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Jean Lefebvre

Jean Lefebvre

Biographie

« J’ai tellement de navets dans ma carrière que je pourrais en faire un potager. »


Jean Lefebvre, le dernier des Tontons Flingueurs, s’est éteint à Marrakech le 9 juillet 2004 des conséquences d’une attaque cardiaque. Cette bio fut écrite dans les jours qui suivirent pour lui rendre un modeste hommage.



Ce fils de Maréchal-ferrant du Nord-Pas-de-Calais était l’un des derniers à incarner le cinéma comique, franchouillard, populaire et, pour tout dire, un peu ringard. Un résumé aussi lapidaire serait injuste tant il est vrai que l’humour au cinéma est peut-être le genre qui vieillit le plus mal (car trop marqué dans son époque) et que ce qui faisait hurler de rire grand-papa laisse souvent fiston de marbre. Ce serait aussi négliger que dans les années 60 et 70, Jean Lefebvre fut une véritable vedette populaire, d’abord éternel second couteau aux côtés des stars de l’époque (Ventura, Gabin, Delon, De Funès…), puis enfin, tête d’affiche dans des productions diverses et variées, avec nettement moins de succès tant Lefebvre – second rôle très convaincant – n’avait clairement pas les épaules pour faire tenir un film sur ses seules prestations. Surtout quand lesdites prestations étaient essentiellement motivées, non par le potentiel ou la qualité du scénario, mais par la nécessité de rembourser ses dettes de jeu.



En effet, Jean Lefebvre et plusieurs de ses amis étaient de grands habitués des Casinos de Deauville et Trouville, fêtards, dépensiers et apparemment malheureux au jeu. Dans ce petit club, on peut citer Francis Blanche, Darry Cowl, Micheline Dax, Robert Dhéry et Jean Richard (reconverti par la suite dans le cirque), bref, une grande partie de la troupe des Branquignols (la troupe comique de Robert Dhéry), troupe oubliée aujourd’hui mais qui fut l’une des premières bandes comiques françaises à se produire, avec succès, aussi bien en Angleterre (inspirant au passage un jeune comédien britannique d’1.90m, un certain John Cleese…) qu’aux Etats-Unis.



Jean Lefebvre est né le 3 octobre 1919 dans les environs de Valenciennes. Il commence le chant et le théâtre en amateur, mais se destine professionnellement à la médecine, dont il entame les études avant que celles-ci ne soient interrompues par la guerre. Après la libération, Jean Lefebvre obtient son diplôme du Conservatoire et commence sur les planches des cabarets parisiens, notamment « l’Amiral », dans « Les Vignes du seigneur ». C’est dans le milieu du cabaret qu’il rencontre Robert Dhéry qui l’intègre à sa troupe des Branquignols, dans laquelle Lefebvre découvre le comique absurde et le nonsense très anglais de Dhéry, une révolution pour l’époque ou la mode franchouillarde était alors au comique troupier et à la parodie du méchant Boche.

Créateur de revues à sketches, Dhéry intègre Jean Lefebvre à « La Plume de ma tante », l’un de ses spectacles qui rencontre un franc succès, notamment en Angleterre. Au contact des Branquignols, Jean Lefebvre aura connu d’autres futures vedettes du grand écran français, tous gravitant autour de l’ injustement oublié Dhéry : Jean Carmet, Darry Cowl, Louis De Funès, Micheline Dax, Francis Blanche, Colette Brosset, Jacques Legras, Pauline Carton et bien d’autres.



Après sa période « Branquignols », Jean Lefebvre, en plus du théâtre, se tourne vers le cinéma, et notamment le cinéma populaire. Second rôle efficace, on le voit dès 1952 dans « Bouquet de Joie », aux côtés de Charles Trenet, puis il enchaîne des apparitions dans des films prestigieux comme « Les Diaboliques », « Et Dieu créa la femme », « En légitime défense », durant tout la période des années 50. Il retrouve Dhéry en 1961 pour un rôle dans « La belle Américaine », joue aux côtés de Robert Hossein dans « Les Grands Chemins », de Gabin dans « Le Gentleman d’Epsom » et surtout de Ventura, Blier et Francis Blanche (qu’il retrouve pour l’occasion) dans le cultissime « Les Tontons flingueurs » en 1963.



A cette époque, Jean Lefebvre tourne presque 3 ou 4 films par an, commence à être connu, et l’argent rentre vite… pour être encore plus vite dépensé dans les casinos et cercles de jeu dont il est un habitué. Un vice assez répandu chez les anciens de la troupe des Branquignols : en effet, les « parties de croquet à 100 francs le point » chez Francis Blanche sont des activités assez courues dans le milieu du théâtre et du cinéma de l’époque, et Jean Lefebvre est un habitué de ces soirées. On y boit beaucoup, on y flambe encore plus. Par la suite, ce sont quelques indélicatesses fiscales qui obligeront Jean Lefebvre à des dépenses importantes, et révélatrices de ses choix de carrière.



Jean Lefebvre devient un incontournable du cinéma comique et enchaîne les films à un rythme soutenu. La série des « Gendarmes », puis celle de « La Septième Compagnie », entrecoupées d’autres dizaines de métrages, viennent lui apporter la consécration et la reconnaissance. Son air de « cocker triste » (comme disait Lino Ventura) devient célèbre, particulièrement dans le rôle du petit franchouillard un peu benêt et un peu mou (à l’époque, Lefebvre était catalogué dans un registre très précis, comme Ventura dans celui de « la brute au grand cœur », ou De Funès dans celui du « petit teigneux qui gigote »).



Il serait fastidieux de tenter de résumer sa carrière cinématographique des années 70, tant celle-ci est dense. Toutefois, c’est à ce moment que le style « comédie française » commence à s’étouffer (en tous cas à rapporter moins, tant le marché est saturé : le genre est décrié par la Nouvelle Vague, Mai 68 est passé par là et a ringardisé les icônes populaires, et surtout, les films américains commencent à déferler sur l'hexagone). Ce genre de films ne fait plus recette dès la fin des années 70 et la revendication sociale un peu méchante vient remplacer la bonhomie des années 60. Des métrages mettant en scène des vedettes aux rôles plus "durs" comme Patrick Dewaere, Gérard Depardieu, Bernard-Pierre Donnadieu ou Alain Delon (période "Delon superflic") tendent à remplacer les "gueules" des sixties et à recueillir les dividendes du cinéma populaire, éreinté par la médiocrité des comédies faciles d'une part, et par l'intellectualisme prétentieux de la Nouvelle Vague, de l'autre.



Même si les suites de « La Septième Compagnie » marchent très fort, Jean Lefebvre commence à se fourvoyer – toujours pour des raisons financières – dans des navets ou des nanars d’anthologie, tels « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule » de Jacques Besnard et Christian Clavier (!) en 1974, « Le Chasseur de chez Maxim’s » de Jean Halin en 1976, « Comme un pot de fraises » de Gérard Sire, ou encore « Impossible… pas français » de Robert Lamoureux en 1974. A l’époque, Lefebvre s’abonne au rôle de Français moyen un peu soumis, un peu crétin mais plein de bon sens populaire, souvent affublé du patronyme de « Michalon », franchouillard en diable.



S’il réussit à placer quelques apparitions sympathiques durant cette période, les années 80 verront au contraire Jean Lefebvre se nanardiser de plus en plus et se caricaturer dans des rôles de plus en plus niaiseux, dans des films facilement oubliables et à l’humour pachydermique (« Plein les poches pour pas un rond » en 1977, « Ils sont fous ces sorciers » en 1978…).



Les années 80 commencent en beauté pour lui avec « Prends ta Rolls et va pointer » de Richard Balducci, en 1981, « Le Chêne d’Allouville » de Serge Pénard (qui restitue ô combien ingratement le roman d’Alphonse Boudard), ou encore « On n'est pas sortis de l’auberge » de Max Pécas en 1982. Rien à dire, ça commence très fort, et le massacre ne s’arrête pas là puisque Lefebvre enchaîne dans le comique bas-de-gamme durant toute la décennie avec de gros morceaux comme « N’oublie pas ton père au vestiaire » ou « Le Gaffeur ».



Si Jean Lefebvre continue à gagner sa vie plus qu’honnêtement, la qualité n’est plus au rendez-vous, et c’est au théâtre qu’il tente de retrouver le succès en enquillant les pièces de boulevard, avec une certaine classe, disons-le, aux côtés d’autres « has been » (qu’on me pardonne ce substantif peu glorieux mais tellement approprié) comme Georges Beller, Marthe Villalonga, Micheline Dax, Jean-Pierre Castaldi, Marcel Philippot, Jean Dalric ou Olivier Lejeune. Invariablement, Jean Lefebvre y campe le « bourgeois » vieillissant – rôle dans lequel il se montre convaincant – mais aussi (et avec moins, beaucoup moins, d’inspiration), les séducteurs et les hmm… jeunes premiers.



L’image ringarde de Jean Lefebvre est désormais gravée dans l’acier inoxydable. S’il ne s’intéresse plus au cinéma (et réciproquement, pourrait-on cruellement ajouter…), il reste une valeur sûre du téléfilm, et, dans les années 90, enquille diverses productions télé entre deux pièces de boulevard, à destination des programmes de lendemain chômés et pâteux, engourdis dans les vapeur d’alcool de Nouvel An ou de Noël, lorsque tout un chacun aime s’avachir devant la télé en mettant son cerveau sur « off ». Son dernier téléfilm, « Fifi Martingale », sera tourné en 2001, avant une dépression de l'acteur, suite à quoi, Jean Lefebvre coupera les ponts avec le cinéma pour s’intéresser uniquement au théâtre, dont il était encore à l’affiche en 2002, pour la pièce « Les Jumeaux », au Théâtre des Nouveautés à Paris, où il interprétait deux rôles, celui d’un grand bourgeois coincé et son jumeau, voyou dragueur et gouailleur.




Jean dans une publicité pour un monte-escalier...


Marié quatre fois, Jean Lefebvre a joué dans 131 films et plus de 900 représentations. Malgré son image ringarde, surtout sur la fin, il faisait partie du paysage cinématographique français et, malgré un nombre impressionnant de navets, c’est aussi à l’acteur des « Tontons Flingueurs » ou de la « Septième Compagnie » que cette modeste chronique souhaite rendre hommage.



Zord
Zord

retour vers les acteurs

Filmographie

1952
Bouquet de joie
Une fille sur la route
L'Amour toujours l'amour

1955
Gas-Oil
Les Diaboliques
Une fille épatante
Cherchez la femme

1956
Villa sans-souci
Les Indiscrètes
La Meilleure part
Les Aventures de Gils Blas de Santillane
Cette sacrée gamine
L'homme et l'enfant

1957
Quand la femme s'en mêle
La Polka des menottes
Et Dieu créa la femme
Le Dos au mur
Nous autres à Champignol
Méfiez-vous fillettes
L'Ami de la famille
Que les hommes sont bêtes
Le Septième commandement

1958
La Bigorne, caporal de France
Un drôle de dimanche
La Fille de Hambourg
En légitime défense
Le Dos au mur

1959
Houla-houla

1961
La Belle américaine
Les Moutons de Panurge
La Vendetta

1962
Le Gentleman d'Espom
Un clair de lune à Maubeuge
Konga yo
Les ennemis
Le roi des montagnes
Les veinards
Le repos du guerrier
Gigot, clochard de Belleville

1963
Faites sauter la banque!
Le coup de bambou
Les Grands chemins
Bébert et l’omnibus
Chair de poule
Les Tontons flingueurs

1964
Une souris chez les hommes
Allez France!
Relaxe-toi, chérie !
Les Copains
Le Gendarme de Saint-Tropez
Monsieur
Les Gorilles

1965
Le 17ème ciel
Quand passent les faisans
Le Gendarme à New-York
Les Bons vivants
Ne nous fâchons pas
Un grand seigneur
La Bonne occase

1966
Angélique et le roy
On a volé la Joconde
Du mou dans la gâchette
Le Solitaire passe à l’attaque
Trois enfants dans le désordre

1967
Un idiot à Paris
Le Fou du labo 4

1968
Un drôle de colonel
Le Gendarme se marie

1969
Le Bourgeois gentil mec

1970
L'Âne de Zigliara
Le Gendarme en balade

1972
L'Île au trésor
Barbe-bleue
Quelques messieurs trop tranquilles

1973
Le Magnifique
J'ai mon voyage
La Valise
Mais où est donc passée la septième compagnie
Le Solitaire

1974
Les Farfelous/Le Plumard en folie
Comme un pot de fraises
C'est jeune et ça sait tout!
Impossible…pas français !
Commissariato di notturna


1975
Pas de problème
C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule
La Situation est grave mais pas désespérée
On a retrouvé la septième compagnie

1976
Le Jour de gloire
Le Chasseur de chez Maxim’s

1977
Le Maestro

1978
Freddy
Plein les poches pour pas un rond
13 Femmes pour Casanova
La septième compagnie au clair de lune
Jeannot la frime
Ils sont fous ces sorciers !
Tendrement vache

1979
Duos sur canapé

1980
Les Borsalini

1981
Prends ta rolls et va pointer
Le chêne d'Allouville / Ils sont fous ces normands

1982
N’oublie pas ton père au vestiaire
Salut la puce

1983
Salut la puce
Le Braconnier de Dieu

1985
Le Gaffeur

1989
La Folle journée ou le mariage de Figaro
A deux minutes près

2001
Fifi Martingale

Plus un grand nombre de téléfilms, notamment dans les années 80 et 90.