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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Jaquette volante :

Expression semble-t-il créée par le magazine Mad Movies sous le terme «flying jaquette». Cela désigne une pratique frauduleuse de certaines sociétés d’édition vidéo qui consiste à proposer des films sous des visuels et des titres plus ou moins fantaisistes qui rendent parfois problématique l’identification à coup sûr du contenu d’une VHS ou d'un DVD. Trois raisons principales peuvent expliquer cette pratique.




-L’absence de droits : en effet, rachetant des fonds de catalogues cinéma en vrac, certains éditeurs n’ont pas toujours pris le matériel publicitaire qui va avec, d’où la nécessité de recréer vite fait mal fait une pseudo affiche qui garnira la jaquette. Pire encore, dans la frénésie du marché de la vidéo des années 1980, certaines sociétés n’hésitèrent pas à éditer des films dont elles ne possédaient pas les droits. Ca s’appelle du piratage et ça nécessite parfois de maquiller l’objet du larcin.


"Spiderflash le justicier volant"? Que nenni : sous ce visuel de mauvais manga se cache non pas un dessin animé, mais "Flashman contre les hommes invisibles", un film de super-héros italien des années 1960.

L'une des jaquettes volantes les plus célèbres : il s'agit en fait des "Maîtresses de Dracula", un film classique de la Hammer où le vampire n'a absolument pas ce look-là.

-Remettre un peu de lustre à un produit qui a déjà dépassé la date de péremption. Tel le boucher malhonnête qui va ré-étiqueter les dates de ses barquettes de viande, voire carrément passer sa bidoche à l’éther pour lui redonner une nouvelle jeunesse, l’éditeur margoulin va tenter de nous faire passer des rogatons hors d’âge pour des nouveautés rutilantes. Les imprudents qui achetèrent « Dinosaurus, le monstre de l’île en feu », sur la seule foi de son impressionnante jaquette où trônait Godzilla dévastant des immeubles, eurent la désagréable surprise de tomber sur un gentillet film d’aventure familial américain de 1960…


Ce qu'on nous vend.


Ce qu'on découvre dans le magnétoscope...


-Enfin, les supermarchés achetant par lots entiers ces V.H.S., c’était pour ces compagnies aux catalogues limités l’occasion de refourguer plusieurs fois de suite le même film en changeant juste les titres et les visuels. Tant que personne ne se plaint…



Au final cela donne des jaquettes souvent superbes, où des illustrateurs qui ne connaissent souvent du film rien d’autre que son titre se lâchent dans des improvisations totalement délirantes. Evidemment, une fois la cassette dans le magnétoscope, c’est la loterie, certains éditeurs poussant le vice jusqu’à mettre des films différents sous la même jaquette volante.

Enfin on a vu refleurir cette pratique dans les années 2000, avec l’éclosion des collections DVD à 1 euro dans les supermarchés. Les enthousiastes qui s’étaient précipités sur le titre "Squale" chez "Prism vidéo" affublé de la jaquette du mythique "La Mort au Large" (recto et verso) l’ont eu saumâtre de se retrouver en fait avec le minable "Shark Attack"…



Un célèbre cas de jaquette volante : le film d'horreur "Le Monstre du train", affublé du titre "After Halloween", pour profiter de la notoriété de l'actrice Jamie Lee Curtis (héroïne d'"Halloween"). Ce même film fut encore refourgué sous le titre "Le Train de la terreur" (mais avec une jaquette correspondant au contenu du film).





La jaquette volante donne également l'occasion, comme il a été vu plus haut, de recycler des visuels très cools, comme cette affiche mettant en vedette Mark Gregory dans "Operation Warbus" (à gauche). Un joli dessin comme ça, ce serait dommage de s'en priver :



L'un des plus grands classiques du genre étant l'utilisation du visuel de "Cobra", avec Sylvester Stallone (l'original en haut à gauche) :





Le film "Striker", de Enzo G. Castellari, se retrouve avec le titre "Cobra mission", ainsi que le visuel, le résumé et le générique du film "Ultime combat", de David A. Prior. Au dos de la jaquette, on trouve des photos d'un troisième film, avec Reb Brown, qui ne joue ni dans Striker ni dans Ultime combat :




Les amateurs de giallos classiques auraient sans doute été heureux d'acheter "Six femmes pour l'assassin" de Mario Bava, étrangement caché sous la jaquette de cet "Assassinat dans la haute couture". Serait-ce parce que l'éditeur (nos amis de chez Initial Vidéo, cachés sous un sous-label) n'avait pas les droits ??? Non, ça s'peut pas, ça...



"Le Seigneur des mers", affublé du fier slogan "Toute une flotte au service de son honneur" ! Ca va faire mal ! Hé non : amateurs de batailles navales, allez voir ailleurs. Cette jaquette cache "Le Pont des soupirs", un film de cape et d'épée italien kitsch; aucune flotte n'y figure, l'action ne se passe pas en mer et l'acteur principal annoncé, Steve Johnson, n'existe même pas. (Le héros est joué par cette tête à claques de Brett Halsey) :



"Mission Phoenix Dominator", un titre et un visuel fantaisistes qui cachent en fait "Gameka et les Trois Super Women" :



Si vous voulez voir un boxeur se friter avec un robot, passez votre chemin ! Ce visuel cache un film de kung-fu très ordinaire :




Le visuel de "Toryok" nous promet un gros barbare bodybuildé avec épée magique digne du Musclor des grands jours; à l'intérieur, une fresque historique italienne réalisée en 1960, avec une sombre histoire de vengeance entre peuplades barbares. A noter que la jaquette estropie les noms du réalisateur (Guido Malatesta) et de l'acteur principal (ce pauvre Edmund Purdom, qui n'en est plus à une indignité près) :




Comment ? Un importun a osé cacher le visage de Jean-Claude Van Damme d'un coup de flash ?! Ha, on me signale que c'est parce qu'en fait il ne joue pas dans le film....Mais pourquoi cette photo, alors ? Ha bon, y'avait plus que ça en magasin ? C'est sûr, le distributeur n'allait pas non plus mettre sa propre photo...



Ici, le chaland un tant soit peu connaisseur espère trouver "Eliminators", également connu sous le titre de "Decapitron". Manque de bol, le DVD cochonné par nos amis de Prism contient en fait "Synthoïd 2030" ("Crash and burn"), dont le visuel figure au dos de la jaquette. Rien à voir sinon qu'il s'agit également d'un film de S-F à budget crevard produit par Charles Band.



Nos amis les ninjas demeurent une cible de choix pour les artistes de l'arnaque, comme le prouve ce visuel repris, de gauche à droite, sur un DVD (éditions "Monarch") de "Dragon Ninja", qui cache en fait "Challenge the Ninja", une VHS allemande de "Bad Ninjas" ("Golden Ninja Invasion") et une VHS de "Ninja Condor 13" :



L'éditeur "Monarch" s'acharne tout particulièrement sur nos amis guerriers de l'ombre, comme le montrent ce "Ninja l'Empire des maîtres", qui cache "Lethal Ninja", ou ce "Survivor Ninja, la colère des armes", qui dissimule "The Lost Empire/The Monkey King", intégrale d'une mini-série télé avec Bai Ling :




Ce VCD chinois du film "Alien Species" nous rassure par ailleurs sur l'avenir de la jaquette volante. Quand la Chine s'éveillera et qu'elle verra ce nanar californien, ça va lui faire un choc !



Voir également : Jaquette nanarde, Initial Vidéo, Colombus, Résumé nanar
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