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Cirio H. Santiago

Cirio H. Santiago

Biographie



Réalisateur prolifique, producteur hyperactif et scénariste sous amphétamines, Cirio H. Santiago restera sans nul doute comme l’une des personnalités les plus marquantes du cinéma des Philippines, œuvrant aussi bien dans le domaine du cinéma destiné à la consommation locale que dans celui des « faux films américains » destinés à l’exportation, qui en firent l’un des cinéastes philippins les plus présents sur les écrans du monde entier.





Né le 18 Janvier 1936 à Manille, Cirio est le digne fils et l’héritier de Ciriaco Santiago, fondateur en 1946 de Premiere Productions, important studio de production philippin. Baignant tout naturellement dans le cinéma comme un fils de boulanger se roule dans la farine, Cirio va faire ses armes en tant que réalisateur dès 1954, à l’âge de dix-huit ans, avec le film « Ifugao », réalisé par Gerardo de Leon ; l’année suivante sort son premier film en tant que producteur, « Paltik » : c’est ce qui s’appelle des débuts précoces. En 1957, il produit le film « Cavalry command », coproduction avec les Etats-Unis (qui ne sortira là-bas qu’en 1964) relatant les exploits d’un régiment de cavalerie américaine aux Philippines en 1902. Les bases du cinéma de Cirio H. Santiago sont posées : dans un pays au cinéma populaire vivace et prospère, Cirio vise avant tout l’action et le divertissement, tout en ambitionnant la conquête du marché américain et, plus largement, international. Notre homme œuvre dans des domaines variés, enchaînant polars, films d’espionnage, comédies, westerns et films d’aventures, voire quelques-uns de ces films de super-héros dont les philippins raffolent : il produit ainsi en 1964, « Darna at ang babaeng tuod » (Darna et l'arbre monstrueux), un film relatant les exploits de Darna, super-héroïne philippine inspirée de Wonder Woman qui vécut des aventures cinématographiques des années 1950 à 1990.






Dans les années suivantes, Cirio alterne ses activités de producteur avec ses œuvres de cinéaste, figurant souvent aux génériques sous le pseudonyme de Luis Nepomuceno. Très productif, il sort jusqu’à six films la même année durant la décennie 1960. A partir du début de la décennie 1970, tout en continuant à sortir des films destinés au marché purement philippin, notre homme va s’orienter de plus en plus vers les co-productions avec les Etats-Unis, et tout particulièrement la confection de « films américains » tournés sur place avec une distribution en partie occidentale et destinés avant tout à l’exportation. Sous-traitant de la série B, Cirio H. Santiago produit notamment des films de « Blaxploitation », soit des séries B d’action mettant en vedette des acteurs et actrices noir(e)s comme Pam Grier, Leon Isaac Kennedy ou James Inglehart. Ce sont « TNT Jackson », « Black samouraï » (alias « Death force », à ne pas confondre avec « Black Samuraï », le film quasi-homonyme avec Jim Kelly) ou « 3 panthères au combat » (« Ebony, Ivory and Jade », film caractérisé par un trio féminin multiracial). Cirio se frotte également au genre éminemment juteux du « Women in Prison », ou film de prison de femmes.





Des « Women in Prison » avec Pam Grier en matonne sadique, dont Cirio fut le producteur exécutif pour le compte de Roger Corman. Tout en finesse !


Que ce soit comme réalisateur ou comme producteur, notre homme fournit au marché mondial un cinéma de consommation, sans état d’âmes, parfois racoleur, et dont certains titres conservent des fans grâce à une patine furieusement 1970. Durant cette même décennie, Cirio H. Santiago débute une fructueuse collaboration avec le producteur américain Roger Corman, vétéran de la série B à deux dollars, qui lui confiera pendant de longues années la sous-traitance (réalisation et/ou production exécutive) d’un grand nombre de nanars tournés aux Philippines. « Il tourne tous les ans un ou deux films pour moi, ce qui lui demande six semaines au pire. On potasse les scripts ensemble, je lui fournis cinq ou six comédiens américains et, là-bas aux Philippines, il travaille avec ma bénédiction », déclarait Corman à Mad Movies (n°80). Des réalisateurs comme Jonathan Demme ou Joe Dante, à l’époque poulains de Roger Corman, tournent certains de leurs premiers films aux Philippines, avec Santiago comme producteur exécutif.







Dans les années 1980, les Philippines accueillent, grâce à leurs décors naturels, leurs studios de cinéma et leurs coûts de production avantageux, de nombreux tournages de productions internationales. La dictature de Ferdinand Marcos appuie en outre financièrement le cinéma local. La maison de production de Cirio H. Santiago va bénéficier à plein de ce contexte florissant : Premiere Studios fournit au marché mondial des séries B d’action, des post-apocalyptiques et autres films d’exploitation où viennent s’ébrouer aussi bien des stars ou demi-stars hollywoodiennes à la dérive (David Carradine, Jan Michael Vincent, Monique Gabrielle) que les têtes occidentales habituelles du nanar philippin (Don Gordon et autres Nick Nicholson). Sous-Rambo, sous-Mad Max, le business de ces "faux films américains" roule et l’argent rentre !


Une photo de tournage envoyée par Henry Strzalkowski (ici en noir avec lunettes de soleil), avec Cirio H. Santiago (debout en jogging bleu et casquette blanche) et Nick Nicholson (assis entre les deux susnommés). Les connaisseurs remarqueront l'antique caméra Mitchell à droite de l'image.


Santiago fournit du travail, comme figurant ou comme comédien, à toutes les têtes plus ou moins occidentales qui gravitent dans le milieu du cinéma philippin. Matthew Westfall, architecte américain, était alors un jeune militaire coopérant aux Philippines : s'étant retrouvé en 1986 à faire de la figuration pendant quelques mois sur les films de Santiago en attendant son retour aux Etats-Unis, il a évoqué pour nous des « tournages infernaux […] qui permettaient à des gens avec trop de temps libre de se payer des bières ». Nick Nicholson, dans l'interview qu'il nous a accordée, décrit ainsi sa collaboration avec Santiago : « C'était très fun de tourner avec Cirio. Il nous ruinait le cul à force de nous faire trimer mais ça valait le coup et tout cela nous amusait. Cirio a un très grand sens de l'humour et il sait vous faire sentir que vous faites partie de la famille. On avait des vrais scénarios, avec des vrais dialogues, et généralement nous tournions en 30 jours. » Eric Hahn, autre Américain qui roulait sa bosse dans le cinéma philippin, évoque un Santiago protecteur, sachant créer une atmosphère véritablement familiale autour de lui et ne laissant jamais tomber ses collaborateurs, allant jusqu'à payer les obsèques des membres de son équipe qui venaient à décéder. Henry Strzalkowski enfin, un fidèle du réalisateur (comme acteur, chargé de casting voire assistant réalisateur) qui apprit à ses côtés « l’art de la débrouille et de la guérilla filmique » sur ces tournages dépassant rarement les 300 000 $, ne tarit pas d’éloges sur le cinéaste : « Je peux à peine vous dire combien j’ai appris de cet homme. [...] Ce que je respectais le plus chez Cirio, c’était qu’il maîtrisait tout sur le plateau. C’est un Général. S’il fallait être à 7 heures du matin sur le plateau, ça voulait dire qu’on prenait le petit déjeuner jusqu’à 7:30. A 7:20 lui était déjà au boulot et on se dépêchait de finir car à 7:30 les caméras ronronnaient déjà. Une heure de pause-repas à midi et ensuite rebelote. Il faisait bosser dur son équipe, mais ne perdait jamais le sens de l’humour et je peux vous dire, pour avoir travaillé avec de nombreux cinéastes, israéliens (Cannon), japonais et américains, que les tournages de Cirio étaient les plus sympas. Il plaisantait sans arrêt avec les acteurs et l’équipe, et savait rire de lui-même. J’ai le plus profond respect pour cet homme. »



Malgré ses qualités humaines et professionnelles, Cirio H. Santiago n'est pas toujours un cinéaste très soucieux de vraisemblance ou de poésie : le karatéka Richard Norton, héros d'« Apocalypse Warriors (Equalizer 2000) » et d'« Apocalypse Warriors (Raiders of the Sun) » (bravo à l'imagination des distributeurs français) déclarera avoir été accablé à la vision du deuxième film, en se découvrant massacrer des stock-shots de figurants par dizaines. Joe Dante, également monteur de bandes-annonce pour Roger Corman, se souvenait avoir été bien en peine de trouver une image correcte pour la monter dans la bande-annonce américaine de « TNT Jackson ». L'indigence des dialogues et des scénarii de nombre de ses films sont hélas symptomatiques des limites du nanar philippin, qui ne parvint jamais à rivaliser sérieusement avec la plus basique des séries B américaines ou même italiennes. Cependant, Santiago se distingue de bien des tâcherons de son pays par un savoir-faire indéniable et une bonne dose de fantaisie débridée. Toutes proportions gardées, Santiago représente le dessus du panier du nanar philippin : certains de ses films sont même des séries B tout à fait honorables et nullement nanardes, idéales pour qui voudrait passer une heure trente sans cogiter. Dans le registre de la démence, il se surpasse avec le surprenant « Les Nouveaux Conquérants », qui mêle post-apocalyptique, film de kung-fu et aventures à la Indiana Jones dans un enthousiasme délirant et lui aurait valu à lui seul son inclusion en ces lieux.








Les bonnes choses ont cependant une fin et, à partir des années 1990, le marché international va se restreindre pour le cinéma de l’archipel : l’évolution des goûts du public, le fait que les lieux de tournage philippins soient devenus moins attractifs, les changements de politiques culturelles aux Philippines entraînent un certain déclin de l’activité locale. Cirio H. Santiago est cependant loin de mettre la clé sous la porte et demeure plus qu’actif, se concentrant cependant davantage sur ses activités de producteur. Il contribue à des productions américaines et continue de tourner des films pour l’exportation là où des producteurs moins solides ont fermé boutique. Il réalise même une version en dessin animé d’Aladin et la lampe merveilleuse, pour marcher sur les plates-bandes de Disney ! En 1995, le Président Fidel Ramos le nomme à la tête du Fond de Développement du Cinéma Philippin, organisme d’Etat chargé de promouvoir les films locaux, d’améliorer les conditions de production et de ramener tournages étrangers et coproductions internationales dans l’archipel. Il assumera également des responsabilités politiques éloignées du cinéma, puisqu'on le retrouvera ensuite à la tête d'un organisme gouvernemental philippin chargé de la réhabilitation du réseau fluvial de la région de Laguna.


Un film de kickboxing avec Cat Sassoon, la fille du célèbre coiffeur Vidal Sassoon (!).






Ha ben tiens, on ne se refait pas !


Carrière somme toute fructueuse que celle de Cirio H. Santiago qui ne doit pas nous faire oublier que ce nabab du cinéma (à l’échelle des Philippines) contribua également, à force de verser dans le cinéma d’exploitation, à fournir au nanar quelques-uns de ses plus gros fleurons. Qu’il ait contribué à développer le cinéma d’un pays pauvre n’enlèvera pas à Santiago la gloire d’avoir réalisé les sous-Mad Max les plus cheaps qui soient, ou d’avoir fait exécuter à Monique Gabrielle dans « Silk 2 » des coups de pieds sautés combinés avec des plans nichons. Une combinaison action/fesse qui résume d’une certaine manière la carrière de Cirio H. Santiago, seigneur du cinéma philippin, mais également bienfaiteur du nanar !






De gauche à droite : Quentin Tarantino et les cinéastes philippins Eddie Romero, Cirio H. Santiago et Tikoy Aguiluz (par ailleurs producteur du documentaire « The Search for Weng Weng » de notre ami australien Andrew Leavold).


Cirio H. Santiago nous a quittés le 26 septembre 2008, à l'âge de soixante-douze ans, des suites d'un cancer du poumon, alors qu'il achevait le tournage d'un énième sous-Mad Max, intitulé « Road Raiders ». A sa petite échelle et à sa manière, nous nous en souviendrons comme une sorte de légende du cinéma.




Un article inestimable de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces quarante dernières années : VO et VF.

Nikita
Nikita

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Filmographie

Réalisateur-producteur ou réalisateur uniquement :


1955 - Paltik

1957 - Pusakal



1958 - Laban Sa Lahat

1958 - Water Lily

1959 - Hawaiian Boy

1960 - Sandakot Na Alabok

1961 - Nagbabagang Lupa

1962 - Walang Susuko

1963 - Los Palikeros

1964 - Saan Mang Sulok Ng Daigdig

1964 - Duwag Ang Sumuko

1964 - Ging

1964 - Lagalag

1964 - Bakas Ng Dragon

1964 - Scorpio

1965 - 7 Mukha Ni Dr Ivan

1965 - Darna at ang babaeng tuod

1965 - Pitong Gabi Sa Hongkong



1965 - Captain Barbell Kontra Captain Bakal

1965 - Kaaway Bilang Uno

1966 - Wanted : Johnny L.



1966 - Kardong Kaliwa

1966 - Pistolero

1967 - Dahil sa isang bulaklak

1967 - Marko Asintado

1967 - Ang Limbas At Ang Lawin

1967 - Operation Impossible

1967 - Alamid

1967 - Bravados

1968 - Igorota / Igorota, the Legend of the Tree of Life

1968 - Ang Langit sa lupa

1969 - Panagupa



1973 - Savage!

1973 - Fly Me

1974 - Carnival Song

1975 - Cover Girl Models

1975 - Dynamite Jackson / Jackson portée disparue (T.N.T. Jackson)

1975 - The Pacific Connection

1976 - 3 Panthères au combat (She Devils in Chains / Ebony, Ivory and Jade / Foxfire)

1976 - The Muthers

1978 - Hell Hole / Escape from Women's Hell Hole / Women of Hell’s Island

1978 - Vampire hookers



1978 - Black Samouraï (Death force)

1979 - Kasal-kasalan, bahay-bahayan

1979 - Modelong tanso

1981 - Machete Maidens of Mora Tao

1981 - Attaque à mains nues (Firecracker / Naked fist)

1983 - Captives (Caged Fury)

1983 - Stryker

1983 - A Time for Dying



1984 - Mission finale (Final Mission)

1984 - Les Roues de feu (Wheels of Fire)

1985 - Vengeance (Naked vengeance / Satin vengeance)

1985 - The Devastator

1986 - Les Nouveaux conquérants (Future Hunters / Deadly quest / Spear of destiny)

1986 - Apocalypse warriors / Les Prédateurs de l'an 2000 (Equalizer 2000)

1986 - Commando rebelle (Eye of the Eagle)

1986 - Silk

1987 - Demon of Paradise

1987 - Fast Gun

1987 - Killer Instinct

1988 - Mort à crédit (The Expendables)

1988 - The Sisterhood

1989 - Nam Angels

1989 - Silk 2



1990 - Dune Warriors

1990 - Les Damnés de Lang Mei (Last Stand at Lang Mei)

1991 - Opération spéciale (Field of fire)

1992 - Apocalypse warriors (Raiders of the sun)

1992 - Beyond the Call of Duty

1993 - Kick angels (Angelfist)

1993 - Firehawk

1993 - Kill Zone

1993 - Live by the Fist

1994 - Caged Heat II: Stripped of Freedom

1994 - One Man Army

1994 - Stranglehold

1994 - Ultimatum

1997 - Vulcan

1997 - Anak ng bulkan

1997 - Nagmumurang kamatis

1999 - Aladdin and the Adventure of All Time

2003 - When Eagles Strike

2005 - Bloodfist 2050




Producteur uniquement :


1954 - Ifugao

1955 - Pangako Ng Puso

1955 - Palahamak

1956 - Tokyo 1960

1957 - Minera

1957 - Pandanggo Ni Neneng

1957 - Prinsipe Alejandre



1957 - Day of the trumpet / Cavalry Command

1958 - Man on the Run

1958 - Pepeng Kaliwete

1959 - Pusang Itim / The Monster strikes

1960 - NBI

1961 - Konsiyerto Ng Kamatayan

1961 - Pitong Gabi Sa Paris

1964 - Kulay Dugo Ang Gabi

1965 - Hong Kong 999

1966 - Kulay dugo ang gabi

1968 - Luha sa karimlan

1970 - El Pinoy Matador

1971 - The Arizona Kid

1971 - Ang Uliran

1971 - The Big Doll House

1971 - Women in Cages

1972 - The Big Bird Cage

1972 - The Hot Box / Hellcats

1974 - Fe, Esperanza, Caridad

1974 - Nerfs d'acier, gants de velours (Bamboo Gods and Iron Men)



1976 - Super femmes contre Chiens Jaunes (Hustler squad)

1979 - Up from the Depths

1984 - PX

1985 - Maharlika

1989 - Eye of the Eagle 2: Inside the Enemy

1990 - Bloodfist II

1990 - Terror in Paradise

1993 - Blackbelt II

1994 - Angel of Destruction

1995 - Terminal Virus

1996 - Robo Warriors

1997 - Damong ligaw

2001 - Vital parts / Harold Robbins' Body Parts

2003 - Operation Balikatan



2003 - Captain Barbell

2006 - The Hunt for Eagle One