Mondo ou Mondo-movie :
Dit également : mondoploitation.
Terme désignant une sous-catégorie de films d'exploitation, les "mondos" étant plus précisément des documentaires d’exploitation. Il s'agit par définition de montages d'images d'actualités ou d'archives réunies par un thème commun, généralement racoleur, proposant aux spectateurs d’assouvir leur voyeurisme en matière d’exotisme, de sexe et de violence.
L’oeuvre fondatrice du genre fut « Mondo Cane » (expression idiomatique italienne signifiant littéralement "monde chien" et voulant dire à peu près "putain de monde"), réalisé en 1962 par Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, avec le concours de Paolo Cavara. A l’époque, ce documentaire sensationnaliste est jugé pour le moins choquant (Pauline Kael, journaliste au New Yorker, écrivit à propos des deux cinéastes qu’ils étaient "les réalisateurs les plus déviants et les plus irresponsables ayant jamais vécu") mais remporte un gros succès en salles et dans les drive-in américains, ouvrant immanquablement la voie à une kyrielle de succédanés.
Jacopetti et Prosperi persévèreront un temps dans le genre, livrant dans la foulée un « Mondo Cane 2 » (1963), monté en partie à partir de rushes non utilisés du premier, et le dénudé « Women of the World » (La Donna nel Mondo, 1963), puis ce sera le très controversé « Africa addio » en 1966. Filmé en Afrique en pleine période de décolonisation, alors que les luttes de pouvoirs font rage après le départ des Occidentaux, on soupçonnera un temps Jacopetti et Prosperi d'avoir encouragé par leur présence quelques-unes des exécutions montrées dans le métrage. Eux assurent qu'ils ont eux-mêmes failli y passer. La polémique fera rage, et assurera à elle seule la promo du film, qui connaîtra un succès énorme en Italie. En France en revanche, « Africa addio » sera purement et simplement interdit par le gouvernement de De Gaulle pour des raisons politiques évidentes, alors qu'au Royaume-Uni le film sort dans une version tronquée, avec un texte profondément remanié pour altérer son propos, et une campagne promo paradoxalement ultra-tapageuse (« Farewell Africa », la traduction littérale du titre original initialement prévue, devient finalement « Africa, Blood and Guts » !).
Malgré les reproches qu'on a pu leur faire, il convient ici de souligner que le travail des auteurs de « Mondo Cane » et « Africa addio » - dont la conception leur aura pris près de trois ans par film - est d'une qualité infiniment supérieure à la plupart des œuvres que leur succès a pu engendrer, avec des images qui n'oublient pas d'être belles en plus d'être spectaculaires, un rythme incroyablement alerte pour l'époque et un ton qui flirte plus volontiers avec l'ironie grinçante qu'avec le racolage bas de plafond. Si Franco Prosperi fut étudiant en biologie puis naturaliste avant d'être cinéaste (on lui doit quelques films de genre plutôt médiocres comme « Les Bêtes féroces attaquent »), Gualtiero Jacopetti est lui un vrai journaliste, qui a débuté dans la presse écrite avant de devenir documentariste, faisant ses premières armes sur des films déjà mondo dans l'esprit comme « World by Night » (Il Mondo di Notte, de Luigi Vanzi, 1959). « Mondo Cane » sera d'ailleurs conçu en partie en réaction à la vague du néoréalisme, dont c'est l'âge d'or en Italie et que Jacopetti, plus journaliste qu'artiste, considère d'un oeil sceptique comme de vagues "fictions documentaires". Lui souhaite filmer la réalité sans artifices, pour provoquer. Les bases du mondo sont jetées.
Franco Prosperi (à gauche) et Gualtiero Jacopetti (à droite).
Malheureusement, la collaboration entre Jacopetti et Prosperi fera long feu. En 1971, ils peaufinent leur réputation de provocateurs avec « Goodbye Uncle Tom » (Addio zio Tom), film tourné à Haïti sous les auspices du dictateur François Duvalier, alias Papa Doc, et qui reconstitue, officiellement pour mieux les dénoncer, les méthodes les plus barbares de l'esclavage aux Amériques, puis adaptent l'œuvre de Voltaire en 1975 avec « Mondo Candido ». Deux films qui s'éloignent du genre qui les a fait connaître puisqu'on entre dans le domaine de la reconstitution historique, voire de la fiction. Des différends, essentiellement d'ordre pécuniaire semble t-il, auront finalement raison de leur fructueuse collaboration. Qu'importe : en créant un genre à part entière, leur descendance, même illégitime ou contrefaite, sera nombreuse.
L'appellation "mondo" sera en effet déclinée à travers un grand nombre de titres, essentiellement en Italie puis aux Etats-Unis. Citons en vrac, parmi les plus connus, « Mondo di Notte » (de Gianni Proia, 1963), « Mondo Nudo » (de Francesco De Feo, 1963), « Mondo Balordo » (de Roberto Bianchi Montero, 1964), « Mondo Inferno » (Il Pelo nel Mondo, d'Antonio Margheriti et Marco Vicario, 1964), « Mondo Bizarro » (de Bob Cresse & Lee Frost, 1966), « Mondo Freudo » (de Lee Frost, 1966), « Mondo Topless » (de Russ Meyer, 1966), « Mondo Oscenità » (de Joseph P. Mawra, 1966), « Mondo Mod » (de Bethel Buckalew, 1967), « Mondo Strip » (de Anthony Kramreither, 1980), ainsi qu'une reprise de la franchise d'origine par Stelvio Massi (sous le pseudonyme de Max Steele) avec « Mondo Cane 3 » (Mondo Cane Oggi, 1987) et « Mondo Cane 4 » (Mondo Cane 2000 l'Incredibile, co-réalisé avec Gabriele Crisanti, 1988). Un « Mondo Cane 5 » (Mondo Cane teil V, de Uwe Schier & Gian Carlo Rossi, 1993) verra même le jour en Allemagne chez l'éditeur vidéo Hurricane Pictures. Il s'agirait en fait du remontage de deux autres films du genre, « The Last Savage » et « Shocking Africa » des frères Angelo et Alfredo Castiglioni, dont nous reparlerons un peu plus loin.
Le cahier des charges de la mondoploitation est simple : du sexe, de la violence et du dépaysement. Un lieu au monde semble réunir tous ces éléments : les Etats-Unis d'Amérique, pays de toutes les libertés et de tous les excès, qui fascine autant qu'il écœure. Verront ainsi le jour « L'Amérique Insolite » (du précurseur François Reichenbach, et co-écrit par Chris Marker, 1960), « Les Nuits d'Amérique » (America di notte, de Carlos Alberto de Souza Barros & Giuseppe Maria Scotese, 1961), « So This Is God's Country? » (America paese di Dio, de Luigi Vanzi, 1966), « Oh ! America » (de Michel Parbot, 1975), « L'Amérique en Folie » (This is America, de Romano Vanderbes, 1976), « L'Amérique Interdite » (This Is America Part 2, de Romano Vanderbes, 1977), « The Killing of America » (de Sheldon Renan & Leonard Schrader, 1982) et « L'Amérique Interdite II » (America Exposed, Romano Vanderbes, 1990). Côté sexe reviennent le plus souvent les orgies rituelles de sectes de hippies drogués, les strip-teaseuses, la prostitution et les opérations de chirurgie esthétique pour transsexuels, tandis que du côté de la violence, on a droit le plus souvent aux tueurs en série, fanatiques des armes à feu et autres encagoulés du Ku Klux Klan. Du matériau de premier choix pour la mondoploitation !
Mention spéciale au crétin qui a traduit littéralement "rednecks" par "cous rouges"...
Autre continent souvent choisi pour satisfaire les bas instincts des spectateurs en mal de voyeurisme tordu : l'Afrique. Ce coup-ci nous seront servis les couplets prévisibles sur la beauté brute et sauvage de paysages qui ont vu naître les premiers hommes, une nature aussi belle que dangereuse : les animaux s'y dévorent les uns les autres et le plus sanguinaire de tous est l'homme lui-même, l'homme blanc avec ses safaris où il abat à bout portant des éléphants sans défense (enfin, façon de parler) et l'homme noir avec ses rituels bizarres et cette habitude exotique mais tellement incongrue de se promener tout nu.
Dans « Deathshow » alias « Savage Man, Savage Beast » (Ultime grida dalla savana : la grande caccia, d'Antonio Climati et Mario Morra, 1974), on apprend que les hommes de la tribu Kuru pratiquent un singulier rituel de fertilité. Chaque année, avant la grande période de chasse, ils creusent un trou dans le sol à l'aide de leur lance, y introduisent leur phallus et entreprennent d'ensemencer la terre, afin qu'elle enfante de nouveaux animaux et donc du gibier. Toute la magie de la mondoploitation...
Avant même que le « Africa addio » de Jacopetti et Prosperi ne casse la baraque en 1966, on recensait déjà des titres comme « Kwaheri: Vanishing Africa » (de Thor L. Brooks et Byron Chudnow, 1964) aux Etats-Unis et « Les Esclaves existent toujours » (Le Schiave Esistono Ancora, de Maleno Malenotti, Roberto Malenotti et Folco Quilici, 1964) en Italie. Après « Africa addio », on distingue essentiellement deux séries de films. La première est une trilogie produite par Prosperi et réalisée par Antonio Climati (en association avec Mario Morra), qui était directeur photo sur les films mondo de Prosperi et Jacopetti. Cette trilogie est composée de « Deathshow » alias « Savage Man, Savage Beast » (Ultime grida dalla savana : la grande caccia, 1974), « This Violent World » (Savanna violenta, 1976) et « Sweet and Savage » (Dolce e selvaggio, 1983). A noter qu'un nombre substantiel de séquences présentées comme "prises sur le vif" dans cette trilogie sont en fait des préparations soigneusement mises en scène en ayant recours à des effets spéciaux, et que si le côté "savane" est bien mis en avant, les séquences sont en fait tournées un peu partout dans le monde, permettant sans doute à Prosperi d'assouvir sa passion première de naturaliste.
Un joli catalogue d'atrocités narré avec professionnalisme par Georges de Caunes (père d'Antoine et grand-père d'Emma).
L'autre grande série de films mondos sur l'Afrique est l'oeuvre de deux frères, Angelo et Alfredo Castiglioni, qui réalisèrent cinq films sur les comportements les plus insolites et les plus brutaux pratiqués sur le continent noir : « Secret Africa » (Africa Segreta, 1969), « Africa Uncensored » (Africa Ama, 1971), « Mondo Magic » (Magia Nuda, 1975), « The Last Savage » (Addio Ultimo Uomo, 1978) et « Shocking Africa » (Africa Dolce e Selvaggia, 1982).
Comme nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer, l'utilisation d'images fabriquées de toutes pièces est fréquente dans le genre mondo. A ce titre, les oeuvres de l'Américain Lee Frost (« Mondo Bizarro » et « Mondo Freudo ») offrent d'intenses moments de n'importe quoi, comme une séquence soi-disant filmée en caméra cachée dans la cabine d'essayage d'un magasin de lingerie féminine (dont la clientèle semble exclusivement constituée de jeunes et plantureuses créatures, qui essayent des soutiens-gorge avec une lascivité d'effeuilleuses de strip-bars) ou l'hilarante séquence, censée être prise sur le vif au péril du cameraman, où des Occidentales bon teint sont vendues comme esclaves sexuelles à de riches marchands arabes, joués par trois pelés et deux tondus qui glandouillent la tête recouverte d'un torchon au fond d'une carrière de sable. La preuve, s'il fallait l'apporter, que la mondoploitation peut aussi combler l'amateur de ringardises !
Bien entendu, comme on est dans la veine du film d'exploitation, ces produits exploitent souvent de façon cynique l'intérêt commercial de ce qu'ils prétendent dénoncer. En effet, une des caractéristiques du "mondo" consiste à montrer l'horreur et la débauche de la façon la plus crue, la plus complaisante possible, et de rattraper le coup avec une voix-off qui déplore, qui condamne, qui dit en substance "ce qu'on vous montre est choquant, oui, mais il ne faut pas détourner les yeux car ceci n'est après tout que la dure réalité du monde dans lequel nous vivons, nous on filme pour l'édification des masses, parce que le public doit savoir, pour éviter que de telles horreurs se reproduisent un jour". Le ton se veut pédagogique, façon journalisme d'investigation : une pirouette narrative censée servir de caution morale, histoire d'éviter les accusations pour apologie du crime et de la débauche, mais qui au final ne dupe sans doute pas grand monde.
Pour satisfaire le public-cible de ce genre de produits, toujours plus exigeant, la mondoploitation des années 1960-70 va progressivement évoluer vers quelque chose de plus en plus radical, dans le domaine des bizarreries sexuelles bien entendu mais surtout dans celui de la violence. On parle alors plus volontiers de shockumentaries (contraction de "shocking documentaries"), ou chocumentaires en français. Dans cette veine, l'opus le plus célèbre reste « Face à la mort » (Faces of Death, de John Alan Schwartz, 1978), un montage cynique d'authentiques images d'archives (crashs d'avion et autres accidents aussi spectaculaires que meurtriers...), de séquences filmées pour l'occasion (séance d'autopsie dans une morgue, animaux menés à l'abattoir...) et d'autres présentées comme réelles mais en fait parfaitement bidonnées (exécution d'un condamné sur la chaise électrique, dégustation de cervelle de singe dans un restaurant...).
« Face à la mort » engendrera pas moins de cinq suites plus un best-of (« The Worst of Faces of Death », 1987, compilation des trois premiers opus de la série) et le documentaire « Faces of Death: Fact or Fiction? » (John Alan Schwartz, 1999). Un docu instructif et riche en anecdotes, dans lequel le réalisateur justifie par exemple le recours à certaines de ces reconstitutions et mises en scènes pour des motifs légaux (interdiction de filmer l'exécution d'un condamné aux Etats-Unis) mais aussi commerciaux. Ainsi, la scène où de faux touristes tuent un singe avant de déguster sa cervelle devait à l'origine être filmée pour de vrai dans un pays d'Asie, mais les distributeurs japonais qui avaient pré-acheté le film exigeaient qu'aucun Asiatique ne soit montré sous un jour défavorable. Pour ne pas se mettre à dos le marché nippon, grand consommateur de ce genre de produit en vidéo, le réalisateur John Alan Schwartz a donc truqué cette séquence, que la voix-off transpose du coup dans un restaurant d'un pays arabe, déco exotique et musique orientale à l'appui !
Pas la peine d'alerter la SPA, il s'agit en fait d'une fausse tête en caoutchouc garnie d'un morceau de choux-fleur, le tout recouvert de faux sang.
Comme « Mondo Cane » en son temps, le succès vidéo de « Face à la mort » va engendrer une flopée d'avatars, parmi lesquels on peut citer la série des « Traces of Death » (de Damon Fox, auteur de cinq films entre 1993 et 2000) et celle des « Faces of Gore » (de Todd Tjersland, auteur de trois films entre 1999 et 2000 plus une compil' de la trilogie, finement intitulée « The Best of Faces of Gore »). Comme ce fut le cas pour le pseudo « Mondo Cane 5 » évoqué plus haut, ces ersatz torchés par des opportunistes à la petite semaine sont pour l'essentiel composés de séquences directement piquées à des films de la veine mondo ou à ceux de la série « Face à la mort »...
Si l'on excepte ces remontages frauduleux d'opus précédents et la mode des vidéos de bastons de rues façon « Bumfights », cette vague des mondos et des chocumentaires aura peu ou prou perduré jusque vers la fin des années 1980, aux Etats-Unis, au Japon (avec les œuvres de Sadao Nakajima ou des films comme « Mondo Sadismo »), en Allemagne (avec la série des « Shocking Asia » de Rolf Olsen) et aussi en France, où l'on recense au cours de cette dernière décennie des titres comme « Des Morts » (de Jean-Paul Ferbus, Dominique Garny et Thierry Zéno, 1981), « Le Japon Insolite » (de François Reichenbach, 1983), « Saint-Tropez interdit » (de José Bénazéraf et Georges « Chômeurs en folie » Cachoux, 1985) et « Les Interdits du monde » (de Chantal Lasbats, 1986). Ce dernier film connut d'ailleurs le douteux privilège de se voir interdit d'exploitation dans les salles françaises.
Pour ce qui est de l'Italie, et dans la mesure où nous avons déjà eu l'occasion de citer les noms de réalisateurs appréciés sur ce site comme Antonio Margheriti et Sergio Martino pour leur incursion dans le genre, nous prendrons le temps d'évoquer encore, parce que nous sommes tout de même sur Nanarland, les contributions d'authentiques tâcherons comme Bitto Albertini (auteur des inénarrables « Les 3 Supermen dans la jungle » et « Star Crash 2 »), à qui l'ont doit « Naked and Cruel » (Nudo e crudele, 1984) et « Naked and Cruel 2 » alias « Les Démons » (Nudo e crudele 2, 1985), et surtout Bruno Mattei, qui signe sous pseudonyme de chatoyantes perles de romantisme échevelé titrées « Mondo Erotica » alias « Sexy Night Report » (Le Notti Porno nel Mondo, 1977, co-réalisé avec Joe D'Amato), « Le Sexe Interdit » alias « Fantasmes africains » (Sexual Aberration, Sesso perverso, 1979 - film tourné au Panama malgré ce que le titre français laisse entendre) et l'inédit « Sesso perverso, mondo violento » (1980). « Mondo Erotica », collection de séquences grivoises censées avoir été tournées aux quatre coins du monde et vaguement reliées par une présentation de Laura Gemser (« Black Emanuelle »), fut d'ailleurs ridiculisé par la presse italienne quand on découvrit que la boîte de nuit "londonienne" figurant dans le film était en fait un établissement situé à Rome, ville où avaient été tournées une bonne partie des scènes.
Au programme de ce "Nu et cruel" :
"Un homme dévoré par un crocodile
Un violeur castré devant sa victime
Un changement de sexe sur un transsexuel
Des spaghettis de serpent venant d'être écorché
Des milliers de femmes vénèrent le phallus suprême"
Plus personne aujourd'hui n'aurait l'idée de financer ce genre de produits, qui à l'époque avaient pourtant les moyens de se payer des tournages sur pellicule aux quatre coins du monde étalés sur plusieurs mois. La mondialisation aura mis à mal la notion d'exotisme et pour ce qui est du sexe et de la violence, l'Internet abrite une quantité illimitée de vidéos porno ou macabres avec de vrais morts dedans... Pour tenter de consoler les fans et convaincre les réfractaires, on pourra songer à l'influence qu'aura eu le genre sur le cinéma de fiction, en évoquant des oeuvres telles que l'iconoclaste « Mondo Trasho » de John Waters (1969) ou ceux de ses films que Ruggero Deodato considère non pas comme des films d'horreur mais des films d'aventure réalistes, à savoir « Le Dernier Monde Cannibale » (Ultimo mondo cannibale, 1977) et surtout le cultissime « Cannibal Holocaust » (1980), qui joue de façon aussi habile que dérangeante sur l'exploitation de la violence (comme dans les films mondo, Deodato a recours aux procédés qu'il dénonce, en faisant tuer des animaux pour de vrai). Dans l'interview qu'il avait accordée à Nanarland, le réalisateur déclarait : "Je me suis dans une certaine mesure inspiré de Gualtiero Jacopetti, qui avait fait les documentaires-choc de la série « Mondo Cane ». Mais j'avais voulu aller au-delà de sa démarche en obtenant les mêmes effets à partir d'un vrai film, avec un scénario et des acteurs, mais qui montrerait la vérité dans toute sa violence, de manière ultra-réaliste." Nous nous permettrons ainsi de conclure de façon un peu cavalière que, dans le domaine du cinéma de fiction, la mondoploitation aura quelque part servi de trait d'union entre le néo-réalisme et l'ultra-réalisme.
En 2003, David Gregory a réalisé l'excellent documentaire « The Godfathers of Mondo », consacré à Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi, à l'occasion de la ressortie de leurs films en version intégrale chez l'éditeur DVD Blue Underground. Un docu évidemment rigoureusement indispensable à tout fan du genre...