrés ne sauraient excuser. Des anarchies visuelles et narratives qu'on retrouve dans des acceptions relativement différentes dans Alone in the Dark, BloodRayne et le pétulant King Rising, doublées d'une incompréhension manifeste des matériaux de base. Uwe Boll n'en a cure, comme il le dit lui-même dans les stupéfiants commentaires audio de House of the Dead et Alone in the Dark.





Le phénomène prend de fait des proportions démesurées, accentué par le cynisme évident et affiché d'Uwe Boll. Le réalisateur prend de plus en plus mal les critiques négatives à son endroit, souvent il est vrai aussi stupides que ses films. Mais au jeu de la surenchère, Boll s'apprête à prouver qu'il n'a de leçons à recevoir de personne. En septembre 2006, il invite ses détracteurs les plus virulents à venir l'affronter sur un ring de boxe. Il se garde bien de préciser son expérience de boxeur à ceux qui relèvent le défi, dont un mineur qui sortira KO de la joute.





Non content d'avoir évacué sa rancœur de cette imbécile façon (« Un poing dans la gueule, c'est le meilleur moyen d'aimer mes films ! »), Boll réalise dans la foulée deux œuvres rageuses et jusqu'au-boutistes. Seed et Postal sont toujours aussi idiots et mal filmés, mais leur flot de violence gratuite ou leur bêtise crassement assumée témoignent presque d'une forme de sincérité, chose inédite dans la filmographie d'un homme qui a toujours plus été un businessman opportuniste qu'un cinéaste.



C'est sous cet angle qu'il faut appréhender la singulière suite de sa carrière, qui aura entraîné de fulgurants rétropédalages quant à l'appréciation du bonhomme dans les sphères cinéphiles, jusqu'à son improbable sacralisation de l'Etrange Festival en 2010. Après le petit succès d'estime de Postal (qu'il présentait comme son chef-d'œuvre), Uwe Boll revient aux adaptations de jeux vidéo avec les risibles Bloodrayne 2 et Far Cry, deux produits pas possibles avec leur lot de scènes nanardes (voir le speech final de Bloodrayne 2 ou les cataclysmiques scènes d'action de Far Cry pour avoir un aperçu). Vient alors un revirement pour le moins inattendu, puisque notre homme va tenter de gommer la distance qui sépare un réalisateur d'un cinéaste. En d'autres termes, il va chercher à devenir… un auteur.



Accordons-lui au moins ça, il va procéder de façon plutôt judicieuse pour le triptyque à venir, sincèrement la partie la plus intéressante de sa filmographie. Il s'inspire de sujets réels, forts et violents, qu'il va traiter avec la même mécanique : des scripts non dialogués pour laisser les comédiens improviser et s'emparer de leurs rôles (même si le résultat peut avoir des fortunes diverses, Boll semble au moins reconnaître que l'écriture est loin d'être son fort !), une mise en scène dont le "style documentaire" est surligné par l'emploi de caméras portées et secouées plus que de raison et, pour le fond, une gradation dans une violence abjecte, objet de débat entre les éternels contempteurs du bonhomme et ses nouveaux fans.



Il démarre ce nouvel axe de sa filmo avec Stoic, modeste production en huis-clos montrant les interrogatoires de trois détenus après le suicide d'un quatrième. Le film est en grande partie constitué de flashbacks où sont dévoilés les multiples sévices infligés par les trois personnages principaux. Se retrancher derrière la mention "inspiré de faits réels", ou arguer que le malaise procuré par le film est authentique ne sont pas des arguments, tant la façon dont Uwe Boll construit son récit est franchement dégueulasse. Il n'y a rien de courageux ou de bravache à enchaîner les atrocités (et franchement, dans le genre, toute la nouvelle vague US des rape revenge le met à l'amende), surtout quand le seul discours du film, balancé par l'un des protagonistes au détour d'une phrase jamais développée, consiste à affirmer qu'en prison, il y a quand même des soucis.



Le même énorme problème frappera de plein fouet Darfur, dernier film de sa trilogie auteuriste. Débutant de façon convaincante - et du coup étonnante ! - sur les mêmes bases esthétiques, le film ne devient, à l'arrivée des mercenaires Janjawid, qu'un amoncellement d'actes de barbarie filmés et montés sans aucune autre finalité que de choquer pour choquer. L'éveil des consciences tant recherché par les personnages du film tombe franchement à plat, et ce geste cinématographique d'apparaître au mieux maladroit, au pire obscène – surtout avec le carton final rappelant in extremis le propos (le génocide, c'est mal).



Au beau milieu, on trouve Rampage, sorti en France en DVD avec le beau sous-titre Sniper en liberté. A n'en point douter, le meilleur travail d'Uwe Boll, et presque un bon film pour peu qu'on ferme les yeux sur ses scories récurrentes (des impros approximatives et quelques scènes chocs bien trop bourrines et filmées similaires) ! La nuance vient du fait que cette fois-ci, Boll adopte complètement le point de vue de son anti-héros, transformé rapidement en machine à tuer. La surenchère hardcore est une nouvelle fois de mise, mais pour une fois, le réalisateur laisse le spectateur tirer sa propre morale et ne l'écrase pas sous le poids d'une démonstration didactique empruntant la finesse d'un tractopelle. La caméra est toujours en roue libre, mais le procédé fait sens avec le sujet. L'incroyable cynisme du film, jusqu'à sa conclusion, est sûrement la meilleure retranscription des ambitions cinématographiques d'Uwe Boll, d'un point de vue strictement artistique.





On aurait pu dès lors imaginer le Docteur partir en quête d'Oscars et de Golden Globes, à coups de tatannes dans la gueule si besoin. Ce serait mal connaître son pragmatisme : si un projet se monte, on le tourne, basta. La cohérence artistique, c'est pour les branleurs d'Internet qu'il méprise tant, et dont Nanarland fait bien évidemment partie. Boll tourne donc coup sur coup deux films de facture à peu près correcte, partageant néanmoins une interprétation approximative et un rythme soporifique. Le premier, Final Storm, "thriller" pré-apocalyptique intimiste avec Luke Perry, est un modèle d'empilement d'incohérences scénaristiques qui finissent peu à peu par vous griller le cerveau. Une tambouille à peine rattrapée par une fin mollement gonzo, qui surligne à quel point ce qu'on vient de voir n'a aucun sens. Le deuxième, Max Schmeling, est le biopic gentillet d'un boxeur allemand qui a su faire front au régime nazi. Pompier, enfoncé par son script sentencieux, son acteur principal amorphe et sa réalisation "intuitive", le film se réveille pendant les (nombreuses) scènes de joute pugilistique, a priori la seule chose qui semble intéresser Boll.



Même s'il s'exprime moins sur le sujet, Uwe prend toujours autant à cœur les jugements critiques à son endroit, ce qui peut expliquer l'hallucination à venir. Qu'il tourne le troisième volet de Bloodrayne, situé cette fois-ci en pleine Seconde Guerre mondiale avec un bad guy vampire et nazi, soit. Mais qu'il en profite pour tourner dans le même temps une parodie de ce même film, dans les mêmes décors, avec le même casting si l'on excepte l'actrice principale remplacée par une humoriste obèse, là, on tombe pour le moins dans de l'inédit. De toutes ses adaptations de jeux vidéo, Bloodrayne 3 est celle qu'Uwe Boll a le plus chiadé – le script eut-il été moins bas du front et les habituelles fautes de goût du Docteur (voix-off plombante, scènes de sexe totalement gratuites…) moins prononcées, nous aurions eu affaire à un DTV honnête. Blubberella, par contre, constitue un furoncle purulent sur la face des nouveaux défenseurs d'Uwe Boll.



Consternant, grotesque, gênant et dans le même temps captivant pour tous les masochistes qui auront suivi la carrière du bonhomme de près, Blubberella est un objet parodique déviant, dont le ton penche plus du côté des produits du binôme Aaron Seltzer / Jason Friedberg (Sexy Movie, Big Movie, Spartatouille…) que de South Park, comme c'était déjà le cas pour Postal. La grande majorité des scènes comiques tombent à plat, par manque de timing ou tout simplement d'humour digne de ce nom. Quand il ne refait pas presque mot à mot des scènes entières de Bloodrayne 3 en y rajoutant des blagues sur la boulimie de son héroïne ou sa nymphomanie, Uwe Boll fait tout bonnement n'importe quoi. Il met un bon mot sur les critiques de films dans la bouche d'un nazi, parodie le film Precious, se met lui-même en scène dans la peau d'Hitler… Comme s'il cherchait dans le même temps à désamorcer toute tentative de jugement à son endroit ET à donner le bâton pour se faire battre.


Uwe Boll, à gauche, dans le rôle de Adolf Hitler.


La filmographie d'Uwe Boll, pour disparate qu'elle soit, donne la funeste impression d'un gaillard opportuniste alignant toutes sortes de projets pour continuer à exister coûte que coûte. D'un faiseur pas vraiment appliqué et néanmoins avide de reconnaissance, avec une conscience aiguë des réactions qu'il suscite, mais qui préfèrera s'en moquer au lieu de chercher à les comprendre. Les réponses concrètes à ces attaques, formulées dans ses films, l'ont poussé à se considérer comme un auteur, et de fait ont mis à jour quelques obsessions récurrentes qui définissent aujourd'hui la touche de son cinéma, quel que soit le sujet, sa vocation commerciale ou son degré de sérieux. Une fascination pour la surenchère gore, les corps brûlés de façon cathartique, l'apparat nazi (Boll y a souvent été assimilé sur le net du fait de ses origines allemandes, et il ne s'en est jamais remis), le mauvais goût, et la découverte de l'efficacité relative de la caméra portée pour favoriser l'immersion dans ses récits.



Sur la foi de ses débuts dans l'adaptation vidéo-ludique et de la sinistre opération de comm' autour de ses matchs de boxe contre des critiques juvéniles, on avait tendance à le considérer comme un imbécile agressif, furibard qu'on vienne empiéter sur son fonds de commerce. A la vision de sa filmo de Seed à Blubberella, on est prêt à changer d'avis, et à le reconsidérer comme un taré. Mais un taré qui parvient à enchaîner les projets, à provoquer de l'intérêt autour de sa personne depuis un peu moins d'une décennie, et à entraîner dans sa folie une palanquée d'acteurs has been (Edward Furlong, Brendan Fletcher, Billy Zane, et surtout Michael Paré), caution parfois surréaliste d'écarts cinématographiques toujours imprévisibles.



On n'est pas encore prêts de l'ériger en cinéaste ou en auteur pour autant. Un réalisateur comme Louis Leterrier a lui aussi ses gimmicks récurrents de film en film, sans qu'on puisse considérer Le Choc des Titans, Hulk et Danny the Dog comme une trilogie de l'émancipation. Ce qui distingue Uwe Boll des yes men hollywoodiens pour le moment, c'est uniquement l'utilisation de ses frustrations dans sa filmo récente, et qui peut donner naissance à des objets aussi foutraques que Blubberella. On lui accordera qu'il est aujourd'hui l'un des rares réalisateurs dont il devient impossible de parier sur sa carrière à venir. Après une semaine intensive de rattrapage des neuf films réalisés par ses soins depuis quatre petites années, on se dit qu'il peut aussi bien plancher sur un remake punk de La Mélodie du bonheur, sur un porno gay avec des nains nazis, que sur un biopic grandiloquent de Gandhi.




Drexl
Drexl

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Filmographie



1991 - German Fried Movie

1993 - Barschel – Mord in Genf ?

1994 - Amoklauf

1997 - Das Erste Semester



2000 - Sanctimony

2002 - Blackwoods

2003 - Heart of America

2003 - House of the Dead



2005 - Alone in the Dark

2005 - BloodRayne

2007 - King Rising, au nom du Roi (In the Name of the King : a Dungeon Siege Tale)

2007 - Seed

2007 - Postal



2007 - BloodRayne II : Deliverance

2008 - Tunnel Rats

2008 - Far Cry



2009 - Stoic

2009 - Rampage

2009 - Darfur

2010 - Final Storm

2010 - Max Schmeling

2010 - Bloodrayne: The Third Reich

2011 - In the Name of the King: Two Worlds

2011 - Blubberella