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Le glossaire de nanarland

Pitch, 2 en 1, Nudie, Rape and Revenge, Nanar volontaire, Kaiju Eiga, nous nous sommes rendu compte que les termes employés frisaient parfois le jargon. Pas question de déconcerter le néophyte : le nanar, comme tout objet d'étude, mérite d'avoir un vocabulaire accessible et clairement défini.
Grâce à ce lexique, vous pourrez saisir le jargon de la cinéphilie pointue et/ou décadente, mais aussi découvrir ou approfondir votre science du monde fantastique du mauvais film symathique.
Voici donc pour la première fois au monde le glossaire nanar, simple, évolutif, et richement illustré.

Le glossaire nanarland

Swashbuckler :

Traduction littérale : "matamore", "spadassin"...

Dans le domaine cinématographique : terme utilisé par les cinéphiles anglo-saxons et regroupant de manière générique les films de capes et d'épée, de pirates, de mousquetaires, les reconstitutions historiques en costumes froufroutants; films avec des types qui s'accrochent aux lustres. Fatalitas et Palsambleu; A moi, Comte, deux mots ! Connais-tu bien Don Diègue ?



Expression née au XVIe siècle pour désigner un soldat particulièrement bravache, ("Swashbuckler" pouvant être traduit approximativement par "Matamore" ou "Spadassin" en français), le terme a progressivement perdu de son sens original pour désigner toute oeuvre, littéraire ou cinématographique, se déroulant généralement entre le XVème et le XIXème siècle (bien que, par extension, le Moyen Age puisse aussi être parfois concerné) et mettant en scène des bretteurs héroïques au verbe haut qui font rien qu'à s'accrocher aux lustres pour sauver de chastes et jolies demoiselles en détresse menacées par des aristocrates dévoyés et démoniaques aux rires méphistophéliques et aux fines moustaches noires. Bien qu'il ne se limite pas au genre de cape et d'épée, le swashbuckler s'en rapproche énormément. Par erreur, certains réduisent ce type de production aux seuls films de pirates, mais il n'en est rien. Ainsi « Les Trois Mousquetaires », « Zorro » ou « Le Comte de Monte-Cristo » appartiennent autant au genre que « Captain Blood » ou « Pirates des Caraïbes ». Des acteurs tels que Douglas Fairbanks, Errol Flynn, Jean Marais, Basil Rathborne, Brett Halsey ou Gérard Barray sont indéniablement liés à ce genre de cinéma, qui connut son apogée entre 1920 et 1970 : on note un certain renouveau à partir de la fin des années 1990, avec des productions telles que « Le Pacte des Loups », « L'Homme Au Masque de Fer » ou « Le Masque de Zorro ». Les "chambaras" (films de sabre japonais où d'héroïques samouraïs nippons se tranchent en petits morceaux - à ne pas confondre avec les "Wu Xia Pian" chinois où c'est à peu près la même chose, avec un peu plus d'arts martiaux) rentrent également dans cette catégorie de cinéma. L'Inde s'est elle aussi mise à revisiter son passé historique et Bollywood offre quelques pièces de choix à la qualité inégale où le meilleur et le pire se côtoient dans une frénésie de chorégraphies chantées et dansées rehaussées de couleurs chatoyantes. Quant aux hallucinantes "reconstitutions historiques" turques mettant en scène un Cüneyt Arkin trampolino-compatible, elles flirtent trop souvent avec le fantastique en mousse, voire l'heroic-fantasy, pour appartenir pleinement au genre.


"Toute une flotte au service de son honneur !" (Rien que ça !) En fait, dans ce petit film de cape et d'épée italien se déroulant entièrement à Venise, on ne verra pas le début de la voile du moindre navire. Une flotte de gondoles, à la limite...


En tant que domaine cinématographique, le swashbuckler ne rencontre pas forcément le monde du nanar : film "historique" en costumes par excellence, il s'avérait trop coûteux la plupart du temps pour que les trop petites productions s'attaquent au genre, encore qu'Eurociné ou Emile Couzinet en France produisirent en leurs temps quelques petites perles du genre comme « Buridan, le Héros de la Tour de Nesle », considéré comme le pire film de Couzinet par les fans du réalisateur (c'est-à-dire les onze personnes encore en vie qui l'ont vu en salles et qu'Alzheimer n'a pas encore rattrapé). Filmer deux gugusses en costumes de ninjas pailletés en train de faire des galipettes autour d'une table de jardin, c'est une chose, reconstituer à l'écran la cour de Louis XIII ou un navire pirate, même avec les meilleurs stock-shots du monde et les figurants les plus mal payés qui soient, est souvent des plus difficiles pour le réalisateur désargenté. Néanmoins, il suffit de voir "Le Bossu"" réalisé par Jean Delannoy pour se rendre compte que faire un très mauvais film de cape et d'épée est à la portée de n'importe quel réalisateur, même expérimenté et doté d'un budget correct. Très souvent, les échecs du genre tiennent davantage du navet emphatique ou du film vieilli et démodé que du nanar tel que nous l'entendons ici. De plus, un spectateur indulgent pourra toujours trouver un certain charme rétro à ce genre de productions (ce qui fait qu'une tartignolerie nunuche comme « Angélique, Marquise des Anges » est toujours susceptible d'émouvoir dans les chaumières à chaque rediffusion). Et puisque le cas de la Marquise des Anges est évoqué, rebondissons dessus pour évoquer celui de sa jumelle maléfique, « Isabelle, Duchesse du Diable » de Bruno Corbucci, adapté d'une bande dessinée petit format naguère publiée dans l'hexagone par l'éditeur Elvifrance, qui, en dépit de l'énorme potentiel nanar de la BD d'origine, ne donne à l'écran qu'une polissonnerie moyennement passionnante. L'héroïne ne perdant pas sa virginité en se faisant violer par un ours dans le film - alors que c'est le cas dans la bande dessinée - les puristes ont bien évidemment hurlé à la mort de la littérature devant cette trahison manifeste du personnage.



Cependant, il existe tout de même quelques pièces du genre, particulièrement lorsque le swashbuckler s'accompagne d'une volonté de renouveler les codes habituels du film de capes et d'épées. « Les Quatre Charlots Mousquetaires » et sa suite « A Nous Quatre, Cardinal » - bien qu'ils ne soient pas les pires films des Charlots, restent emblématiques de l'échec total de telles productions. Plus récemment, « L'Homme au Masque de Fer » de Randall Wallace avec Leonardo Di Caprio, Jeremy Irons et Gérard Depardieu, pantalonnade sans nom se torchant allègrement avec l'oeuvre de Dumas autant qu'avec l'Histoire de France et nous apprenant au final que Louis XIV (en fait remplacé par son frère jumeau) fut le Roi le plus gentil et généreux de tous les temps (hilarité générale dans les salles françaises où le film fut projeté), « Les Trois Mousquetaires » version 1993 avec Chris O'Donnell en d'Artagnan (ainsi qu'un Cardinal de Richelieu voulant devenir Roi de France à la place du Roi de France et se mangeant un pain de la part de Louis XIII à la fin du film en guise de punition expiatoire bien méritée, yeah !), ou le cataclysmique « Blanche », de Bernie Bonvoisin mettant en scène des personnages de l'époque de Molière parlant avec l'argot parisien de la fin du XXème siècle, sont quelques exemples de foirages complets. « Le Pacte des Loups », pour sa part, fait encore débat entre les partisans de Christophe Gans et les détracteurs du réalisateur. Quant au malheureux Zorro, il a été particulièrement maltraité par certains artisans besogneux et fauchés, de serials misérables en avatars maladroits, Eurociné ayant même produit une « Marque de Zorro », à la réputation des plus piteuses.



»Blanche » : la période Louis XIV-Mazarin transformée en une pantalonnade sous-Audiardesque dont même Philippe Clair aurait eu honte.


« L'Homme Au Masque de Fer » version 1998 : l'Histoire de France ET Alexandre Dumas sodomisés à sec et sans vaseline.


Le succès de « Pirates des Caraïbes » de Gore Verbinski relança, au début des années 2000, la mode du film de pirates, offrant l'opportunité à quelques margoulins de ressortir leurs vieilles panoplies d'enfance d'une antique malle poussiéreuse pour s'amuser à filmer les aventures de quelques flibustiers au moyen-court pour surfer sur le succès des aventures de Jack Sparrow. Malheureusement, un film avec des corsaires, des canonnades et des abordages, ça coûte des sous et le bât blesse souvent à ce niveau là. Ainsi, le très mauvais « L'Ile aux Trésors » d'Alain Berbérian ne ressemble au final qu'à une piteuse décalque. Quant au « Pirates Of The Treasure Island », produit par les très opportunistes fous-furieux de chez The Asylum, il assume avec panache son statut de mauvaise photocopie de l'original et démontre qu'avec quelques chutes de tissu pour faire des costumes et un bon logiciel de 3D, il est possible de faire revivre les féroces boucaniers de l'Ile de la Tortue pour peu que le public soit quelque peu indulgent.


« Pirates Of The Treasure Island » qui, derrière cette vieille trogne de Lance Henriksen, se paye même le luxe de faire croire à la présence d'un vague sosie d'Orlando Bloom au second plan.


Genre se prêtant volontiers à l'emphase et à la naïveté, la plupart des productions de type swashbuckler ont une très nette propension à mal passer le cap des années. Diction grandiloquente des acteurs, exaltation des sentiments amoureux délayés jusqu'à plus soif et intrigues poussiéreuses sont autant de défauts souvent inhérents à ce domaine cinématographique. Vieilleries ringardes et ennuyeuses ou chefs-d'oeuvre désuets et un peu kitsch, les vrais nanars sont rares dans le patrimoine de la cape et de l'épée. Mais lorsqu'ils existent, ils valent généralement le coup d'oeil.


Le sympathique « Le Boucanier des Iles » de Domenico Paolella, avec l'impérial Richard Harrison et l'angélique Michèle Mercier.
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